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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2007249

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2007249

lundi 9 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2007249
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantFERCHICHI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 septembre 2020 et des mémoires complémentaires produits les 6 août 2021, 21 décembre 2021 et 21 avril 2022, M. A B, représenté par Me Ferchichi, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision par laquelle l'Institut de recherche et de développement (IRD) a implicitement rejeté sa demande du 10 février 2020 tendant à la réévaluation de sa rémunération, à l'inscription de ses nouvelles fonctions dans son contrat ainsi qu'au versement d'une somme en réparation du harcèlement moral qu'il estime avoir subi ;

2°) d'enjoindre à l'IRD de procéder à la régularisation de ses fonctions en qualité de directeur éditorial de stratégie et de contenus à titre rétroactif depuis le 1er mars 2016, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre à l'IRD de procéder à la régularisation de sa rémunération à titre rétroactif pour les périodes de mars 2017 à septembre 2019 à hauteur de 2 700 euros par mois et à compter d'octobre 2019 à hauteur de 3 042 euros par mois dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre à l'IRD de mettre fin à la situation de harcèlement moral et de le rétablir dans ses fonctions et responsabilité de directeur éditorial et stratégie de contenus dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

5°) de condamner l'IRD à une somme de 25 000 euros en réparation des différents préjudices subis au titre du harcèlement moral ;

6°) de mettre à la charge de l'IRD une somme de 6 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision implicite de rejet est entaché d'une absence de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que les fonctions effectivement exercées sont celles de directeur éditorial et stratégie de contenus contrairement à ce qui est indiqué dans son contrat de travail ;

- le harcèlement moral est constitué dès lors que ses conditions de travail ont été dégradées et qu'il a été évincé de ses fonctions et de ses responsabilités ;

- cette situation lui a causé un préjudice moral justifiant une indemnité de 25 000 euros.

Par des mémoires en défense enregistrés les 5 octobre 2021, le 21 février 2022, le 15 mars 2022 et le 18 mai 2022, l'Institut de recherche pour le développement conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la décision attaquée est insusceptible de recours dès lors qu'il s'agit d'une décision confirmative des décisions des 15 janvier 2018 et 3 juin 2019 devenues définitives ;

- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fayard, rapporteure,

- les conclusions de Mme Giocanti, rapporteure publique,

- et les observations de Me Ferchichi, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a été recruté par l'Institut de recherche pour le développement (IRD) en tant que " rédacteur en chef de sciences au sud " par un contrat à durée déterminée d'avril 2008 à février 2011, prolongé jusqu'en février 2014, puis par un contrat à durée indéterminé à compter de mars 2014. M. B demande au tribunal, d'une part la condamnation de l'IRD à lui verser une indemnité totale de 25 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subi du fait des agissements de harcèlement moral dont il aurait été victime. Il demande, d'autre part, l'annulation de la décision implicite intervenue sur sa demande en date du 10 février 2020 par laquelle le Président Directeur-général de l'IRD a refusé d'inscrire les fonctions de " directeur éditorial et stratégie de contenus " dans son contrat et de réévaluer sa rémunération.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article R. 421-2 du code de justice administrative : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet. / () ". D'autre part, en vertu de l'article L. 112-2 du code des relations entre le public et l'administration, ne sont applicables aux relations entre l'administration et ses agents ni les dispositions de l'article L. 112-3 de ce code aux termes desquelles : " Toute demande adressée à l'administration fait l'objet d'un accusé de réception ", ni celles de son article L. 112-6 qui dispose que : " les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis () ".Enfin, l'article L. 231-4 du code des relations entre le public et l'administration prévoit que le silence gardé par l'administration pendant deux mois vaut décision de rejet dans les relations entre les autorités administratives et leurs agents.

3. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que l'administration n'a pas à accuser réception de la demande d'un de ses agents et que, pour ceux-ci, le délai de deux mois pour se pourvoir contre la décision implicite née du silence gardé par l'administration court dès la naissance de cette décision. Ce n'est qu'au cas où, dans le délai de deux mois ainsi décompté, l'auteur de la demande adressée à l'administration reçoit notification d'une décision expresse de rejet qu'il dispose alors, à compter de cette notification, d'un nouveau délai pour se pourvoir.

