lundi 21 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2009430 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | DARMON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 4 décembre 2020, Mme A D née G et Mme F E née G, représentées par Me Darmon, demandent au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier de Digne-les-Bains à leur verser la somme de 40 000 euros chacune au titre de leur préjudice moral personnel et la somme de 7 000 euros en leur qualité d'ayants droit de Mme C G, en réparation des préjudices résultant de sa prise en charge médicale à compter du 1er février 2018 ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Digne-les-Bains le versement d'une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- leur mère, Mme C G, décédée le 15 février 2018, a été victime d'un défaut de surveillance et de soins au cours de son hospitalisation à compter du
1er février 2018, dès lors que son accident vasculaire cérébral a été diagnostiqué tardivement et qu'un médicament contre-indiqué lui a été administré ; ces fautes sont de nature à engager la responsabilité du centre hospitalier de Digne-les-Bains ;
- en leur nom personnel, en leur qualité de filles de la défunte, elles doivent être indemnisées de leur préjudice moral et d'affection à hauteur de 40 000 euros chacune et, en leur qualité d'ayants droit, des souffrances endurées par leur mère à hauteur de 7 000 euros.
Par un mémoire, enregistré le 20 janvier 2021, la caisse Mutuelle Sociale Agricole Alpes Vaucluse (MSA 84) demande au tribunal de mettre à la charge du centre hospitalier de Digne-les-Bains la somme de 9 934,84 euros au titre de ses débours.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 avril 2022, le centre hospitalier de
Digne-les-Bains, représenté par Me Carlini, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce que le tribunal ordonne un complément d'expertise et, à titre infiniment subsidiaire, à ce que les prétentions indemnitaires des requérantes soient ramenées à de plus justes proportions, ne pouvant excéder 4 000 euros, au rejet de leur demande présentée au titre des frais d'instance et à la mise à leur charge des dépens.
Il fait valoir que :
- il n'a commis aucune faute en lien avec le décès de Mme G ;
- l'évaluation de l'éventuelle perte de chance subie par la défunte nécessite une expertise complémentaire ;
- le montant de l'indemnisation demandée est excessif.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de M. Ricard, rapporteur public,
- et les observations de Me Boubenna, substituant Me Bonan, pour les requérantes, et de Me Dochler-Gaté, pour le centre hospitalier de Digne-les-Bains.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C G, qui était âgée de 88 ans, a été admise le 1er février 2018 au centre hospitalier de Digne-les-Bains alors qu'elle présentait une altération de son état général, une dyspnée et une cyanose. Le 5 février suivant, les examens médicaux ont révélé un foyer de pyélonéphrite rénale droite, une stéatose hépatique et un remaniement emphysémateux et fibreux débutant du parenchyme pulmonaire. Elle présentait également un état antérieur de fibrillation auriculaire traitée par le médicament Pradaxa(r). Le 12 février suivant, alors que Mme G avait été retrouvée inconsciente dans son fauteuil, un examen par tomodensitométrie (TDM) réalisé en urgence a mis en évidence un hématome sous dural et un œdème cérébral. Après l'administration de soins palliatifs, Mme G est décédée le 15 février 2018. Estimant qu'elle avait été victime d'une faute de l'hôpital dans sa prise en charge, les requérantes, ses filles, ont saisi la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux Provence-Alpes-Côte d'Azur (CCI) qui a rejeté leur demande d'indemnisation par un avis du 9 juillet 2020. Après avoir présenté une réclamation préalable indemnitaire au centre hospitalier de Digne-les-Bains par courrier du
3 décembre 2020 demeuré sans réponse, Mmes D née G et Mme E
née G demandent au tribunal de condamner le centre hospitalier de Digne-les-Bains à les indemniser de l'ensemble des préjudices ayant résulté de la prise en charge médicale de leur mère.
