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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2100742

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2100742

mardi 30 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2100742
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSCP LIZEE PETIT TARLET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Sous le numéro 2100742, par une requête, enregistrée le 27 janvier 2021, M. B A représenté par la SCP Lizee-Petit-Tarlet, agissant par Me Tarlet, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet résultant du silence gardé par le département des Bouches-du-Rhône sur la demande adressée le 10 novembre 2020 et tendant à la réparation du préjudice résultant de l'accident survenu le 25 mars 2018 ;

2°) de condamner le département des Bouches-du-Rhône à lui verser une somme de 9 611 euros en réparation de son préjudice corporel, ainsi qu'une somme de 14 645,38 euros en réparation de son préjudice matériel ;

3°) de mettre à la charge du département des Bouches-du-Rhône une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les dépens de l'instance.

Il soutient que :

- il a chuté en raison en raison d'une déformation importante de la chaussée ;

- son accident a pour origine un défaut d'entretien normal de l'ouvrage public ;

- en sa qualité d'usager de l'ouvrage public la faute du Département est présumée ;

- il a subi divers préjudices patrimoniaux et extrapatrimoniaux.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mars 2021, le département des Bouches-du-Rhône, représenté par la SCP François, Duflot, Court-Ménigoz, agissant par Me Court-Ménigoz, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. A une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- à titre principal, le requérant n'a pas qualité pour agir dès lors qu'il a été indemnisé pour ses préjudices par son assureur ;

- à titre subsidiaire, le Département n'a commis aucune faute et l'entretien normal de la voie est rapporté dès lors que les défectuosités en litige n'excèdent pas celles auxquelles un usager normalement attentif doit s'attendre ;

- la matérialité des faits n'est pas établie ;

- l'état de la moto peut avoir participé à l'accident ;

- le requérant a commis une faute de conduite en manquant de vigilance, en roulant à une vitesse excessive et en circulant avec d'autres motards en quinconce.

Par un mémoire enregistré le 30 mars 2021, la caisse commune de sécurité sociale des Hautes-Alpes agissant pour caisse primaire d'assurance maladie des Alpes de Haute-Provence, indique ne pas souhaiter intervenir à l'instance et produit le montant définitif de ses débours.

Par une ordonnance du 25 novembre 2022 la clôture d'instruction a été fixée au 19 décembre 2022 à 12 heures.

Les parties ont été informées en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions aux fins d'annulation de la décision par laquelle le président du conseil départemental des Bouches-du-Rhône a rejeté la demande indemnitaire préalable formée par M. A, dès lors que la requête présente le caractère d'un recours de plein contentieux.

II. Sous le numéro 2105079, par une requête et des mémoires, enregistrés les 4 juin, 15 juin et 1er décembre 2021, la MAIF, représentée par la SCP Lizee-Petit-Tarlet, agissant par Me Tarlet, demande au Tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner le département des Bouches-du-Rhône à lui verser une somme de 22 271,59 euros en remboursement des divers préjudices pour lesquels elle a indemnisé son assuré avec intérêts au taux légal à compter de sa demande, outre leur capitalisation ;

2°) de mettre à la charge du département des Bouches-du-Rhône une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle est subrogée dans les droits de la victime, à hauteur de 18 963,59 euros pour une première quittance subrogatoire et de 3 308 euros pour la seconde ;

- la victime a chuté en raison d'une déformation importante de la chaussée ;

- son accident a pour origine un défaut d'entretien normal de l'ouvrage public.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juillet 2021, le département des Bouches-du-Rhône, représenté par la SCP François, Duflot, Court-Ménigoz, agissant par Me Court-Ménigoz, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la MAIF une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- à titre principal, en l'absence de demande indemnitaire préalable, le contentieux n'est pas lié et la requête est irrecevable ;

- à titre subsidiaire, à défaut de remplir les conditions nécessaires, le bénéfice de la subrogation prévue par l'article L 121-12 du code des assurances n'est pas invocable ;

- à titre infiniment subsidiaire, le Département n'a commis aucune faute et le lien de causalité entre les dommages subis et le prétendu défaut d'entretien n'est pas établi.

