vendredi 22 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2007375 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6e Ch Magistrat statuant seul |
| Avocat requérant | ANGIARI |
Vu les procédures suivantes :
I.- Par une requête enregistrée le 29 septembre 2020 sous le n° 2007375, Mme D F, représentée par l'AARPI Aelion-Guerini et Angiari, agissant par Me Angiari, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône a rejeté ses recours engagés les 9 janvier 2020 et 30 juin 2020 à l'encontre de la décision de la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône du 20 décembre 2019 l'informant de sa radiation du bénéfice du revenu de solidarité active et lui notifiant un indu au titre de cette prestation d'un montant de 11 498,01 euros ;
2°) de l'admettre au bénéfice du revenu de solidarité active avec effet rétroactif et de la décharger de l'obligation de payer la somme de 11 498,01 euros ; ;
3°) de mettre les dépens de l'instance à la charge de l'Etat.
Elle soutient que :
- la décision prononçant sa radiation et mettant à sa charge un indu de revenu de solidarité active est erronée en fait et en droit puisqu'elle est séparée du père de ses enfants depuis 2008, ainsi qu'il ressort du jugement rendu le 20 novembre 2008, depuis lequel il n'ont plus vécu ensemble ;
- les justificatifs qu'elle produit démontrent qu'ils ne vivent plus ensemble depuis très longtemps et en tout état de cause pendant la période litigieuse de janvier 2018 à décembre 2019.
Par un mémoire en défense enregistré le 20 juin 2022, la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible de se fonder sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité de la requête en l'absence de justification de la notification à leur destinataire des recours préalables engagés le 9 janvier 2020 et le 30 juin 2020.
II.- Par une requête enregistrée le 7 mai 2021 sous le n° 2104073, Mme D F, représentée par l'AARPI Aelion-Guerini et Angiari, agissant par Me Angiari, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 11 avril 2021 par laquelle la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône a confirmé, sur recours préalable, la décision de rejet de sa demande de revenu de solidarité active présentée au titre du mois de septembre 2020 ;
2°) de l'admettre au bénéfice du revenu de solidarité active avec effet rétroactif au 19 septembre 2020 ;
3°) de mettre les dépens de l'instance à la charge de l'Etat.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est erronée en fait et en droit puisqu'elle est séparée du père de ses enfants depuis 2008, ainsi qu'il ressort du jugement rendu le 20 novembre 2008, depuis lequel il n'ont plus vécu ensemble ;
- les justificatifs qu'elle produit démontrent qu'ils ne vivent plus ensemble depuis très longtemps et en tout état de cause pendant la période objet du présent litige.
Par un mémoire en défense enregistré le 20 juin 2022, la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Boidé, premier conseiller, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 7321-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Boidé, magistrat désigné,
- et les observations de Mme E pour le département des Bouches-du-Rhône.
La clôture de l'instruction a été prononcée, en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après que les parties et leurs mandataires ont formulé leurs observations orales à l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D F a eu notification le 20 décembre 2019 d'une décision de la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône l'informant qu'à la suite d'une enquête effectuée le 7 octobre 2019, une décision de radiation de ses droits au revenu de solidarité active avait été prise le 12 décembre 2019, avec effet au 1er janvier 2016. Cette décision lui notifiait également, notamment, un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 11 498,01 euros au titre de la période du 1er décembre 2017 au 31 décembre 2019. Mme F a engagé des recours administratifs contre cette décision le 9 janvier 2020 puis le 30 juin 2020, qui ont été implicitement rejetés. Par sa première requête, elle demande l'annulation des décisions implicites de rejet de ces recours. En outre, la nouvelle demande de revenu de solidarité active qu'elle a présentée le 19 septembre 2020 a été rejetée par le 14 octobre suivant, et le recours engagé à cet égard par Mme F a été rejeté par une décision du 11 avril 2021, dont elle demande l'annulation par sa seconde requête.
