vendredi 14 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2009381 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | BORGEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 1er décembre 2020 et le 6 septembre 2021, Mme A B, représentée par Me Borgel, demande au Tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner la métropole d'Aix-Marseille-Provence ou à défaut la société Enedis à lui verser la somme de 3 000 euros à titre d'indemnité provisionnelle à valoir sur l'indemnisation des préjudices qu'elle a subis à la suite de l'accident dont elle a été victime le 28 mai 2018 ;
2°) d'ordonner une expertise afin d'évaluer son préjudice ;
3°) d'ordonner l'exécution provisoire du jugement à intervenir ;
4°) de condamner la partie perdante aux entiers dépens ;
5°) de mettre à la charge de la partie perdante une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa chute est imputable à une importante excavation sur le trottoir où elle circulait à pied ; la matérialité des faits, le lien de causalité entre sa chute et l'ouvrage public et le défaut d'entretien normal de l'ouvrage public sont établis ;
- la responsabilité de la métropole d'Aix-Marseille-Provence ou, à défaut, celle de la société Enedis sur le fondement du défaut d'entretien normal de l'ouvrage public est établie ;
- elle n'a commis aucune faute d'imprudence ;
- elle est fondée à obtenir la somme de 3 000 euros, à titre d'indemnité provisionnelle, à valoir sur l'indemnisation des préjudices qu'elle a subis à la suite de l'accident dont elle a été victime.
Par un mémoire, enregistré le 13 janvier 2021, la caisse de prévoyance et de retraite du personnel de la SNCF, demande au Tribunal de réserver ses droits.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 15 avril 2021 et le 29 avril 2022, la société Enedis, représentée par Me Rubin, conclut :
1°) à titre principal au rejet des conclusions tendant à mettre en cause sa responsabilité ;
2°) à titre subsidiaire, à la condamnation de l'entreprise Constructel Energie à la garantir de toutes condamnations qui seraient prononcées à son encontre ;
3°) à titre infiniment subsidiaire, à la minoration de la provision sollicitée ;
4°) en tout état de cause au rejet des conclusions présentées par Mme B sur le fondement de l'article L 761-1 du code de justice administrative et à ce qu'il soit mis à la charge de la partie perdante une somme de 2 000 euros à lui verser en application de ces dispositions.
Elle fait valoir que :
- la requérante n'établit pas que sa chute est due à une excavation ; les circonstances de l'accident ne sont pas connues ;
- il n'est pas établi que la société Enedis réalisait des travaux à l'endroit où la requérante a chuté, concomitamment à sa chute ; par suite, le lien de causalité entre sa chute et des travaux publics réalisés par la société Enedis n'est pas établi ;
- les travaux réalisés par la société Enedis étant terminés depuis longtemps, c'est la responsabilité de la métropole d'Aix-Marseille-Provence qui doit seule être engagée pour défaut d'entretien normal de la voirie ;
- il n'est pas établi que l'excavation litigieuse aurait mesuré plus de cinq centimètres de profondeur ;
- la requérante a commis une faute d'inattention ;
- l'expertise sollicitée par la requérante ne présente pas de caractère utile ;
- en l'absence d'expertise médicale, la réalité et l'importance du préjudice subi par la requérante ne sont pas établies ; il n'y a pas lieu de lui allouer l'indemnité provisionnelle qu'elle sollicite ;
- si une provision devait être allouée à la requérante, le montant de celle-ci devra être ramené à de plus justes proportions ;
- si sa responsabilité venait à être engagée, il y aurait lieu de condamner l'entreprise Constructel Energie, prestataire agissant pour son compte lors de la réalisation de travaux sur le cours Franklin Roosevelt à Marseille, à la garantir toutes les condamnations prononcées à son encontre.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juillet 2021, la métropole d'Aix-Marseille-Provence, représentée par la SELARL Abeille et associés, agissant par Me Pontier, conclut :
1°) à titre principal, à sa mise hors de cause ;
2°) à titre subsidiaire, au rejet de la requête de Mme B ;
3°) à titre infiniment subsidiaire, à la minoration du montant de la provision allouée à Mme B et à la condamnation de la requérante à supporter les frais d'expertise ;
4°) en tout état de cause, à la mise à la charge de Mme B d'une somme de 1 500 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la défectuosité en litige est due à une tranchée réalisée pour des travaux dont la société Enedis est maître d'ouvrage ; c'est par suite la responsabilité de la société Enedis qui doit être recherchée ;
