jeudi 15 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2100060 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | VANEECLOO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 janvier 2021, la société Sunweb Group, représentée par Me Vaneecloo, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet de sa demande indemnitaire reçue le 30 septembre 2020 ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme globale de 64 680,86 euros en réparation des préjudices résultant de l'illégalité de la décision du ministre du travail du 18 février 2015 autorisant le licenciement de Mme A ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision illégale d'autorisation de licenciement constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;
- elle n'a commis elle-même aucune faute ;
- son préjudice constitué par le versement d'une indemnité à Mme A en exécution de la décision du conseil de prud'hommes et les frais de représentation exposés devant ce conseil, s'élève à la somme de 64 680,56 euros.
Le ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion a été mis en demeure de produire ses observations par courrier du 9 août 2022.
Par une ordonnance du 2 mai 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 17 mai 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Felmy, rapporteure,
- et les conclusions de M. Ouillon, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Le 26 mai 2014, la société alors dénommée Sunweb Vacances, ensuite dénommée Sundio Group France puis Sunweb Group, a demandé l'autorisation de licencier Mme A, déléguée du personnel titulaire, pour motif économique. Par décision du 24 juillet 2014, l'inspectrice du travail d'Aix-en-Provence, constatant que le siège social avait été transféré à Paris, s'est déclarée incompétente et a, en conséquence, rejeté la demande dont elle était saisie. Sur recours hiérarchique reçu le 18 août 2014, le ministre du travail a, le 18 février 2015, retiré la décision implicite de rejet née de son silence, retiré la décision de l'inspectrice du travail et a autorisé le licenciement de Mme A, au motif que les difficultés rencontrées pouvaient être suffisamment importantes et durables pour justifier le licenciement sollicité. Par jugement du 3 mai 2016, le tribunal administratif de Marseille a rejeté la requête de Mme A tendant à l'annulation de la décision du ministre. Par un arrêt du 15 juin 2017, la cour administrative d'appel de Marseille a annulé l'autorisation de licencier Mme A. Le pourvoi de la société Sundio Group France n'a pas été admis par une décision du Conseil d'Etat du 1er février 2018. Le 30 juin 2020, le conseil de prud'hommes d'Aix-en-Provence a déclaré, par une décision devenue définitive, le licenciement de Mme A, intervenu le 27 février 2015, sans cause réelle et sérieuse, et a condamné en conséquence la société au paiement à l'intéressée des sommes de 50 530 euros bruts à titre de dommages et intérêts et 1 000 euros au titre de l'article 700 du code de procédure civile. Le 30 septembre 2020, la société requérante a adressé à la ministre du travail une demande préalable tendant à l'indemnisation de son préjudice constitué des sommes de 51 530 euros, allouée à Mme A, et de 13 150,86 euros au titre des frais exposés pour se faire représenter devant le conseil des prud'hommes, à laquelle la ministre n'a pas répondu. La requérante demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme globale de 64 680,86 euros en réparation du préjudice causé par l'illégalité de la décision du ministre du 18 février 2015 autorisant le licenciement de Mme A.
Sur la responsabilité de l'Etat :
2. En application des dispositions du code du travail, le licenciement d'un salarié protégé ne peut intervenir que sur autorisation de l'autorité administrative. L'illégalité de la décision autorisant un tel licenciement constitue une faute de nature à engager la responsabilité de la puissance publique à l'égard de l'employeur, pour autant qu'il en soit résulté pour celui-ci un préjudice direct et certain. En application des principes généraux de la responsabilité de la puissance publique, il peut le cas échéant être tenu compte, pour déterminer l'étendue de la responsabilité de l'Etat à l'égard de l'employeur à raison de la délivrance d'une autorisation de licenciement entachée d'illégalité, au titre notamment du versement au salarié des indemnités mises à la charge de l'employeur par le juge judiciaire, de la faute également commise par l'employeur en sollicitant la délivrance d'une telle autorisation.
