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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2101580

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2101580

mercredi 23 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2101580
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantATORI AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 février et 28 juin 2021, la commune de Bouc Bel Air, représentée par la société d'avocats Logos, demande au juge des référés :

1°) sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, de condamner solidairement les sociétés Rogier, BET Battier, Alpes contrôle et Franciaflex à lui verser, à titre de provision, la somme de 424 321,25 euros ;

2°) de mettre à la charge solidaire des sociétés Rogier, BET Battier, Alpes contrôle et Franciaflex la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa créance sur les entreprises en cause au titre de la garantie décennale et de l'article 1792-4 du code civil n'est pas sérieusement contestable au regard du rapport d'expertise ;

- son préjudice est constitué par le prix des travaux de reprise de l'ouvrage et par des frais d'expertise, des frais d'avocats, ainsi que par la perte de jouissance et d'exploitation de l'ouvrage et l'atteinte à l'image de la ville.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 28 avril, 7 mai et 15 juillet 2021, la société Bureau Alpes Contrôles conclut à titre principal au rejet de la requête, et à titre subsidiaire à la condamnation des sociétés Battier, Rogier et Franciaflex de la garantir de toute condamnation ou, à défaut, limiter sa responsabilité à 10 % du coût des travaux de reprise du mur rideau, et demande qu'il soit mis à la charge des sociétés Battier, Rogier et Franciaflex la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa responsabilité ne peut être engagée dès lors qu'aucune étude de structures n'a été soumise à son avis, ce dont elle a informé la commune et le maître d'œuvre ;

- l'absence d'avis n'est pas en lien direct avec les désordres ;

- les frais d'assistance et d'expertise ne constituent pas des préjudices ;

- la réalité des préjudices de jouissance, d'exploitation et d'atteinte à l'image n'est pas justifiée.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 28 avril, 7 juin et 10 septembre 2021, la société Rogier et son assureur, la société Maaf, concluent au rejet de la requête, subsidiairement à ce que les sociétés Battier, Bureau Alpes Contrôles, et leurs assureurs, et Franciaflex garantissent la société Rogier de toute condamnation à son encontre, à la condamnation des sociétés Battier, Franciaflex, et leurs assureurs, et Bureau Alpes Contrôles à verser la somme de 18 600 euros à la société Maaf au titre des frais dont elle a fait l'avance et à ce que soit mis à la charge des sociétés Battier et Franciaflex, et leurs assureurs, et Bureau Alpes Contrôles la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- la juridiction administrative est incompétente pour statuer sur les demandes dirigées contre la société Maaf, assureur ;

- le maître d'œuvre, le contrôleur technique et le fabricant ont commis des fautes ayant concouru au préjudice ;

- les honoraires du bureau d'études BEIE et de la société SECC ont été payées par la société Maaf et doivent donc être retranchées de la créance de la commune ;

- les sommes allouées à la commune doivent l'être hors taxes ;

- les préjudices immatérielles ne sont pas justifiés.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 29 avril et 18 juin 2021, la société Battier conclut au rejet de la requête, subsidiairement à ce que les sociétés Rogier, Franciaflex et Bureau Alpes Contrôles la garantisse des condamnations à son encontre, à ce qu'il soit mis à la charge de la commune de Bouc Bel Air la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il n'est pas démontré que les dommages lui seraient imputables dès lors que sa mission de maîtrise d'œuvre n'était pas complète et ne comprenait pas les plans d'exécution et les spécifications à usage du chantier et qu'elle n'a pas commis de faute dans l'exécution de ses missions ;

- le constructeur, le contrôleur technique et le fabricant ont commis des fautes ayant concouru au préjudice ;

- les préjudices immatériels ne sont pas justifiés.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 30 avril, 27 et 30 juillet 2021, la société Franciaflex et son assureur la société Axa France IARD, concluent au rejet de la requête, subsidiairement à ce que les sociétés Rogier, Battier et Bureau Alpes Contrôles la garantissent des condamnations à son encontre, à ce qu'il soit mis à la charge de tout succombant la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- la juridiction administrative est incompétente pour statuer sur les demandes dirigées contre la société Axa, assureur ;

- la juridiction administrative est incompétente pour statuer sur les demandes dirigées contre la société Franciaflex dès lors qu'elle était partie à un contrat passé entre deux personnes privées ;

- la société Franciaflex ne peut être qualifiée de fabriquant dès lors que la société Rogier a modifié les produits fournis et ne les a pas utilisés conformément aux règles édictées par le fabriquant ;

- elle a parfaitement respecté ses obligations contractuelles et n'a commis aucune faute ;

- l'augmentation du prix des travaux de reprise n'est pas justifié par la commune de Bouc-Bel-Air qui ne justifie aucunement l'existence d'un préjudice de jouissance, de perte de chiffre d'affaires et d'atteinte à son image.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance du 27 janvier 2021 par laquelle la présidente du tribunal a taxé les frais et honoraires de l'expertise et les a mis à la charge de la commune de Bouc Bel Air.

Vu :

- le code civil ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Gonneau, vice-président, pour statuer sur les demandes de référés.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ".