4. En l'espèce, M. B estime s'être vu attribuer les fonctions de " directeur éditorial et stratégie de contenus " à partir de mars 2016. Il sollicite alors sa direction d'une demande tendant notamment à ce qu'il obtienne une réévaluation de sa rémunération et une inscription de ses nouvelles fonctions dans son contrat. Après avoir eu plusieurs entretiens avec la directrice des ressources Humaines de l'IRD, un avenant concernant sa rémunération lui est proposé le 16 novembre 2017. Par courriel du même jour, qui doit être regardé comme un recours gracieux à l'encontre de cette décision, M. B a refusé de signer cet avenant et a demandé à ce que l'intitulé de ses fonctions soit modifié. Sans réponse de la part de l'administration, une décision implicite de rejet est née le 17 janvier 2018. A supposer que l'entretien réalisé en mai 2018 par sa direction ait laissé penser au requérant que sa demande était toujours en cours d'instruction, le courrier envoyé par M. B le 1er avril 2019, qui réitère la même demande, a fait naître une décision implicite de rejet le 3 juin 2019. Si M. B soutient que l'IRD aurait " sous-entendu " que sa demande serait toujours en cours d'instruction après l'envoi de ce courrier, cela ne ressort d'aucune pièce du dossier. De plus, M. B étant un agent public, quand bien même aucun accusé de réception n'aurait été délivré par l'IRD à ses demandes, il ne pouvait méconnaître les règles précitées relatives à la naissance d'une décision implicite de rejet et au délai de recours contentieux. Par suite, la décision implicite de rejet du 3 juin 2019 est bien, contrairement à ce que soutient le requérant, devenue définitive le 2 août 2019, faute de recours contentieux introduit dans le délai de deux mois.

5. En second lieu, une décision dont l'objet est le même que celui d'une décision antérieure revêt un caractère confirmatif dès lors que ne s'est produit entre-temps aucun changement dans les circonstances de droit ou de fait de nature à emporter des conséquences sur l'appréciation des droits ou prétentions en litige, même lorsqu'elle est fondée sur un motif différent de celui de la décision initiale. Une telle décision confirmative est insusceptible de faire l'objet d'un recours contentieux.

6. Il ressort des pièces du dossier que le courrier du 10 février 2020 adressé au Président Directeur général de l'IRD réitère les demandes de réévaluation de rémunération de M. B et d'inscription de ses fonctions de " directeur éditorial et stratégie de contenus ". Si le requérant expose que les échanges de mail avec sa direction et les entretiens réalisés avec la directrice des ressources humaines seraient constitutifs d'un changement dans les circonstances de fait, il ne ressort pas des pièces du dossier que ces évènements soient intervenus postérieurement à la décision implicite du 3 juin 2019, devenue définitive le 5 août 2019 ainsi qu'il a été dit au point 4. En outre, s'il soutient que sa demande en 2020 portait sur la réévaluation de sa rémunération au regard de la nouvelle grille indiciaire contrairement à sa lettre de 2019 qui se basait sur l'ancienne grille, ce seul élément ne peut être considéré comme un changement de circonstance de fait, la nature de la demande étant identique. Dans ces conditions, faute de changement dans les circonstances de droit ou de fait, la décision implicite de rejet intervenue le 24 août 2020 a le caractère d'une décision purement confirmative de la décision implicite du 3 juin 2019.

7. Par suite, il y a lieu de faire droit à la fin de non-recevoir soulevée par l'IRD et de rejeter comme irrecevables les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. B et, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la situation de harcèlement moral :

8. Aux termes de l'article L.133-2 du code général de la fonction publique : " Aucun agent public ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. "

9. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué sont constitutifs d'un harcèlement moral, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'administration à laquelle il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. Pour être qualifiés de harcèlement moral, ces agissements doivent être répétés et excéder les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique.

10. En premier lieu, M. B expose avoir subi une perte de responsabilité managériale dès lors qu'à son retour de congé maladie, il ne lui aurait plus été permis de valider les demandes de congés des agents de la direction de la communication et de l'information ou de réaliser des entretiens d'évaluation comme il le faisait auparavant. Il produit à l'appui de ces allégations des échanges de courriels démontrant qu'il a co-organisé l'entretien individuel d'un agent, rédacteur scientifique multisport, qu'il a attribué plusieurs missions à l'ancienne responsable des projets éditoriaux et qu'il a participé au recrutement de la nouvelle responsable. Il produit également des captures d'écran du logiciel de demandes de congés d'avril 2016 et de début 2018 ainsi que plusieurs échanges de mail, notamment un mail d'avril 2016 dans lequel il est indiqué que la directrice de la communication lui aurait confié la validation des congés de la cheffe du service des projets éditoriaux. A son retour en 2019, il produit un mail de la directrice qui lui demande de ne pas solliciter directement les équipes et des captures d'écran du logiciel de congé, alors qu'il avait auparavant une visualisation des congés de l'ensemble de l'équipe du service des projets éditoriaux, qui ne mentionne plus que ses propres congés. Ces faits sont de nature à faire présumer une perte de responsabilité managériale.

