mercredi 11 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2008259 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | BONAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 octobre 2020, Mme G J veuve I, Mme L I épouse M, M. E I, M. R I, M. T I, Mme S I épouse K, Mme N I épouse F, Mme P I épouse O, M. C I, Mme Q I épouse B A et Mme D I épouse K, représentés par Me Bonan, demandent au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à leur verser une somme de 50 000 euros chacun en réparation des préjudices qu'ils ont subis du fait de leurs conditions d'accueil et d'hébergement dans des camps de transit après le rapatriement du chef de famille d'Algérie en France ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à chacun d'eux en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la responsabilité pour faute de l'Etat est engagée en raison des conditions de vie indignes qui leur ont été réservées en tant qu'enfants de harki dans des camps dans lesquels ils ont vécu de 1962 à 1984 ;
- ces conditions de vie ont entraîné des graves séquelles physiques pour l'ensemble de la famille ;
- leurs préjudices respectifs s'élèvent à la somme de 50 000 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 mai 2022, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- l'action des requérants est prescrite ;
- en tout état de cause, les requérants ne versent aucune pièce permettant d'attester qu'ils ont été hébergés dans le camp de Rivesaltes et les autres hameaux de forestages mentionnés dans les documents produits ne sont pas au nombre des camps ouverts par l'administration des rapatriés ;
- ils ne produisent aucune pièce permettant de vérifier l'exactitude des séquelles morales et physiques qu'ils allèguent ;
- les requérants peuvent déposer une demande selon la procédure prévue par la loi n°2022-229 du 23 février 2022 applicable aux demandes d'indemnisation des dommages subis dans les camps de harkis.
Par une ordonnance du 9 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 6 juin 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi du 29 janvier 1831 ;
- la loi n° 45-0195 du 31 décembre 1945 ;
- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;
- la loi n° 2022-229 du 23 février 2022 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Felmy, rapporteure,
- et les conclusions de M. Ouillon, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. H I, né en 1941 en Algérie, ancien personnel des formations supplétives pendant la guerre d'Algérie, a été rapatrié en France en 1962. Mme J, sa veuve, ainsi que MM. et Mmes I, ses dix enfants, indiquent avoir vécu dans le camp de Rivesaltes du 1er août 1962 au 11 avril 1963, dans le camp de Montmorin du 11 avril 1963 au 22 juillet 1965, dans le camp de Sault du 22 juillet 1965 au 1er janvier 1967, et dans le hameau de forestage de la Plaine Brunette à la Ciotat du 1er janvier 1967 jusqu'au 23 novembre 1984. Le 1er septembre 2020, les consorts I ont adressé une demande indemnitaire préalable à la direction générale des finances publiques tendant à la réparation des préjudices subis du fait des conditions de vie indignes dans les camps dans lesquels ils ont vécu entre 1962 et 1982. Une décision implicite de rejet résultant du silence de l'administration sur cette demande est née en cours d'instance. Les requérants demandent au tribunal de condamner l'Etat à leur verser une somme de 50 000 euros chacun en réparation des préjudices qu'ils estiment avoir subis.
2. D'une part, aux termes de l'article 148 de la loi du 31 décembre 1945, abrogeant et remplaçant l'article 9 de la loi du 29 janvier 1831 portant règlement du budget et des dispositions sur la déchéance des créanciers de l'Etat modifiée : " Sont prescrites et définitivement éteintes au profit de l'Etat, des départements, des communes et des établissements publics toutes créances qui, n'ayant pas été acquittées avant la clôture de l'exercice auquel elles appartiennent, n'ont pas pu être liquidées, ordonnées et payées dans un délai de quatre années à partir de l'ouverture de l'exercice ". Selon l'article 10 de la loi du 29 janvier 1831, modifié par le décret du 30 octobre 1935 : " Les dispositions de l'article précédent ne seront pas applicables aux créances dont l'ordonnancement et le paiement n'auraient pu être effectués, dans les délais déterminés, par le fait de l'administration ". D'autre part, aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics : " Sont prescrites, au profit de l'Etat () toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis. () ". Aux termes de son article 3 : " La prescription ne court ni contre le créancier qui ne peut agir, soit par lui-même ou par l'intermédiaire de son représentant légal, soit pour une cause de force majeure, ni contre celui qui peut être légitimement regardé comme ignorant l'existence de sa créance ou de la créance de celui qu'il représente légalement ". En application de cet article, les dispositions de cette loi ne sont pas applicables aux créances atteintes de déchéance avant le 1er janvier 1969.
