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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2007812

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2007812

vendredi 14 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2007812
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantGASPARRI LOMBARD ASSOCIEES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 13 octobre 2020 et 22 décembre 2021 Mme E F et son assureur, la MAIF, représentés par Me Gaspari Lombard, demandent au Tribunal :

1°) de condamner la ville de Marseille à verser à Mme F la somme de 12 510 euros, en réparation des préjudices subis à la suite de l'accident dont elle a été victime le 11 décembre 2017 au sein de l'école où elle travaillait ;

2°) de condamner la ville de Marseille à verser à la MAIF la somme de 5 809,30 euros qu'elle a exposée pour le compte de Mme F suite à l'accident dont elle a été victime ;

3°) de mettre à la charge de la ville de Marseille une somme de 2 000 euros à verser à Mme F au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

4°) de mettre à la charge de la ville de Marseille une somme de 6 000 euros à verser à la MAIF au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- leur requête est recevable ;

- la chute de Mme F est imputable au caractère extrêmement glissant de la peinture revêtant le plan incliné reliant le préau à l'accès des salles de classes ; la matérialité des faits, le lien de causalité entre sa chute et l'ouvrage public et le défaut d'entretien normal de l'ouvrage public sont établis ;

- la responsabilité de la ville de Marseille sur le fondement du défaut d'entretien normal de l'ouvrage public est établie ;

- Mme F n'a commis aucune faute d'imprudence ;

- elle est fondée à obtenir l'indemnisation de ses préjudices à hauteur de 12 510 euros ;

- la MAIF est fondée à obtenir le remboursement de la somme de 5 809,30 euros qu'elle a exposée pour le compte de Mme F suite à l'accident dont elle a été victime.

Par un mémoire, enregistré le 26 janvier 2021, le recteur de l'Académie d'Aix-Marseille, demande au Tribunal de condamner la ville de Marseille à verser au ministère de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports la somme de 41 802,42 euros au titre des débours résultant des traitements versés à l'intéressée durant sa période d'arrêt de travail et de ses dépenses de santé.

Il fait valoir que :

- le montant du traitement versé à Mme F durant la période d'indisponibilité s'élève à la somme de 39 533,83 euros ;

- le montant de ses dépenses de santé s'élève à la somme de 2 268,59 euros.

Par des mémoires, enregistrés les 12 et 23 février 2021, le ministère de l'économie, des finances et de la relance demande au Tribunal de condamner la ville de Marseille à lui verser la somme de 39 600,32 euros.

Il fait valoir que :

- il intervient en qualité d'employeur de Mme F;

- l'État a concédé à celle-ci, en réparation de son incapacité persistante, une allocation temporaire d'invalidité d'un montant annuel de 1 377,69 euros, dont le capital représentatif s'élève à 39 600,32 euros ;

- cette prestation d'invalidité doit être imputée, en l'absence de préjudice économique, sur le déficit fonctionnel permanent seul.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 novembre 2021, la ville de Marseille, représentée par Me Phelip, conclut :

1°) à titre principal, à l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires présentées par Mme F et la MAIF, ainsi que par le recteur de l'Académie d'Aix-Marseille et le ministère de l'économie, des finances et de la relance pour défaut de réclamation indemnitaire préalable ;

2°) à titre subsidiaire au rejet des requêtes ;

3°) à la condamnation de l'État à la garantir de toutes les condamnations qui seraient prononcées à son encontre ;

4°) à titre infiniment subsidiaire, à ce que le montant de l'indemnité demandée soit ramené à de plus justes proportions ;

5°) en tout état de cause, à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme F au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- le défaut d'entretien normal n'est pas démontré ;

- la victime, qui connaissait parfaitement les lieux, a commis une faute d'imprudence ;

- dans l'hypothèse où celle-ci aurait droit à être indemnisée, le montant de l'indemnité devra être ramené à de plus justes proportions ;

- à défaut de justificatif, la demande de remboursement formulée par le recteur d'Académie et le ministère de l'économie doivent être rejetées ;

- en tout état de cause, la somme remboursée à l'État ne saurait excéder le montant de la rente versé dans la limite des sommes réparant le déficit fonctionnel temporaire et permanent qui seraient allouées par le Tribunal ;

- en ne prenant aucune mesure face au danger allégué, le chef d'établissement a commis une faute de nature à engager la responsabilité de l'État.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance n° 1804758 du 25 octobre 2018, désignant le docteur D pour procéder à une mission d'expertise ;

