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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2008577

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2008577

lundi 21 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2008577
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantERNST & YOUNG LYON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 4 novembre 2020, le 20 octobre 2021 et le 24 octobre 2022, la société Menudières de La Roque, représentée par Me Dragon, demande au Tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner in solidum la commune d'Aix-en-Provence et la métropole d'Aix-Marseille-Provence à lui verser la somme totale de 59 258,01 euros assortie des intérêts à taux légal à compter du dépôt du présent mémoire, en indemnisation des préjudices qu'elle a subis suite aux venues d'eau dans le sous-sol de son local commercial ;

2°) de mettre à la charge solidaire de la commune d'Aix-en-Provence et de la métropole d'Aix-Marseille-Provence une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les désordres qu'elle a subis ont pour cause un défaut de raccordement de deux avaloirs d'eau pluviales à une galerie souterraine qui se déverse dans son sous-sol ;

- la responsabilité de ces ouvrages publics incombe à la métropole d'Aix-Marseille-Provence ;

- dès lors que la Métropole oppose la responsabilité de la commune d'Aix-en-Provence, responsable de la gestion des ouvrages publics dans le cadre d'une convention de gestion des eaux pluviales, elle est fondée à rechercher la responsabilité solidaire de la Métropole et de la Commune ;

- elle est tiers par rapport aux ouvrages publics et est fondée à solliciter l'indemnisation de ses préjudices sur le fondement de la responsabilité sans faute pour dommages de travaux publics, étant victime d'un dommage anormal ;

- elle justifie du bien-fondé de sa demande d'indemnisation suite aux pertes financières et au trouble de jouissance qu'elle a subis en raison des inondations du sol-sol de son local commercial ;

- les objections opposées en défense à ses demandes d'indemnisation auraient dû être soumises à l'analyse technique de l'expert ;

- elle n'a commis aucune faute de nature à exonérer les collectivités territoriales de leur responsabilité.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 janvier 2021, la commune d'Aix-en-Provence, représentée par la SCP Gobert et associés, agissant par Me Fouilleul, conclut, à titre principal, à sa mise hors de cause, à titre subsidiaire, à la minoration du montant de la somme allouée et, en tout état de cause, à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la partie perdante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- le dommage de la requérante trouve son origine exclusive dans le défaut de raccordement de deux avaloirs d'eaux pluviales à une galerie souterraine pluviale ;

- il s'agit d'un dommage dû à l'existence même, à la nature ou au dimensionnement des ouvrages publics que constituent la galerie souterraine et les deux avaloirs ;

- les stipulations de la convention de gestion du service des eaux pluviales conclue avec la métropole d'Aix-Marseille-Provence ne sauraient avoir pour effet de lui transférer l'exercice de cette compétence qui demeure à la charge de la Métropole ; les articles 2 et 6 de la convention sont réputés nuls et non avenus et devront être écartés ;

- seule la responsabilité de la Métropole, propriétaire et gestionnaire des ouvrages publics litigieux, peut être engagée ;

- en raison des circonstances de l'espèce et de la faute de la victime, il y a lieu de laisser à la charge de celle-ci 30 % des conséquences dommageables des inondations ;

- les factures produites par la requérante ne permettent pas de justifier de la réalité du préjudice résultant de la perte de nourriture et de matériel ;

- la somme correspondant aux frais d'achat de la pompe doit être ramenée à 150 euros, dès lors que la société requérante aurait pu se contenter de louer une telle pompe ;

- les travaux de remise en état de la structure du bien destinés à assurer son étanchéité suffisante ne relèvent pas du preneur mais du bailleur et propriétaire de l'immeuble en cause, il n'y a donc pas lieu de verser la somme réclamée à ce titre à la requérante ; en tout état de cause la somme correspondant à la fourniture et à la pose d'une chape sèche, destinée à enrichir le bien, doit être exclue de l'indemnisation ;

- la somme indemnisant la perte de jouissance de la cave doit être ramenée à la somme de 2 000 euros.

