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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2101091

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2101091

jeudi 15 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2101091
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSELARL PARRACONE AVOCATS PROVENCE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 3 février 2021, 8 février 2022, et 28 avril 2023, la SARL Siteec, représentée par Me Parracone, demande au Tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés mises à sa charge au titre des exercices clos en 2016, 2017 et 2018 pour un montant total de 56 705 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

- l'avis de mise en recouvrement est irrégulier dès lors qu'il n'est pas possible de savoir qui a rendu le titre exécutoire ;

- concernant la renonciation à recettes : l'administration a considéré à tort que la maison acquise le 15 septembre 2008 à Lambesc est occupée par son dirigeant alors qu'elle est vacante, inhabitable et non achevée ;

- cette prise de position contredit les deux avis de dégrèvement des taxes d'habitation sur les logements vacants au titre des années 2018, 2019 et 2020 prononcés par le service des impôts de Salon-de-Provence ;

- en ne communiquant pas les documents qu'elle a obtenus dans le cadre de l'exercice du droit de communication, l'administration a méconnu le principe du contradictoire ;

- la méthode d'appréciation directe de la valeur locative de la villa utilisée est viciée dès lors que l'administration a appliqué un taux de rendement de 4 % à la valeur en stock en lieu et place de la valeur vénale du bien ;

- en ne communiquant pas les références cadastrales exactes des termes de comparaison retenus pour conforter son évaluation de la valeur locative retenue, l'administration a méconnu le principe du contradictoire et les exigences de motivation découlant de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales ;

- concernant les charges non déductibles : c'est à tort que l'administration a considéré que les charges engagées destinées à la conservation et l'achèvement des travaux de la villa " Grand Croigne " n'avaient pas été engagées dans l'intérêt de l'exploitation de la société, et n'étaient donc pas déductibles ;

- la motivation de la proposition de rectification ne permet pas de comprendre la méthode de détermination des charges dont la déductibilité a été remise en cause, en méconnaissance de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales ;

- concernant le passif injustifié, la motivation de la proposition de rectification ne permet pas d'identifier précisément les opérations d'apport au compte courant d'associé créditeur qui correspondent au passif injustifié taxé par l'administration fiscale ;

- afin d'expliquer le montant des dépenses constituant le passif injustifié du compte courant d'associé, la copie intégrale du compte courant de M. A a été produite et les justifications tenues à la disposition du service vérificateur ;

- en vertu de l'intangibilité du bilan d'ouverture, les charges et les produits inscrits dans les comptes de gestion ne peuvent faire l'objet d'aucune correction en période prescrite ;

- concernant les avantages en nature, l'évaluation par l'administration des avantages en nature relatifs à l'utilisation du véhicule pris en location puis acquis par la requérante est erronée dès lors que, d'une part, pour l'exercice 2017, le total des frais retenu ne devrait pas inclure le prix d'acquisition du véhicule et devrait ainsi être réduit à 5 797 euros et que, d'autre part, le taux de 30 % affecté aux frais relatifs au véhicule est excessif et arbitraire ;

- la proposition de rectification n'expliquant pas clairement la méthode de détermination du taux de 30 % appliquée, les exigences de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales ont été méconnues.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 10 mai 2021 et 21 février 2022, l'administratrice générale des finances publiques, directrice de la direction de contrôle fiscal Sud-Est conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- il n'existe aucune ambiguïté entre l'identité du comptable public rendant le titre exécutoire, et l'identité d'un agent du service, chargé uniquement du suivi de l'affaire et du contact avec le redevable ;

- l'examen des factures auxquelles elle a eu accès lors de la vérification de comptabilité révèle que la villa, achevée et habitable, est au surplus occupée par M. A, dirigeant de la société ;

- les décisions de dégrèvement des taxes d'habitation sur les logements vacants prises par le service des impôts de Salon-de-Provence, ne font pas obstacle à ce que le service vérificateur conclue à l'habitabilité de la villa, au regard des éléments de contrôle à sa disposition ;

- les rectifications ont été motivées dans la proposition de rectification par l'examen sur place des factures, et non par les résultats du droit de communication ; cependant, les réponses au droit de communication exercé auprès des sociétés AGM Services, Yapi constructions, la poste et Roux René et fils, sont transmises au Tribunal pour information, conformément à la demande de la requérante ;

