mercredi 31 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2100662 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 9ème Chambre |
| Avocat requérant | SEMERIVA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 26 janvier 2021, Mme B A, représentée par Me Semeriva, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 10 novembre 2020 par laquelle le service des retraites de l'Etat lui a refusé le bénéfice d'un départ anticipé à la retraite au 1er mars 2021 ;
2°) d'enjoindre à l'Etat de prendre une nouvelle décision lui accordant le bénéfice de ce départ anticipé à compter du 1er mars 2021, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision est entachée d'une inexactitude matérielle des faits et d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article 25 bis du code des pensions civiles et militaires de retraite ; elle satisfait en effet aux conditions pour un départ anticipé, soit avoir commencé à travailler avant l'âge de 20 ans et justifier de 5 trimestres travaillés au 31 décembre de l'année de ses 20 ans, un cumul de 183 trimestres cotisés et deux enfants, ce qui porte le nombre de trimestres nécessaires à 175 ;
- de plus, elle a cumulé 1 136 jours, et non 1 610 jours, de maladie, ce qui porte à 167 trimestres et 33 jours la durée d'assurance cotisée ;
- par décision du 5 novembre 2019 devenue définitive, le service des retraites de l'Etat l'a informée qu'elle écrêtait 776 jours de sa durée d'assurance cotisée et que la date de son départ à la retraite était fixée au 1er mars 2021, et une telle décision individuelle créatrice de droits ne peut être remise en cause au regard du principe de sécurité juridique.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 août 2021, le ministre de l'économie, des finances et de la relance (service des retraites de l'Etat) conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 10 novembre 2020 sont devenues sans objet dès lors que par décision du 19 février 2021, Mme A s'est vu accorder le bénéfice d'un départ anticipé en retraite avec date d'effet au 1er août 2021 ;
- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Vu la décision de renvoi en formation collégiale.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Gaspard-Truc,
- et les conclusions de M. Garron, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, qui est née le 14 avril 1960 et a intégré la fonction publique de l'Etat en 1977, était titulaire du grade de greffière principale des services judiciaires et exerçait ses fonctions au sein du tribunal judiciaire de Marseille. Souhaitant liquider ses droits à pension au titre du dispositif dit de " carrière longue ", prévu par les dispositions de l'article 25 bis du code des pensions civiles et militaires de retraite, elle a déposé auprès du service des retraites de l'Etat (SRE), au cours de l'année 2019, une demande de départ anticipé en retraite avec une date d'effet au 1er mai 2020. Par une décision du 5 novembre 2019, le directeur du SRE a rejeté sa demande et l'a informée que, compte tenu de la durée d'assurance cotisée et de la circonstance qu'elle avait pris 1 136 jours de congés de maladie au cours de sa carrière, son départ ne pourrait intervenir au plus tôt qu'à compter du 28 février 2021, avec une date d'effet au 1er mars 2021. Le 8 juin 2020, Mme A a alors déposé une seconde demande de départ anticipé, toujours au titre du dispositif de " carrières longues ", avec date d'effet au 1er mars 2021. Cette demande a, de nouveau, été rejetée par une décision du directeur du SRE du 10 novembre 2020, qui lui a indiqué que son départ en retraite ne pourrait pas intervenir avant la date de ses 62 ans, le 14 avril 2022, avec une date d'effet au 1er mai 2022, au motif qu'elle avait pris 1 610 jours de congés de maladie pris au cours de sa carrière. Par la présente requête, la requérante demande au tribunal d'annuler la décision du 10 novembre 2020.
Sur l'exception de non-lieu à statuer opposée en défense :
2. Si par une décision du 19 février 2021, l'administration a accordé à Mme A un départ à la retraite anticipé avec effet au 1er août 2021, la demande présentée par l'intéressée en tant qu'elle porte sur son admission à la retraite anticipée au 1er mars 2021 n'est pas devenue sans objet. Par suite, l'exception de non-lieu à statuer opposée en défense doit être écartée.
Sur les conclusions de la requête :
3. D'une part, aux termes de l'article L. 25 bis du code des pensions civiles et militaires de retraite : " L'âge d'ouverture du droit à une pension de retraite résultant de l'application de l'article L. 161-17-2 du code de la sécurité sociale est abaissé pour les fonctionnaires relevant du régime des pensions civiles et militaires de retraite qui ont commencé leur activité avant un âge et dans des conditions déterminés par décret et ont accompli une durée totale d'assurance et de périodes reconnues équivalentes dans ce régime et, le cas échéant, dans un ou plusieurs autres régimes obligatoires au moins égale à une limite définie par le même décret, tout ou partie de cette durée totale ayant donné lieu à cotisations à la charge du fonctionnaire. Ce décret précise les modalités d'application du présent article et, notamment, les conditions dans lesquelles, le cas échéant, une partie des périodes de service national et les périodes pendant lesquelles les fonctionnaires ont été placés en congé de maladie statutaire ainsi que les périodes comptées comme périodes d'assurance dans un ou plusieurs autres régimes obligatoires au titre de la maladie, de la maternité et de l'inaptitude temporaire peuvent être réputées avoir donné lieu au versement de cotisations ". Aux termes de l'article L. 161-17-2 du code de la sécurité sociale : " L'âge d'ouverture du droit à une pension de retraite mentionné au premier alinéa de l'article L. 351-1 du présent code, à l'article L. 732-18 du code rural et de la pêche maritime, au 1° du I de l'article L. 24 et au 1° de l'article L. 25 du code des pensions civiles et militaires de retraite est fixé à soixante-deux ans pour les assurés nés à compter du 1er janvier 1955 ". Aux termes de l'article L161-17-3 de ce code : " Pour les assurés des régimes auxquels s'applique l'article L. 161-17-2, la durée d'assurance nécessaire pour bénéficier d'une pension de retraite au taux plein et la durée des services et bonifications nécessaire pour obtenir le pourcentage maximum d'une pension civile ou militaire de retraite sont fixées à : /1° 167 trimestres, pour les assurés nés entre le 1er janvier 1958 et le 31 décembre 1960 ; () ".
