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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2010065

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2010065

vendredi 28 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2010065
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSCP GOBERT & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 décembre 2020 et 4 juillet 2022, la SAS optique Hasbanian, représentée par la SELARL Lexavoué, agissant par Me Boulan, demande au Tribunal :

1°) de condamner la commune d'Aix-en-Provence à lui verser une somme de 247 262 euros à parfaire assortie des intérêts à compter du 4 novembre 2019, intérêts valant capitalisation ;

2°) de mettre à la charge de la commune d'Aix-en-Provence une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les travaux de réhabilitation des places Verdun, Madeleine et Prêcheurs entrepris par la commune d'Aix-en-Provence, qui ont duré, s'agissant de son commerce, du 1er janvier 2017 au 31 août 2019 ont généré des difficultés d'accès au site pour les piétons, des bruits, des poussières, des vibrations et ont induit une baisse de fréquentation de tout le secteur des trois places et des rues avoisinantes, ce qui a créé des difficultés très importantes pour l'accès des clients aux locaux commerciaux avec en conséquence un impact direct sur l'activité de son établissement situé dans le périmètre des travaux ;

- les préjudices subis sont exclusifs des travaux en litiges et aucune autre cause ne peut expliquer la baisse d'activité subie pendant toute la période des travaux ;

- ces préjudices pour la période comprise entre les mois de janvier 2017 et d'août 2019 sont constitutifs d'un trouble anormal et spécial du fait des nuisances matérielles, de la baisse du chiffre d'affaires, de la diminution de la marge brute, de l'atteinte à l'image du site.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juin 2021, la commune d'Aix-en-Provence, représentée par la SCP Gobert et Associés, agissant par Me Fouilleul, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à limiter l'indemnisation à la somme retenue par la commission amiable des préjudices économiques soit un montant de 34 000 euros et, en outre, à ce que soit mise à la charge de la SAS optique Hasbanian une somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- le lien de causalité entre les travaux publics et le préjudice commercial n'est pas démontré ;

- les critères de gravité et de spécialité qui conditionnent l'indemnisation d'un dommage de travaux publics ne sont pas remplis ;

- le crédit-bail sur loyer n'est pas la conséquence des travaux en litige ;

- l'atteinte à l'image n'est pas démontrée ;

- les nuisances longues subies ne sont pas démontrées ;

- les nuisances matérielles ne sont pas chiffrées ni établies ;

- la baisse de clientèle et de la fréquentation ne peut être imputable aux seuls travaux en cause.

Par une ordonnance du 25 juillet 2022 la clôture d'instruction a été fixée au 20 septembre 2022 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de M. Boidé, rapporteur public,

- les observations de Me Boulan, pour la société Optique Hasbanian,

- les observations de Me Cournand substituant Me Fouilleul, pour la commune d'Aix-en-Provence.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS Optique Hasbanian exploite un établissement dans le centre-ville d'Aix-en-Provence au 11 rue Thiers, soit au sein de la zone des travaux d'aménagement et de restructuration des places des Prêcheurs, de la Madeleine et de Verdun, ainsi que des rues adjacentes du Palais Monclar et de la rue Thiers, travaux qui ont débuté le 31 août 2016. La demande indemnitaire présentée le 12 février 2021 par la société requérante ayant été rejetée implicitement par la commune d'Aix-en-Provence, la SAS Optique Hasbanian demande au Tribunal de condamner la commune d'Aix-en-Provence à l'indemniser des préjudices qu'elle impute à ces travaux.

Sur la responsabilité :

2. Il appartient au riverain d'une voie publique qui entend obtenir réparation des dommages qu'il estime avoir subis à l'occasion d'une opération de travaux publics à l'égard de laquelle il a la qualité de tiers d'établir, d'une part, le lien de causalité entre cette opération et les dommages invoqués et, d'autre part, le caractère grave et spécial de son préjudice, les riverains des voies publiques étant tenus de supporter sans contrepartie les sujétions normales qui leur sont imposées dans un but d'intérêt général. Le caractère grave du préjudice et des dommages supportés se déduit, notamment, des difficultés particulières rencontrées par les clients dans l'accès au fonds de commerce ou encore de l'impossibilité même d'accéder à ce fonds.

En ce qui concerne le lien de causalité :

3. En sa qualité de tiers par rapport aux travaux effectués rue Thiers dans le centre-ville d'Aix-en-Provence durant les années 2017, 2018 et 2019, la société Optique Hasbanian sollicite la condamnation de la commune d'Aix-en-Provence à l'indemniser des préjudices qu'elle estime avoir subis à cette occasion, exposant que les travaux en cause ont débuté au bout de la rue permettant l'accès à son commerce à compter du 1er janvier 2017 et se sont poursuivis jusqu'au 31 août 2019. Elle soutient que ces travaux ont généré diverses nuisances, telles que le bruit, les poussières, conduit à la dégradation esthétique générale du secteur et ainsi créé des difficultés d'accès à l'ensemble du secteur et en particulier à son local commercial implanté au 11 rue Thiers.

4. Il résulte en effet de l'instruction que l'ampleur et la durée des travaux publics de reconfiguration de la voirie qui ont été menés à compter du mois de septembre 2016 dans le cadre du programme dit " des trois places ", ainsi que les désagréments en ayant résulté pour la société Optique Hasbanian pour son commerce situé rue Thiers, sont directement en lien avec les préjudices dont se plaint la société requérante pour la période en litige.

