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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2100033

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2100033

mardi 20 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2100033
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation8ème chambre
Avocat requérantMOULIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 janvier 2021, la SA Hôpital privé Clairval, représentée par Me Moulin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'ensemble des titres exécutoires émis par l'assistance publique- hôpitaux de Marseille (AP-HM) dont le numéro figure dans une notification d'opposition à tiers détenteurs émise le 4 août 2020 et de prononcer la décharge des sommes qui lui sont réclamées soit un montant total de 37 825,93 euros ;

2°) de condamner en conséquence l'AP-HM à restituer l'ensemble des sommes qu'elle a indument prélevées pour le recouvrement de ces titres ;

3°) de mettre à la charge de l'AP-HM la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les titres exécutoires en litige sont entachés d'irrégularité dès lors qu'ils ne sont pas signés par leur auteur et que l'administration doit démontrer qu'ils remplissent les conditions de régularité prévues par les articles L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales et L. 111-2 et L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- alors que les créances en litige portent sur des actes de biologie moléculaire et d'anatomie-cytologie-pathologie effectués entre le 18 juin 2018 et le 20 novembre 2019 pour le compte de praticiens libéraux exerçant au sein de l'hôpital privé Clairval, l'envoi tardif des factures par l'AP-HM, qui auraient dû lui être adressées au plus tard le 31 janvier 2019 selon l'instruction du 16 avril 2018, entache d'illégalité les titres de recettes correspondants.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juillet 2022, la directrice régionale des finances publiques Provence-Alpes-Côte d'Azur conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir l'incompétence de la juridiction administrative pour connaitre des contestations relatives au recouvrement des créances non fiscales des collectivités territoriales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 septembre 2022, l'AP-HM conclut au rejet de la requête et demande qu'il soit mis à la charge de la SA Hôpital privé Clairval la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que le juge administratif n'est pas compétent pour connaître des actes de recouvrement en litige et que les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- l'instruction n° DGOS/PF4/DSS/1A/2018/101 du 16 avril 2018 relative aux actes de biologie médicale et d'anatomopathologie hors nomenclatures éligibles au financement au titre de la mission d'intérêt général d'enseignement, de recherche, de rôle de référence et d'innovation G03, aux règles de facturation de ces actes et aux modalités de délégation associées ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les conclusions de M. Ricard, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Au cours des années 2018 et 2019, des actes de biologie moléculaire et d'anatomie-cytologie-pathologie ont été effectués par le laboratoire de l'AP-HM à la demande de praticiens exerçant au sein de l'hôpital privé Clairval, lequel ne dispose pas des équipements nécessaires à la réalisation de tels actes. Par un avis d'opposition à tiers détenteurs émis le 4 août 2020, le comptable public a demandé le versement de la somme totale de 151 141,23 euros correspondant à des titres exécutoires émis entre le 2 août 2016 et le 12 janvier 2020. Par sa requête, la société Hôpital privé Clairval demande au tribunal d'annuler quarante-neuf de ces titres exécutoires émis par l'AP-HM entre le 12 août 2018 et le 8 décembre 2019 pour un montant total de 37 825,93 euros, produits en cours d'instance et de condamner en conséquence l'AP-HM à restituer l'ensemble des sommes qu'elle a indument prélevées pour le recouvrement de ces titres.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et de décharge :

2. En premier lieu, aux termes du 4° de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " 4° Une ampliation du titre de recettes individuel ou de l'extrait du titre de recettes collectif est adressée au redevable sous pli simple. () / En application de l'article 4 de la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations, le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif mentionne les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis ainsi que les voies et délais de recours. / Seul le bordereau de titres de recettes est signé pour être produit en cas de contestation ". Il résulte de ces dispositions, d'une part, que l'ampliation du titre de recettes individuel ou de l'extrait du titre de recettes collectif adressée au redevable doit mentionner les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis et, d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier en cas de contestation que le bordereau de titre de recettes comporte la signature de l'émetteur.

3. Il résulte de l'instruction, d'une part, que les titres de recette en litige, produits par l'AP-HM, mentionnent le nom et la qualité de son auteur, Jean Olivier Arnaud, directeur général de l'AP-HM et, d'autre part, que les dispositions précitées n'exigent pas la signature de chaque titre. Par suite, les moyens tirés de l'irrégularité des titres en litige doivent être écartés.