11. Pour écarter l'existence d'agissements de harcèlement moral, l'IRD expose, en premier lieu, que M. B a occupé le poste de " responsable des projets éditoriaux " par intérim de janvier 2017 à janvier 2018 et que c'est seulement à ce titre qu'il a pu exercer des fonctions managériales. A son retour de congé en 2019, la responsable avait repris le poste. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que les premiers courriels pour la validation des congés sont intervenus en avril 2016. Il ressort également de la fiche de poste " responsable des projets éditoriaux " que l'activité de cette responsable et celle de son équipe sont placées " sous la responsabilité du directeur éditorial et stratégie de contenus ". Si l'IRD soutient que cette fiche n'a jamais été officiellement validée, il n'en demeure pas moins que la directrice de la communication et de la circulation de l'information a envoyé un mail le 23 juin 2017 dans lequel elle donne son accord sur la rédaction de cette fiche à M. B. En outre, il ressort des captures d'écran produites par le requérant qu'il a accordé des congés à la responsable en 2018 et qu'il a organisé l'entretien du rédacteur scientifique multisport, avec cette dernière. Dans ces conditions, les éléments produits en sens contraire par l'administration, ne sont pas de nature à démontrer que les agissements en cause seraient justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement.

12. En deuxième lieu, le requérant expose avoir subi une perte de responsabilité en termes de missions qui lui ont été attribués. Il soutient ainsi qu'il aurait été exclu du processus de renouvellement du site internet de l'IRD, de certaines réunions auxquelles il assistait avant son congé maladie, notamment le " COPIL web " du 8 décembre 2020, des réunions budgétaires ainsi que de certaines informations. A l'appui de cette dernière allégation, il produit un mail du 5 mars 2021 concernant des éléments pour accéder à un canal éditorial privilégié. S'il est adressé à l'ensemble des agents de la direction de la communication, M. B n'est pas destinataire de ce mail et s'il est indiqué dans ce mail " si vous jugez utile de rajouter des destinataires, faites-le moi savoir ", la défense ne démontre pas avoir rajouter le requérant, alors même qu'il fait partie de cette direction. En outre, il est indiqué sur le compte-rendu d'entretien annuels portant sur l'année 2019, dans la partie 2 complétée par la directrice de la communication, que " M. B a clairement exprimé qu'il considérait qu'il avait été écarté des activités et des chantiers de la direction et j'ai convenu que la situation ne devait pas perdurer ". Il ressort également des comptes rendus d'entretiens annuels de 2019 et de 2020 de M. B qu'aucun objectif ne lui a été fixé de la part de ses supérieurs. Ces faits sont de nature à faire présumer une perte de responsabilité au regard des missions qui lui été attribuées.

13. L'IRD soutient que M. B n'a pas été dépourvu de ses missions mais qu'il a adopté un comportement réfractaire, qu'il ne s'est pas investi dans la création du nouveau site web et qu'il n'a pas suivi les formations mises à disposition. Toutefois, la défense ne démontre pas avoir proposé une quelconque formation à M. B ou que l'ensemble des autres responsables y ont assistés. Si elle expose que M. B dispose des accès les plus restreints à ce nouveau site et qu'il ne dispose pas non plus d'accès au " backoffice " du site " Le Mag' ", cela ne suffit pas à démontrer une volonté persistante de M. B de ne pas s'investir mais, a contrario, ces éléments peuvent participer à son isolement professionnel. Enfin, s'il est reproché à M. B un comportement " persistant et volontaire de ne pas s'investir dans les missions de conseil éditorial ", il résulte cependant de l'instruction qu'une fiche de poste intitulée " directeur éditorial et stratégie de contenu " lui a été communiquée impliquant, contrairement à ce que soutient l'IRD, des responsabilités managériales et que le Président-directeur général de l'IRD a pris le 30 mars 2017 une délégation de signature en faveur du requérant en mentionnant sa fonction de " directeur éditorial et stratégie de contenu ". Ainsi, à supposer qu'il s'agisse d'une erreur et que la création d'un tel poste n'a jamais été souhaité par l'IRD, celui-ci a entretenu une telle confusion à l'égard du requérant que ce dernier pouvait légitimement penser occuper ces fonctions sans que lui soit reproché un comportement réfractaire à l'exercice de missions étrangères à celle du poste de " directeur éditorial et stratégie de contenu ".