- la requérante s'est privée de recettes en s'abstenant de percevoir le loyer d'un bien achevé et habitable, occupé par son dirigeant ;

- au moment de la vérification, et jusqu'à la clôture de celle-ci, le bien n'était pas mis en vente ;

- la méthode par comparaison, bien que motivée dans la proposition de rectification, n'a pas été retenue, par mesure de tempérance ;

- la méthode de l'application d'un taux de rendement à la valeur d'un bien est admise par la jurisprudence du Conseil d'État ;

- les dépenses de consommation d'énergie, d'eau, de téléphone, d'agrément de décoration ou de linge de maison ne peuvent pas être regardées comme augmentant la valeur du bien inscrit en stock ou susceptibles d'en permettre l'entretien ;

- il en va de même pour certaines dépenses qui auraient dû, au surplus, être immobilisées et qui ont été comptabilisées en charges ;

- en dépit d'une erreur matérielle affectant le tableau des charges non admises en déduction dans la proposition de rectification, la requérante pouvait avoir connaissance des indications manquantes lui permettant de comprendre le montant des charges non admises, les exigences de l'article L. 57 du livre de procédures fiscales ont donc bien été respectées ;

- si la requérante a indiqué qu'elle pouvait fournir des tickets de caisse expliquant le montant des dépenses constituant le passif injustifié du compte courant d'associé, ces documents ne permettaient pas de lier la dépense à l'activité de la société, afin de conclure que la dépense a été engagée dans l'intérêt de cette dernière ;

- le principe d'intangibilité du bilan n'a pas été méconnu ;

- les rehaussements du revenu imposable à l'impôt sur le revenu de M. A correspondant à la réintégration de l'avantage en nature correspondant à l'utilisation privative d'un véhicule mis à sa disposition par la requérante sont sans incidence sur le quantum du litige relatif aux impositions dues par celle-ci ;

- le montant de 4 118 euros en litige correspondant au loyer final de rachat du véhicule est une dépense relative au véhicule pour lequel un avantage en nature doit être évalué ;

- si l'arrêté du 10 décembre 2002 relatif à l'évaluation des avantages en nature en vue du calcul des cotisations de sécurité sociale précise, dans son article 3, concernant l'évaluation selon le forfait social, que l'avantage est égal, pour un véhicule loué à 40 % du coût global annuel dès lors que l'employeur paie le carburant, il était impossible au service de déterminer avec précision les dépenses de carburant imputables à chaque véhicule, par mesure de tempérament, le service n'a pas retenu les dépenses de carburant dans la base servant à la détermination de l'avantage en nature et a appliqué le forfait de 30 %.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Charpy,

- les conclusions de M. Boidé, rapporteur public.

- les observations de Me Parracone pour la société Siteec.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Siteec, qui exerce une activité de construction et de rénovation de biens immeubles aux fins de les louer ou les vendre, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er juillet 2015 au 30 juin 2018. À l'issue de ce contrôle, une proposition de rectification n° 3924 du 12 décembre 2019 lui a notamment notifié, selon la procédure contradictoire visée aux articles L. 55 et suivants du livre des procédures fiscales, des rectifications en matière d'impôt sur les sociétés. Sa réclamation contentieuse du 7 janvier 2021 ayant fait l'objet d'une décision d'acceptation partielle le 12 juillet 2021, la société Siteec demande au Tribunal de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés d'un montant total de 56 706 euros auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2016, 2017 et 2018, et mises en recouvrement le 15 octobre 2020. La réclamation contentieuse formée par la société le 26 novembre 2020 ayant fait l'objet d'une décision de rejet par l'administration en date du 4 janvier 2021, la société Siteec demande au Tribunal de prononcer la décharge, en droits et pénalités, de l'intégralité de ces impositions.

