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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2101028

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2101028

mardi 6 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2101028
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantMANSART

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 7 février et le 24 août 2021, la SARL Albatros Développement, représentée par Me Mansart, demande au tribunal :

1°) le remboursement du crédit de taxe sur la valeur ajoutée déductible d'un montant de 80 000 euros, dont elle disposait à l'expiration de l'année 2018 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable dès lors que la proposition de rectification du 24 juillet 2019 ne lui a été notifiée qu'en même temps que l'envoi du courrier en date du 5 mars 2020 ;

- la proposition de rectification du 24 juillet 2019 ne lui ayant pas été régulièrement notifiée, elle n'a pas été mise en mesure de présenter ses observations dans les délais ni de saisir le supérieur hiérarchique ou l'inspecteur divisionnaire, l'interlocuteur départemental et la Commission départementale ;

- la taxe sur la valeur ajoutée grevant les prestations effectuées par la société JM Industrie est déductible dès lors que la dépense n'a pas été incorporée dans le prix de cession des actions cédées à la société 3 Wayste, ce qui est attesté par le fait :

- qu'elle n'a pas fixé le prix de cession des titres ;

- qu'elle a conservé à sa charge l'intégralité des frais de cession ;

- que les honoraires versés à la société JM Industrie n'ont pas influé sur la valeur des titres cédés ;

- que les prestations litigieuses ont été facturées après la cession des titres ;

- que sa comptabilité analytique démontre que la dépense n'a pas été incorporée dans le prix de cession des actions ;

- selon le paragraphe n° 70 de l'instruction publiée au bulletin officiel des finances publiques - impôts sous la référence BOI-TVA-DED-20-10-20, les dépenses inhérentes à une cession de titre sont présumées non déductibles, sauf si la holding établit que les dépenses en cause n'ont pas été incorporées dans le prix de cession.

Par un mémoire en défense enregistré 23 juin 2021, la directrice du contrôle fiscal Sud-Est conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par la SARL Albatros Développement ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de la tardiveté de la requête, dès lors que celle-ci a été enregistrée plus d'un an après la notification, en juillet 2019, de la décision refusant de faire droit à la demande de remboursement de crédit de taxe présentée par la société.

La SARL Albatros Développement a présenté des observations, enregistrées le 8 juillet 2021, en réponse à ce moyen d'ordre public.

Par ordonnance du 20 juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 10 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la directive 2006/112/CE du Conseil du 28 novembre 2006 relative au système commun de taxe sur la valeur ajoutée ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pouliquen, rapporteure,

- les conclusions de Mme Caselles, rapporteure publique,

- et les observations de Me Mansart, représentant la SARL Albatros Développement.

Considérant ce qui suit :

1. Les actionnaires de la société 3Wayste ont décidé, en 2018, de la cession des parts de la SARL Albatros Développement à la société 3Wayste. La société JM industrie a réalisé plusieurs prestations en vue de cette cession, facturées 480 000 euros toutes taxes comprises à la société requérante. En février 2019, la SARL Albatros Développement a sollicité le remboursement d'un crédit de taxe sur la valeur ajoutée de 80 000 euros, correspondant à la taxe grevant ces prestations. A l'issue d'une vérification de comptabilité qui a porté, en matière de taxe sur la valeur ajoutée, sur la période comprise entre le 1er janvier 2016 et le 31 mars 2019, l'administration fiscale lui a adressé une proposition de rectification en date du 24 juillet 2019 dans laquelle elle remettait en cause la déduction de la taxe sur la valeur ajoutée qui avait grevé les honoraires versés à la société JM Industrie, et dont le remboursement était demandé. La SARL Albatros Développement a présenté une nouvelle réclamation rejetée le 9 décembre 2020. La société requérante demande le remboursement de ce crédit de taxe sur la valeur ajoutée d'un montant de 80 000 euros.