Par des mémoires en défense enregistrés le 27 janvier 2021, le 22 février 2021 et le 8 novembre 2021, la métropole d'Aix-Marseille-Provence, représentée par le Cabinet Ernst et Young Société d'Avocats, agissant par Me Vivien, conclut, à titre principal, à sa mise hors de cause, à titre subsidiaire, à ce que la commune d'Aix-en-Provence soit condamnée à la garantir de toutes les condamnations qui seraient prononcées à son encontre et, en tout état de cause, à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société Menudières de La Roque au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'ouvrage public ayant causé le dommage, à savoir la galerie souterraine, n'est pas un élément constitutif du réseau d'évacuation des eaux pluviales mais un ouvrage propre au réseau de distribution d'eau de la fontaine ;

- en tout état de cause en application de la convention de gestion, qui est parfaitement opposable, la commune d'Aix-en Provence est responsable du réseau public d'eaux pluviales et a en charge, au titre de l'article 2 de la convention de gestion, la gestion et l'exploitation des ouvrages et des équipements situés sur le domaine public, ainsi que la maintenance, l'entretien, le renouvellement et la réalisation des ouvrages et équipements affectés au service ;

- la convention ne saurait être requalifiée en délégation de compétence ;

- la commune d'Aix-en-Provence méconnaît le principe de loyauté contractuelle en essayant de ne pas appliquer la convention de gestion ;

- la société requérante a commis une faute de nature à l'exonérer de sa responsabilité ;

- les factures produites ne permettent pas de justifier de la réalité du préjudice résultant de la perte de nourriture et de matériel ;

- l'achat de la pompe était inutile dès lors que la société aurait pu se contenter de louer une telle pompe ;

- le devis de la remise en état porte sur les " voûte et murs " de la cave ainsi que sur la reprise du sol avec création d'une chape en béton ; ces travaux constituent des travaux de grosse réparation en application de l'article 606 du code civil ; la réparation de ces éléments relève ainsi du propriétaire du local commercial et non de son locataire ;

- la cave ne remplit pas la même fonction que le local commercial, dès lors aucune perte de jouissance de la cave ne pourra être indemnisée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de M. Boidé, rapporteur public,

- et les observations de Me Dragon pour la société Menudières de La Roque, de Me Pion pour la commune d'Aix-en-Provence et de Me Sebbar substituant Me Vivien pour la métropole d'Aix-Marseille-Provence.

Une note en délibéré a été produite pour la métropole d'Aix-Marseille-Provence le 8 novembre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. La société Menudières de La Roque exploite une activité d'épicerie-alimentation sous l'enseigne Proxi dans des locaux situés à l'angle de la rue Jacques de La Roque et de la rue des Menudières à Aix-en-Provence. Elle expose que le sous-sol de son local commercial est devenu inutilisable en raison d'inondations récurrentes à chaque forte pluie, causées par le raccordement de deux avaloirs d'eaux pluviales situés rue des Menudières à une galerie souterraine se déversant, par une ancienne serve, dans le sous-sol de son local. Les demandes préalables d'indemnisation qu'elle a adressées, le 28 août 2020, à la commune d'Aix-en-Provence et à la métropole d'Aix-Marseille-Provence étant restées sans réponse, la société Menudières de La Roque demande au Tribunal que la commune d'Aix-en-Provence et la métropole d'Aix-Marseille-Provence soient condamnées in solidum à l'indemniser des préjudices qu'elle estime avoir subis, à hauteur de la somme totale de 59 255,01 euros.

Sur la responsabilité :

2. Le maître de l'ouvrage est responsable, même en l'absence de faute, des dommages que les ouvrages publics dont il a la garde peuvent causer aux tiers tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement. Il ne peut dégager sa responsabilité que s'il établit que ces dommages résultent de la faute de la victime ou d'un cas de force majeure. Ces tiers ne sont pas tenus de démontrer le caractère grave et spécial du préjudice qu'ils subissent lorsque le dommage n'est pas inhérent à l'existence même de l'ouvrage public ou à son fonctionnement et présente, par suite, un caractère accidentel.