Sur la régularité de la procédure :

En ce qui concerne la régularité de l'avis de mise en recouvrement :

2. Aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ". Aux termes de L. 252 A du livre des procédures fiscales : " Constituent des titres exécutoires les arrêtés, états, rôles, avis de mise en recouvrement, titres de perception ou de recettes que l'Etat, les collectivités territoriales ou les établissements publics dotés d'un comptable public délivrent pour le recouvrement des recettes de toute nature qu'ils sont habilités à recevoir ". L'article L. 256 du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction alors applicable depuis le 1er janvier 2017, dispose : " Un avis de mise en recouvrement est adressé par le comptable public compétent à tout redevable des sommes, droits, taxes et redevances de toute nature dont le recouvrement lui incombe lorsque le paiement n'a pas été effectué à la date d'exigibilité () L'avis de mise en recouvrement est individuel. Il est signé et rendu exécutoire par l'autorité administrative désignée par décret () ". Il résulte de ces dispositions que les avis de mise en recouvrement émis à compter du 1er janvier 2017 n'ont pas nécessairement à comporter la signature de leur auteur, dès lors que, par les autres mentions qu'ils comportent, ils sont conformes aux prescriptions de l'article L. 212-2 du code des relations entre le public et l'administration.

3. Il résulte de l'instruction que l'avis de mise en recouvrement n° 20201000014 daté du 15 octobre 2020 comporte la mention des nom et prénom du comptable des impôts qui l'a signé, à savoir Mme B C. La circonstance que cet avis mentionne, dans un encart situé en haut à gauche, les nom, prénom et grade de l'agent du service chargé du suivi de l'affaire, ne saurait être utilement invoquée dès lors qu'elle ne crée aucune ambiguïté sur l'identité du comptable public ayant signé le titre exécutoire. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'irrégularité de l'avis de mise en recouvrement doit être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne la communication des éléments recueillis auprès de tiers :

4. Aux termes de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales : " L'administration est tenue d'informer le contribuable de la teneur et de l'origine des renseignements et documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition faisant l'objet de la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou de la notification prévue à l'article L. 76. Elle communique, avant la mise en recouvrement, une copie des documents susmentionnés au contribuable qui en fait la demande ".

5. S'il incombe à l'administration, quelle que soit la procédure d'imposition mise en œuvre, et au plus tard avant la mise en recouvrement, d'informer le contribuable dont elle envisage soit de rehausser, soit d'arrêter d'office les bases d'imposition, de l'origine et de la teneur des renseignements obtenus auprès de tiers, qu'elle a utilisés pour fonder les impositions, avec une précision suffisante pour permettre à l'intéressé, notamment, de discuter utilement leur provenance ou de demander que les documents qui, le cas échéant, contiennent ces renseignements soient mis à sa disposition avant la mise en recouvrement des impositions qui en procèdent, l'administration n'est tenue d'informer le contribuable de l'origine et de la teneur des renseignements obtenus auprès de tiers qui ont motivé l'engagement du contrôle fiscal que dans la mesure où ces renseignements, par la nature et la précision de leur contenu, ont servi à l'établissement des redressements.

6. La société requérante soutient que la procédure est irrégulière dès lors que les documents obtenus par l'administration dans le cadre de l'exercice du droit de communication ne lui ont pas été communiqués. Il résulte toutefois de l'instruction que, pour déterminer les compléments d'imposition litigieux, l'administration ne s'est pas fondée sur les renseignements qu'elle aurait recueillis auprès des fournisseurs des sociétés AGM services, Yapi constructions, la Poste et Roux René et fils, au demeurant produits à l'appui de son mémoire en défense dans la présente instance, mais sur les factures de dépenses de la société enregistrées en comptabilité et auxquelles la vérificatrice a eu accès au cours de la vérification de comptabilité. Ainsi, et en tout état de cause, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne l'identification des opérations non justifiées d'apport au compte courant d'associé :

7. Aux termes du 1er alinéa de l'article L. 57 du livre de procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. ". Aux termes de l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée. L'administration invite, en même temps, le contribuable à faire parvenir son acceptation ou ses observations dans un délai de trente jours à compter de la réception de la proposition, prorogé, le cas échéant, dans les conditions prévues au deuxième alinéa de cet article ".

8. Selon la requérante, la proposition de rectification du 12 décembre 2019 est insuffisamment motivée au sens des dispositions précitées dès lors qu'elle ne précise pas le détail des sommes correspondant au solde à nouveau créditeur que le vérificateur a demandé de justifier et ne lui permet en conséquence pas de faire valoir ses observations.