2. Les requêtes analysées ci-dessus de Mme F présentent ainsi à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il a lieu, par suite, de les joindre afin de statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation et les droits de Mme F :
3. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne à l'allocation de revenu de solidarité active ou à l'aide exceptionnelle de fin d'année, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention dans la reconnaissance du droit à cette allocation ou à cette aide qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé sur lesquels l'administration s'est prononcée, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il appartient au juge administratif d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision en fixant alors lui-même les droits de l'intéressé, pour la période en litige, à la date à laquelle il statue ou, s'il ne peut y procéder, de renvoyer l'intéressé devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation sur la base des motifs de son jugement.
4. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un revenu garanti, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. ". L'article L. 262-3 du code précité dispose que : " La fraction des revenus professionnels des membres du foyer et le montant forfaitaire mentionné au 2°de l'article L. 262-2 sont fixés par décret. (). L'ensemble des ressources du foyer () est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active () ". Aux termes de l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. () ". Aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; / il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. () ". Enfin, aux termes de l'article 515-8 du code civil : " Le concubinage est une union de fait, caractérisée par une vie commune présentant un caractère de stabilité et de continuité, entre deux personnes, de sexe différent ou de même sexe, qui vivent en couple. ".
5. Il résulte de ces dispositions que, pour le bénéfice du revenu de solidarité active, le foyer s'entend du demandeur, ainsi que, le cas échéant, de son conjoint, partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou concubin et des enfants ou personnes de moins de vingt-cinq ans à charge qui remplissent les conditions précisées respectivement par l'article R. 262-3 du code de l'action sociale et des familles et par l'article R. 842-3 du code de la sécurité sociale. Pour l'application de ces dispositions, le concubin est la personne qui mène avec le demandeur une vie de couple stable et continue. Une telle vie de couple peut être établie par un faisceau d'indices concordants, au nombre desquels la circonstance que les intéressés mettent en commun leurs ressources et leurs charges.
6. Pour décider de radier Mme F du bénéfice du revenu de solidarité active à compter du 1er janvier 2016, puis de rejeter sa nouvelle demande de revenu de solidarité active présentée le 19 septembre 2020, la caisse d'allocations familiales et la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône ont, par les décisions en litige, considéré que l'intéressée vivait en situation maritale depuis le 10 octobre 2011, le contrôle effectué le 7 octobre 2019 dans le cadre de la vérification de ses droits aux prestations ayant conclu à une situation d'intérêts de vie en communauté avec M. C A et la séparation qu'elle a déclarée comme étant intervenue au mois de juillet 2015 ne pouvant, par suite, être retenue.
7. D'une part, le moyen tiré de l'erreur de droit dont seraient entachées les décisions en litige n'est assorti d'aucune précision susceptible de permettre d'en apprécier le bien-fondé. Il ne peut, par suite, qu'être écarté.
8. D'autre part, si Mme F soutient que les décisions en litige sont entachées d'erreur de fait dès lors qu'elle est séparée de M. A depuis 2008, il résulte de l'instruction qu'à l'occasion de ses demandes tendant au bénéfice du revenu de solidarité active, elle a déclaré être séparée de celui-ci depuis le 15 juillet 2015 seulement. En outre, lors de l'enquête de contrôle menée par la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône, qui s'est conclue le 7 octobre 2019, la requérante a reconnu qu'à cette date, le bail de son logement était établi à son nom et à celui de M. A et que ce dernier restait domicilié à leur adresse commune auprès de différents partenaires, ainsi que sur un acte notarié relatif à une vente immobilière réalisée par lui le 14 décembre 2018. Elle a également déclaré lors de ce contrôle, ainsi qu'en atteste encore le compte rendu contradictoire qu'elle a signé le 7 octobre 