3. En premier lieu, il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise du 20 juillet 2020, qu'à au moins deux reprises, le 2 mai 2018 et le 9 août 2018, le sous-sol du local commercial de la société requérante a fait l'objet de venues d'eaux au cours d'épisodes de fortes pluies. Ces désordres sont dus, d'après le rapport d'expertise, au raccordement à tort de deux avaloirs d'eaux pluviales situés dans la rue des Menudières à une ancienne galerie de distribution d'eau potable au lieu du réseau de collecte des eaux pluviales. Dans ces conditions, et contrairement à ce que fait valoir la métropole d'Aix-Marseille-Provence, le dommage subi par la société requérante, qui présente un caractère accidentel, est imputable, non pas à l'ancienne galerie de distribution d'eau potable provenant d'une fontaine située à proximité, mais aux ouvrages publics que constituent les deux avaloirs d'eaux pluviales, lesquels sont indissociables du réseau de collecte des eaux pluviales.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 5211-5 du code général des collectivités territoriales : " L'établissement public de coopération intercommunale est substitué de plein droit, à la date du transfert des compétences, aux communes qui le créent dans toutes leurs délibérations et tous leurs actes. ". Aux termes de l'article L. 5217-2 du code général des collectivités territoriales : " I. - La métropole exerce de plein droit, en lieu et place des communs membres, les compétences suivantes : () 5° En matière de gestion des services d'intérêt collectif : / a) Assainissement des eaux usées, dans les conditions prévues à l'article L. 2224-8, gestion des eaux pluviales urbaines au sens de l'article L. 2226-1 et eau ". En application de l'article L. 5218-2 : " I. - Sans préjudice de l'article L. 5217-2 du présent code et à l'exception des compétences énoncées au k du 6° du I du même article L. 5217-2 et à l'article L. 2124-4 du code général de la propriété des personnes publiques, la métropole d'Aix-Marseille-Provence exerce les compétences qui étaient, à la date de sa création, transférées par les communes membres aux établissements publics de coopération intercommunale fusionnés en application du I de l'article L. 5218-1 du présent code ".

5. Il résulte des dispositions précitées des articles L. 5217-2 et L. 5218-2 du code général des collectivités territoriales que la métropole d'Aix-Marseille-Provence est, depuis le 1er janvier 2018, compétente de plein droit en matière de gestion des eaux pluviales urbaines, et substituée à la commune d'Aix-en-Provence dans les droits et obligations liés à cette compétence. Il suit de là qu'à la date du transfert de la compétence " gestion des eaux pluviales ", tous les litiges trouvant leur origine dans la conception et l'entretien du réseau d'eaux pluviales mettent en cause la responsabilité de la Métropole, alors même que les dommages allégués se sont produits, comme en l'espèce pour la première venue d'eau intervenue en mai 2018, antérieurement au transfert de compétences. Il résulte cependant de l'instruction que la métropole d'Aix-Marseille-Provence et la commune d'Aix-en-Provence ont signé une convention de gestion de la compétence des eaux pluviales en date du 28 décembre 2017, régulièrement renouvelée par avenants. Contrairement à ce que soutiennent la Métropole et la Commune, cette convention n'a, ainsi d'ailleurs que le précise expressément son article 1er, " pas pour effet et ne saurait être interprétée comme opérant une quelconque délégation des compétences exercées par la métropole au profit des communes ". Ainsi, cette convention, qui s'inscrit dans le cadre légal de la convention de prestation de service à titre temporaire prévue par l'article L. 5215-27 du code général des collectivités territoriales précité, n'emporte ni transfert, ni délégation de compétence à la commune d'Aix-en-Provence.

6. Il résulte de ce qui précède, d'une part, que le moyen invoqué par la Commune et tiré de l'illicéité de l'article 2 de ladite convention, en tant qu'il emporte un transfert des compétences dévolues par la loi à la Métropole, manque en fait et doit être écarté. En application du principe de loyauté contractuelle, la Commune n'est pas davantage fondée à contester la licéité de l'article 6 de ladite convention, qui prévoit qu'elle est responsable à l'égard de la Métropole et des tiers, des dommages résultant de ses obligations ou du non-respect de ses obligations contractuelles. D'autre part, la Métropole, qui conserve la compétence en matière de gestion des eaux pluviales, ne saurait utilement se prévaloir de l'existence de cette convention pour s'exonérer totalement de sa responsabilité au titre des dommages causés à un tiers par le défaut de conception ou d'entretien du réseau public d'eaux pluviales. Dans ces conditions, la responsabilité de la métropole d'Aix-Marseille-Provence se trouve seule engagée à l'égard de la société requérante.

7. En troisième lieu, il ne résulte pas de l'instruction que la société requérante aurait commis une faute du fait de son inertie à saisir le juge judiciaire aux fins de désignation d'un expert, lequel a été missionné dès le 20 juin 2018, soit à peine plus d'un mois après le début des désordres constatés. Il ne saurait davantage être reproché à la société requérante de ne pas avoir pris les mesures conservatoires nécessaires en mettant à l'abri les biens entreposés dans son sous-sol dès la survenue des premiers désordres, alors qu'il n'est pas établi qu'elle disposait pour ce faire d'un emplacement adapté. Dans ces conditions, la métropole d'Aix-Marseille-Provence n'est pas fondée à se prévaloir d'une faute de la société Menudières de la Roque.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la société Menudières de la Roque est fondée à demander l'engagement de la responsabilité de la métropole d'Aix-Marseille-Provence au titre des préjudices qu'elle a subis.

