mercredi 17 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2007505 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | ACCARIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 octobre 2020, et un mémoire complémentaire, enregistré le 11 février 2022, M. B A, représenté par Me Gay, demande au tribunal :
1°) de condamner la commune de Peypin à lui verser la somme globale de 29 652,79 euros en réparation des préjudices financier et moral qu'il a subis ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Peypin la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la commune de Peypin a commis des fautes de nature à engager sa responsabilité en raison de la discrimination à l'embauche dont il a été victime ;
- son préjudice financier, correspondant à un manque à gagner de salaires, doit être évalué à la somme de 14 652,79 euros ;
- son préjudice moral doit être évalué à la somme de 15 000 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 10 janvier 2022, la commune de Peypin, représentée par Me Accaries, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 15 février 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 7 mars 2022.
La commune de Peypin, représentée par Me Accaries, a présenté un mémoire le 8 mars 2022, postérieurement à la clôture de l'instruction, qui n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Felmy, rapporteure,
- les conclusions de M. Ouillon, rapporteur public,
- et les observations de M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A a présenté sa candidature au poste de gardien d'équipements sportifs de la commune de Peypin et a bénéficié à cette fin d'un entretien le 4 décembre 2019. S'estimant victime d'une discrimination professionnelle ayant conduit au rejet de sa candidature, il a demandé à la commune de Peypin, par courrier du 9 juin 2020, l'indemnisation de ses préjudices financier et moral. Le maire de la commune a rejeté cette demande par un courrier reçu le 6 août 2020. M. A demande au tribunal de condamner la commune de Peypin à lui verser la somme de 14 652,79 euros en réparation de son préjudice financier et la somme de 15 000 euros en réparation de son préjudice moral.
Sur la responsabilité de la commune de Peypin :
2. Aux termes de l'article 6 de la loi du 13 juillet 1983 : " Aucune distinction, directe ou indirecte, ne peut être faite entre les fonctionnaires en raison de leurs opinions politiques, syndicales, philosophiques ou religieuses, de leur origine, de leur orientation sexuelle ou identité de genre, de leur âge, de leur patronyme, de leur situation de famille, de leur état de santé, de leur apparence physique, de leur handicap ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie ou une race ". Aucune disposition statutaire ne fixant de condition d'âge pour les candidatures des adjoints techniques territoriaux dans l'emploi de gardien d'équipements sportifs, l'âge ne saurait figurer au nombre des critères de sélection des candidats par les jurys de recrutement dans ce cadre d'emploi.
3. Il appartient au juge administratif, dans la conduite de la procédure inquisitoire, de demander aux parties de lui fournir tous les éléments d'appréciation de nature à établir sa conviction. Le juge doit, dès lors qu'il est soutenu qu'une mesure a pu être empreinte de discrimination, exercer son office en tenant compte des difficultés propres à l'administration de la preuve en ce domaine et des exigences qui s'attachent aux principes à valeur constitutionnelle des droits de la défense et de l'égalité de traitement des personnes. S'il appartient au requérant qui s'estime lésé par une telle mesure de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer une atteinte à ce dernier principe, il incombe au défendeur de produire tous ceux permettant d'établir que la décision attaquée repose sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si la décision contestée devant lui a été ou non prise pour des motifs entachés de discrimination, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
4. M. A fait valoir qu'il a été victime de discrimination à raison de son âge et de son apparence physique et fait état, à l'appui de cette affirmation, de ses échanges avec le premier adjoint au maire de la commune qui faisait partie du jury de recrutement, intervenus le 4 décembre 2019 à l'issue de l'entretien. Il résulte des captures d'écrans de la conversation par messagerie issue d'un réseau social ainsi versées au dossier, dont l'authenticité n'est pas remise en cause par la commune, que cet adjoint a signifié à M. A que l'autre candidat en lice pour ce même poste a été retenu de préférence à lui à la fois en raison de son âge, l'adjoint évoquant le concept de " jeunisme ", et de son " physique ", en mentionnant la taille du requérant. L'un de ces messages indique que le requérant n'a " simplement pas réussi à convaincre le jury que [son] expérience et [sa] maturité étai[en]t supérieure[s] à son physique et son jeunisme [] ", le suivant précisant " Oui c'est discriminatoire mais la plupart des recrutements se font comme cela sur un critère de ce style qui n'est pas dit toi si tu le sais c'est parce que je te le dis [] ". Ainsi, dès lors qu'il ressort des échanges émanant d'un élu investi en l'espèce de responsabilités relatives à la sélection du candidat à retenir, que des caractéristiques individuelles de M. A sans rapport avec ses capacités professionnelles effectives ont été prises en compte dans le processus de sélection, celui-ci est fondé à soutenir que l'atteinte au principe d'égalité de traitement des personnes qu'il dénonce est présumée. En revanche, le requérant n'est pas fondé à soutenir que des faits de discrimination à raison de son apparence physique au sens des dispositions précitées de l'article 6 de la loi du 13 juillet 1983 seraient également présumés au motif que l'attention du jury de recrutement s'est portée sur sa tenue vestimentaire lors de l'entretien.
