vendredi 4 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2007448 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP DE ANGELIS ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 septembre 2020 et le 18 novembre 2021, Mme D C, représentée par Me Gaulmin, demande au Tribunal :
1°) de condamner la société Enedis à lui verser la somme de 65 000 euros en réparation du préjudice qu'elle a subi du fait de l'emprise irrégulière résultant de l'enfouissement d'une ligne électrique en tréfonds de la parcelle dont elle est propriétaire ;
2°) de mettre à la charge de la société Enedis les frais d'expertise taxés à la somme de 9 862,96 euros ;
3°) de mettre à la charge de la société Enedis une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le passage du réseau électrique en tréfonds de sa parcelle, sans que la société Enedis puisse justifier d'un titre l'ayant habilitée à procéder aux travaux d'enfouissement, est constitutif d'une emprise irrégulière ;
- elle a droit à la réparation intégrale des conséquences dommageables de cette emprise ;
- elle est en droit de solliciter une indemnisation correspondant à la valeur vénale de l'ensemble de son terrain devenu invendable du fait de la présence de ces câbles, laquelle peut être estimée à 65 000 euros ;
- son action en réparation n'est pas prescrite ;
- les servitudes relatives à l'établissement des canalisations électriques dont fait état la note d'urbanisme retranscrite dans le compromis de vente qu'elle a produit ne concernent pas la pose des câbles litigieux ;
- si le Tribunal ne retenait que la surface d'emprise déterminée par l'expert, il conviendrait alors de condamner la société Enedis à lui verser la somme de 5 475 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 29 juillet 2021 et le 4 avril 2022, la société Enedis, représentée par Me Rubin, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce que la société Entreprise Béranger soit condamnée à la garantir de toutes condamnations prononcées à son encontre et, en outre, à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la partie perdante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la prescription quadriennale applicable en matière de voie de fait comme d'emprise irrégulière est acquise ;
- la requérante ne justifie pas de l'évaluation de la valeur vénale de son terrain à hauteur de 65 000 euros ;
- en l'absence d'extinction du droit de propriété, la réparation des conséquences dommageables résultant de l'enfouissement d'une canalisation en tréfonds de sa parcelle ne peut donner lieu à une indemnité correspondant à la valeur vénale de la parcelle, mais uniquement à une indemnité moindre réparant le préjudice résultant de l'occupation irrégulière de cette parcelle ;
- la requérante n'établit pas que la présence d'un câble en tréfonds de sa parcelle rende impossible la vente de celle-ci, ni qu'elle rende toute construction dessus impossible ;
- l'expertise étant inutile, il n'y a pas lieu de mettre les frais d'expertise à sa charge ;
- la société Entreprise Béranger a procédé aux travaux de terrassement, à l'ouverture de la fouille ainsi qu'à la pose des câbles électriques, et peut seule voir sa responsabilité engagée ;
- la société Entreprise Béranger ne justifie pas de la réception des travaux sans réserve ;
- la canalisation en question ayant été implantée en limite de la propriété de Mme C en bordure de la route départementale 9, et la tranchée ayant été rebouchée, la société Enedis n'a pas pu avoir connaissance de l'erreur commise par la société Entreprise Béranger.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 19 octobre 2021 et le 6 mai 2022, la société Entreprise générale d'électricité Noël Béranger, représentée par la SCP de Angelis - Semidei - Vuillquez - Habart-Melki - Bardon - de Angelis conclut, à titre principal, au rejet de l'appel en garantie, à titre subsidiaire, au rejet de la requête et, en outre, à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société Enedis ou de toute partie perdante en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle a suivi les instructions de la société ERDF, maître d'ouvrage techniquement compétent et les travaux qu'elle a réalisés ont été réceptionnés par celle-ci sans réserve, et réglés ;
- la requérante ne démontre pas la réalité de son préjudice, à savoir que son terrain serait devenu invendable du fait de la présence des câbles litigieux, ni ne justifie de la valeur vénale de son terrain qu'elle allègue.
Par une ordonnance du 13 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 31 mai 2022 à 12 heures.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- l'ordonnance n° 1405818/1601688 par laquelle le premier vice-président du tribunal administratif de Marseille a taxé les frais de l'expertise réalisée par M. A.
- l'ordonnance de référé provision n° 1801861.
Vu :
- le code de l'énergie,
- la loi du 15 juin 1906 sur les distributions d'énergie ;
- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de M. Boidé, rapporteur public,
- les observations de Me Baesa substituant Me Rubin pour la société Enedis et de Me Fillion-Hoarau pour la société Entreprise générale d'électricité Noël Béranger.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D C est propriétaire sur le territoire de la commune d'Ensuès-la-Redonne d'une parcelle cadastrée section B n° 624 d'une superficie de 7 080 m2. Elle expose que dans le cadre des travaux de restructuration et d'enfouissement du réseau haute-tension entrepris par la société ERDF, aux droits de laquelle vient la société Enedis, une partie des câbles ont été enfouis sur son terrain sans son autorisation. Elle a sollicité du Tribunal la désignation d'un expert qui a rendu son rapport le 23 novembre 2016, puis, par courrier reçu le 17 juin 2020, a sollicité de la société Enedis la réparation de son préjudice. En l'absence de réponse à sa demande, et estimant que son terrain est devenu invendable du fait de la présence des câbles, Mme C sollicite que la société Enedis soit condamnée à lui verser la somme de 65 000 euros en réparation de ses préjudices, ou, à défaut, et dans le dernier état de ses écritures la somme de 5 475 euros, outre les frais d'expertise qu'elle a exposés.