Sur l'évaluation des préjudices :

9. En premier lieu, si la requérante demande la réparation de la perte de produits surgelés entreposés dans un congélateur situé au sous-sol de son local commercial pour un montant de 593,37 euros, elle n'établit pas le caractère direct de ce préjudice en se bornant à produire à l'instance un relevé de caisse qui constitue un inventaire des pertes, établi le 25 mai 2018, soit plus de vingt-six jours après la date alléguée de la première venue d'eau dans ledit sous-sol, et qui ne comporte aucune information sur la cause des pertes listées.

10. En deuxième lieu, si la requérante demande à être indemnisée pour la perte de son ordinateur à hauteur de 972,76 euros, elle n'établit pas le caractère certain de ce préjudice en se bornant à produire à l'appui de cette demande la copie d'une facture correspondant à du matériel bureautique, alors du reste que le sous-sol de son local commercial n'est pas un lieu destiné à accueillir un ordinateur.

11. En troisième lieu, la requérante demande à être indemnisée pour la perte de son congélateur à hauteur de 359 euros et produit, à l'appui de cette demande, d'une part la copie de facture d'achat dudit congélateur établie trois années auparavant, et d'autre part des photographies du sol-sol permettant d'établir la présence en ce lieu du congélateur. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice dont les caractères certain et direct doivent être regardés comme établis, en appliquant un coefficient de vétusté de 25 % au prix d'achat dudit congélateur et en allouant ainsi à la requérante la somme de 270 euros.

12. En quatrième lieu, si la société requérante demande le remboursement de quatre chariots pour un montant total de 444,75 euros, elle n'établit pas le caractère certain de ce préjudice dès lors qu'elle ne produit aucune pièce permettant de justifier de la présence de ces chariots dans le sous-sol ayant fait l'objet d'inondations, non plus que des dégradations qu'ils auraient subies. Cette demande doit par suite être rejetée.

13. En cinquième lieu, la requérante sollicite le remboursement de présentoirs de fruits et légumes pour un montant total de 3 667,20 euros. La seule production de la facture d'achat de ces présentoirs est toutefois insuffisante pour permettre d'établir le caractère certain du préjudice.

14. En sixième lieu, la requérante demande que lui soit versée la somme de 686,40 euros en réparation des dommages causés aux vestiaires. Toutefois elle n'établit pas le caractère certain du préjudice allégué en se bornant à produire la facture d'achat des vestiaires et une photographie du sous-sol qui, si elle permet de constater la présence desdits vestiaires en ce lieu, ne permet pas en revanche, d'apprécier les dégradations qui leur auraient été causées par les venues d'eau.

15. En septième lieu, la société, qui produit une facture d'achat d'une pompe et ses annexes en date du 9 août 2018 ainsi qu'une attestation du même jour des pompiers indiquant que le pompage du sous-sol de son local commercial est impossible tant que les pluies n'ont pas cessé, est fondée à demander le remboursement de la somme de 510,83 euros correspondant au prix d'achat de ladite pompe et de ses annexes. À cet égard, la Métropole et la Commune ne sauraient utilement faire valoir, sans étayer cette affirmation de la moindre précision, que la requérante aurait pu louer ce matériel au lieu de l'acheter.

16. En huitième lieu, si la requérante réclame la somme de 800 euros en réparation des frais correspondant à l'évacuation complète du sous-sol, elle ne produit toutefois aucun justificatif. Par suite, la demande d'indemnisation de ce poste de préjudice dont le caractère certain n'est pas établi, ne peut qu'être rejetée.

