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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2100055

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2100055

vendredi 30 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2100055
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantCABINET AYACHE SALAMA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 janvier 2021, la société par actions simplifiées (SAS) Biotech Dental, représentée par Me Erard, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des pénalités pour manquement délibéré qui lui ont été réclamées pour la période du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2018 et de condamner l'État au paiement des intérêts moratoires prévus à l'article L. 208 du livre des procédures fiscales ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les refacturations qui ont été effectuées sans taxe sur la valeur ajoutée au titre de l'exercice clos en 2018 avaient déjà été régularisées avant l'envoi de la proposition de rectification ;

- l'administration, qui se borne à soutenir que la société requérante ne pouvait ignorer que les opérations, objets des rappels litigieux, étaient soumises à la taxe sur la valeur ajoutée dans la mesure où son activité était totalement et de plein droit soumise à cette taxe, n'apporte pas la preuve de son intention d'éluder délibérément la taxe due ;

- en invoquant la répétition de l'opération et le montant global significatif en cause l'administration n'apporte pas davantage cette preuve ;

- les modalités erronées qu'elle a retenues pour effectuer les refacturations remises en causes par l'administration témoignent de la simple application d'une méthode comptable inadéquate et non d'une intention délibérée d'éluder l'impôt, alors que ces erreurs n'existaient que depuis 2016 et ont été rectifiées dès qu'elles ont été connues.

Par un mémoire, enregistré le 17 juin 2021, la directrice du contrôle fiscal sud-est conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 5 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 23 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Zarrella, rapporteur,

- les conclusions de Mme Caselles, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS Biotech Dental, qui exerce l'activité de vente en gros de produits pharmaceutiques a fait l'objet d'une vérification de comptabilité concernant les déclarations de taxe sur la valeur ajoutée qu'elle a déposées au titre de la période du 1er janvier 2017 au 30 juin 2018. À l'issue du contrôle, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée lui ont été notifiés selon la procédure de rectification contradictoire pour un montant total de 380 717 euros, incluant une pénalité pour manquement délibéré d'un montant de 93 902 euros. La société demande au tribunal la décharge des pénalités qui lui ont été réclamées sur le fondement de l'article 1729 du code général des impôts.

Sur les pénalités :

2. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : a. 40 % en cas de manquement délibéré () ". Aux termes de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales : " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs, de la taxe sur la valeur ajoutée et des autres taxes sur le chiffre d'affaires, des droits d'enregistrement, de la taxe de publicité foncière et du droit de timbre, la preuve de la mauvaise foi et des manœuvres frauduleuses incombe à l'administration ".

3. Il résulte de ces dispositions que la pénalité pour manquement délibéré a pour seul objet de sanctionner la méconnaissance par le contribuable de ses obligations déclaratives. Pour établir ce manquement, l'administration doit apporter la preuve, d'une part, de l'insuffisance ou du caractère incomplet des déclarations et, d'autre part, de l'intention de l'intéressé d'éluder l'impôt. Pour établir le caractère intentionnel du manquement du contribuable à son obligation déclarative, l'administration doit se placer au moment de la déclaration ou de la présentation de l'acte comportant l'indication des éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt.

4. Pour apporter la preuve, qui lui incombe, du caractère délibéré du manquement déclaratif opposé à la société, qui a omis de mentionner la taxe sur la valeur ajoutée sur des refacturations de frais émises à destination de plusieurs sociétés domiciliées en France et pour lesquels la taxe qui avait grevé leur prix avait été déduite, l'administration fait valoir l'importance des insuffisances constatées qui s'élèvent, selon elle, à 1 246 174 euros pour 2017 et 385 253 euros hors taxes pour le premier semestre 2018. Toutefois, contrairement à ce qui est indiqué, ces sommes ne correspondent pas au montant des droits éludés mais à leur assiette. L'administration ne donne par ailleurs aucune indication permettant de corréler ces valeurs absolues au volume de l'activité de la société.

