jeudi 24 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2008318 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | FOUDIL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 28 octobre 2020 et les 11 avril 2021 et 26 mai 2022, M. A D et Mme E C, épouse D représentés par Me Foudil, demandent au tribunal :
1°) à titre principal, de prononcer la décharge des cotisations d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2014, 2015 et 2016, et des pénalités correspondantes ;
2°) à titre subsidiaire, de ramener le montant des revenus considérés comme distribués pour chaque année à celui qui résulte de l'application du coefficient brut de 2,03 aux chiffres d'affaires hors taxe déclarés en 2017 et 2018 par la SARL Marco Paulo ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 200 euros hors taxes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
Sur la régularité de la procédure d'imposition de la SARL Marco Paulo :
- la proposition de rectifications concernant le rejet de la comptabilité de la SARL Marco Paulo est insuffisamment motivée ;
- la procédure d'imposition suivie avec la société est entachée d'irrégularité dès lors qu'elle a excédé le délai légal de trois mois ;
- la procédure d'imposition est entachée d'irrégularité dès lors que le service vérificateur a prélevé et utilisé des fichiers relatifs aux recettes des mois de mai à septembre 2017, période non couverte par les opérations de contrôle ;
Sur le bien-fondé des impositions :
- la société ne peut être soumise à l'impôt sur les sociétés sur option dès lors qu'elle n'a pas adressé au service gestionnaire la lettre d'option à l'impôt sur les sociétés ;
- c'est à tort que le service vérificateur justifie le rejet de la comptabilité par l'absence de détail des produits vendus, d'inventaire des stocks, de précisions quant au mode de paiement et de pièces justificatives des ventes ;
- la reconstitution de recettes de la période vérifiée est radicalement viciée dès lors qu'elle est fondée sur la seule année 2017, qui comporte deux mois sans caisse enregistreuse ;
Sur les pénalités :
- les pénalités pour manquement délibéré ne sont pas justifiées, l'administration ne démontrant pas les irrégularités comptables constatées et la minoration de recettes.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 11 mars et 25 avril 2022, la directrice régionale des finances publiques de Provence-Alpes-Côte d'Azur et du département des Bouches-du-Rhône conclut au non-lieu à statuer partiel et au rejet du surplus de la requête.
Elle fait valoir que les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Zarrella, rapporteur,
- les conclusions de Mme Caselles, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. À l'issue de la vérification de comptabilité dont la SARL Marco Paulo a fait l'objet, Mme D, son associée unique et gérante, s'est vue notifier, selon la procédure contradictoire, par une proposition de rectification du 30 novembre 2017, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre des années 2014, 2015 et 2016, à raison des revenus réputés distribués par cette société entre ses mains, sur le fondement du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts. M. et Mme D demandent la décharge des impositions ainsi mises à leur charge et des pénalités pour manquement délibéré dont elles ont été assorties.
Sur l'étendue du litige :
2. Postérieurement à l'introduction de la requête, l'administration fiscale a, par un avis du 11 mars 2022, prononcé un dégrèvement de 3 266 euros en droits et 1 684 euros en pénalités, et de 2 494 euros en droit et 1 167 euros en pénalités des cotisations supplémentaires de contribution sociale généralisée auxquelles les requérants ont été assujettis respectivement au titre des années 2014 et 2015. Les conclusions de la requête sont, dans cette mesure, devenues sans objet.
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
3. En vertu du principe de l'indépendance des procédures visant respectivement la société et les associés, les éventuelles irrégularités commises dans la vérification de la comptabilité de la SARL Marco Paulo sont sans influence sur la validité des impositions personnelles des associés résultant de ce contrôle. Il en résulte que M. et Mme D ne peuvent utilement invoquer de prétendues irrégularités affectant la vérification de comptabilité de la SARL Marco Paulo à l'appui de leur contestation des impositions mises à la charge de Mme D dans la catégorie des revenus distribués, à raison de ce contrôle.
Sur le bien-fondé des impositions portées à la charge de la SARL Marco Paulo :
Sur la charge de la preuve :
4. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : / 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital () ".
5. Mme D ayant refusé les rectifications qui lui ont été notifiées selon la procédure contradictoire, la charge de la preuve repose sur l'administration.
En ce qui concerne le rejet de la comptabilité de la SARL Marco Paulo :
6. Aux termes de l'article 54 du code général des impôts : " Les contribuables mentionnés à l'article 53 A sont tenus de représenter à toute réquisition de l'administration tous documents comptables, inventaires, copies de lettres, pièces de recettes et de dépenses de nature à justifier l'exactitude des résultats indiqués dans leur déclaration. () ".