2019 en déclarant son accord au contenu de cet acte, qui est versé au dossier, qu'elle était alors enceinte d'un enfant dont M. A est le père, et que ce dernier lui versait des aides financières régulières. Il ressort en outre du rapport de l'enquête que l'avis d'échéance correspondant au logement de Mme F pour le mois de septembre 2019 a été établi à son nom et à celui de M. A, que selon les déclarations de la requérante ce dernier réglait les loyers et l'assurance de ce logement, ces paiements n'apparaissant pas sur les relevés de compte de Mme F, et que l'exploitation professionnelle de M. A apparaissait domiciliée à l'adresse de la requérante sur un site internet. Ces éléments multiples, qui constituent un faisceau d'indices concordants de l'existence d'une situation d'intérêts de vie en communauté entre Mme F et M. A au titre des périodes litigieuses, ne sont pas contestés. Dans ces conditions, la décision du juge des affaires familiales du 20 novembre 2008, les attestations du bailleur de la requérante des 15 et 27 juillet 2020, la circonstance que sa dernière fille, née en 2020, n'ait pas été reconnue par son père et l'attestation de M. A reprenant les adresses auxquelles il atteste avoir successivement résidé depuis le 15 juillet 2015, et fixant sa résidence principale au 6 janvier 2020 au 57 rue Adolphe Thiers, ne sont pas de nature à démontrer le bien-fondé de l'erreur de fait alléguée. Il en va de même de l'attestation d'assurance et de l'avis d'imposition de Mme F, établis à son seul nom. Enfin, s'il est constant que l'avis d'imposition pour 2018 de M. A mentionne une adresse au 52 boulevard Louis Croze, et que l'attestation d'abonnement électrique le concernant pour le mois de janvier 2020 est relatif à un logement situé 57 rue Adolphe Thiers, ces éléments ne sont pas non plus suffisants à eux seuls pour démontrer l'absence de la situation d'intérêts de vie en communauté entre ce dernier et la requérante depuis le 1er janvier 2016 et jusqu'au mois de septembre 2019.
9. Il résulte de ce qui précède que Mme F n'est fondée à soutenir ni que les décisions qu'elle conteste doivent être annulées, ni qu'elle doit bénéficier du revenu de solidarité active avec effet rétroactif au 1er janvier 2016 ou au 19 septembre 2019.
Sur le bien-fondé de l'indu :
10. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige. En cas d'annulation par le juge de la décision ordonnant la récupération de l'indu, il est loisible à l'administration, si elle s'y croit fondée et si, en particulier, aucune règle de prescription n'y fait obstacle, de reprendre régulièrement et dans le respect de l'autorité de la chose jugée, sous le contrôle du juge, une nouvelle décision.
11. Pour contester l'indu de revenu de solidarité active d'un montant de 11 498,01 euros mis à sa charge au titre de la période du mois de janvier 2018 au mois de décembre 2019, Mme F soutient, sur le fondement des mêmes pièces et arguments que ceux analysés ci-dessus, qu'elle est séparée de M. A depuis 2008. Il résulte toutefois de ce qui a été dit au point 8 que la requérante ne démontre pas que c'est à tort que la caisse d'allocations familiales et le conseil départemental des Bouches-du-Rhône ont considéré, à la suite de l'enquête de contrôle qui s'est conclue le 7 octobre 2019, qu'il existait une situation d'intérêts de vie en communauté entre M. A et Mme F, qui a donc procédé à une fausse déclaration en se déclarant séparée de celui-ci et isolée depuis 2015. La requérante n'apporte pas d'élément complémentaire à ceux examinés ci-dessus. Dès lors, et pour les mêmes motifs que ceux exposés précédemment, c'est sans commettre d'erreur de droit ou de fait que la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône a, pour déterminer le nouveau calcul des droits au revenu de solidarité active de Mme F entre les mois janvier 2018 et de décembre 2019, intégré les revenus de M. A, et constaté de ce fait l'indu litigieux. Les conclusions à fin de décharge des requêtes doivent donc être rejetées.
12. Il résulte de ce qui précède que les requêtes de Mme F doivent être rejetées, y compris leurs conclusions relatives aux dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de Mme F sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D F et au département des Bouches-du-Rhône.
Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2022.
Le magistrat désigné,
Signé
M. BLa greffière,
Signé
D. Dan
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
Nos 2007375
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
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