5. L'administration invoque également la répétition de l'infraction sur la période vérifiée, l'omission déclarative ayant porté sur 47 factures en 2017 et 21 pour le premier semestre 2018. Le caractère réitéré des manquements reprochés à la société ne saurait toutefois, par lui-même, être révélateur de son intention d'éluder l'impôt alors que cette dernière invoque, sans être sérieusement contredite, le caractère aléatoire des omissions constatées, et fait valoir qu'elle se contentait de recopier les mentions portées sur les factures et à refacturer sans taxe sur la valeur ajoutée collectée les factures qui ne comportaient pas de mention de taxe sur la valeur ajoutée et inversement, qu'une facture faisant mention de la taxe sur la valeur ajoutée faisait l'objet d'une refacturation faisant apparaitre la taxe sur la valeur ajoutée collectée. Au demeurant, il n'est pas contesté que la SAS Biotech Dental a pris la mesure des irrégularités qui lui ont été signalées lors de la vérification de comptabilité en corrigeant ses modalités de facturation en cours de contrôle.

6. Enfin, si l'administration fait également valoir que la société requérante a récidivé et qu'un précédent contrôle portant sur les exercices clos en 2015 et 2016 s'était conclu par des notifications de rappels de taxe sur la valeur ajoutée pour les mêmes raisons, elle n'apporte pas la preuve, qui lui incombe, que les rectifications portant sur les exercices clos en 2015 et 2016, fondées, d'après ses dires, sur le même motif que celui en cause dans la présente espèce, auraient été portées à la connaissance de la SAS Biotech Dental, avant le moment de la souscription par la société requérante des déclarations correspondant à la période vérifiée. L'administration n'ayant produit ni la proposition de rectification permettant de montrer que la société aurait été alertée sur ses pratiques défectueuses, ni la preuve de sa réception, antérieure à la souscription par la société de ses déclarations, elle n'apporte pas la preuve de la réitération délibérée d'un comportement que la société aurait su fautif et ne peut être regardée comme établissant que les insuffisances constatées par l'administration procèdent d'une volonté délibérée d'éluder l'impôt plutôt que d'une simple méconnaissance des règles d'assujettissement pouvant aboutir à des erreurs.

7. Il résulte de ce qui précède que la SAS Biotech Dental est fondée à demander la décharge des pénalités pour manquement délibéré mises à sa charge pour la période du 1er janvier 2017 au 30 juin 2018.

Sur les conclusions tendant au versement par l'État d'intérêts moratoires :

8. Aux termes de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales : " Quand l'Etat est condamné à un dégrèvement d'impôt par un tribunal ou quand un dégrèvement est prononcé par l'administration à la suite d'une réclamation tendant à la réparation d'une erreur commise dans l'assiette ou le calcul des impositions, les sommes déjà perçues sont remboursées au contribuable et donnent lieu au paiement d'intérêts moratoires dont le taux est celui de l'intérêt de retard prévu à l'article 1727 du code général des impôts. ".

9. Il n'existe aucun litige né et actuel entre le comptable et le requérant concernant les intérêts mentionnés à l'article L. 208 du livre des procédures fiscales. Dès lors, ces conclusions ne sont pas recevables.

Sur les frais liés au litige :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à la SAS Biotech Dental au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La SAS Biotech Dental est déchargée des pénalités pour manquement délibéré qui lui ont été infligées au titre de l'ensemble des impositions en litige.

Article 2 : L'État versera à la SAS Biotech Dental la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Biotech Dental et à la directrice du contrôle fiscal sud-est.

Délibéré après l'audience du 6 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Menasseyre, présidente,

M. Zarrella, premier conseiller,

Mme Pouliquen, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2022.

Le rapporteur,

signé

A-D Zarrella

La présidente,

signé

A. MenasseyreLa greffière,

signé

A. Vidal

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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