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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2101272

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2101272

lundi 8 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2101272
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème Chambre
Avocat requérantRUBIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 11 février 2021 et le 17 mars 2022, M. A B, représenté par Me Reynaud, demande au tribunal :

1°) à titre principal, de condamner la société Électricité de France (EDF) à lui payer la somme de 832,79 euros au titre de la production d'électricité livrée au réseau public pour la période du 13 septembre 2018 au 13 septembre 2019 ;

2°) à titre subsidiaire, de condamner la société Enedis à lui payer la somme de 832,79 euros en réparation du préjudice financier résultant de l'absence de paiement de sa facture par la société EDF ;

3°) à titre subsidiaire, de condamner la société Enedis à le relever et garantir du remboursement à la société EDF des sommes perçues au titre des factures émises pour la période du 13 septembre 2016 au 13 septembre 2018 ;

4°) de condamner la société EDF à lui payer la somme de 1 000 euros du fait de sa résistance abusive ;

5°) de condamner solidairement la société EDF et la société Enedis à lui payer la somme de 1 000 euros en réparation de son préjudice moral ;

6°) de mettre à la charge de la société EDF et de la société Enedis, solidairement, la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- en application du contrat qui le lie à la société EDF, celle-ci était tenue de lui régler la facture n°8 du 22 septembre 2019 d'un montant de 832,79 euros correspondant à sa production d'électricité livrée au réseau public entre le 14 septembre 2018 et le 13 septembre 2019 ;

- il n'a pu relever la quantité d'électricité produite entre septembre 2018 et septembre 2019 à partir de son compteur Enedis car celui-ci était défaillant et a utilisé, de parfaite bonne foi, son onduleur pour cette seule période ;

- la production d'électricité pour la période comprise entre septembre 2018 et septembre 2019, mesurée à partir des index de production relevés sur son onduleur, correspond à celle des deux années précédentes ;

- la société Enedis est responsable du non-paiement de la facture d'électricité n°8 par la société EDF dès lors que le dysfonctionnement du compteur permettant de mesurer sa production d'électricité relève de la responsabilité d'Enedis en sa qualité de gestionnaire du réseau électrique ;

- la société Enedis doit le relever et garantir des sommes que la société EDF viendrait à lui réclamer en remboursement des montants perçus au titre des facturations pour la période du 13 septembre 2016 au 14 septembre 2018 du fait de l'absence de relevé réalisé par Enedis depuis le 15 décembre 2016 ;

- il est fondé à demander la somme de 1 000 euros en réparation de la résistance abusive de la société EDF ;

- il est fondé à demander la condamnation solidaire de la société EDF et de la société Enedis à lui payer la somme de 1 000 euros en réparation de son préjudice moral résultant des différentes tracasseries auxquelles il a dû faire face et de l'inertie bureaucratique tant d'EDF que d'Enedis.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 8 mars 2021 et le 7 avril 2022, la société EDF, représentée par le cabinet Tilsitt Avocats agissant par Me Bernard, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle a constaté une incohérence entre l'index relevé par la société Enedis lors du changement du compteur défectueux le 29 octobre 2019 et celui relevé le 13 septembre 2019 par le requérant pour établir la facture n°8 ;

- le requérant a commis une faute en ne l'avertissant pas du dysfonctionnement de son compteur qui a cessé d'enregistrer la production d'électricité depuis le 15 décembre 2016, date de la dernière relève d'index de la société Enedis ;

- elle n'a commis aucune faute dans l'exécution du contrat ;

- le requérant n'apporte pas la preuve de sa résistance abusive ni du préjudice moral qu'il prétend avoir subi ;

- sa responsabilité solidaire avec la société Enedis n'est fondée sur aucune disposition légale ni contractuelle ;

- la société Enedis, en sa qualité de gestionnaire du réseau public de distribution d'électricité et à qui incombent la relève des compteurs et la publication des données de comptage, aurait dû l'alerter sur les raisons du défaut de publication des données de comptage depuis le 15 décembre 2016.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 janvier 2022, la société Enedis, représentée par Me Rubin, conclut au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, demande à ce que la société EDF soit condamnée à la relever et à la garantir de toute condamnation qui interviendrait à son égard.

