mercredi 24 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2009334 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | SCP ALPAVOCAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 décembre 2020 et 4 mai 2021, Mme B F C et Mme E D veuve C, représentées par Me Ducrey-Bompard, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la préfète des Hautes-Alpes a rejeté leur demande indemnitaire du 29 juillet 2020 ;
2°) de condamner l'Etat à leur verser la somme de 6 355,97 euros assortie des intérêts au taux légal à compter de la date de leur demande indemnitaire avec capitalisation de ces intérêts à compter de la réception de cette demande par l'administration, soit le 3 août 2020, en réparation des préjudices qu'elles estiment avoir subis ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- leurs locataires ont quitté le logement qui leur a été loué par M. C en laissant une importante dette locative et dans un état dégradé ;
- ils ont occupé ce logement deux ans encore après l'intervention de l'ordonnance d'expulsion du 20 février 2018 du juge des référés du tribunal d'instance de Gap ;
- l'administration n'a pas été diligente dans le traitement de la situation de leurs locataires afin de faire exécuter cette ordonnance d'expulsion ;
- elles n'ont pas eu la possibilité de faire procéder à un constat de l'état du logement qu'elles louent à la date du refus de concours de la force publique par la préfère des Hautes-Alpes ;
- leur préjudice de perte de jouissance s'élève à 2 000 euros et celui relatif aux travaux à réaliser pour remettre en état le logement à 5 055,97 euros, un montant de 700 euros de dépôt de garantie devant toutefois en être soustrait.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 février 2021, la préfète des Hautes-Alpes conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par les requérantes ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 5 février 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 26 février 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des procédures civiles d'exécution ;
- le code de justice administrative.
Vu la décision de renvoi en formation collégiale ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Balussou,
- et les conclusions de M. Garron, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mmes F C et D veuve C ont initié en 2016 une procédure d'expulsion de M. et Mme A avec lesquels avait été conclu un bail d'habitation d'une maison de type T4, en raison d'impayés de loyer à compter du mois d'août 2015. Un premier commandement de payer d'un montant de 10 359,95 euros a été délivré à ces derniers le 29 mars 2017. Par une ordonnance du 20 février 2018, le juge des référés du tribunal d'instance de Gap a constaté la résiliation de plein droit du bail d'habitation à la date du 30 mai 2017 et a ordonné l'expulsion des locataires dans le délai de deux mois suivant un commandement de quitter les lieux. Le commandement de quitter les lieux au plus tard le 2 juillet 2018 établi le 4 mai 2018 n'ayant pas été suivi d'effet, l'huissier de justice requis par les requérantes a sollicité auprès de la préfète des Hautes-Alpes, par un acte du 13 juillet 2018, le concours de la force publique sur le fondement des articles L. 153-2 et R. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution. Au terme du délai de deux mois prévu par la règlementation en vigueur, la demande a été implicitement rejetée. Les locataires ont quitté leur logement le 30 janvier 2020 avec un montant de 24 603,37 euros de loyers impayés. Par une lettre du 29 juillet 2020, les requérantes ont adressé une demande indemnitaire à la préfète des Hautes-Alpes aux fins de se voir indemnisées des préjudices qu'elles auraient subis en raison du refus de concours de la force publique pour l'expulsion de leurs locataires. Cette demande a été rejetée par une décision implicite. Elles doivent être regardées comme demandant au tribunal de condamner l'Etat à leur verser la somme de 6 355,97 euros.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. Aux termes de l'article L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution : " L'Etat est tenu de prêter son concours à l'exécution des jugements et des autres titres exécutoires. Le refus de l'Etat de prêter son concours ouvre droit à réparation ". Aux termes de l'article L. 153-2 du même code, dans sa rédaction applicable au litige : " L'huissier de justice chargé de l'exécution peut requérir le concours de la force publique ". Aux termes de l'article R. 153-1 de ce code : " Si l'huissier de justice est dans l'obligation de requérir le concours de la force publique, il s'adresse au préfet. / La réquisition contient une copie du dispositif du titre exécutoire. Elle est accompagnée d'un exposé des diligences auxquelles l'huissier de justice a procédé et des difficultés d'exécution. / Toute décision de refus de l'autorité compétente est motivée. Le défaut de réponse dans un délai de deux mois équivaut à un refus. / Ce refus est porté à la connaissance du créancier par l'huissier de justice ".
3. Toute décision de justice ayant force exécutoire peut donner lieu à une exécution forcée, la force publique devant, si elle est requise, prêter main forte à cette exécution. Toutefois, des considérations impérieuses tenant à la sauvegarde de l'ordre public ou à la survenance de circonstances postérieures à la décision judiciaire d'expulsion telles que l'exécution de celle-ci serait susceptible d'attenter à la dignité de la personne humaine, peuvent légalement justifier, sans qu'il soit porté atteinte au principe de la séparation des pouvoirs, le refus de prêter le concours de la force publique.
4. Compte tenu du délai de deux mois dont disposait la préfète des Hautes-Alpes pour donner suite à la demande des requérantes, sa carence à accorder le concours de la force publique aux fins de permettre l'exécution de l'ordonnance du 20 février 2018 du juge des référés du tribunal d'instance de Gap engage la responsabilité sans faute de l'Etat à compter du 13 septembre 2018 jusqu'à la date de la libération effective des lieux par les locataires le 30 janvier 2020.
5. La réalité du préjudice de perte de jouissance dont les requérantes demandent réparation pour un montant de 2 000 euros n'est pas établie dès lors, d'une part, qu'il résulte de l'instruction que le montant total des loyers impayés, qui constitue en tout état de cause un préjudice financier distinct de celui dont la réparation est réclamé, leur a été versé par leur compagnie d'assurance et, d'autre part, qu'elles ne soutiennent ni même n'allèguent qu'elles auraient souhaité affecter leur logement à une destination différente de celle de la mise en location. De plus, si les requérantes soutiennent que leurs locataires ont commis des dégradations au-delà du 13 septembre 2018, la seule production de l'état des lieux d'entrée du 16 juillet 2015 et du procès-verbal de constat établi à la sortie des locataires le 30 janvier 2020 ne permet pas d'établir l'état du logement à la date de refus de concours de la force publique ni, par voie de conséquence, l'existence d'un préjudice, constitué des dégradations alléguées, qui serait en lien avec ce refus.
6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de condamnation de l'Etat doivent être rejetées ainsi que celles, par voie de conséquence, tendant à l'octroi des intérêts au taux légal sur les sommes réclamées et à leur capitalisation.
Sur les frais liés au litige :
7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que les requérantes demandent au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme F C et Mme D veuve C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B F C et Mme E D veuve C et au préfet des Hautes-Alpes.
Délibéré après l'audience du 9 avril 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Jorda-Lecroq, présidente,
Mme Balussou, première conseillère,
Mme Forest, première conseillère,
Assistées par Mme Faure, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 avril 2024.
La rapporteure,
signé
E.-M. Balussou
La présidente,
signé
K. Jorda-LecroqLa greffière,
signé
N. Faure
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026