3. Lorsque la responsabilité d'une personne publique est recherchée, les droits de créance invoqués en vue d'obtenir l'indemnisation des préjudices doivent être regardés comme acquis, au sens des dispositions précitées, à la date à laquelle la réalité et l'étendue de ces préjudices ont été entièrement révélées, ces préjudices étant connus et pouvant être exactement mesurés. La créance indemnitaire relative à la réparation d'un préjudice présentant un caractère continu et évolutif doit être rattachée à chacune des années au cours desquelles ce préjudice a été subi. Dans ce cas, le délai de prescription de la créance relative à une année court à compter du 1er janvier de l'année suivante, à la condition qu'à cette date le préjudice subi au cours de cette année puisse être mesuré.
4. Les préjudices dont font état les consorts I, liés aux conditions de vie indignes qu'ils ont subies dans différents camps et hameaux de forestage, présentent un caractère continu et évolutif. Dès lors, la créance indemnitaire relative à ces préjudices doit être rattachée à chacune des années au cours desquelles ils ont été subis. En application de l'article 9 de la loi du 29 janvier 1831 modifié par l'article 148 de la loi du 31 décembre 1945, les créances nées au cours des années 1962 à 1965 étaient, à la date d'entrée en vigueur de la loi du 31 décembre 1968, déchues, et de ce fait prescrites à la date à laquelle les requérants ont formé leur réclamation préalable, en septembre 2020. En outre, en application des dispositions précitées de la loi du 31 décembre 1968, les créances de Mmes et MM. I, nées au cours des années 1966 à 1984 étaient également prescrites à la date à laquelle ils ont présenté leur réclamation préalable. A supposer que le point de départ du délai de prescription soit non pas l'année au cours de laquelle le préjudice a été subi mais l'année où il a cessé, la nature et l'étendue des conséquences dommageables de cette faute étaient, en tout état de cause, connues dès 1984, année au cours de laquelle la famille I a quitté le hameau forestier de la Plaine Brunette. Si, les enfants de M. H I étant nés entre 1962 et 1977, le délai de prescription de la créance se rapportant à leur préjudice n'a pu courir qu'à compter du 1er janvier de l'année suivant celle au cours de laquelle ils ont atteint leur majorité, par application de l'article 3 de la loi du 31 décembre 1968, dès lors qu'ils pouvaient être légitimement regardés comme ignorant jusque-là l'existence de leur créance, celle-ci était également prescrite à la date à laquelle ils ont présenté leur demande indemnitaire, en septembre 2020, dès lors qu'ils avaient, à cette date, atteint depuis plus de quatre ans l'âge de la majorité. Dans ces conditions, le ministre des armées est fondé à opposer aux conclusions tendant à l'indemnisation de ces conséquences dommageables la prescription quadriennale prévue par les dispositions précitées de la loi du 31 décembre 1968, sans préjudice de la possibilité pour les requérants, s'ils s'y croient fondés, de demander à la commission indépendante instituée à cette fin le bénéfice des dispositions de l'article 3 de la loi du 23 février 2022 portant reconnaissance de la Nation envers les harkis et les autres personnes rapatriées d'Algérie anciennement de statut civil de droit local et réparation des préjudices subis par ceux-ci et leurs familles du fait de l'indignité de leurs conditions d'accueil et de vie dans certaines structures sur le territoire français, dispositions qui prévoient une réparation sous forme d'une somme forfaitaire tenant compte de la durée du séjour dans ces structures.
5. Enfin, à supposer que les consorts I aient entendu invoquer des préjudices distincts résultant de " graves séquelles " occasionnées à leur santé physique et liées à leur séjour dans les camps, ils ne versent aux débats aucun élément ou pièce utile permettant d'en établir la réalité ou l'étendue. Par suite, les conclusions des requérants tendant à la réparation de ces chefs de préjudices ne peuvent, en tout état de cause, qu'être rejetées.
6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions des requérants tendant à la condamnation de l'État à la réparation des préjudices nés des conditions d'accueil et de vie dans les camps dans lesquels ils ont vécu de 1962 à 1984 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de MM. et Mmes I est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié Mme L I épouse M, désignée en application de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, pour l'ensemble des requérants, et au ministre des armées.
Délibéré après l'audience du 19 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Hameline, présidente,
Mme Felmy, première conseillère,
Mme Hétier-Noël, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 janvier 2023.
La rapporteure,
signé
E. Felmy
La présidente,
signé
M.-L. Hameline
La greffière,
signé
B. Marquet
La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026