Elle soutient que :

- le compteur d'énergie électrique de l'installation de production du requérant est bloqué depuis le 15 décembre 2016 ;

- pour cette période, le requérant a transmis des données de production à la société EDF sur la base d'index relevés sur son onduleur ;

- il appartient à la société EDF, en sa qualité d'acheteur, de contrôler, d'une part qu'elle a bien été destinataire de relevés d'index de la part du gestionnaire de réseau et, d'autre part, de la cohérence des index fournis avec ceux transmis par le producteur ;

- elle n'est pas responsable du dysfonctionnement du compteur de production du requérant qui en avait connaissance et aurait dû, en conséquence, solliciter son intervention.

Par une ordonnance du 21 décembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée à la même date.

Les parties ont été informées, par application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'incompétence du tribunal administratif pour statuer sur les conclusions de la requête dirigées contre la société Enedis en raison de la nature privée du contrat de raccordement passé entre le requérant et la société Enedis.

Un mémoire en réponse à ce moyen relevé d'office, présenté par M. B, a été enregistré le 8 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'énergie ;

- le décret n° 2001-410 du 10 mai 2001 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Delzangles ;

- les conclusions de Mme Dyèvre, rapporteure publique ;

- les observations de Me Spinella, représentant la société EDF et de Me Rolland, substituant Me Rubin, représentant la société Enedis.

Une note en délibéré, présentée pour la société Enedis, a été enregistrée le 14 mars 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. B et la société EDF ont conclu, le 30 mars 2012, un contrat d'achat d'énergie électrique. Le 22 septembre 2019, M. B a établi une facture d'un montant de 832,79 euros pour l'électricité produite entre le 14 septembre 2018 et le 13 septembre 2019 par son installation photovoltaïque. La société EDF a refusé le paiement de cette facture en raison de l'absence de relevé des index de production par la société Enedis depuis le 15 décembre 2016 et a invité le requérant à se rapprocher de la société Enedis, gestionnaire du réseau, pour obtenir une relève de son compteur à joindre à la facture dont il réclamait le paiement. Le requérant demande au tribunal de condamner la société EDF à lui payer la somme de 832,79 euros au titre de la production d'électricité livrée au réseau public pour la période du 14 septembre 2018 au 13 septembre 2019.

Sur la recevabilité des conclusions dirigées contre la société Enedis :

2. Les contrats conclus entre personnes privées sont en principe des contrats de droit privé, hormis le cas où l'une des parties agit pour le compte d'une personne publique ou celui dans lequel ils constituent l'accessoire d'un contrat de droit public. D'une part, par le contrat de raccordement d'une installation de production d'électricité d'origine photovoltaïque au réseau de transport et de distribution de l'électricité, en vue de l'achat par la société EDF de l'énergie produite, conclu entre un producteur indépendant et la société Enedis, cette dernière n'exerce aucune mission pour le compte d'une personne publique. D'autre part, si ce raccordement constitue un préalable technique à la délivrance de l'électricité à la société EDF et si l'article 5 du décret susvisé n° 2001-410 du 10 mai 2001 dispose que " () la prise d'effet du contrat d'achat pour les installations nouvelles est subordonnée au raccordement de l'installation au réseau () ", il n'en résulte pas que le contrat de raccordement soit l'accessoire du contrat d'achat de sorte que la qualification de contrat administratif conférée à ce dernier par l'article L. 314-7 du code de l'énergie ne s'étend pas au premier.