4. Aux termes des dispositions de l'article L. 162-22-13 du code de la sécurité sociale, dans sa version alors en vigueur : " Il est créé, au sein de l'objectif national de dépenses d'assurance maladie prévu au 4° du I de l'article LO 111-3, une dotation nationale de financement des missions d'intérêt général et d'aide à la contractualisation des établissements de santé () ". L'article D. 162-6 du même code dispose que : " Peuvent être financées par la dotation nationale de financement des missions d'intérêt général et d'aide à la contractualisation mentionnée à l'article L. 162-22-13 les dépenses correspondant aux missions d'intérêt général suivantes : 1° L'enseignement, la recherche, le rôle de référence et l'innovation. Notamment, à ce titre : () d) () la dispensation des soins non couverts par les nomenclatures ou les tarifs ". Ces missions sont couramment désignées sous le sigle " MERRI ".

5. L'arrêté du 4 mai 2017, auquel renvoie l'article D. 162-8 du code de la sécurité sociale, comporte en son annexe 1 un tableau des missions ayant vocation à être financées par la dotation nationale de financement des missions d'intérêt général et d'aide à la contractualisation mentionnée à l'article L. 162-22-13. Y figure notamment, référencée sous le code G03, la mission relative aux " actes de biologie () non inscrits aux nomenclatures, à l'exception de ceux faisant l'objet d'autres financements hospitaliers ".

6. Il ressort des termes de l'instruction susvisée du 16 avril 2018, d'une part, que " l'établissement qui a réalisé tout ou partie d'une ou plusieurs phases de l'acte pour l'établissement prescripteur - dit établissement effecteur - peut adresser une facture à l'établissement prescripteur " et par conséquent émettre un titre exécutoire à cet effet. D'autre part, si l'instruction prévoit qu' " au début de l'année n, les établissements de santé déclarent l'activité réalisée pendant l'année n-1 pour leurs besoins propres et que l'activité réalisée pour un tiers pendant l'année n-1 et facturée à ce même tiers du 1er janvier de l'année n-1 jusqu'au 31 janvier de l'année n inclus ; l'activité qui a fait l'objet d'une réalisation par un tiers pendant l'année n-1 et d'une facturation par ce même tiers du 1er janvier de l'année n-1 jusqu'au 31 janvier de l'année n inclus " dans le logiciel prévu à cet effet, aucune disposition ne prévoit, contrairement à ce qui est soutenu par la société requérante, ni l'envoi de la facture de la part de l'établissement effecteur avant le 31 janvier de l'année n+1, ni qu'un retard dans l'envoi des factures permettrait à l'établissement prescripteur de ne pas les honorer. En tout état de cause, l'AP-HM soutient sans être contredite avoir effectué les déclarations afférentes dans le délai prévu, produit des captures d'écran de la plateforme de déclaration, tandis que la société Hôpital privé Clairval ne démontre pas ne pas avoir obtenu le remboursement des actes prescrits et effectués par l'AP-HM. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'illégalité des titres de recettes en litige en raison de la méconnaissance de l'instruction précitée doit être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense, que les conclusions à fins d'annulation des titres en litige, de décharge et de restitution de l'ensemble des sommes que l'AP-HM a prélevées pour le recouvrement de ces titres doivent être rejetées.

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'AP-HM, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la société Hôpital privé Clairval au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Hôpital privé Clairval une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la SA Hôpital privé Clairval est rejetée.

Article 2 : La SA Hôpital privé Clairval versera une somme de 1 500 euros à l'AP-HM au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SA Hôpital privé Clairval, à l'Assistance Publique-Hôpitaux de Marseille et à la directrice régionale des finances publiques de Provence-Alpes-Côte d'Azur.

Délibéré après l'audience du 12 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Gonneau, président,

Mme Fabre, première conseillère,

Mme Journoud, conseillère.

Assistés de Mme Ibram, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2022.

La rapporteure,

signé

É. A Le président,

signé

P.Y GONNEAU

La greffière,

signé

IBRAM

La République mande et ordonne au directeur général de ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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