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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2100140

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2100140

vendredi 31 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2100140
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantMAILLARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 janvier 2021, la SARL L'épicerie d'Aix-en-Provence, représentée par Me Maillard, demande au Tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés pour la période du 1er mars 2010 au 31 décembre 2012 pour un montant en droits et pénalités de 54 043 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la procédure d'imposition est irrégulière dès lors qu'elle n'a pas rencontré et débattu avec l'interlocuteur départemental, mais avec son successeur ;

- la méthode de reconstitution du chiffre d'affaires utilisée par l'administration fiscale présente des incohérences en ce qui concerne la prise en compte des pertes en cuisine, des offres promotionnelles, des prélèvements de salariés, de la casse et du vol ;

- les pénalités appliquées sont dépourvues de bien-fondé dès lors que les rappels en litige procèdent d'une procédure entachée d'une irrégularité substantielle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 mars 2021, le directeur régional des finances publiques de Provence-Alpes-Côte d'Azur et du département des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la procédure suivie est régulière et que les moyens ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 25 novembre 2022 la clôture d'instruction a été fixée au 19 décembre 2022 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de M. Boidé, rapporteur public,

- les observations de Me Maillard pour la SARL L'Epicerie d'Aix-en-Provence.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL L'épicerie d'Aix-en-Provence, créée le 16 mars 2010, exerce une activité de vente au détail d'épicerie fine, de vente de vins et spiritueux et restauration. Elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur l'ensemble de ses déclarations fiscales pour la période du 1er mars 2010 au 31 décembre 2012. A l'issue de cet examen, et après reconstitution de son chiffre d'affaires dès lors que le service a écarté la comptabilité de l'entreprise, une proposition de rectification n° 3924 en date du 10 décembre 2014 lui a été notifiée. Des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés, assortis de majorations et pénalités, lui ont été réclamés. Suite à l'avis émis par la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires et au recours hiérarchique présenté par la société requérante, une partie des redressements a été abandonnée et les rappels de taxe sur la valeur ajoutée ont seuls été mis en recouvrement le 30 novembre 2017 pour la somme totale de 54 043 euros, soit 35 946 euros de droits et 18 097 euros de pénalités. La société requérante a présenté, le 31 décembre 2019, une réclamation contentieuse, qui a fait l'objet d'une décision de rejet par l'administration fiscale le 4 novembre 2020. La SARL L'épicerie d'Aix-en-Provence demande au Tribunal de la décharger des droits et pénalités de taxe sur la valeur ajoutée qui lui sont réclamés au titre de la période du 1er mars 2010 au 31 décembre 2012.

Sur la procédure d'imposition :

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 10 du livre des procédures fiscales dans sa rédaction applicable au litige : " Avant l'engagement d'une des vérifications prévues aux articles L. 12 et L. 13, l'administration des impôts remet au contribuable la charte des droits et obligations du contribuable vérifié ; les dispositions contenues dans la charte sont opposables à l'administration ".

3. En vertu des dispositions de la charte dans leur version applicable au litige, la possibilité pour le contribuable de s'adresser, dans les conditions précisées par la charte, au supérieur hiérarchique du vérificateur puis, le cas échéant, à l'interlocuteur départemental constitue une garantie substantielle ouverte à l'intéressé à deux moments distincts de la procédure d'imposition, en premier lieu, au cours de la vérification et avant l'envoi de la proposition de rectification, pour ce qui a trait aux difficultés affectant le déroulement des opérations de contrôle, et, en second lieu, pour les contribuables faisant l'objet d'une procédure de rectification contradictoire, après la réponse faite par l'administration fiscale aux observations du contribuable sur cette proposition, en cas de persistance d'un désaccord sur le bien-fondé des rectifications envisagées.