14. En troisième lieu, M. B expose avoir été mis à l'écart dès lors qu'il aurait été supprimé du site intranet de l'IRD. Au soutien de ces allégations, il produit un extrait de ce site dans lequel il apparait dans la rubrique " direction de la communication et du partage de l'information ", la mention du titre " directeur éditorial et stratégie de contenus : A B " puis il produit un nouvel extrait de 2021 dans lequel il n'apparait plus. En outre, dans l'annuaire de l'intranet, il est indiqué que M. B occupe le poste de " secrétaire d'édition " alors qu'il produit, a contrario, la fiche de la responsable des projets éditoriaux, dans laquelle il est indiqué sa fonction exacte. Enfin, entre 2016 et 2019, M. B disposait d'un bureau placé avec l'ensemble de l'équipe du service des projets éditoriaux. Toutefois, suite à un réaménagement des bureaux en avril 2019, il a été déplacé dans un bureau isolé du reste de son équipe et le partage avec un agent d'une autre direction. Ces faits sont de nature à faire présumer une mise à l'écart de M. B.

15. L'IRD expose que le réaménagement des bureaux a été motivé par l'intérêt du service, que celui du requérant jouxte celui de l'assistante de la directrice et que, s'il a bien été éloigné de l'équipe des projets éditoriaux, il partage cependant son bureau avec un expert en biométrie, ce qui peut lui être bénéfique. Toutefois, l'institut ne démontre pas que d'autres agents partageraient un bureau avec un membre d'une autre direction. Si cela peut effectivement être bénéfique pour le requérant, il n'en demeure pas moins qu'il est physiquement éloigné de son équipe avec lequel il travaille quotidiennement. Enfin, si la défense expose que d'autres agents ont également disparu du site internet, il ressort des noms qu'elle cite en exemple qu'il s'agit d'assistants ou de gestionnaires administratifs. Il n'est ainsi pas démontré que d'autres agents exerçant des fonctions de " responsable " ou de " directeur " ont également été supprimés. Dans ces conditions, les éléments produits en sens contraire par l'administration, ne sont pas de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement.

16. Par suite, ces faits, pris dans leur ensemble, sont de nature à faire présumer l'existence d'un harcèlement moral à partir de son retour de congé maladie en 2019. En l'absence d'éléments suffisamment probants produits en sens inverse par la commune, l'intéressé démontre avoir subi une réduction significative de ses fonctions et de ses missions ainsi qu'une mise à l'écart participant à un isolement professionnel et à une dégradation dans ses conditions de travail. Ces éléments sont ainsi constitutifs de harcèlement moral et sont de nature à engager la responsabilité de l'Etat.

En ce qui concerne les préjudices subis :

17. Il résulte de ce qui précède que le requérant est fondé à obtenir la réparation intégrale des préjudices résultant de ce harcèlement moral à partir de son retour de congé maladie en février 2019.

18. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral dont M. B demande réparation en condamnant l'IRD à lui verser la somme de 10 000 euros.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

19. Si M. B demande au tribunal d'enjoindre à l'IRD de mettre fin sans délai aux agissements constitutifs de harcèlement moral et de le rétablir dans ses fonctions et responsabilités de directeur éditorial et stratégie de contenus, ces conclusions à fin d'injonction, présentées dans le cadre d'un recours indemnitaire, sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

20. il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'IRD une somme de 2 000 euros à verser à M. B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'Institut de recherche et de développement est condamné à verser à M. B la somme de 10 000 euros au titre du préjudice moral subi.

Article 2 : L'Institut de recherche et de développement versera la somme de 2 000 euros à M. B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à l'Institut de recherche pour le développement.

Délibéré après l'audience du 22 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Salvage, président,

Mme Le Mestric, première conseillère,

Mme Fayard, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2023.

La rapporteure,

Signé

A. FAYARD

Le président,

Signé

F. SALVAGE La greffière

Signé

F. FOURRIER

La République mande et ordonne au ministre chargés de la recherche et de la coopération en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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