9. Il résulte de la lecture de cette proposition de rectification que celle-ci indique les motifs et le montant des rehaussements envisagés, leur fondement légal et la catégorie de revenus dans laquelle ils sont opérés, ainsi que les années d'imposition concernées. Elle vise ainsi expressément l'article 38 alinéa 4 du code général des impôts et expose les raisons pour lesquelles le service estime qu'une partie des sommes figurant au compte courant d'associé de M. A au sein de la SARL Siteec, celui-ci étant gérant et associé à 50 %, doivent être regardées comme constituant un passif injustifié. Cette même proposition comporte un tableau qui mentionne, pour chaque exercice clos depuis 2012, le solde créditeur du compte courant, le montant des apports nets, et les sommes correspondant à ces apports nets pour lesquels la contribuable a apporté les justifications requises. Il en résulte que, pour l'exercice clos en 2015, l'administration a constaté des apports nets au compte courant d'associé pour un montant total de 2 975,54 euros. Dès lors que le tableau indique que l'intégralité de la somme correspondant à ces apports nets n'a pas été justifiée, la société requérante est nécessairement en mesure d'identifier les opérations, telles qu'elles résultent de sa propre comptabilité, qui comportent des erreurs. Pour l'exercice clos en 2014, il résulte du tableau que l'intégralité des apports nets d'un montant total de 635 171, 28 euros a été justifiée et aucun apport injustifié n'a par suite été constitué. Pour l'exercice clos en 2012, l'administration a constaté que l'intégralité des apports nets d'un montant total de 5 322,39 euros a été justifiée, si bien que le problème de l'identification des opérations litigieuses ne se pose pas davantage. En revanche, pour l'exercice clos en 2013, le tableau indique un apport net de 49 078, 45 euros, des justifications apportées pour trois apports d'un montant total de 41 500 euros, et un passif injustifié d'un montant de 7 578 euros. Toutefois, deux des apports sur les trois justifiés ne sont désignés que par une référence à l'année 2012, sans précision de leur date exacte, alors que la requérante indique sans être contestée en défense qu'au cours de cet exercice, 114 opérations ont été comptabilisées sur le compte courant d'associé de M. A. Dans ces conditions, la SARL Siteec est fondée à soutenir que la motivation de la proposition de rectification ne lui permet pas d'identifier les opérations d'apport au compte courant de M. A qui n'ont pas été justifiées et qu'elle n'a dès lors, pas été mise en mesure de formuler utilement ses observations, en méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales.

10. Il résulte de ce qui précède que l'insuffisance de motivation de la proposition de rectification concerne seulement le passif injustifié d'un montant de 7 578 euros constitué au cours de l'exercice clos en 2013 et n'affecte pas la motivation de la part de redressement correspondant au passif injustifié constituée au cours des autres exercices clos. Dès lors, il y a lieu, d'une part, d'écarter le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales s'agissant de la part du redressement correspondant au passif injustifié constitué au cours des exercices clos en 2012, 2014 et 2015, et, d'autre part, de décharger, en droits et pénalités, les cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés correspondant à la réintégration au résultat de l'exercice clos en 2016 de la somme de 7 578 euros correspondant à la part du passif injustifié constituée au cours de l'exercice clos en 2013.

En ce qui concerne la méthode de détermination du taux retenu pour l'évaluation de l'avantage en nature :

11. Les rectifications relatives à l'avantage en nature correspondant à l'utilisation privative du véhicule, qui ont été imposées à l'impôt sur le revenu entre les mains de M. A par une proposition de rectification distincte, sont sans incidence sur le quantum du litige des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles la SARL Siteec a été assujettie au titre des exercices clos en 2016, 2017 et 2018. Dès lors, le moyen tiré de ce que la motivation de la proposition de rectification ne permet pas à la société requérante de comprendre la méthode retenue pour fixer le taux en vue de l'évaluation de cet avantage en nature ne saurait être utilement invoqué à l'appui des conclusions aux fins de décharge de ces impositions et doit être écarté.

Sur le bien-fondé des impositions :

En ce qui concerne l'acte anormal de gestion :

12. Il résulte de l'instruction que l'administration a considéré que la SARL Siteec a mis à disposition gratuitement de son gérant, M. A, la villa " Grand Croigne " située à Lambesc, et que cette renonciation à percevoir des loyers est constitutive d'un acte anormal de gestion.