17. En neuvième lieu, la société requérante demande l'indemnisation des travaux à venir pour la remise en état du sous-sol. Elle verse au dossier un devis en date du 17 octobre 2019 pour un montant total de 35 250 euros. Toutefois, s'agissant tout d'abord du montant des travaux à réaliser sur les murs et la voûte pour un montant de 19 650 euros, le caractère personnel du préjudice ne saurait être retenu. Il résulte en effet de l'instruction et en particulier des extraits pertinents du bail commercial la liant au propriétaire du local commercial concerné, que la requérante n'est tenue que " d'effectuer les réparations, petites et grosses, à l'exception des grosses réparations prévues à l'article 606 du code civil ". Or, au terme des dispositions de cet article, " Les grosses réparations sont celles des gros murs et des voûtes, le rétablissement des poutres et des couvertures entières. /Celui des digues et des murs de soutènement et de clôture aussi en entier. () ". S'agissant ensuite des autres travaux réclamés par la société requérante, il ressort du devis versé au dossier qu'il concerne la pose d'une cape sèche réalisée en plaques de Fermacel de 20 mm d'épaisseur. Dès lors qu'il ressort de l'instruction que la pose de ce matériau, qui ne correspond pas à l'existant, aurait pour objet d'améliorer et non de remettre en l'état le bien, la demande de la société Menudières de La Roque ne saurait être accueillie.

18. En dixième lieu, dès lors qu'il résulte de l'instruction que l'utilisation par la société requérante du sous-sol de son local commercial a été rendue impossible en raison des venues d'eau, celle-ci est fondée à demander la réparation du trouble de jouissance qu'elle a subi. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en allouant à la société Menudières de La Roque une somme de 1 500 euros.

19. En dernier lieu, il y a lieu de mettre à la charge de la métropole d'Aix-Marseille-Provence, qui est responsable des dommages causés à la société Menudières de la Roque, les frais d'expertise définitivement taxés et mis à sa charge par l'ordonnance du tribunal judiciaire d'Aix-en-Provence du 20 août 2020, à hauteur de 4 940, 70 euros.

20. La société Menudières de La Roque établit par la production d'une attestation en date du 28 octobre 2022 établie par son assureur, qu'elle n'a perçu de ce dernier aucune indemnité financière au titre du sinistre de dégât des eaux survenu à l'adresse de son local commercial en mai 2018. Par ailleurs, il ne ressort pas de l'instruction qu'elle aurait signalé à son assurance le deuxième sinistre survenu le 9 août 2018. Dans ces conditions, il résulte de ce qui précède qu'elle est fondée à obtenir la somme globale de 6 710,70 euros en réparation des préjudices qu'elle a subis.

Sur les intérêts :

21. Conformément à sa demande, la requérante a droit aux intérêts au taux légal sur la somme de 7 261,53 euros à compter du 4 novembre 2020, date d'enregistrement de la requête.

Sur les conclusions d'appel en garantie :

22. La métropole d'Aix-Marseille-Provence demande au Tribunal de condamner la commune d'Aix-en-Provence à la garantir de toutes les condamnations prononcées à son encontre dans la présente instance. Toutefois, il résulte de l'instruction que les dommages subis par la société Menudières de La Roque, dont la Métropole est responsable, ont été causés par un défaut de conception du réseau des eaux pluviales, consistant dans le raccordement à tort de deux avaloirs d'eaux pluviales situés rue des Menudières à une galerie de distribution d'eau potable se déversant par une ancienne serve dans le sous-sol du local commercial de la requérante. Dès lors que ces désordres ne trouvent pas leur origine dans un manquement de la commune d'Aix-en-Provence à ses obligations contractuelles, ou dans ces obligations contractuelles elles-mêmes, découlant de la convention de gestion qui la lie à la Métropole en application des dispositions de l'article L. 5215-27 du code général des collectivités territoriales précité, les conclusions d'appel en garantie présentées par la Métropole doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

23. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la métropole d'Aix-Marseille-Provence une somme de 1 500 euros à verser à la requérante en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En vertu de ces mêmes dispositions, le Tribunal ne peut pas, en revanche, faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par la métropole d'Aix-Marseille-Provence doivent dès lors être rejetées. Dans les circonstances de l'espèce il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées au même titre par la commune d'Aix-en-Provence.

E C I D E :

Article 1er : La métropole d'Aix-Marseille-Provence versera à la société Menudières de La Roque une somme de 6 710,70 euros en réparation des préjudices qu'elle a subis, assortie des intérêts au taux légal à compter du 4 novembre 2020.

Article 2 : La métropole d'Aix-Marseille-Provence versera à la société Menudières de La Roque une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Menudières de La Roque, à la métropole d'Aix-Marseille-Provence et à la commune d'Aix-en-Provence.

Délibéré après l'audience du 4 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Markarian, présidente,

M. Secchi, premier conseiller.

Mme Charpy, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2022.

La rapporteure,

Signé

C. A

La présidente,

Signé

G. Markarian La greffière,

Signé

D. Dan

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

7

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