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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2100879

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2100879

mardi 6 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2100879
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6e Ch Magistrat statuant seul
Avocat requérantBRUSCHI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 février 2021 et 28 septembre 2022, M. A D, représenté par Me Bruschi, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 décembre 2020 par laquelle la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône a, sur recours préalable, confirmé les indus de revenus de solidarité active qui lui sont réclamés au titre de la période de mars 2018 à mars 2019, ainsi que les décisions de notification d'indus de revenu de solidarité active des 15 avril 2019 et 26 juillet 2019 ;

2°) d'enjoindre à la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône de lui rétablir le bénéfice du revenu de solidarité active à compter du 1er avril 2019.

Il soutient que :

- les griefs qui lui sont opposés ne justifient pas la décision de radiation du bénéfice du revenu de solidarité active dont il fait l'objet et qui s'appuie sur l'allégation d'une communauté de vie avec Mme B depuis le 11 mars 2018.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 novembre 2022, le département des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 mars 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné Mme Markarian, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E,

- les observations de Me Bruschi pour M. D,

- les observations de Mme C pour le département des Bouches-du-Rhône.

La clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D est bénéficiaire du revenu de solidarité active depuis juin 2009 et est immatriculé, depuis sa séparation d'avec son épouse survenue en mars 2018, en qualité de personne isolée et sans ressources. A la suite d'un contrôle effectué le 4 mars 2019 par les services de la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône, ces derniers ont estimé que M. D se trouvait en situation d'intérêt de vie en communauté depuis mars 2018 avec Mme B et ont également relevé des versements non déclarés à l'appui des déclarations trimestrielles de ressources. Les indus de revenu de solidarité active générés à la suite de ce contrôle lui ont été notifiés les 15 avril 2019 et 26 juillet 2019 pour 5 803,44 euros au titre de la période allant d'avril 2018 à mars 2019 et pour 480,02 euros pour le mois de mars 2018. M. D a présenté le 27 octobre 2020 un recours préalable obligatoire, qui a été rejeté par une décision du 18 décembre 2020. M. D en demande l'annulation et sollicite le rétablissement du revenu de solidarité active dont il a été radié.

2. La décision expresse du 18 décembre 2020 par laquelle la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône a rejeté le recours administratif préalable obligatoire de M. D dirigé contre les décisions des 15 avril 2019 et 26 juillet 2019 lui notifiant la radiation de ses droits au bénéfice du revenu de solidarité active et des indus de revenu de solidarité active s'est substituée à ces deux décisions et est seule susceptible d'être déférée au juge.

3. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles dans sa rédaction applicable au litige : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un revenu garanti, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre () ". Selon l'article L. 262-9 du même code : " () Est considérée comme isolée, une personne veuve, divorcée, séparée ou célibataire qui ne vit pas en couple de manière notoire et permanente et qui notamment ne met pas en commun avec un conjoint, concubin ou partenaire de pacte civil et de solidarité ses ressources et ses charges ". En vertu de l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers ou immobiliers et par des capitaux () ". Aux termes de l'article 515-8 du code civil : " Le concubinage est une union de fait, caractérisée par une vie commune présentant un caractère de stabilité et de continuité, entre deux personnes, de sexe différent ou de même sexe, qui vivent en couple ".

4. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que les ressources prises en considération pour le calcul de l'allocation de revenu de solidarité active sont celles qui sont perçues par le demandeur, son conjoint, son concubin ou son partenaire lié par un pacte civil de solidarité ainsi que les enfants ou personnes de moins de vingt-cinq ans vivant habituellement au foyer. Pour l'application de l'article L. 262-9 du code de l'action sociale et des familles, le concubin est la personne qui mène avec le demandeur une vie de couple stable et continue, au sens de l'article 515-8 du code civil. Une telle vie de couple peut être établie par un faisceau d'indices concordants, au nombre desquels la circonstance que les intéressés mettent en commun leurs ressources et leurs charges.

5. Il résulte de l'instruction que l'indu de revenu de solidarité active réclamé au requérant est motivé par la situation d'intérêt de vie en communauté avec Mme F B depuis au moins le 11 mars 2018. Si le requérant conteste toute communauté de vie avec Mme B, il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'enquête établi par la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône, qu'alors que le requérant dispose d'un logement à Alleins où il demeure domicilié au plan administratif, le service a relevé des consommations minimes d'électricité dans ce logement et, suite à son droit de communication exercé auprès de la direction générale des finances publiques, a établi que M. D avait acquis le 24 novembre 2004 une maison d'habitation à la Baume de Transit, dans le département de la Drôme, en indivision avec Mme B, la taxe foncière étant établie pour cette maison à leurs deux noms. Le service de la caisse d'allocations familiales a également constaté que M. D percevait des versements réguliers de la part de Mme B et avait une procuration sur le compte bancaire de cette dernière et, qu'au vu de ses relevés bancaires, il effectuait de très nombreux allers-retours dans la Drôme. Au vu de ces flux financiers réguliers entre les comptes du requérant et de Mme B, le service en a d'ailleurs déduit l'absence de toute précarité financière du requérant et retenu une suspicion de fraude, la maison figurant à cet égard sur un site de location saisonnière, alors même que Mme B a prétendu avoir omis depuis 2011 de retirer ce bien du site Internet de location saisonnière. Dans ces conditions, la caisse d'allocations familiales a mis en évidence un faisceau d'indices concordants permettant de constater l'existence d'une vie de couple au sens des dispositions de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles compte tenu de la mise en commun de ressources et de charges. Dès lors, M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 18 décembre 2020 par laquelle la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône a rejeté son recours préalable obligatoire contestant l'indu mis à sa charge et sa radiation du bénéfice du revenu de solidarité active.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au département des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2022.

La magistrate désignée,

Signé

G. E

La greffière,

Signé

C. Croce

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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