13. En vertu des dispositions combinées des articles 38 et 209 du code général des impôts, le bénéfice imposable à l'impôt sur les sociétés est celui qui provient des opérations de toute nature faites par l'entreprise, à l'exception de celles qui, en raison de leur objet ou de leurs modalités, sont étrangères à une gestion normale. Constitue un acte anormal de gestion l'acte par lequel une entreprise décide de s'appauvrir à des fins étrangères à son intérêt. Il appartient, en règle générale, à l'administration, qui n'a pas à se prononcer sur l'opportunité des choix de gestion opérés par une entreprise, d'établir les faits sur lesquels elle se fonde pour invoquer ce caractère anormal.

14. En l'espèce, pour établir la mise à disposition gratuite de M. A de la villa " Grand Croigne ", qui constitue un élément du stock de la société, l'administration, qui a examiné les factures enregistrées en comptabilité, a constaté que des travaux y ont été réalisés consistant en des aménagements et embellissements de l'extérieur, comme la construction d'un pool house, des plantations dans le jardin, l'installation d'une véranda, et intérieurs, comme l'installation d'un dressing sur mesure, qui n'affectent pas le caractère habitable d'un logement. Le service de vérification a également eu accès à toutes les factures de dépenses de la société, et en particulier à celles relatives aux consommations d'eau, d'électricité, de fioul, de téléphone, de réparations courantes, d'acquisition de meubles, de petits matériels utilisés pour la villa. Il a constaté, concernant les factures de téléphone, qu'elles ne correspondent pas au simple abonnement d'une ligne fixe, mais qu'elles comprennent d'autres prestations telles que l'accès à internet. Concernant les dépenses d'énergie, il met en avant que les factures font apparaître des consommations d'électricité et de fioul, bien plus importantes que pour un simple usage lié à l'entretien ou la mise en sécurité du bien.

15. Toutefois, la villa " Grand Croigne ", acquise en 2008, et toujours en stock à la clôture de l'exercice 2018, comporte, selon les mandats de vente produits par la société requérante, une surface de près de 500 m², dont un studio indépendant, ainsi que des terrasses et pool house, une cave à vins, un garage, une piscine et son local technique sur un terrain d'un hectare et a été mise en vente au prix de 2,3 millions d'euros hors frais d'agence. Si l'administration fiscale a estimé que les factures de livraison de fioul pour un montant de 6 790,94 euros en 2016, 4 679,11 euros en 2017 et 8 885,54 euros en 2018 démontrent que le bien est chauffé et en déduit qu'il est habité, la société requérante a indiqué qu'il s'agissait d'une facture globale pour des livraisons effectuées en trois endroits différents sans que le service vérificateur n'indique le chiffre concernant la seule villa en cause. La société requérante ajoute que les dépenses relevées par le service correspondent à la nécessité d'entretenir la villa pour éviter sa dégradation, de la protéger des intrusions, à la réalisation de travaux, et qu'elles ne permettent pas de démontrer l'occupation par M. A. Ainsi, elle soutient sans que cela soit vraiment contesté, que la facturation d'une ligne téléphonique s'inscrit dans le cadre d'un contrat professionnel services de la société Orange et correspond au seul accès internet nécessaire à la mise en sécurité de la villa par le fonctionnement d'une alarme, les factures ne faisant état d'aucune communication téléphonique. De même, et ainsi que le soutient la société requérante, l'examen des factures d'eau fait apparaître une consommation d'eau domestique limitée de l'ordre de 5 à 32 m3 par an seulement, ce qui est manifestement insuffisant pour permettre de tenir pour avérée une occupation de la villa. Par ailleurs, si le service a fait état de factures d'électricité qui s'élèvent à 5 041 euros en 2016, 4 693 euros en 2017 et 4 599 en 2018, lesquelles ne sont pas produites, la société requérante fait valoir sans être vraiment contredite que cette consommation s'explique par le fonctionnement de la piscine ainsi que par les usages divers rendus nécessaires pour la réalisation des travaux extérieurs et intérieurs dont il n'est pas davantage contesté qu'ils se sont poursuivis durant les années vérifiées. En outre, la requérante soutient sans être contredite qu'aucune pièce du dossier ne permet de tenir pour établi que la villa aurait été meublée de telle sorte qu'elle aurait été effectivement habitable.