5. Si la commune indique, en réponse, que la décision de recrutement appartient au seul maire et non à la commission d'audition des candidats, et que l'adjoint auteur des messages se serait borné à donner son sentiment personnel sur les raisons pour lesquelles la candidature de M. A n'a pas été retenue, sentiment qui ne reflèterait pas " exactement " l'appréciation des autres membres de la commission, elle n'apporte aucun élément permettant, d'une part, de relativiser la teneur des déclarations de ce membre du jury et, d'autre part et surtout, de connaître les motifs pour lesquels elle a rejeté la candidature de M. A et retenu celle du candidat concurrent, de sorte qu'elle ne peut être regardée comme justifiant que la décision attaquée reposerait sur des motifs objectifs étrangers à la discrimination ressortant des éléments indiqués au point précédent. Par suite, il y a lieu de regarder la décision contestée comme ayant été prise au regard de motifs entachés de discrimination et de condamner la commune de Peypin à réparer le préjudice subi par M. A en résultant.
Sur le préjudice :
6. En premier lieu, si M. A se prévaut d'un préjudice financier issu du manque à gagner de salaires qu'il aurait pu percevoir, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que sa candidature pour le poste concerné aurait été nécessairement retenue en l'absence de discrimination, et M. A doit être regardé comme ayant seulement perdu une chance que sa candidature soit examinée. En tout état de cause, son préjudice financier tiré de la perte de chance de percevoir des traitements ne présente pas de caractère certain dès lors qu'il ressort des pièces du dossier que M. A a perçu l'allocation d'aide au retour à l'emploi entre décembre 2019 et mai 2020, et qu'aucune précision n'est apportée sur son éventuelle activité professionnelle postérieurement à cette dernière date. Par suite, et sans qu'ait d'incidence à cet égard la durée envisagée du contrat pour lequel M. A a postulé en vain, ce chef de préjudice ne peut qu'être écarté.
7. En deuxième lieu, M. A est fondé à se prévaloir du préjudice moral qu'il a subi du fait de la discrimination dont il a fait l'objet. Il en sera fait une juste appréciation dans les circonstances de l'espèce en l'évaluant à la somme de 1 000 euros.
8. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est seulement fondé à demander la condamnation de la commune de Peypin à lui verser la somme de 1 000 euros.
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à ce titre à la charge de M. A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Peypin demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il a lieu de mettre à la charge de la commune de Peypin la somme de 1 500 euros au bénéfice de M. A sur le fondement de ces mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La commune de Peypin est condamnée à verser à M. A la somme de 1 000 euros en réparation de son préjudice.
Article 2 : La commune de Peypin versera à M. A la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Peypin.
Délibéré après l'audience du 3 mai 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Hameline, présidente,
Mme Felmy, première conseillère,
Mme Hétier-Noël, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2023.
La rapporteure,
signé
E. Felmy
La présidente,
signé
M.-L. Hameline
La greffière,
signé
B. Marquet
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026