- l'ordonnance n° 1907902 du 19 novembre 2019 désignant le docteur D pour procéder à une mission d'expertise ;

- l'ordonnance n° 1804758 du 18 juillet 2019 par laquelle la première vice-présidence du tribunal administratif de Marseille a taxé les frais de l'expertise réalisée par le docteur D ;

- l'ordonnance n° 1907902 du 19 février 2020 par laquelle la première vice-présidence du tribunal administratif de Marseille a taxé les frais de l'expertise réalisée par le docteur D.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code général de la fonction publique ;

- l'ordonnance n° 59-76 du 7 janvier 1959 relative aux actions en réparation civile de l'Etat et de certaines autres personnes publiques ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de M. Boidé, rapporteur public,

- et les observations de Me Lombard pour Mme F et la MAIF.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E F professeure des écoles née le 27 février 1971, expose avoir été victime, le 11 décembre 2017 aux alentours de 11 h 30, d'une chute dans l'école élémentaire publique Bois Lemaître de Marseille, où elle travaille. Cet accident est dû, selon elle, au caractère excessivement glissant de la peinture utilisée pour revêtir le sol de la rampe d'accès reliant le préau à l'intérieur du bâtiment, sur laquelle elle circulait avec ses élèves. Par un courrier du 12 mars 2018, la MAIF, assureur de Mme F, a sollicité auprès de la commune de Marseille, dans l'attente de la consolidation de l'état de santé de son assurée, le versement à cette dernière d'une provision d'un montant de 5 000 euros en réparation des préjudices qu'elle a subis. Le silence gardé par l'administration pendant deux mois a fait naître une décision implicite de rejet. Mme F et la MAIF demandent au Tribunal de condamner la commune de Marseille à leur verser respectivement les sommes de 12 510 euros et 5 809,30 euros, Mme F en réparation des préjudices qu'elle a subis du fait de l'accident dont elle a été victime, la MAIF en remboursement des frais qu'elle a exposés pour le compte de son assurée.

Sur les fins de non-recevoir opposées en défense par la ville de Marseille :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. () ".

3. En premier lieu, il résulte de l'instruction que, par un courrier en date du 12 mars 2018, la MAIF, assureur de Mme F, a sollicité auprès de la commune de Marseille, dans l'attente de la consolidation de l'état de santé de son assurée, le versement à cette dernière d'une provision d'un montant de 5 000 euros en réparation des préjudices qu'elle a subis. La circonstance que cette demande ne contienne pas le chiffrage définitif de l'indemnité demandée, et qu'elle soit adressée par la MAIF, assureur de Mme F, et non par cette dernière elle-même, ne font pas obstacle à la liaison du contentieux. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la commune de Marseille tirée de l'absence de liaison préalable du contentieux, qui manque en fait, doit être rejetée.

4. En second lieu, le recteur de l'académie d'Aix-Marseille et le ministre de l'économie, des finances de la relance interviennent dans la présente instance en qualité d'employeur de Mme F et disposent de plein droit, en application de l'article L. 825-1 du code général de la fonction publique, d'une action subrogatoire en remboursement des prestations versées à un agent public. La commune de Marseille ne peut par suite utilement invoquer à leur encontre les dispositions de l'article R. 421-1 du code de justice administrative.

Sur la responsabilité de la ville de Marseille :

5. La responsabilité de la commune de Marseille est recherchée sur le fondement du défaut d'entretien normal de l'ouvrage que constitue l'école primaire Bois Lemaître, dont la commune est propriétaire et dont il n'est pas contesté que Mme F, fonctionnaire employée par l'État et victime d'un accident de service, était usagère à la date de son accident. Il résulte en effet des termes de l'article L. 212-4 du code de l'éducation que : " La commune a la charge des écoles publiques. Elle est propriétaire des locaux et en assure la construction, la reconstruction, l'extension, les grosses réparations, l'équipement et le fonctionnement () ". À cet égard, il appartient à l'usager d'un ouvrage public qui demande réparation d'un préjudice qu'il estime imputable à cet ouvrage de rapporter la preuve de l'existence d'un lien de causalité entre le préjudice invoqué et l'ouvrage. Dans une telle hypothèse, le maître de l'ouvrage ne peut s'exonérer de l'obligation d'indemniser la victime qu'en rapportant la preuve que l'ouvrage public faisait l'objet d'un entretien normal ou que le dommage est imputable à la faute de la victime ou à un cas de force majeure.