16. Au final, et à supposer même que la villa puisse être regardée comme habitable durant la période en litige, l'importance de la villa imposait qu'elle soit chauffée et que l'entretien de sa piscine et son jardin soit assuré. Dans ces conditions, et alors qu'il n'est pas justifié d'autres éléments témoignant d'une occupation par le gérant, le service ne faisant d'ailleurs pas état d'une visite sur place, il y a lieu de considérer que l'administration, qui ne rapporte pas la preuve qui lui incombe de l'occupation à titre gratuit de la villa " Grand Croigne ", n'est pas fondée à réintégrer dans le résultat du bénéfice imposable de la SARL Siteec la valeur de la prétendue renonciation à recettes qu'elle considère constitutive d'un acte anormal de gestion. La requérante doit, par suite, être déchargée de la part des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2016, 2017 et 2018 correspondant à ce chef de redressement.

En ce qui concerne la remise en cause de la déduction de charges :

17. Aux termes de l'article 38-2 du code général des impôts, applicable à l'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 : " () 2. Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt () L'actif net s'entend de l'excédent des valeurs d'actif sur le total formé au passif par les créances des tiers, les amortissements et les provisions justifiés ". Aux termes du 1 de l'article 39 du même code : " Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : / 1° Les frais généraux de toute nature () ". Il résulte de ces dispositions que pour être admis en déduction, les frais et charges doivent, d'une part, être exposés dans l'intérêt direct de l'exploitation ou se rattacher à la gestion normale de l'entreprise, et, d'autre part, correspondre à une charge effective et être appuyés de justifications suffisantes.

18. Il résulte de l'instruction, et notamment de la proposition de rectification du 12 décembre 2019, que l'administration fiscale a estimé qu'en application des dispositions précitées, la SARL Siteec ne pouvait déduire les dépenses qu'elle a engagées et qui sont liées à l'usage de la villa dès lors qu'elles ont été engagées au profit personnel de M. A, unique dirigeant et coassocié de la société, qui en aurait eu l'entière disposition.

19. Si en vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits qu'elle invoque au soutien de ses prétentions, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, au contribuable, pour l'application des dispositions précitées du code général des impôts, de justifier tant du montant des charges qu'il entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du code général des impôts que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. Le contribuable apporte cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'il en a retirée. Dans l'hypothèse où le contribuable s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite au service, s'il s'y croit fondé, d'apporter la preuve de ce que la charge en cause n'est pas déductible par nature, qu'elle est dépourvue de contrepartie, qu'elle a une contrepartie excessive dépourvue d'intérêt pour le contribuable ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive.

20. En l'espèce, l'administration fiscale a rejeté la déduction des sommes de 6 584 euros, de 11 634 euros, de 31 679 euros au titre des exercices clos respectivement en 2016, 2017 et 2018. Elle a en effet considéré que ces sommes qui correspondent aux factures d'eau, d'électricité, d'achat de fioul, de frais d'entretien de l'appareil au fioul et d'achat de lave-linge sont liées à l'usage de la villa et n'ont pas été engagées dans l'intérêt de la société. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit aux points 15 et 16 que l'administration ne démontre pas que la villa " Grand Croigne " a été, au cours de la période vérifiée, mise à disposition de son gérant M. A, alors que la requérante fait valoir, pour sa part, que les charges engagées étaient destinées à la conservation et l'achèvement des travaux de la villa, laquelle figure dans les stocks, afin de pouvoir la vendre avec un bénéfice substantiel.

21. Dans ces conditions, l'administration ne rapporte pas la preuve qui lui incombe que ces charges n'ont pas été engagées dans l'intérêt de la société. Il y a lieu, par suite, de prononcer la décharge de la part des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles la SARL Siteec a été assujettie au titre des exercices clos en 2016, 2017 et 2018 correspondant à la réintégration dans son bénéfice imposable du montant des charges dont la déduction a été rejetée par le service vérificateur.

En ce qui concerne le passif injustifié :

22. Aux termes de l'article 38 du code général des impôts : " () 2. Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt diminuée des suppléments d'apport et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés. L'actif net s'entend de l'excédent des valeurs d'actif sur le total formé au passif par les créances des tiers, les amortissements et les provisions justifiés. () / 4 bis. Pour l'application des dispositions du 2, pour le calcul de la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de l'exercice, l'actif net d'ouverture du premier exercice non prescrit déterminé, sauf dispositions particulières, conformément aux premier et deuxième alinéas de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales ne peut être corrigé des omissions ou erreurs entraînant une sous-estimation ou surestimation de celui-ci. / Les dispositions du premier alinéa ne s'appliquent pas lorsque l'entreprise apporte la preuve que ces omissions ou erreurs sont intervenues plus de sept ans avant l'ouverture du premier exercice non prescrit () ". Aux termes de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales : " Pour l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés, le droit de reprise de l'administration des impôts s'exerce jusqu'à la fin de la troisième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due () ".