3. Il résulte de ce qui précède que les conclusions dirigées contre la société Enedis relèvent de la compétence des juridictions de l'ordre judiciaire et doivent, par suite, être rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Sur les conclusions à fin de condamnation de la société EDF :

4. Il résulte de l'instruction que, d'une part, pour établir sa facture d'un montant de 832,79 euros pour la période comprise entre le 14 septembre 2018 et le 13 septembre 2019, M. B s'est fondé sur l'index de 1 770 kWh relevé le 13 septembre 2019 sur l'onduleur de son installation photovoltaïque en raison du caractère défectueux de son compteur. Toutefois, l'article 5 des conditions générales " PHOTO2011_V1 " applicables au contrat d'achat d'énergie électrique qu'il a conclu le 30 mars 2012 avec la société EDF prévoit que " la puissance et l'énergie électrique fournie à l'acheteur au point de livraison, au titre du présent contrat, sont mesurées par un dispositif de comptage décrit dans une convention ou un contrat conclu avec le gestionnaire de réseau, et dont les caractéristiques permettent l'application du présent contrat ", et selon l'article 10 desdites conditions " Le producteur doit tenir l'acheteur informé de la production, du fonctionnement de son installation et de ses modifications éventuelles ". Il s'ensuit qu'en fournissant à la société EDF un index de production d'électricité pour la période comprise entre le 14 septembre 2018 et le 13 septembre 2019 relevé sur un autre dispositif de comptage que celui prévu par ledit contrat, au demeurant sans en informer la société EDF, M. B n'a pas respecté les termes de celui-ci. Sur ce point, le requérant ne saurait utilement, afin de s'exonérer de sa responsabilité, invoquer le fait du tiers en alléguant que la société Enedis était tenue de relever, de valider et de fournir les données de comptage de la production électrique à la société EDF. De même, la circonstance selon laquelle sa production d'électricité pour ladite période, mesurée à partir de son onduleur, correspondrait à celle des deux années précédentes est sans incidence.

5. En outre, l'article 5 des conditions générales précitées prévoit que " Les quantités d'énergie électrique facturées par le producteur sont contrôlées par l'acheteur sur la base de données de comptage validées et fournies par le gestionnaire de réseau " et selon l'article 9, " Le producteur établit, en accord avec l'acheteur le décompte de l'énergie livrée et mesurée au cours de chaque période de facturation définie à l'article 5 des conditions particulières. () Dès lors qu'une erreur ou omission est décelée sur la facture du producteur, celle-ci lui est immédiatement retournée ". Il résulte de l'instruction que le 29 octobre 2019, la société Enedis a changé le compteur de production d'électricité défaillant du requérant et que l'index de dépose du compteur relevé à cette occasion et transmis à la société EDF était de 16 171 kWh, soit le même index que celui relevé le 15 décembre 2016. C'est donc à bon droit que la société EDF, ayant constaté une incohérence dans les données de production transmises par le requérant, a réclamé à celui-ci qu'il soit procédé à une relève de son compteur de production d'énergie afin de réaliser un contrôle préalable au règlement de la facture litigieuse.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par le requérant tendant à ce que la société EDF soit condamnée à lui verser la somme de 832,79 euros au titre de la production d'électricité livrée au réseau public entre le 14 septembre 2018 au le 13 septembre 2019 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation dirigées contre la société EDF :

7. Si le requérant invoque la résistance abusive de la société EDF, d'une part, et son préjudice moral résultant " des différentes tracasseries " auxquelles il a dû faire face ainsi que de " l'inertie bureaucratique " de ladite société, d'autre part, il résulte des points 4 et 5 que celle-ci a exécuté le contrat conformément aux conditions générales applicables et qu'elle n'a commis aucune faute susceptible d'ouvrir droit à réparation des préjudices allégués par le requérant. Dès lors, les conclusions de M. B à fin d'indemnisation dirigées contre la société EDF doivent être rejetées.

Sur les conclusions reconventionnelles de la société Enedis :

8. La société Enedis n'ayant pas été condamnée dans la présente instance, ses conclusions tendant à ce que la société EDF soit condamnée à la relever et la garantir de toute condamnation qui interviendrait à son égard doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la société EDF et de la société Enedis, qui n'ont pas la qualité de partie perdante, au titre des frais d'instance non compris dans les dépens.

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B une somme de 1 200 euros à verser à la société EDF au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : M. B versera à la société EDF la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la société EDF et à la société Enedis.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gonneau, président,

Mme Delzangles, première conseillère,

Mme Fayard, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 avril 2024.

La rapporteure,

signé

B. Delzangles Le président,

signé

P-Y Gonneau

La greffière,

signé

A. Martinez

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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