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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2100741

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2100741

jeudi 15 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2100741
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSCP LIZEE PETIT TARLET

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I- Par une requête et deux mémoires complémentaires, enregistrés les 27 janvier 2021, 7 mai et 28 juillet 2021, sous le numéro 2100741, Mme A C, agissant en qualité de représentante légale de sa fille mineure D B, représentée par Me Tarlet, demande au tribunal :

1°) de condamner la commune de Châteauneuf-les-Martigues à lui verser la somme de 7 500 euros en réparation des préjudices subis par sa fille D B ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Châteauneuf-les-Martigues la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que sa fille a été victime d'un défaut de surveillance et d'une mauvaise organisation du service lors de sa chute du 29 juin 2018.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 août 2022, la commune de Châteauneuf-les-Martigues, représentée par Me Phelip, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme C la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la responsabilité de la commune ne peut être engagée ;

- le montant des sommes réclamées est excessif.

Par une ordonnance du 3 mai 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 19 mai 2023.

II- Par une requête et deux mémoires complémentaires, enregistrés les 26 mars 2021, 7 mai et 28 juillet 2021, sous le numéro 2102695, Mme A C, agissant en qualité de représentante légale de sa fille mineure D B, représentée par Me Tarlet, demande au tribunal :

1°) de condamner la commune de Châteauneuf-les-Martigues à lui verser la somme de 7 500 euros en réparation des préjudices subis par sa fille D B ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Châteauneuf-les-Martigues la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que sa fille a été victime d'un défaut de surveillance et d'une mauvaise organisation du service.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 mai 2021, la commune de Châteauneuf-les-Martigues, représentée par Me Phelip, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme C la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable en l'état de l'enregistrement d'une requête identique ;

- la responsabilité de la commune ne peut être engagée ;

- le montant des sommes réclamées est excessif.

Par une ordonnance du 18 août 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 16 septembre 2022.

La procédure a été communiquée dans ces deux instances à la caisse primaire centrale d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Felmy, rapporteure,

- et les conclusions de M. Ouillon, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La jeune D B, alors âgée de 4 ans et demi, a été victime d'un accident intervenu le 29 juin 2018 vers 12h30, dans la cour de récréation de l'école Pierre Brossolette à Châteauneuf-les-Martigues, en tombant depuis l'entrée d'une salle de classe surplombant le sol, dont il est résulté plusieurs séquelles. Par une réclamation préalable indemnitaire du 26 novembre 2020 qui n'a pas reçu de réponse, Mme C, en sa qualité de représentante légale de sa fille mineure, D B, a demandé à la commune de Châteauneuf-les-Martigues le versement d'une somme de 7 500 euros en réparation des préjudices subis par son enfant. Par les deux requêtes susvisées qui sont rédigées de manière identique et ont été jointes pour statuer par un seul jugement, Mme C, en sa qualité de représentante légale de son enfant mineur, demande au tribunal de condamner la commune de Châteauneuf-les-Martigues à lui verser la somme de 7 500 euros en réparation des préjudices subis par sa fille D B.

Sur la responsabilité de la commune :

2. Aux termes de l'article L. 212-4 du code de l'éducation : " La commune a la charge des écoles publiques. Elle est propriétaire des locaux et en assure la construction, la reconstruction, l'extension, les grosses réparations, l'équipement et le fonctionnement. ".

3. En premier lieu, il ne résulte pas de l'instruction que la surveillance des enfants, alors au nombre de 25, au moment de se rendre à la cantine scolaire, encadrés par deux agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles (ATSEM), n'aurait pas été suffisante ni conforme à la réglementation. En outre, la configuration des lieux ne justifiait ni la prise de précautions particulières pour garantir la sécurité des enfants, ni la présence de surveillants supplémentaires.

4. En deuxième lieu, si la requérante soutient que les pompiers n'ont pas été appelés pour intervenir contrairement aux consignes écrites de la commune qui le prévoit en vertu d'un guide interne lorsqu'un enfant subit un choc à la tête, cette seule circonstance ne permet pas de caractériser un défaut d'organisation du service alors qu'il résulte de l'instruction que le personnel de l'école a averti Mme C de l'incident, permettant à cette dernière de récupérer sa fille immédiatement. La requérante, qui ne peut utilement se prévaloir de ce que la directrice de l'école n'avait pas été avertie de l'accident, n'établit pas une faute dans l'organisation du service lors de la prise en charge de l'enfant à la suite de cet accident, de nature à engager la responsabilité de la commune de Châteauneuf-les-Martigues. En tout état de cause, il n'est ni établi ni même soutenu que la jeune D, qui a immédiatement été conduite par sa mère auprès d'un médecin puis auprès du service des urgences pédiatriques du centre hospitalier de Marseille, aurait subi un préjudice causé par un retard de prise en charge en lien avec l'absence d'intervention des services de secours.

5. En troisième lieu, il appartient à l'usager victime d'un dommage survenu à l'occasion de l'utilisation d'un ouvrage public d'apporter la preuve, d'une part, de la réalité de ses préjudices, et, d'autre part, de l'existence d'un lien de causalité direct entre cet ouvrage et le dommage qu'il a subi. La collectivité en charge de l'ouvrage public peut s'exonérer de sa responsabilité en rapportant la preuve soit de l'entretien normal de l'ouvrage, soit de ce que le dommage est imputable à la faute de la victime ou à un cas de force majeure. À supposer que Mme C ait entendu engager la responsabilité de la commune sur le fondement des dommages de travaux publics en raison de la configuration de l'ouvrage public, en mentionnant la hauteur de la rambarde de laquelle l'enfant est tombée qui serait selon elle de 1,50 mètres, la commune fait valoir que l'enfant est tombée d'une hauteur de 80 centimètres seulement et il ne résulte pas de l'instruction que cet ouvrage présenterait par lui-même une défectuosité particulière ni un caractère dangereux. En outre, la circonstance que des travaux auraient été ultérieurement réalisés à cet endroit pour, selon la requérante, éviter d'autres accidents n'est aucunement établie et, en tout état de cause, ne saurait valoir reconnaissance de responsabilité de la part de la commune. Par suite, l'ouvrage étant conforme à sa destination et ne présentant pas à raison de sa conception et de son état, un caractère dangereux pour les enfants, la commune de Châteauneuf-les-Martigues est fondée à soutenir que cet ouvrage ne présentait aucun défaut d'entretien normal susceptible d'engager sa responsabilité.

6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions de Mme C tendant à la condamnation de la commune à réparer les préjudices résultant de l'accident survenu à la jeune D B le 29 juin 2018 doivent être rejetées.

Sur la déclaration de jugement commun :

7. La caisse primaire centrale d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône, mise en cause, n'a pas produit d'observations. Il y a lieu, dès lors, de lui déclarer commun le présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de Mme C la somme que la commune de Châteauneuf-les-Martigues demande en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dans chacune de ces instances.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de Mme C sont rejetées.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Châteauneuf-les-Martigues tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement est déclaré commun à la caisse primaire centrale d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C en qualité de représentante légale de sa fille mineure D B, à la commune de Châteauneuf-les-Martigues et à la caisse primaire centrale d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 1er juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Hameline, présidente,

Mme Felmy, première conseillère,

Mme Hétier-Noël, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juin 2023.

La rapporteure,

signé

E. Felmy

La présidente,

signé

M.-L. Hameline

La greffière,

signé

B. Marquet

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

2

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