7. L'administration a constaté que la SARL Marco Paulo n'a pas été en mesure de justifier du détail de ses recettes journalières pour les exercices faisant l'objet de la vérification de comptabilité. Elle s'est bornée à produire un tableau Excel ne donnant aucun détail des produits vendus, des modes de paiement et de l'inventaire des stocks. Il en est résulté que le service vérificateur a été dans l'impossibilité de vérifier la concordance des ventes réalisées avec les achats comptabilisés, les carnets à souche présentés, contenant des notes manuscrites insuffisamment détaillées ne permettant pas de justifier les ventes réalisées. En ce qui concernait les modes de paiement, l'enregistrement quotidien des recettes sans distinction des chèques et des espèces a empêché le service de vérifier la régularité et l'exactitude du compte de caisse. Enfin, si le suivi de l'inventaire des stocks sur le tableau des recettes ne relevait pas d'une obligation légale, ainsi que le soutenait la société requérante, les requérants n'ont apporté à l'instance aucun élément ou document donnant le détail des stocks. Il résulte de l'ensemble de ces éléments que l'administration apporte la preuve du défaut de caractère probant et sincère de la comptabilité de la SARL Marco Paulo et que, par suite, elle était fondée à écarter sa comptabilité et à procéder à la reconstitution de son chiffre d'affaires, à l'origine des distributions contestées.
En ce qui concerne l'assujettissement à l'impôt sur les sociétés de la SARL Marco Paulo :
8. En application des dispositions ombinées des articles 206, 239 et de l'article 22 de l'annexe IV au code général des impôts, et des articles R. 123-1, r. 123-3, R. 123-5 et R. 123-17 du code de commerce, pour exercer valablement leur option pour l'imposition selon le régime propre aux sociétés de capitaux, les sociétés de personnes doivent soit notifier cette option au service des impôts du lieu de leur principal établissement, conformément aux prescriptions de l'article 239 du code général des impôts et de l'article 22 de l'annexe IV à ce code, soit cocher la case prévue à cet effet sur le formulaire remis au centre de formalités des entreprises ou au greffe du tribunal de commerce dont elles dépendent à l'occasion de la déclaration de leur création ou de leur modification, manifestant ainsi sans ambiguïté l'exercice de leur option. Si les dispositions de ces articles n'ont ni pour objet, ni pour effet de dispenser de ces formalités les sociétés ou groupements mentionnés au 3 de l'article 206 du code général des impôts qui opteraient pour leur assujettissement à cet impôt alors qu'ils n'y étaient pas précédemment soumis, il en va autrement dans l'hypothèse où une société à responsabilité limitée décide, au moment de la réunion de toutes ses parts entre les mains d'un associé unique, de demeurer assujettie à l'impôt sur les sociétés. Une telle entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée est réputée avoir régulièrement exercé l'option offerte au 3 de l'article 206 si elle a opté dans ses statuts, dans le délai prévu à la deuxième phrase du deuxième alinéa de l'article 239, pour l'assujettissement à l'impôt sur les sociétés, et si elle a, au titre du premier exercice clos après la réunion des parts dans une même main, déclaré ses résultats sous le régime de l'impôt sur les sociétés.
9. Il résulte de l'instruction que, le 10 juin 2015, M. B, qui possédait la moitié des parts de la SARL Marco Paulo les a revendues à Mme D, qui en est ainsi devenue l'associée unique, transformant la SARL Marco Paulo en entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée.
D'une part, ainsi que le fait valoir l'administration, l'article 22 des statuts de la SARL Marco Paulo, à jour au 10 juin 2015, dispose : " Après approbation des comptes et constatation de l'existence d'un bénéfice distribuable, l'Assemblée générale détermine sur proposition de la gérance toutes sommes qu'elle juge convenable de prélever sur ce bénéfice pour être reportées à nouveau sur l'exercice suivant ou inscrites à un ou plusieurs fonds de réserves ordinaires ou extraordinaires, généraux ou spéciaux, dont elle règle l'affectation ou l'emploi. Le surplus, s'il en existe, est attribué aux associés sous forme de dividende. ". Il ressort de ces dispositions que la société requérante n'a pas modifié cet article de son statut initial, lequel, par son contenu, témoigne du maintien de son assujettissement, par option, à l'impôt sur les sociétés. D'autre part, il n'est pas contesté qu'elle a déposé, le 4 août 2017, la déclaration de résultats sous le régime de l'impôt sur les sociétés, au titre du premier exercice clos après la réunion des parts dans une même main. Par suite, et alors même que l'administration n'est pas en mesure de produire l'accusé de réception de la lettre datée du 15 juillet 2015 et à l'attention du service gestionnaire du dossier fiscal de la SARL Marco Paulo demandant explicitement le renouvellement de l'assujettissement à l'impôt sur les sociétés, malgré les changements affectant ses statuts, remise sur demande du service vérificateur, M. et Mme D ne sont pas fondés à soutenir que la société Marco Paulo n'a pas opté à son assujettissement à l'impôt sur les sociétés.