Sur la régularité de la procédure d'instruction de la demande de remboursement :

2. Aux termes de l'article 242-0 A de l'annexe II au code général des impôts : " Le remboursement de la taxe sur la valeur ajoutée déductible dont l'imputation n'a pu être opérée doit faire l'objet d'une demande des assujettis () ". Aux termes de l'article L. 190 du livre des procédures fiscales : " Les réclamations relatives aux impôts, contributions, droits, taxes, redevances, soultes et pénalités de toute nature, établis ou recouvrés par les agents de l'administration, relèvent de la juridiction contentieuse lorsqu'elles tendent à obtenir soit la réparation d'erreurs commises dans l'assiette ou le calcul des impositions, soit le bénéfice d'un droit résultant d'une disposition législative ou réglementaire () ".

3. La demande de remboursement d'un crédit de taxe sur la valeur ajoutée dont un contribuable estime être bénéficiaire constitue une réclamation contentieuse au sens des dispositions de l'article L. 190 du livre des procédures fiscales cité ci-dessus. Par suite, la décision que prend le service sur une telle réclamation, lorsqu'elle ne donne pas entière satisfaction au redevable et même si elle est précédée d'opérations de vérification ou de contrôle, n'a pas le caractère d'une procédure de reprise ou de redressement. Par conséquent, les irrégularités susceptibles d'avoir entaché la procédure d'instruction de cette réclamation sont sans incidence sur le bien-fondé de la décision de refus de rembourser tout ou partie du crédit en cause.

4. Il en résulte que les moyens invoqués par la société requérante tirés de ce qu'elle a été privée de la possibilité de présenter ses observations dans les délais, de saisir le supérieur hiérarchique ou l'inspecteur divisionnaire, de saisir l'interlocuteur départemental et la commission départementale, sont inopérants et ne peuvent qu'être écartés.

Sur le bien-fondé de la demande de remboursement :

5. Aux termes du 1 du I de l'article 271 du code général des impôts : " La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération ".

6. Il résulte des dispositions citées ci-dessus, interprétées à la lumière des articles 167, 168, 169 et 173 de la directive du Conseil du 28 novembre 2006 relative au système commun de taxe sur la valeur ajoutée, lesquels ont repris le contenu des paragraphes 1 et 2, 3 et 5 de l'article 17 de la sixième directive du Conseil du 17 mai 1977, que lorsqu'une société holding se livrant à une activité économique à raison de laquelle elle est assujettie à la taxe sur la valeur ajoutée, envisage de céder tout ou partie des titres de la participation qu'elle détient dans une filiale et expose à cette fin des dépenses en vue de préparer cette cession, elle est en droit, sous réserve de produire des pièces justificatives, de déduire la taxe sur la valeur ajoutée ayant grevé ces dépenses, qui sont réputées faire partie de ses frais généraux et se rattacher aux éléments constitutifs du prix des opérations relevant de cette activité économique. Lorsque cette cession est intervenue, que cette opération soit en dehors du champ d'application de la taxe sur la valeur ajoutée ou dans le champ mais exonérée, l'administration est toutefois fondée à remettre en cause la déductibilité de la taxe ayant grevé de telles dépenses quand, compte tenu des éléments portés à sa connaissance et au vu des pièces qu'il appartient le cas échéant à la société qui les détient de produire, elle établit que cette opération a revêtu un caractère patrimonial dès lors que le produit de cette cession a été distribué, quelles que soient les modalités de cette distribution, ou que, en l'absence d'éléments contraires produits par la société, ces dépenses ont été incorporées dans le prix de cession des titres.

7. Il résulte des mêmes dispositions que si la taxe sur la valeur ajoutée ayant grevé les dépenses inhérentes à la transaction elle-même n'est en principe pas déductible dès lors qu'elles présentent un lien direct et immédiat avec l'opération de cession des titres, la société holding est néanmoins en droit de déduire cette taxe si, compte tenu de la nature des titres cédés ou par tous éléments probants tels que sa comptabilité analytique, elle établit que ces dépenses n'ont pas été incorporées dans leur prix de cession et que, par suite, elles doivent être regardées comme faisant partie de ses frais généraux et se rattachant ainsi aux éléments constitutifs du prix des opérations relevant des activités économiques qu'elle exerce comme assujettie. Les mêmes règles s'appliquent dans le cas où les dépenses ont été payées à un même intermédiaire, chargé à la fois de préparer cette cession et de réaliser la transaction, dès lors que ces deux catégories de prestations n'ont pas donné lieu à une rémunération distincte et qu'elles doivent alors être regardées comme un tout indissociable se rattachant à la transaction.