6. En l'espèce, il résulte de l'instruction que Mme F a été victime, le 11 décembre 2017, d'un accident, qui a été reconnu imputable au service par une décision du 18 décembre 2018 et a ouvert à l'intéressée le bénéfice des dispositions du 2° de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'État. La victime a été conduite aux urgences de l'hôpital privé Beauregard où une déformation dorsale de l'avant-bras droit, une fracture diaphysaire inférieure du radius avec discrète bascule dorsale du fragment distal et une fracture de la styloïde ulnaire ont été diagnostiquées. La matérialité de l'accident, dont Mme F a été victime, est ainsi établie, et n'est d'ailleurs pas discutée en défense. En outre, les attestations en date du 23 janvier 2018 établies par deux enseignantes, témoins directs de l'accident, permettent d'établir les circonstances exactes de celui-ci. À cet égard, il ressort que Mme F a glissé aux alentours de 11 h 30, alors qu'elle circulait dans l'établissement avec les élèves de sa classe, sur le plan incliné reliant l'intérieur du bâtiment au préau. Il résulte des pièces versées au dossier que le revêtement de sol posé dans ce lieu ouvert sur l'extérieur, constitue, en raison de son caractère excessivement glissant par temps de pluie, une défectuosité excédant les risques auxquels doivent s'attendre les usagers de l'école, le premier témoin " attribuant cette chute à la peinture brillante du revêtement du préau, qui est très glissant ", et le deuxième témoin précisant que ce " revêtement accidentogène () cause de nombreuses chutes ". Les requérantes produisent également des fiches d'observations remplies par des parents d'élèves et permettant d'établir que, postérieurement à l'accident de Mme F, plusieurs élèves ont chuté et se sont blessés au même endroit. Enfin diverses pièces permettent de justifier des signalements du caractère glissant de ce revêtement faits par la directrice de l'école, notamment le compte rendu du conseil d'école du 16 février 2018 faisant état de la demande de pose d'un revêtement moins glissant en cas de pluie, les copies de messages électroniques adressés le 13 décembre 2017 à la commune de Marseille et le 30 novembre 2018, à Mme B, assistante de santé et sécurité et directrice de l'école élémentaire Figone qui a ensuite saisi pour la quatrième fois la commune de Marseille au sujet de la défectuosité en cause de l'école Bois Lemaître. Dans ces conditions, en se bornant à faire valoir que les plans inclinés d'accès aux salles de classe sont équipés d'une rampe de maintien et à soutenir qu'il n'est pas établi que le revêtement ne respecterait pas les normes de sécurité, sans du reste apporter de précisions sur la nature, les qualités et caractéristiques du revêtement utilisé, la commune de Marseille n'apporte pas la preuve qui lui incombe de l'absence de vice de conception ou de l'entretien normal de l'ouvrage public. Ainsi la responsabilité de la commune de Marseille est engagée à raison de l'accident en litige sur le fondement de la responsabilité pour défaut d'entretien de l'ouvrage public.

7. Si la commune de Marseille invoque une faute de la victime qui connaissait les lieux dès lors qu'elle y travaillait, il résulte de l'instruction, d'une part, que le revêtement du sol du préau a constitué un facteur déterminant de la chute qui a entraîné la fracture du poignet de la victime, à l'origine de ses préjudices personnels, et d'autre part, que la commune de Marseille n'établit pas, par les pièces qu'elle produit, que Mme F aurait effectivement commis une imprudence fautive en n'adaptant pas sa vigilance. Par suite, la commune de Marseille ne peut être, même partiellement, exonérée de sa responsabilité.

Sur les préjudices :

En ce qui concerne les demandes de Mme F :

8. En premier lieu, il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que Mme F, dont l'état a été considéré par l'expert comme étant consolidé au 11 février 2019, a connu, du fait de l'accident dont elle a été victime, une période de déficit fonctionnel temporaire total d'une journée, ainsi que des périodes de déficit fonctionnel temporaire partiel de 33 % du 12 décembre 2017 au 26 janvier 2018 (46 jours), de 15% du 27 janvier 2018 au 6 juillet 2018 (161 jours), de 10 % du 7 juillet 2018 au 11 février 2019 (220 jours).

9. Dans les circonstances de l'espèce, et la requérante ne justifiant pas le forfait de 25 euros qu'elle demande, il sera fait une juste appréciation du montant journalier en le fixant à 13 euros. Par suite, ce chef de préjudice est évalué à la somme totale arrondie de 810 euros.