Sur la responsabilité du centre hospitalier de Digne-les-Bains :
2. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute () ". L'article L. 1110-5 de ce même code dispose en outre que : " Toute personne a, compte tenu de son état de santé et de l'urgence des interventions que celui-ci requiert, le droit de recevoir, sur l'ensemble du territoire, les traitements et les soins les plus appropriés et de bénéficier des thérapeutiques dont l'efficacité est reconnue et qui garantissent la meilleure sécurité sanitaire et le meilleur apaisement possible de la souffrance au regard des connaissances médicales avérées. Les actes de prévention, d'investigation ou de traitements et de soins ne doivent pas, en l'état des connaissances médicales, lui faire courir de risques disproportionnés par rapport au bénéfice escompté. () ".
3. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport de l'expertise diligentée par la CCI, établi le 9 mars 2020, que le service des urgences du centre hospitalier en cause a constaté, le 1er février 2018, que Mme G souffrait d'un sub-œdème pulmonaire et d'une arythmie par fibrillation auriculaire. Alors qu'elle était traitée par le médicament Pradaxa(r), qui est un anticoagulant indiqué dans le traitement de la fibrillation auriculaire, un examen par TDM réalisé le 5 février 2017 a révélé plusieurs pathologies dont un foyer de pyélonéphrite rénale. Retrouvée inconsciente dans son fauteuil le 12 février 2018, une TDM réalisée en urgence a mis en évidence un hématome sous-dural étendu, avec images de saignements anciens et récents, fronto-pariéto-occipital droit, avec effet de masse et déviation importante de la faux, œdème cérébral et probable début d'engagement. Compte tenu de l'importance des saignements et de l'âge de Mme G, seuls des soins palliatifs ont été dispensés, ces lésions ne pouvant faire l'objet d'aucune intervention chirurgicale. L'expert a conclu que Mme G est décédée d'un accident vasculaire cérébral hémorragique récidivant causé par son traitement anticoagulant constitué de Pradaxa(r) et a relevé, en outre, que l'examen TDM réalisé le 5 février 2018 aurait dû être étendu à la sphère cérébrale en présence de signes cliniques neurologiques. En effet, si le médecin des urgences a noté qu'il n'y avait rien à signaler concernant l'examen neurologique de la patiente à son admission, l'expert a constaté qu'aucun examen clinique et neurologique n'avait été réalisé durant la période du 2 au 12 février 2018, alors que la famille avait alerté des signes de confusion mentale, de perte de motricité, de difficulté à raisonner et de fatigue croissante qu'elle observait sur Mme G avant qu'elle ne soit retrouvée inconsciente dans son fauteuil. A cet égard, l'expert a précisé que l'examen par TDM du 12 février 2018, qui a révélé une récidive de saignements anciens, corroborait les signes d'alerte qui avaient été constatés par la famille, puis a retenu que la réalisation plus précoce de l'extension de l'examen TDM à la sphère cérébrale aurait pu conduire à l'arrêt immédiat de l'administration du Pradaxa(r) et à la prise d'un traitement anticoagulant rapidement réversible, ce qui aurait probablement permis la survie de l'intéressée. Il résulte ainsi de l'instruction que le défaut de surveillance de l'état de santé de Mme G a constitué une faute du centre hospitalier de Digne-les-Bains de nature à engager sa responsabilité.
4. Toutefois, dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter que ce dommage soit advenu. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.
5. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, d'une part, qu'il est extrêmement difficile de déterminer si l'arrêt du Pradaxa(r) dès le 5 février 2018 aurait pu stopper un saignement en cours ou évité une récidive, et, d'autre part, que les chances de survie de Mme G étaient estimées de quelques mois à trois ou quatre ans compte tenu des comorbidités qu'elle présentait. Dans ces conditions, alors qu'il n'est pas certain que l'accident vasculaire cérébral ne serait pas advenu en l'absence de retard fautif dans l'arrêt du traitement Pradaxa(r), et qu'en tout état de cause, Mme G présentait des antécédents d'accident vasculaire cérébral et des comorbidités de nature à diminuer son espérance de vie, il y a lieu d'évaluer l'ampleur de la perte de chance d'éviter la survenue de son accident vasculaire cérébral à l'origine de son décès, dans les circonstances de l'espèce, à 10 %.