8. Il résulte de l'instruction que la société JM Industrie a effectué, pour le compte de la société requérante et dans le cadre de la cession de ses parts à la société 3Wayste les prestations suivantes : réfléchir aux conditions qui permettaient de parvenir à une sortie effective du capital, négocier avec les autres actionnaires le principe et les conditions de la sortie dans un contexte d'urgence sur le plan financier, rédiger avec ses conseils un protocole d'accord pour le rachat des actions à soumettre aux différentes parties, obtenir le paiement dans les délais impartis de la première partie du prix et suivre les modalités de réalisation éventuelle des événements qui devaient permettre le paiement du complément de prix. Si les travaux de réflexions peuvent être regardés comme des dépenses préparatoires à la cession, les autres prestations constituent des dépenses inhérentes à celle-ci. Par suite, l'ensemble des dépenses en litige ne peut qu'être regardé comme constituant un tout indissociable inhérent à la transaction, pour lequel la taxe sur la valeur ajoutée correspondante n'est en principe pas déductible, sauf à ce que la SARL Albatros Développement démontre que les dépenses n'ont pas été incorporées au prix de cession des titres.

9. Il résulte du protocole d'accord signé en avril 2018 et produit par la société requérante, que les actionnaires de la société 3Wayste ont décidé du rachat par cette société des 2 332 parts de la société Albatros Développement et ont fixé le prix des actions à 214,41 euros chacune, auquel s'ajoute un complément de prix de 214,40 euros par action, versé sous condition suspensive. Cette cession, le nombre de parts et leur prix ont été approuvés par l'assemblée générale de la société 3Wayste le 22 juin 2018, dont le procès-verbal est produit par la société Albatros Développement. Tout d'abord, ni le protocole d'accord, ni ce procès-verbal ne mentionnant les modalités de détermination du prix des actions et ne faisant référence aux frais engagés aux fins de réaliser cette transaction, ces documents ne sont pas de nature à prouver que ces frais n'ont pas été incorporés dans le prix de cession des titres. Ensuite, la société requérante, qui ne produit pas le contrat passé avec la société JM Industrie, n'établit pas qu'ainsi qu'elle l'allègue, la rémunération de cette dernière a été conditionnée au paiement d'une somme de 999 000 euros correspondant au prix des actions après réalisation de la condition suspensive. En tout état de cause, cette circonstance ne serait pas de nature à prouver que le prix de cession des parts n'a pas été inclus dans les frais de cession des actions dès lors que le contrat passé entre JM Industrie et la SARL Albatros Développement a été conclu le 28 février 2018, ainsi que l'indique la proposition de rectification, soit antérieurement à la détermination du prix des actions par les associés de la société 3Wayste. Enfin, si la société requérante produit, au soutien de ses allégations selon lesquelles elle a supporté seule le coût de ces prestations, un tableau d'ordre des immobilisations et des extraits de sa comptabilité générale, ces documents ne permettent pas de connaître l'affectation de la dépense et sa répercussion ou non dans le prix de cession des titres. Ainsi, la société requérante ne démontre pas que ces dépenses n'ont pas été incorporées dans le prix des titres cédés et que la taxe sur la valeur ajoutée les grevant est déductible.

10. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur sa recevabilité, que la requête de la SARL Albatros Développement doit être rejetée, y compris ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL Albatros Développement est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Albatros Développement et à la directrice du contrôle fiscal Sud-Est.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Menasseyre, présidente,

M. Zarrella, premier conseiller,

Mme Pouliquen, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2022.

La rapporteure,

signé

G. Pouliquen

La présidente,

signé

A. MenasseyreLa greffière,

signé

A. Vidal

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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