- la requérante n'établit pas que sa chute serait due à l'excavation en litige ;
- le défaut d'entretien normal n'est pas démontré ;
- la victime a commis une faute d'imprudence ;
- l'expertise sollicitée n'est pas utile ;
- le montant de la provision n'est pas justifié dans son quantum.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 septembre 2022, la société Constructel Energie, représentée par la SELARL Carnot Avocats, agissant par Me Perrachon, demande au Tribunal :
1°) de la mettre hors de cause ;
2°) de mettre à la charge de la société Enedis une somme de 1 000 euros en application de l'article L 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient qu'elle n'a pas été le prestataire de la société Enedis en mai 2018 pour des travaux de quelque nature que ce soit sur le cours Franklin Roosevelt où a eu lieu l'accident de la requérante.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les conclusions de M. Boidé, rapporteur public,
- les observations de Me Pontier pour la métropole d'Aix-Marseille-Provence.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, née le 12 juillet 1961, expose avoir été victime le 28 mai 2018 aux alentours de 9 h 15, d'une chute sur la voie publique alors qu'elle s'apprêtait à traverser le cours Franklin Roosevelt à Marseille en raison, selon elle, d'une importante excavation sur la chaussée. La métropole d'Aix-Marseille-Provence a expressément rejeté, le 10 juillet 2019, la demande d'indemnisation préalable que Mme B avait adressée à tort au Cabinet de courtage AON en sa qualité d'assureur de la Métropole. Mme B demande au Tribunal de condamner la métropole d'Aix-Marseille-Provence ou, à défaut, la société Enedis à lui verser la somme de 3 000 euros à titre d'indemnité provisionnelle à valoir sur l'indemnisation de ses préjudices.
Sur la responsabilité :
2. Il appartient à l'usager d'un ouvrage public qui demande réparation d'un préjudice qu'il estime imputable à cet ouvrage de rapporter la preuve de l'existence d'un lien de causalité entre le préjudice invoqué et l'ouvrage. Dans une telle hypothèse, le maître de l'ouvrage ne peut s'exonérer de l'obligation d'indemniser la victime qu'en rapportant la preuve que l'ouvrage public faisait l'objet d'un entretien normal ou que le dommage est imputable à la faute de la victime ou à un cas de force majeure.
3. Mme B soutient avoir chuté le 28 mai 2018 aux alentours de 9 h 15, alors qu'elle circulait à pied et s'apprêtait à traverser le cours Franklin Roosevelt, au niveau du numéro 41, cette chute ayant entraîné deux plaies sur la face latérale droite du front nécessitant une suture, une érosion cutanée de la face dorsale de la phalange de la main droite et une érosion cutanée des deux genoux. Pour établir que la responsabilité de la métropole d'Aix-Marseille-Provence, ou à défaut celle de la société Enedis, doit être engagée pour défaut d'entretien normal de l'ouvrage public que constitue le trottoir sur lequel elle circulait, Mme B se prévaut des attestations émanant de son époux et d'un automobiliste lui ayant porté secours, tous deux témoins directs de l'accident. Elle produit également des photographies de l'excavation qui aurait causé sa chute, ainsi que l'attestation d'intervention du bataillon de marins-pompiers de la ville indiquant sa prise en charge le 28 mai 2018 à 9h13 sur le cours Franklin Roosevelt et son transport à l'hôpital de la Timone. Si ces pièces permettent d'établir la matérialité et les circonstances de la chute de Mme B, ainsi que l'existence d'une défectuosité du trottoir sur lequel elle marchait, il ne résulte cependant pas de l'instruction que cette défectuosité, qui ne s'avère pas être un trou, puisse être regardée comme excédant celles que les usagers des voies publiques doivent s'attendre à rencontrer et contre lesquelles il leur appartient, par suite, de se prémunir. À cet égard, la demande de renseignements établie le 15 novembre 2018 par les services techniques de la Métropole fait état d'un affaissement du trottoir d'une largeur de 70 centimètres sur une longueur de 4 mètres sur 70 centimètres et d'une profondeur de 5 centimètres. Il résulte de ces pièces, et en particulier des photographies produites par l'intéressée et de l'attestation de M. B, que la défectuosité était en effet, par son étendue, la différence de niveau, et le bitume ayant disparu sur cette partie du trottoir, parfaitement visible.