10. En deuxième lieu, selon le rapport d'expertise, les souffrances endurées par Mme F doivent être évaluées à 3 sur une échelle allant de 1 à 7. Par suite, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en le fixant à 3 650 euros.

11. En troisième lieu, il résulte du rapport d'expertise que le déficit fonctionnel permanent de Mme F a été évalué à 6 %. Compte tenu de ce taux et de l'âge de l'intéressée à la date de consolidation, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en le fixant à la somme de 6 500 euros.

12. Ainsi que la commune de Marseille le demande sans être contredite sur ce point, la somme de 5 748 euros dont Mme F a bénéficié à titre d'indemnisation contractuelle de ce chef de préjudice, que lui a versée la MAIF en sa qualité d'assureur, doit être déduite de l'indemnité due par la commune de Marseille qui lui est accordée, laquelle est fixée en conséquence à la somme totale de 5 212 euros.

En ce qui concerne les demandes de la MAIF :

13. En premier lieu, la MAIF, assureur de Mme F, produit une quittance en date du 17 avril 2018 dont il résulte qu'elle a exposé pour le compte de son assurée la somme de 61,30 euros au titre de frais médicaux et pharmaceutiques engagés suite à l'accident dont elle a été victime le 11 décembre 2017. Par suite, il y a lieu de condamner la commune de Marseille, tiers responsable de l'accident de Mme F, à verser 61,30 euros à la MAIF.

14. En second lieu, la MAIF, en sa qualité d'assureur de Mme F, est subrogée dans les droits de la victime à hauteur des sommes qu'elle a indemnisées. Elle produit à cet égard une quittance en date du 12 février 2020 justifiant du versement, en réparation de l'atteinte à l'intégrité physique ou psychique de Mme F, après consolidation de son état de santé, d'une indemnité d'un montant de 5 748 euros. Cette prestation ne présentant pas de caractère forfaitaire et consistant en l'indemnisation des seuls préjudices subis par Mme F, la MAIF est fondée à en demander le remboursement par la ville de Marseille.

15. Il résulte de ce qui précède que l'indemnité due par la commune de Marseille à la MAIF s'élève à la somme de 5 809,30 euros.

En ce qui concerne les demandes du recteur de l'académie d'Aix-Marseille :

16. Aux termes de l'article 1er de l'ordonnance n° 59-76 du 7 janvier 1959 relative aux actions en réparation civile de l' État, modifiée par l'ordonnance n° 2021-1574 du 24 novembre 2021 portant partie législative du code général de la fonction publique : " L' État, les collectivités territoriales et les établissements publics administratifs disposent de l'action subrogatoire prévue par les dispositions des articles L. 825-1 à L. 825-8 du code général de la fonction publique lorsqu'un décès, une infirmité ou une maladie imputable à un tiers affecte un de leurs agents autres que ceux mentionnés aux articles L. 1 et L. 2 du même code. " L'article L. 825-1 prévoit quant à lui que : " L' État, les collectivités territoriales et les établissements publics à caractère administratif disposent de plein droit contre le tiers responsable du décès, de l'infirmité ou de la maladie d'un agent public, par subrogation aux droits de ce dernier ou de ses ayants droit, d'une action en remboursement de toutes les prestations versées ou maintenues à l'agent public ou à ses ayants droit et de toutes les charges qu'ils ont supportées à la suite du décès, de l'infirmité ou de la maladie. ". Le recteur de l'académie d'Aix-Marseille est fondé à demander, en sa qualité d'employeur de Mme F, le remboursement des débours engagés par l'État du fait de l'accident de cette dernière.

17. Le recteur de l'académie d'Aix-Marseille justifie, par la production d'un état liquidatif détaillé, non sérieusement contesté, avoir servi des traitements à Mme F durant les arrêts de travail ayant résulté de son accident, du 12 au 22 décembre 2017, du 8 janvier au 23février 2018 et du 12 mars au 7 juillet 2018, pour un montant total de 39 533,83 euros et produit une liste détaillée établie le 16 décembre 2020 par la direction des services départementaux de l'éducation nationale des Bouches-du-Rhône, non contestée, des dépenses de santé engagées par l'État pour le compte de Mme F pour un montant de 2 268 euros. Dans ces conditions l'État est fondé à demander, en application des dispositions précitées, le versement par la commune de Marseille d'une somme totale de 41 802,42 euros.