4. Il résulte de l'instruction, qu'en réponse à sa demande, le gérant de la société requérante et son conseil ont rencontré et échangé avec l'interlocuteur départemental le 20 septembre 2017. Dans ces conditions, la société requérante a bénéficié de la garantie prévue par la charte des droits et obligations du contribuable vérifié consistant, à ce second moment, à pouvoir saisir, avant la mise en recouvrement, l'interlocuteur départemental des divergences subsistant au sujet du bien-fondé des rectifications envisagées dès lors qu'elle a été reçue effectivement par l'interlocuteur départemental, qui n'était pas tenu de lui remettre à la suite de l'entretien un compte rendu écrit, et la circonstance alléguée selon laquelle le successeur de l'interlocuteur départemental, et non celui qui l'a reçue, a formulé par écrit le 11 octobre 2017 les éclaircissements sollicités par la contribuable n'est pas de nature à entacher la procédure d'irrégularité.

Sur le bien-fondé des impositions en litige :

5. Aux termes de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales : " Lorsque l'une des commissions () mentionnés à l'article L. 59 () est saisi d'un litige ou d'une rectification, l'administration supporte la charge de la preuve en cas de réclamation, quel que soit l'avis rendu par la commission ou le comité. Toutefois, la charge de la preuve incombe au contribuable lorsque la comptabilité comporte de graves irrégularités et que l'imposition a été établie conformément à l'avis de la commission ou du comité ".

6. En cas de reconstitution du chiffre d'affaires, il appartient au contribuable de prouver l'exagération de l'évaluation retenue, soit en établissant que cette méthode est radicalement viciée dans son principe, ce qui justifie alors la décharge de l'imposition, soit en démontrant que cette méthode est excessivement sommaire et aboutit sur certains points et pour un certain montant à une imposition excessive, le cas échéant en soumettant au juge une nouvelle méthode permettant de déterminer le chiffre d'affaires avec une meilleure précision.

7. Il résulte de l'instruction, qu'en raison de la diversité des produits vendus comme des fournisseurs, l'activité de la société requérante comportant, sur des sites différents, une activité de vente au détail d'épicerie fine et d'ustensiles de cuisine, de restauration et de vente de vins, alcools et spiritueux en bouteilles, en cubitainers et au verre ou en carafe au restaurant ou à la cave, le service a choisi de reconstituer uniquement les ventes de vins, alcools et spiritueux en bouteilles, cubitainers et au verre ou en carafe au restaurant et à la cave, hors bière vendue uniquement au restaurant.

8. En premier lieu, la société requérante soutient que le taux retenu pour évaluer les pertes en cuisine et les offerts fournisseurs est très faible pour l'année 2012 s'agissant d'un commerce de vente au détail de vins et spiritueux et de restauration et qu'il doit être revu à la hausse. Concernant les pertes en cuisine, la société requérante fait valoir que l'activité de restauration ayant été développée sur douze mois en 2012 contre dix mois en 2011, le nombre de cubitainers retenus pour 2012 soit 15 cubitainers pour la cuisine est inférieur à celui de 2011 soit 16 cubitainers. Toutefois, le nombre de cubitainers en stock a été augmenté de six unités au stade du recours hiérarchique, par rapport à l'inventaire présenté au 31 décembre 2012, diminuant ainsi les achats revendus et, pour l'année 2012, 15 cubitainers offerts par les fournisseurs n'ont pas été valorisés comme revendus représentant au regard des 79 cubitainers revendus, 16 % d'abattement, alors que pour l'année 2011, le taux de 7,7 % a été retenu compte tenu de 16 offerts non valorisés sur 192 revendus. En outre, si la société requérante fait valoir que l'activité de restauration en 2012 impliquait l'utilisation de davantage de vin, le pourcentage de vin utilisé est ainsi effectivement inférieur en 2011. La société requérante ne démontre ainsi, ni qu'un autre coefficient aurait dû être retenu, ni en tout état de cause que ce taux, porté à 16% pour l'année 2012 alors qu'il n'était que de 7,7% pour l'année 2011, serait manifestement sous-évalué.