2. Il résulte de l'instruction que la commune de Bouc Bel Air a confié la réfection du mur rideau d'une piscine dont elle est propriétaire à la société Rogier, par un marché passé le 2 août 2013. La mission de maîtrise d'œuvre de cette opération a été confiée à la société Battier, tandis que la mission de contrôle était confiée à la société Bureau Alpes contrôles. Les profilés des menuiseries en aluminium ont été fournis par la société Franciaflex sur commande de la société Rogier. Les travaux ont été réceptionnés le 3 janvier 2014 et l'ensemble des réserves ont été levées le 10 mars 2014. Des désordres importants ont été constatés au début de l'année 2019, tenant à la déformation des menuiseries aluminium et ayant pour conséquence le risque de chutes des vitres composant le mur rideau. La commune de Bouc Bel Air demande, sur le fondement de la responsabilité décennale, la condamnation solidaire des entreprises ayant participé aux travaux à lui verser une provision de 424 321,25 euros.

En ce qui concerne le principe de la responsabilité des constructeurs :

3. La réception de l'ouvrage et la levée des réserves en 2014 ont mis fin aux rapport contractuels entre la commune et les constructeurs. Il n'est pas contesté que les désordres constatés, empêchant le fonctionnement normal de la piscine et mettant en danger les usagers, étaient de nature à rendre l'ouvrage impropre à sa destination. Dans ces conditions la responsabilité des constructeurs est nécessairement susceptible d'être engagée sur le fondement de la garantie décennale.

4. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport de l'expert désigné par le tribunal, que les désordres ont pour cause une mauvaise conception de l'ouvrage et plus particulièrement une insuffisante résistance des profilés en aluminium supportant les vitrages. Il apparaît ainsi que la société Rogier, qui était en charge de préparer les études et plans d'exécution des ouvrages, ainsi que les notes de calcul, que le maître d'œuvre, qui aurait dû approuver ces documents et qui était également débiteur, aux termes de la convention de maitrise d'œuvre, d'études techniques afin de confirmer les choix techniques, préciser la nature et la qualité des matériaux, fixer les caractéristiques et les dimensions des différents ouvrages ou encore préciser les spécifications techniques des équipements, et que la société Bureau Alpes contrôles, chargée d'une mission relative à la solidité des ouvrages, doivent voir leur responsabilité engagée sur le fondement de la garantie décennale, en l'absence de cas de force majeure, de faute du maître d'ouvrage et alors qu'eu égard aux missions qui leur étaient confiées, il n'apparaît pas que les désordres ne leur soient en quelque manière imputables.

En ce qui concerne la responsabilité de la société Franciaflex :

5. Aux termes du premier alinéa de l'article 1792-4 du code civil : " Le fabricant d'un ouvrage, d'une partie d'ouvrage ou d'un élément d'équipement conçu et produit pour satisfaire, en état de service, à des exigences précises et déterminées à l'avance, est solidairement responsable des obligations mises par les articles 1792, 1792-2 et 1792-3 à la charge du locateur d'ouvrage qui a mis en œuvre, sans modification et conformément aux règles édictées par le fabricant, l'ouvrage, la partie d'ouvrage ou élément d'équipement considéré () ".

6. Il résulte de l'instruction que la société Franciaflex a fabriqué les châssis en aluminium à partir d'une commande sommaire de la société Rogier à partir du cahier des clauses techniques annotés, sans spécifications techniques particulières et sans avoir ni conçu, ni participé à la conception de ces châssis. Dans ces conditions la société Franciaflex ne peut être regardée comme un fabricant, solidairement responsable de la société Rogier et, par suite, sa responsabilité ne peut être engagée à l'égard de la commune de Bouc Bel Air.

En ce qui concerne le montant de la provision :

7. L'expert a chiffré le montant des travaux à mettre en œuvre afin de remettre l'ouvrage en état d'utilisation normale grâce à la réfection du mur rideau à la somme de 339 881,54 euros, montant fondé sur un devis qui n'est pas contesté par les parties. Si la société Rogier fait valoir que le montant retenu par l'expert comprendrait des prestations d'études et de conception payées par son assureur, la société Maaf, elle n'en justifie aucunement. La taxe sur la valeur ajoutée est élément indissociable du coût des travaux, à moins que le maître de l'ouvrage ne relève d'un régime fiscal qui lui permet normalement de déduire tout ou une partie de cette taxe de celle dont il est redevable à raison de ses propres opérations. Si l'article L. 1615-1 du code général des collectivités territoriales a institué un fonds destiné à permettre le remboursement de la taxe à la valeur ajoutée acquittée par les collectivités locales sur leurs dépenses réelles d'investissement, les dispositions législatives, qui ne modifient pas le régime fiscal des opérations desdites collectivités, ne font pas obstacle à ce que la taxe sur la valeur ajoutée grevant les travaux de réfection de l'immeuble soit incluse dans le montant de l'indemnité due par les constructeurs à la commune de Bouc Bel Air. Il appartient aux constructeurs mis en cause d'apporter au juge tout élément de nature à remettre en cause la présomption de non assujettissement des collectivités territoriales à la taxe sur la valeur ajoutée et à établir que le montant de celle-ci ne devait pas être inclus dans le montant du préjudice indemnisable. En se bornant à faire valoir que le montant des travaux doit être compris hors taxes dès lors que la commune de Bouc Bel Air serait éligible au fonds de compensation de la taxe sur la valeur ajoutée, la société Rogier ne remet pas en cause la présomption de non-assujettissement de la commune de Bouc Bel Air. Dans ces conditions le montant de cette créance n'est pas sérieusement contestable.