En ce qui concerne les demandes du ministre de l'économie et des finances :

18. Le ministre de l'économie et des finances demande que la commune de Marseille soit condamnée à rembourser à l'État le montant de sa créance née de l'allocation temporaire d'invalidité dont Mme F bénéficie en conséquence de son accident. Il résulte en effet de l'instruction que, sur avis de la commission de réforme des Bouches-du-Rhône réunie le 14 mai 2019, Mme F s'est vu reconnaître un taux d'invalidité de 10 %, sans état antérieur, en raison d'une raideur moyenne du poignet droit dominant, résultant de son accident de service du 11 décembre 2017. Elle bénéficie à ce titre d'une allocation temporaire d'invalidité d'un montant annuel de 1 377,69 euros au titre de la période du 1er février 2019 au 31 janvier 2024.

19. Compte tenu des conditions posées à son octroi et de son mode de calcul, l'allocation temporaire d'invalidité doit être regardée comme ayant pour objet de réparer les pertes de revenus et l'incidence professionnelle résultant de l'incapacité physique causée par un accident de service ou une maladie professionnelle. Le montant de celle-ci ne saurait, dès lors, s'imputer sur les postes de préjudice personnel, seuls dont Mme F a en l'espèce obtenu indemnisation. Les conclusions du ministre de l'économie et des finances présentées à ce titre doivent par suite être rejetées.

Sur l'appel en garantie :

20. Aux termes de l'article R. 421-10 du code de l'éducation : " En qualité de représentant de l'État au sein de l'établissement, le chef d'établissement : () / 3° Prend toutes dispositions, en liaison avec les autorités administratives compétentes, pour assurer la sécurité des personnes et des biens, l'hygiène et la salubrité de l'établissement. ".

21. Il résulte de l'instruction et de ce qui a été dit au point 6 que la directrice de l'établissement scolaire n'a signalé la défectuosité en cause que constitue le caractère excessivement glissant du revêtement du préau et de la rampe d'accès à celui-ci que le 13 décembre 2017, soit postérieurement à l'accident de Mme F, alors pourtant que ce signalement fait état de chutes antérieures. Ainsi, la directrice d'établissement n'a pas appelé l'attention de la commune de Marseille sur l'urgence d'un entretien approprié concernant le revêtement litigieux, ni pris les mesures de sécurité qu'imposaient les circonstances. Cette carence est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'État. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste évaluation de la responsabilité de l'État en le condamnant à garantir la ville de Marseille à concurrence de 50 % des condamnations prononcées à son encontre, y compris celles prononcées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Sur les frais d'expertise :

22. Il y a lieu de mettre à la charge définitive de la commune de Marseille les frais et honoraires des expertises du Dr D, liquidés et taxés aux sommes respectivement de 500 et de 400 euros toutes taxes comprises par ordonnances du juge des référés du Tribunal du 18 juillet 2019 et du 19 février 2020.

Sur les frais liés au litige :

23. En premier lieu, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme F, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme que demande la commune de Marseille au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Marseille une somme globale de 1 500 euros à verser à Mme F et à la MAIF.

D E C I D E :

Article 1er : La commune de Marseille est condamnée à verser à Mme F une somme de 5 212 euros.

Article 2 : La commune de Marseille est condamnée à verser à la MAIF la somme de 5 809, 30 euros.

Article 3 : La commune de Marseille est condamnée à verser à l'Etat la somme de 41 802,42 euros.

Article 4 : Les frais d'expertise liquidés et taxés à la somme totale de 900 euros sont mis à la charge définitive de la commune de Marseille.

Article 5 : La commune de Marseille versera à F et la MAIF une somme globale de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 6 : L'État est condamné à garantir la commune de Marseille à concurrence de 50 % des condamnations prononcées à son encontre aux articles 1, 2, 3, 4 et 5 du présent dispositif.

Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 8 : Le présent jugement sera notifié à Mme E F, à la MAIF, au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique et à la commune de Marseille.

Copie en sera adressée au recteur de l'académie d'Aix-Marseille et au docteur D, expert.

Délibéré après l'audience du 30 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Markarian, présidente,

M. Secchi, premier conseiller.

Mme Charpy, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2022.

La rapporteure,

Signé

C. A

La présidente,

Signé

G. Markarian La greffière,

Signé

D. Dan

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, en ce qui les concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

7

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