En ce qui concerne la gravité des préjudices :

5. En premier lieu, la société requérante soutient que les difficultés d'accès ont induit une baisse de fréquentation de sa clientèle avec notamment pour conséquence un important préjudice commercial et financier, et que le chiffre d'affaires de son établissement a fortement diminué entre le mois de janvier 2017 et le mois d'août 2019 et elle sollicite, à ce titre, une somme de 115 435 euros. D'une part, il résulte de l'instruction et notamment des données comptables produites par la société requérante, établies le 10 juillet 2019 par un expert-comptable, et non contestées en défense, qu'alors que la société requérante soutient que la moyenne de marge brute de 2014 à 2016 serait de 364 353 euros et non de 355 353 euros, les éléments qu'elle produit à l'appui de sa requête établissent cependant une moyenne de 2014 à 2016 de 355 353 euros. Si la société requérante entend comparer cette moyenne avec celle portant sur les années 2017 à 2019, il convient de relever que cette marge brute passe de 411 036 euros en 2014 à 329 088 euros en 2016, avant les travaux en cause, soit une baisse de près de 20 % de 2014 à 2016, alors que la marge brute s'avère stable de 2016 à 2019 puisqu'elle est de 329 088 euros en 2016, de 333 300 euros en 2017 soit supérieure à celle de 2016, baisse à 294 380 euros en 2018 pour remonter à 335 517 euros en 2019, soit à un montant supérieur à celui de 2016. Il en résulte que la société requérante ne démontre pas, en s'appuyant sur la marge brute de son entreprise qui ne prend pas au demeurant en compte les variations de stock et les charges, le préjudice qu'elle invoque. D'autre part, il résulte de l'instruction, et notamment de ces mêmes données comptables, que la comparaison des chiffres d'affaires réalisés avant les travaux pour les années 2014, 2015 et 2016 s'établit à une moyenne annuelle de 638 951 euros alors que le chiffre d'affaires réalisé en 2017, 2018 et 2019, pendant les années où les travaux ont eu des répercussions sur le commerce de la requérante, s'établit respectivement à 552 455 euros, 522 929 euros et 558 776 euros, soit une perte moyenne de 15 % sur la période par rapport à la période antérieure. En outre, la société requérante a enregistré une perte de chiffre d'affaires de 9,75 % de 2014 à 2016, avant les travaux en cause, et la baisse de chiffre d'affaires sur la période de 2017 à 2019, par rapport au seul chiffre d'affaires de 2016 n'est que de 11 %. Dans ces conditions, la société requérante n'établit pas l'existence du préjudice économique qu'elle invoque, et qui serait susceptible d'être indemnisé, dès lors qu'il n'excède pas les aléas inhérents aux travaux publics en cause alors qu'il résulte de ce qui précède que la société requérante connaissait une baisse de son activité depuis plusieurs années dès avant les travaux en litige.

6. En deuxième lieu, la société requérante sollicite une indemnisation au titre du report de ses loyers que son bailleur lui a accordé et sollicite à cette fin une indemnité d'un montant de 121 827 euros. Il résulte cependant de l'instruction que l'avenant au bail comportant cette réduction de loyer accordé par la SCI Wladimir à la société requérante, qui ont toutes deux le même gérant, ne comporte aucune référence à un crédit accordé par la première à la seconde et la réduction de loyer, qui a été ainsi consentie, a été conclue le 1er novembre 2014, soit deux ans avant le commencement des travaux en cause. Dès lors, cette réduction de loyer intervenue en novembre 2014 ne peut être regardée que comme étant liée à la perte de chiffre d'affaires de la société requérante à cette date, et non comme trouvant sa cause dans les travaux en litige. Dans ces conditions, la demande présentée à ce titre ne peut qu'être rejetée.

7. En troisième lieu, la société requérante fait valoir que les travaux en litige ont rendu inesthétique la rue Thiers et qu'en conséquence sa vitrine a subi une atteinte à son attractivité visuelle. Toutefois, les quelques photographies produites, si elles permettent de constater des travaux sur le trottoir au droit de son commerce entre les mois de novembre 2017 et de septembre 2018, ne sont pas de nature cependant à considérer ce chef de préjudice comme certain et suffisamment grave pour être indemnisé.

8. En dernier lieu, et pour les mêmes motifs que ceux cités au point précédent, la société requérante n'établit pas la gravité de son préjudice lié aux bruits et aux poussières alors au demeurant que ce préjudice n'est pas chiffré.

Sur les frais du litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce qu'une somme soit mise à la charge de la commune d'Aix-en-Provence qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens. Il y a lieu en revanche et dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Optique Hasbanian une somme de 1 500 euros à verser à la commune d'Aix-en-Provence sur ce même fondement.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SAS Optique Hasbanian est rejetée.

Article 2 : La SAS Optique Hasbanian versera une somme de 1 500 euros à la commune d'Aix-en-Provence sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Optique Hasbanian et à la commune d'Aix-en-Provence.

Délibéré après l'audience du 29 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Markarian, présidente,

M. Secchi, premier conseiller,

Mme Charpy, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 avril 2023.

Le rapporteur,

Signé

L. ALa présidente,

Signé

G. Markarian

La greffière,

Signé

C. Croce

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

7

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