8. La commune de Bouc Bel Air, qui demande que la somme qui lui est due soit réévaluée en fonction de la variation du coût de la construction constatée depuis l'expertise et soit portée à 365 032 euros, n'établit pas avoir été dans l'impossibilité financière ou technique de faire procéder aux travaux nécessaires à la date du dépôt du rapport de l'expert. Ainsi c'est à cette date que doivent être évaluées les indemnités auxquelles elle peut prétendre en réparation des dommages.

9. La commune de Bouc Bel Air fait aussi valoir qu'elle aurait débourser les sommes de 3 432 euros au titre de l'expertise des vitrages, 1 728 euros au titre de l'assistance d'experts lors de réunions, 9 060 euros au titre de la mission d'assistance à maître d'ouvrage de M. A et 2 160 euros au titre des frais d'avocats. Toutefois la commune de Bouc Bel Air ne produit aucune pièce justificative de ces dépenses et, dans ces conditions, ces créances ne peuvent être regardées comme non contestables.

10. De la même manière les préjudices allégués de jouissance, de perte d'exploitation et d'atteinte à l'image de la commune ne sont aucunement justifiés, alors que l'exploitant de la piscine est la métropole Aix-Marseille-Provence.

11. Il résulte de ce qui précède que la créance de la commune pouvant être regardée comme non sérieusement contestable s'élève à la somme de 339 881,54 euros.

En ce qui concerne les appels en garantie :

12. Le partage des responsabilités résultant du rapport d'expertise n'est pas sérieusement contestable et la responsabilité des sociétés Rogier et Battier, en leur qualité respective de constructeur et de maître d'œuvre, est manifestement engagée à titre principal. Dans ces conditions il y a lieu, au titre du versement de la provision, de condamner respectivement la société Rogier à garantir la société Battier à hauteur de 45 % de la condamnation solidaire, la société Battier à garantir la société Rogier à hauteur de 45 % de la condamnation solidaire, enfin, la société Bureau Alpes contrôle à garantir les sociétés Rogier et Battier à parts égales à hauteur de 10 % de la condamnation solidaire.

En ce qui concerne les conclusions présentées par la société Maaf :

13. La société Maaf, assureur de la société Rogier, n'est pas partie dans la présente instance dès lors que les conclusions de la commune de Bouc Bel Air ne visent que sa cliente. De plus les conclusions présentées par la société Maaf à l'encontre des sociétés Battier, Franciaflex et leurs assureurs et la société Bureau Alpes contrôle, ne comportent aucun fondement juridique alors qu'elle n'est liée par aucun contrat à ces sociétés et n'a pas participé à l'opération de travaux publics en cause. Dans ces conditions ces conclusions doivent manifestement être rejetées.

En ce qui concerne les frais d'expertise :

14. Dans les circonstances de l'espèce il y a lieu de mettre les frais d'expertise taxés par l'ordonnance du 27 janvier 2021 à la charge des sociétés Rogier, Battier et Bureau Alpes contrôle dans les mêmes proportions que celles fixées au titre des appels en garantie.

En ce qui concerne les frais liés à l'instance :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Bouc Bel Air, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande la sociétés Battier au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge des sociétés Rogier et Battier le versement solidaire d'une somme de 2 000 euros à la commune de Bouc Bel Air au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce il y a lieu de rejeter les conclusions des sociétés défenderesses au titre de ces dispositions.

O R D O N N E :

Article 1er : Les sociétés Rogier, Battier et Bureau Alpes contrôle sont condamnées à verser solidairement une provision de 339 881,54 euros à la commune de Bouc Bel Air.

Article 2 : Les sociétés Rogier et Battier et Bureau Alpes contrôle se garantiront mutuellement à hauteur respectivement de 45 % pour les deux premières et 10 % pour la dernière de la condamnation prononcée à leur encontre par la présente ordonnance.

Article 3 : Les frais d'expertise taxés par l'ordonnance du 27 janvier 2021 sont mis à la charge des sociétés Rogier, Battier et Bureau Alpes contrôles dans les mêmes proportions que celles fixées à l'article 2.

Article 4 : Les sociétés Rogier et Battier verseront solidairement la somme de 2 000 euros à la commune de Bouc Bel Air au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Les conclusions aux fins d'indemnisation présentées par la société Maaf sont rejetées.

Article 7 : Les conclusions présentées par les sociétés défenderesses au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 8 : La présente ordonnance sera notifiée à la commune de Bouc Bel Air et aux sociétés Rogier, Battier, Bureau Alpes contrôles, Franciaflex, Maaf et Axa France iard.

Le juge des référés,

Signé

P-Y. GONNEAU

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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