4. Il résulte de ce qui précède que la responsabilité de la métropole d'Aix-Marseille-Provence et celle, en tout état de cause, de la société Enedis ne peuvent être engagées pour défaut d'entretien normal de l'ouvrage public en raison de la chute de Mme B.
5. Aux termes de l'article L. 2212-1 du code général des collectivités territoriales : " " Le maire est chargé, sous le contrôle administratif du représentant de l'Etat dans le département, de la police municipale, de la police rurale et de l'exécution des actes de l'Etat qui y sont relatifs. ". Aux termes de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : / 1° Tout ce qui intéresse la sûreté et la commodité du passage dans les rues, quais, places et voies publiques, ce qui comprend le nettoiement, l'éclairage, l'enlèvement des encombrements () ".
6. Si Mme B, qui invoque ces dispositions, doit être regardée comme recherchant également la responsabilité pour faute de la personne publique dans l'exercice de ses pouvoirs de police, le transfert de la compétence de l'entretien de la voie publique à la Métropole en vertu de l'article L. 5217-2 du code général des collectivité territoriales n'a pas eu pour effet de dessaisir le maire de Marseille des compétences qu'il détient en matière de police en application des articles L. 2212-1 et L. 2212-2 précités du code général des collectivités territoriales. Mme B ne peut par suite, en tout état de cause, solliciter l'engagement de la responsabilité de la Métropole sur ce fondement.
7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme B tendant à la condamnation de la Métropole et de la société Enedis à réparer ses préjudices doivent être rejetées, sans qu'il y ait lieu d'ordonner une expertise. Par voie de conséquence, et en l'absence de condamnation, les conclusions d'appel en garantie présentées par la société Enedis à l'encontre de la société Constructel Energie le sont également.
Sur la déclaration de jugement commun :
8. La caisse de prévoyance et de retraite du personnel de la SNCF a été mise en cause dans la présente instance et n'a pas produit d'observations. Il y a lieu de lui déclarer commun le présent jugement.
Sur les dépens :
9. La présente instance n'a donné lieu à aucun dépens. Dès lors, les conclusions en ce sens de la requérante doivent être rejetées.
Sur l'exécution provisoire du jugement :
10. Aux termes de l'article L. 11 du code de justice administrative : " Les jugements sont exécutoires ". Le jugement étant exécutoire de plein droit par application de cet article, les conclusions de la requérante aux fins d'exécution provisoire du jugement ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la métropole d'Aix-Marseille-Provence et de la société Enedis, qui ne sont pas, dans la présente instance, les parties perdantes, la somme que Mme B demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées au même titre par la métropole d'Aix-Marseille-Provence, la société Enedis et la société Constructel Energie.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement est déclaré commun à la caisse de prévoyance et de retraite du personnel de la SNCF.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à la métropole d'Aix-Marseille-Provence, à la société Enedis et à la société Constructel Energie et à la caisse de prévoyance et de retraite du personnel de la SNCF.
Délibéré après l'audience du 30 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Markarian, présidente,
M. Secchi, premier conseiller.
Mme Charpy, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2022.
La rapporteure,
Signé
C. C
La présidente,
Signé
G. Markarian La greffière,
Signé
D. Dan
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
7
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026