3. D'une part, il ressort de l'arrêt de la cour administrative d'appel de Marseille du 15 juin 2017 devenu définitif, que la décision du ministre du 18 février 2015 ne faisait état d'aucun résultat intermédiaire porté à sa connaissance, se bornait à se référer aux résultats nets du groupe constatés en 2012 et en 2013, soit respectivement - 363 000 euros et - 10 962 000 euros, que la plus récente de ces données remontait au 31 octobre 2013 soit plus de quinze mois avant la décision du ministre et que ces résultats ne permettaient pas de déterminer si les difficultés économiques qu'ils reflétaient avaient perduré, malgré les mesures adoptées et, en particulier, les licenciements intervenus depuis plus de six mois à la date à laquelle le ministre a statué, et qu'aucune des mentions de la décision attaquée ne permettait de considérer que le ministre aurait pris en compte des éléments économiques et financiers plus récents, recueillis au cours de l'instruction du recours hiérarchique. La cour a également retenu que la transmission à l'inspectrice du travail, au début du mois de juillet 2014, soit sept mois et demi avant la décision, d'éléments intermédiaires portant sur l'exercice alors en cours, à la supposer établie, ne permettait pas de considérer que la décision du ministre serait fondée sur des données plus récentes que celles dont il était fait état dans ses motifs. En fondant ainsi sa décision sur les seuls éléments de nature économique des années 2012 et 2013 et sans se référer aux données économiques de l'année 2014 recueillis au cours de l'instruction auprès de la société, le ministre du travail a commis une illégalité fautive de nature à engager la responsabilité de l'Etat.
4. D'autre part, il résulte de l'instruction que la requérante avait transmis, par un courrier du 2 juillet 2014 adressé à la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi, les éléments comptables intermédiaires pour l'année 2014, à savoir les bilans et comptes de résultats de la société et des autres sociétés du groupe, puis, dans le cadre du recours administratif porté devant le ministre le 14 août 2014, ces mêmes éléments économiques, ainsi qu'une attestation d'un expert-comptable et commissaire aux comptes du 18 juillet 2014, nécessaires à l'appréciation contemporaine de la réalité du motif économique pour lequel elle demandait l'autorisation de licencier sa salariée. Par suite, et alors que les éléments que fait valoir la société Sunweb Group à cet égard ne sont pas contestés par l'administration, aucune faute commise par l'employeur à l'origine de la demande d'autorisation de licencier ne peut être retenue.
5. Enfin, il ne résulte pas de l'instruction, au regard notamment du jugement du conseil de prud'hommes du 30 juin 2020 qui retient l'existence d'un doute sur la réalité des difficultés économiques présentées par la requérante au moment de la rupture du contrat de travail avec Mme A, que le ministre aurait pris la même décision s'il avait pris en compte les éléments les plus récents produits par l'employeur. Par suite, les préjudices dont la requérante se prévaut trouvent leur cause directe dans l'illégalité qui entache la décision du ministre du travail du 18 février 2015.
Sur le préjudice :
6. Il résulte de l'instruction que le conseil de prud'hommes d'Aix-en-Provence a retenu, par le jugement précité du 30 juin 2020 dont le ministre ne conteste pas qu'il a été exécuté par la requérante, que le licenciement de Mme A était sans cause réelle et sérieuse, et a condamné en conséquence la société Sunweb Group au paiement à sa salariée des sommes de 50 530 euros bruts à titre de dommages et intérêts et 1 000 euros au titre de l'article 700 du code de procédure civile. La requérante produit également un arrêté des comptes relatifs aux frais et honoraires versés à la société Solucial avocats pour se faire représenter devant le conseil de prud'hommes d'Aix-en-Provence faisant état d'un montant de 13 150,86 euros. Le ministre, qui s'est abstenu de répondre à la mise en demeure de produire qui lui a été adressée par le tribunal, doit être regardé comme ayant acquiescé aux faits, soit en l'espèce au paiement de tels frais et honoraires par la requérante, qu'il y a lieu cependant de limiter au montant de 12 404,19 euros effectivement payé par celle-ci selon la copie de l'arrêté des comptes versée au dossier.
7. Dans ces conditions, la société Sunweb Group est seulement fondée à demander la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 63 934,19 euros en réparation des préjudices résultant de l'illégalité de la décision de la ministre du travail du 18 février 2015 autorisant le licenciement de Mme A.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à la société Sunweb Group en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à la société Sunweb Group la somme de 63 934,19 euros en réparation des préjudices résultant de l'illégalité de la décision du ministre du travail du 18 février 2015 autorisant le licenciement de Mme A.
Article 2 : L'Etat versera à la société Sunweb Group la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Sunweb Group et au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion.
Délibéré après l'audience du 1er juin 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Hameline, présidente,
Mme Felmy, première conseillère,
Mme Hétier-Noël, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juin 2023.
La rapporteure,
signé
E. Felmy
La présidente,
signé
M.-L. Hameline
La greffière,
signé
B. Marquet
La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2100060
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026