Sur les préjudices :
En ce qui concerne les préjudices de Mme G :
6. Aux termes du premier alinéa de l'article 724 du code civil : " Les héritiers désignés par la loi sont saisis de plein droit des biens, droits et actions du défunt ". Le droit à la réparation d'un dommage, quelle que soit sa nature, s'ouvre à la date à laquelle se produit le fait qui en est directement la cause. Si la victime du dommage décède sans que ses droits aient été définitivement fixés, c'est-à-dire, en cas de litige, avant qu'une décision juridictionnelle définitive ait fixé le montant de l'indemnisation, son droit, entré dans son patrimoine avant son décès, est transmis à ses héritiers. Cependant, le préjudice subi par la victime, ayant cessé au moment du décès, doit être évalué à la date de cet événement, y compris lorsque le décès est lié au fait ouvrant droit à indemnisation, auquel cas d'ailleurs ce décès peut être pris en compte au titre du droit à réparation des proches de la victime.
7. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, que les souffrances endurées par Mme G doivent être évaluées à 3 sur une échelle allant de 1 à 7. Par suite, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en en fixant la réparation à 400 euros après application du taux de perte de chance de 10 % fixé au point 5.
En ce qui concerne le préjudice personnel des requérantes :
8. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que les requérantes ont vu leur mère souffrir en raison du défaut de surveillance dans la prise en charge de celle-ci du 2 au 12 février 2018. Il sera procédé à une juste évaluation de leur préjudice d'affection subi à ce titre en leur allouant la somme de 500 euros chacune après application du taux de perte de chance de 10 % fixé au point 5.
9. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il y ait lieu d'ordonner la réalisation d'une mesure d'expertise complémentaire, le centre hospitalier de Digne-les-Bains doit être condamné à verser aux requérantes la somme de 400 euros en réparation du préjudice de la victime directe, ainsi que la somme de 500 euros pour chacune d'entre elles au titre de leur préjudice personnel.
Sur les conclusions présentées par la MSA 84 :
10. Si la MSA 84 produit un relevé des dépenses faisant état de frais d'hospitalisation pour un montant de 9 934,84 euros correspondant à la prise en charge de Mme G lors de son hospitalisation au centre hospitalier de Digne-les-Bains entre le 1er et le
15 février 2018, elle n'en justifie l'imputabilité à la faute de l'hôpital par aucune attestation d'imputabilité de son médecin-conseil malgré la mesure d'instruction diligentée par le tribunal en ce sens. Dans ces conditions, la demande de la MSA tendant à la condamnation du centre hospitalier de Digne-les-Bains à lui verser une indemnité au titre du remboursement des débours exposés en faveur de son assurée et au titre des dispositions du 9ème alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale doit être rejetée.
Sur les frais d'instance :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier de Digne-les-Bains le versement aux requérantes d'une somme totale de
2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En tout état de cause, en l'absence de dépens, les conclusions présentées à ce titre par l'établissement public d'hospitalisation doivent être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : Le centre hospitalier de Digne-les-Bains est condamné à payer aux requérantes la somme de 400 euros en réparation du préjudice subi par Mme C G et la somme de 500 euros chacune en réparation de leur préjudice personnel.
Article 2 : Le centre hospitalier de Digne-les-Bains versera aux requérantes une somme totale de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Les conclusions de la caisse Mutuelle Sociale Agricole Alpes Vaucluse sont rejetées.
Article 5 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier de Digne-les-Bains sont rejetées.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D née G, à
Mme F E née G, au centre hospitalier de Digne-les-Bains et à la caisse Mutuelle Sociale Agricole Alpes Vaucluse.
Délibéré après l'audience du 24 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Jorda-Lecroq, présidente,
Mme Fabre, première conseillère,
Mme Devictor, première conseillère,
Assistées de Mme Ibram, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 202La rapporteure,
signé
E. B La présidente,
signé
K. JORDA-LECROQ
La greffière,
signé
S. IBRAM
La République mande et ordonne au ministre des solidarités et de la prévention en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026