La caisse commune de sécurité sociale des Hautes-Alpes agissant pour la caisse primaire d'assurance maladie des Alpes-de-Haute-Provence a qui la procédure a été communiquée n'a pas produit.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Secchi,

- les conclusions de M. Boidé, rapporteur public,

- les observations de Me Tarlet pour M. A et la MAIF.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, a été victime, alors qu'il circulait en moto sur la route départementale 4 en direction de la Ciotat, le 25 mars 2018, d'une chute sur la voie publique dans une courbe de la route. Cet accident a nécessité sa prise en charge par les services de secours et son évacuation vers l'hôpital de la Ciotat. Estimant la responsabilité du département des Bouches-du-Rhône engagée sur le fondement du défaut d'entretien normal de l'ouvrage, M. A a adressé, le 10 novembre 2020, une demande indemnitaire préalable au département des Bouches-du-Rhône restée sans réponse. M. A demande au Tribunal de condamner le département des Bouches-du-Rhône à lui verser la somme totale de 24 256,38 euros en réparation de ses entiers préjudices. Parallèlement, l'assureur de M. A, la MAIF, subrogé dans ses droits à hauteur d'un montant de 22 271,59 euros, demande au Tribunal dans le dernier état de ses écritures de condamner le Département des Bouches-du-Rhône à lui verser la somme de 22 271,59 euros en remboursement des sommes qu'elle a versées à son assuré.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n° 2100742 et n° 2105079, présentées respectivement par M. A et par son assureur la MAIF, ont le même objet et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur la recevabilité des conclusions indemnitaires de M. A :

3. Il résulte des quittances signées par l'intéressé que la MAIF est subrogée dans ses droits à hauteur des sommes qui lui ont été versées pour un total de 18 963,59 euros au titre de son préjudice matériel et de 3 308 euros au titre de son préjudice corporel, soit la somme de 22 271,59 euros. M. A n'est par suite recevable à demander la réparation de ses préjudices à hauteur seulement de la somme de 1 984,79 euros, correspondant à la différence entre la somme qu'il réclame et les indemnités d'assurance qui lui ont été versées.

Sur la responsabilité pour défaut d'entretien normal de l'ouvrage public :

4. Il appartient à la victime d'un dommage survenu à l'occasion de l'usage d'un ouvrage public, de rapporter la preuve du lien de causalité entre cet ouvrage et le dommage dont il demande réparation. La collectivité en charge de l'ouvrage public doit, pour que sa responsabilité ne soit pas retenue, établir que l'ouvrage faisait l'objet d'un entretien normal ou démontrer que le dommage est imputable à la faute de la victime ou à un cas de force majeure.

5. M. A soutient avoir chuté alors qu'il circulait à moto sur la route départementale n° 4 en direction de la Ciotat dans une courbe en raison de la présence de nombreuses aiguilles de pins et de plusieurs déformations importantes présentes sur la chaussée, le 25 mars 2018. Toutefois, si le requérant produit, à l'appui de ses affirmations, trois témoignages de personnes qui circulaient au sein de son groupe de motards le jour de l'accident, aucun de ces témoignages n'indique de façon précise le lieu où se serait déroulée la chute de M. A, ni son horaire exact. Si une trentaine de photographies sont produites ainsi que le certificat médical établi par l'hôpital de la Ciotat, daté du même jour que la chute, ces documents n'établissent pas davantage le lieu exact où le requérant déclare avoir chuté. Ainsi, les pièces produites par les requérants ne suffisent pas à établir les circonstances de l'accident et le lien de causalité entre celui-ci et l'ouvrage public. Par suite, ni le requérant, ni la MAIF ne sont fondés à soutenir que la responsabilité du département des Bouches-du-Rhône est engagé sur le fondement du défaut d'entretien normal de l'ouvrage public.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense dans l'instance n° 2105079, que M. A et la MAIF ne sont pas fondés à demander la condamnation du département des Bouches-du-Rhône sur le fondement de la responsabilité pour défaut d'entretien de l'ouvrage public.

Sur la déclaration de jugement commun :

7. La caisse commune de sécurité sociale des Hautes-Alpes agissant pour caisse primaire d'assurance maladie des Alpes-de-Haute-Provence a indiqué ne pas souhaiter intervenir à l'instance et produit le montant définitif de ses débours. Il y a lieu de lui déclarer commun le présent jugement.

Sur les frais du litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce qu'une somme soit mise à la charge du département des Bouches-du-Rhône qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche et dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. A et de la MAIF une somme de 500 euros chacun à verser au département des Bouches-du-Rhône sur ce même fondement.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n° 2100742 et 2105079 sont rejetées.

Article 2 : M. A versera au département des Bouches-du-Rhône une somme de 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La MAIF versera au département des Bouches-du-Rhône une somme de 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement est déclaré commun à la caisse commune de sécurité sociale des Hautes-Alpes.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la MAIF, au département des Bouches-du-Rhône et à la caisse commune de sécurité sociale des Hautes-Alpes.

Copie en sera adressé à la caisse primaire d'assurance maladie des Alpes-de-Haute-Provence.

Délibéré après l'audience du 28 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Markarian, présidente,

M. Secchi, premier conseiller,

Mme Charpy, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2023.

Le rapporteur,

Signé

L. SecchiLa présidente,

Signé

G. MarkarianLa greffière,

Signé

C. Croce

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/La greffière en chef,

La greffière,

7

N°s 2100742, 2105079

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