9. En deuxième lieu, la société requérante soutient que les offres promotionnelles et offerts en dégustation ne pouvaient être retenus à hauteur des seules remises comptabilisées et auraient dû être valorisés à 5 % des achats effectivement supportés par l'entreprise. Il résulte de l'instruction que le service n'a retenu que les offerts ou remises saisis en caisse et n'a pas valorisé les offerts fournisseurs utilisés principalement pour les dégustations et a relevé qu'au titre de l'année 2011, seules 19 bouteilles au maximum avaient été susceptibles d'avoir été offertes et 11 bouteilles au maximum pour 2012, ces quantités étant très faibles rapportées au nombre de bouteilles et cubitainers offerts non valorisés par le service. La société requérante n'apporte ainsi aucun élément justifiant la valorisation des offerts.

10. En troisième lieu, si la société requérante fait valoir qu'il est d'usage dans la profession de tenir compte de la consommation de vin à la fin du service des membres du personnel, et qu'il appartenait à l'administration fiscale de procéder à ce titre à un abattement, le gérant de la société a indiqué, lors du contrôle, que les salariés avaient droit à un repas par jour et pouvaient consommer des cafés ou des sirops et n'a pas fait part de consommations par le personnel après le service, la société n'ayant aucune obligation à ce titre. Au demeurant, les affirmations de la société requérante ne peuvent être retenues en l'absence de toute pièce justificative.

11. En dernier lieu, la société reproche au service de n'avoir pas tenu compte de la casse et du vol d'un salarié commis en 2011 et sollicite en conséquence que le pourcentage de pertes pour vol et casse soit valorisé à 2 % de l'ensemble des achats payés par la société. La société requérante, dont le gérant avait déclaré lors du contrôle que la casse était pour lui à la marge, n'apporte aucune justification sur le taux de 2 % qu'elle propose de retenir. Concernant le vol, elle n'a pas produit au service, ni davantage dans le cadre de la présente instance, de documents probants établissant le vol commis en 2011 par un de ses salariés dès lors notamment que la société requérante n'a pas justifié de l'envoi du courrier de licenciement pour faute lourde, ni justifié de l'abandon d'une procédure devant le conseil de prud'hommes ou produit tout document probant et objectif qui permettrait d'établir la réalité des faits et de quantifier les vols. La société requérante, à laquelle il appartient de fournir les éléments permettant d'apprécier la réalité du vol commis par un salarié qui aurait vidé selon ses dires 17 bouteilles de whisky proposées à la vente et entamé sept autres bouteilles, ne peut en conséquence se borner à alléguer que l'absence de toute prise en compte de vols serait contraire aux principes d'une reconstitution de chiffre d'affaires alors que le vol a été pris en compte par le service.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er mars 2010 au 31 décembre 2012 ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les pénalités :

13. La société requérante se borne à faire valoir que les pénalités qui lui ont été infligées sont dépourvues de bien-fondé compte tenu de la décharge des rappels de taxes sur la valeur ajoutée qu'elle sollicite. Compte tenu de ce qui précède, et dès lors que la procédure n'est entachée d'aucune irrégularité et que les impositions en litige sont fondées, la société L'épicerie d'Aix-en-Provence n'est pas fondée à demander la décharge des majorations pour manquement délibéré qui lui ont été appliquées sur le fondement de l'article 1729 du code général des impôts.

Sur les frais du litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à la société L'épicerie d'Aix-en-Provence une somme au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL L'épicerie d'Aix-en-Provence est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL L'épicerie d'Aix-en-Provence et à la directrice régionale des finances publiques de Provence-Alpes-Côte d'Azur et du département des Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 10 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Markarian, présidente,

M. Secchi, premier conseiller,

Mme Charpy, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mars 2023.

Le rapporteur,

Signé

L. ALa présidente,

Signé

G. Markarian

La greffière,

Signé

D. Dan

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

7

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