Sur la prescription quadriennale :
2. Aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics : " Sont prescrites, au profit de l'Etat, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis () ". Il résulte de ces dispositions que la prescription quadriennale qu'elles prévoient ne peut être mise en œuvre qu'au profit des personnes publiques qu'elles énumèrent. Par suite, l'exception de prescription opposée sur ce fondement par la société Enedis doit être rejetée.
Sur les conclusions aux fins d'indemnisation :
3. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise qu'à l'occasion de l'opération de restructuration de la ligne souterraine à haute tension reliant les communes de Gignac et d'Ensuès-la-Redonne autorisée par un arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 22 septembre 2008, la société Entreprise générale d'électricité Noël Béranger, chargée des travaux par la société ERDF, a enfoui les câbles dans le tréfonds du terrain de la requérante et non, ainsi qu'il était prévu, sous la route départementale D9, qui longe à l'ouest la parcelle de Mme C. L'expert cite le plan de bornage annexé à l'arrêté individuel d'alignement du 12 février 2016, qui comporte le tracé des câbles détecté par ERDF passant sur le terrain de la requérante et conclut de manière claire que les câbles HTA BT passent sur toute la largeur de la parcelle de Mme C, sans son accord, ce qui n'est d'ailleurs pas contesté. Si la société Enedis fait état de ce que le compromis de vente conclu par la requérante le 30 mars 2017 fait référence à la note d'urbanisme annexée à ce compromis faisant mention de ce qu'une servitude d'utilité publique I4 " servitude relative à l'établissement des canalisations électriques " grève la parcelle de la requérante, elle ne justifie pas, en sa qualité de concessionnaire, que la mise en place de ces câbles souterrains auraient fait l'objet d'une servitude instaurée en application de l'article 12 de la loi du 15 juin 1906 par convention amiable avec les propriétaires concernés ou, à défaut, par arrêté préfectoral pris après enquête publique. Par suite, l'implantation irrégulière de ces ouvrages publics sur le terrain de Mme C constitue une emprise irrégulière qui engage la responsabilité de la société Enedis et ouvre droit à indemnisation au profit de Mme C.
4. En l'absence d'extinction du droit de propriété, la réparation des conséquences dommageables résultant de la décision d'édifier un ouvrage public sur une parcelle appartenant à une personne privée ne saurait donner lieu à une indemnité correspondant à la valeur vénale de la parcelle, mais uniquement à une indemnité moindre d'immobilisation réparant le préjudice résultant de l'occupation irrégulière de cette parcelle. En conséquence, la requérante ne peut prétendre à une indemnité correspondant à la valeur de son terrain estimée à 65 000 euros dans le compromis de vente qu'elle avait signé le 30 mars 2017. L'expert a en revanche précisé que la surface correspondant à l'emprise des câbles représentait une surface de 365 m2 et fixait par suite l'indemnité sur la base d'un prix de 10 euros le mètre carré en fourchette basse ou 15 euros le mètre carré en fourchette haute. Si le terrain de la requérante en l'état de pinède est classé en zone naturelle au plan local d'urbanisme de la commune d'Ensuès-la-Redonne, les constructions et installations nécessaires à l'exploitation agricole et forestière et les constructions et installations nécessaires à des équipements collectifs ou à des services publics y sont autorisées et l'indemnité mise à la charge de la société Enedis peut en conséquence être fixée, sur la base d'un prix de 15 euros le mètre carré, à 5 475 euros.
Sur l'appel en garantie :
5. Il résulte de l'instruction que la réception des travaux a été prononcée le 4 décembre 2009, la société ERDF ayant procédé aux examens et vérifications nécessaires et accepté l'exécution des travaux et des prestations prévus au bon de commande. Les relations contractuelles avec l'entrepreneur ayant pris fin, les conclusions d'appel en garantie dirigées contre ce dernier par la société Enedis doivent être rejetées.
Sur les frais d'expertise :
6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge définitive de la société Enedis les frais d'expertise taxés et liquidés à la somme de 9 862,96 euros toutes taxes comprises.
Sur les frais du litige :
7. En application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu de mettre à la charge de la société Enedis une somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par Mme C qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. En revanche, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées au même titre par la société Enedis et la société Entreprise générale d'électricité Noël Béranger.
D E C I D E :
Article 1er : La société Enedis est condamnée à verser à Mme C une somme de 5 475 euros.
Article 2 : Les frais d'expertise liquidés et taxés à la somme totale de 9 862,96 euros sont mis à la charge définitive de la société Enedis.
Article 3 : La société Enedis versera à Mme C une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions d'appel en garantie de la société Enedis sont rejetées.
Article 5 : Les conclusions présentées par la société Enedis et la société Entreprise générale d'électricité Noël Béranger au titre de l'article L. 761-1 sont rejetées.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C, à la société Enedis et à la société Entreprise générale d'électricité Noël Béranger.
Copie en sera adressée à M. A, expert.
Délibéré après l'audience du 14 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Markarian, présidente,
M. Secchi, premier conseiller.
Mme Charpy, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 novembre 2022.
La rapporteure,
Signé
C. B
La présidente,
Signé
G. Markarian
La greffière,
Signé
D. Dan
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026