En ce qui concerne la reconstitution de recettes de la société :
10. La SARL Marco Paulo exerçant plusieurs activités, en l'occurrence la cuisson de produits de boulangerie surgelés, la plus importante, la fabrication ou la transformation à partir de produits frais ou surgelés à compter de mi-2016, l'achat-revente de boissons, de biscottes, chips, produits secs et glaces à compter de mi-2016, la vente aux professionnels des environs, bars et restaurants, des collectivités locales et associations des produits de viennoiserie en appliquant des remises, le service vérificateur a recouru à la méthode des constantes, pour reconstituer le chiffre d'affaires total, égal à la somme des chiffre d'affaires activité de cuisson, achat-revente et produits fabriqués. Cette méthode a consisté à déterminer en premier lieu la part représentée par les ventes de produits surgelés et revendus en l'état dans le chiffre d'affaires total sur une période, puis à déterminer en second lieu les recettes toutes taxes comprises générées par l'activité de cuisson et de revente en l'état selon la méthode dite de " comptabilité matière ", laquelle consiste à déterminer les quantités de produits revendus et à leur appliquer le tarif de vente constaté en magasin. Le chiffre d'affaires total toutes taxes comprises reconstitué par exercice est alors égal au rapport existant entre la somme des chiffres d'affaires " cuisson " et " vente en l'état " et le pourcentage de ces deux activités dans le chiffre d'affaires total. Ainsi, en l'absence de justificatifs de recettes, le service vérificateur a appliqué aux trois exercices vérifiés, 2014, 2015 et 2016, le pourcentage des recettes " cuisson " et " ventes en l'état " révélées par l'exploitation des statistiques de vente entre mai et septembre 2017. Par ailleurs, en l'absence de modification des conditions d'exploitation de la société d'une année sur l'autre, ainsi que l'a confirmé la gérante, Mme D, lors des opérations de contrôle, le service vérificateur était fondé à utiliser les statistiques de vente entre mai et septembre 2017 pour calculer les coefficients de bénéfice brut appliqués aux exercices vérifiés. Il en est résulté au titre des années 2014, 2015 et 2016, des chiffres d'affaires toutes taxes comprises respectivement de 417 590 euros, 395 960 euros et 313 861 euros.
11. Au regard des modalités retenues par l'administration pour se livrer à cette reconstitution, précises et complètes, les requérants n'apportent, à l'appui de leur requête, aucun élément leur permettant de contester utilement la méthode retenue par le service vérificateur pour reconstituer les recettes de la SARL Marco Paulo. Dès lors, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve, qui lui incombe, du bien -fondé des bases imposables retenues sur ce point
12. Il résulte de ce qui précède que M. et Mme D ne sont pas fondés à contester la réintégration des sommes en litige dans leurs revenus imposables au titre des années 2014, 2015 et 2016.
Sur les pénalités :
13. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt () entraînent l'application d'une majoration de : a. 40 % en cas de manquement délibéré ".
14. Pour justifier la majoration de 40 % prévue par les dispositions de l'article 1729 du code général des impôts, l'administration fait valoir que Mme D, en sa qualité de maître de l'affaire, ne pouvait ignorer l'existence de ces revenus distribués et a sciemment, de manière répétitive, minoré sa base imposable à l'impôt sur le revenu des années vérifiées. Au vu de ces éléments, l'administration doit être regardée comme établissant que les inexactitudes et omissions relevées caractérisent un manquement délibéré de la part de Mme D au sens des dispositions de l'article 1729 du code précité.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées à fin de décharge par M. et Mme D doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
16. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par les requérants sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à la décharge des cotisations supplémentaires de contribution sociale généralisée qui ont été réclamés à M. et Mme D au titre des années 2014 et 2015 à concurrence du dégrèvement prononcé en cours d'instance.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. et Mme D est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et à Mme E C épouse D et à la directrice des finances publiques de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur et du département des Bouches-du-Rhône.
Délibéré après l'audience du 8 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Menasseyre, présidente,
M. Zarrella, premier conseiller,
Mme Pouliquen, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2022.
Le rapporteur,
signé
A-D Zarrella
La présidente,
signé
A. MenasseyreLa greffière,
signé
A. Vidal
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
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01/06/2026