4. D'autre part, aux termes de l'article D. 16-1 du code des pensions civiles et militaires de retraite : " I. - L'âge d'ouverture du droit à une pension de retraite est abaissé à soixante ans, en application de l'article L. 25 bis, pour les fonctionnaires ayant débuté leur activité avant l'âge de vingt ans et qui justifient, dans le régime des pensions civiles et militaires de retraite et, le cas échéant, dans un ou plusieurs autres régimes obligatoires, d'une durée d'assurance ayant donné lieu à cotisations à leur charge au moins égale à la durée d'assurance définie à l'article L. 14 et applicable l'année où ils atteignent l'âge de soixante ans. () ". L'article D. 16-2 de ce code dispose que : " I. - Pour l'application de la condition de durée d'assurance ayant donné lieu à cotisations à la charge des fonctionnaires définie à l'article D. 16-1, sont réputées avoir donné lieu à cotisations : () / 2° Les périodes pendant lesquelles les fonctionnaires ont été placés en congé de maladie statutaire dans la limite de quatre trimestres. / Ces périodes sont retenues sans que le nombre de trimestres ayant donné lieu à cotisations ou réputés tels puisse excéder quatre pour une même année civile. / () ". Aux termes de l'article D. 16-3 du même code : " Pour l'application de la condition de début d'activité définie à l'article D. 16-1, sont considérés comme ayant débuté leur activité avant l'âge de seize, dix-sept ou vingt ans les fonctionnaires justifiant : / - soit d'une durée d'assurance d'au moins cinq trimestres à la fin de l'année au cours de laquelle est survenu, respectivement, leur seizième, dix-septième ou vingtième anniversaire () ".
5. Il résulte de l'instruction que Mme A a commencé à travailler avant l'âge de vingt ans et qu'elle justifiait, avant la fin de l'année de ses vingt ans, d'une durée de cotisation d'au moins cinq trimestres. Pour refuser de lui accorder un départ anticipé à la retraite au 1er mars 2020, le service des retraites de l'Etat a considéré que Mme A, née en avril 1960, totalisait à la fin de l'année civile de son vingtième anniversaire cinq trimestres de cotisations mais ne justifiait pas d'une durée d'assurance cotisée de 167 trimestres pour bénéficier du départ anticipé à la retraite à cette date.
6. Il résulte des dispositions précitées de l'article D. 16-2 du code des pensions civiles et militaires de retraite que les périodes durant lesquelles Mme A a été placée en congé de maladie statutaire ne sont pas réputées avoir donné lieu à cotisations, à l'exception de quatre trimestres au cours de la carrière. Or, il résulte de l'instruction, notamment de l'attestation établie le 19 novembre 2020 par son employeur, non sérieusement contestée, que l'intéressée a bénéficié de 1 275 jours de congés de maladie au cours de sa carrière. Seule une période de quatre trimestres de ces congés, soit 360 jours, pouvant être comptabilisée, il convient de retrancher une période de 915 jours, soit 10 trimestres et 15 jours, de la durée d'assurance invoquée par la requérante, qui s'élève selon celle-ci à 175 trimestres. Dès lors, la durée d'assurance cotisée dont justifiait Mme A à la date du 1er mars 2021 était inférieure à la durée de cotisation de 167 trimestres exigée par les dispositions du code des pensions civiles et militaires précitées. Par suite, le service des retraites de l'Etat n'a pas fait une inexacte application des dispositions citées aux points 2 et 3 ni n'a entaché sa décision d'une inexactitude matérielle des faits en s'opposant à sa demande de retraite anticipée au 1er mars 2021.
7. Mme A ne saurait, par ailleurs, utilement soutenir que la décision du 5 novembre 2019 serait créatrice de droits en sa faveur dès lors que dans cette décision lui refusant le bénéfice d'un départ anticipé au 1er mai 2020, l'administration se borne à lui indiquer qu'elle ne pourrait prétendre à un tel départ qu'au plus tôt à compter du 1er mars 2021, l'invitant à cet égard à déposer une nouvelle demande de départ. Cette décision doit ainsi être regardée comme ayant une portée purement informative s'agissant de la mention de la date du 1er mars 2021. Par suite, le moyen tiré de ce que l'administration ne pouvait abroger par la décision attaquée en tant qu'elle aurait fixé la date son départ à la retraite au 1er mars 2021 est inopérant.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 10 novembre 2020 refusant à Mme A le bénéfice d'un départ anticipé à la retraite au 1er mars 2021 doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique (service des retraites de l'Etat).
Copie en sera adressée au ministère de la justice, garde des sceaux.
Délibéré après l'audience du 16 mai 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Jorda-Lecroq, présidente,
Mme Gaspard-Truc, première conseillère,
Mme Balussou, première conseillère,
Assistées de Mme Faure, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mai 2023.
La rapporteure,
signé
F. Gaspard-Truc
La présidente,
signé
K. Jorda-Lecroq
La greffière
signé
N. Faure
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Pour la greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026