23. D'une part, il appartient au contribuable qui s'en prévaut de justifier du bien-fondé des écritures de passif entrant dans la détermination de l'actif net d'un exercice. En l'espèce, s'il est constant que la requérante a produit la copie intégrale du compte courant de M. A pour les exercices clos en 2013, 2014 et 2015, et si elle fait valoir qu'elle tient les justificatifs à disposition de l'administration, elle ne verse toutefois au dossier que des copies de factures qui ne permettent pas, en l'absence de tout autre élément, de lier la dépense à l'activité de la société, afin de conclure que la dépense a été engagée dans l'intérêt de cette dernière, alors au surplus que l'administration fait valoir en défense, sans être contredite par la requérante, que M. A, gérant de la SARL Siteec, dirige également d'autres entreprises dans le secteur de l'immobilier et du bâtiment. Ainsi, la requérante ne rapporte pas la preuve qui lui incombe de l'existence des dettes alléguées.

24. D'autre part, contrairement à ce que soutient la requérante, la circonstance que les années 2011 à 2015 étaient prescrites ne faisait pas obstacle à ce que le service vérificateur établisse que certains des apports au compte courant d'associé réalisés au cours de ces années n'étaient pas justifiés. Dans ces conditions, l'administration fiscale, qui a notifié la rectification correspondant au passif injustifié par une proposition de rectification du 12 décembre 2019, a pu à bon droit rapporter la somme correspondante au résultat de l'exercice clos en 2016, qui était le premier exercice non prescrit.

25. Il résulte de ce qui précède que c'est à bon droit que l'administration a réintégré la somme de 8 298 euros, soit la différence entre 15 576 et 7 578 euros, dans le résultat imposable de la SARL Siteec au titre de l'exercice clos en 2016, en application des dispositions de l'article 38-4 bis du code général des impôts.

En ce qui concerne l'avantage en nature :

26. Les rectifications relatives à l'avantage en nature correspondant à l'utilisation privative par M. A du véhicule mis à sa disposition par la société requérante, qui ont été imposées à l'impôt sur le revenu entre les mains de celui-ci par une proposition de rectification distincte, sont sans incidence sur le quantum du litige des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles la SARL Siteec a été assujettie au titre des exercices clos en 2016, 2017 et 2018. Dès lors, les moyens contestant le bien-fondé de ces rectifications ne sauraient être utilement invoqués à l'appui des conclusions aux fins de décharge de ces impositions et doivent être écartés.

27. Il résulte de tout ce qui précède que la société requérante est fondée à demander la réduction de ses bases d'imposition à l'impôt sur les sociétés à hauteur de 57 188 euros pour 2016 à raison des sommes rehaussées correspondant à la renonciation à recettes, des charges non déductibles et du passif injustifié non motivé, à hauteur de 57 212 euros pour 2017 à raison des sommes rehaussées correspondant à la renonciation à recettes, des charges non déductibles et à hauteur de 78 615 euros pour 2018 à raison des sommes rehaussées correspondant à la renonciation à recettes, des charges non déductibles.

Sur les frais de l'instance :

28. En l'absence de dépens, les conclusions présentées à ce titre par la société requérante doivent être rejetées.

29. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La base d'imposition de la SARL Siteec à l'impôt sur les sociétés est réduite de la somme de 57 188 euros au titre de l'année 2016, de 57 212 au titre de l'année 2017, de 78 615 euros au titre de l'année 2018.

Article 2 : La SARL Siteec est déchargée, en droits et en pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2016, 2017 et 2018 correspondant à la réduction de base d'imposition définie à l'article 1er.

Article 3 : L'État versera à la SARL Siteec une somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à SARL Siteec et l'administratrice générale des finances publiques, directrice de la direction de contrôle fiscal Sud-Est.

Délibéré après l'audience du 12 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Markarian, présidente,

M. Secchi, premier conseiller.

Mme Charpy, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juin 2023.

La rapporteure,

Signé

C. Charpy

La présidente,

Signé

G. Markarian

La greffière,

Signé

D. Dan

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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