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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2101610

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2101610

jeudi 28 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2101610
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6e Ch Magistrat statuant seul
Avocat requérantSCP VEDESI ASSOCIATION D'AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 février 2021, la société par action simplifiée (SAS) Immobilière Carrefour demande au Tribunal :

- de prononcer la décharge de la cotisation de taxe d'enlèvement des ordures ménagères (TEOM) à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2018 pour un montant de 56 637 euros dans les rôles de la commune de La Ciotat, à raison de locaux à usage d'hypermarché situés chemin du puits de Brunet ;

- de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères 2018 fixé à 18,10 % est identique à celui de l'année 2017 et par suite le rapport de disproportion de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères entre les deux années est sensiblement identique ;

- les recettes de taxe d'enlèvement des ordures ménagères 2017 attendues dépassant de plus de 5 % le coût du service couvert par les recettes non fiscales, le taux de la taxe fixé pour l'année 2018 est entaché d'erreur manifeste ;

- par suite, et ce taux ne pouvant plus servir de base légale, la délibération ayant voté ce taux est illégale par voie d'exception.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 août 2021, la directrice régionale des finances publiques de Provence-Alpes-Côte d'Azur et du département des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- dès lors que la métropole d'Aix-Marseille-Provence exerce de plein droit, à compter du 1er janvier 2016, la compétence de gestion des déchets ménagers et assimilés en lieu et place des anciens EPCI, une disproportion ne peut s'apprécier qu'entre les recettes de taxe d'enlèvement des ordures ménagères et les dépenses non couvertes par des recettes non fiscales à couvrir au sein du budget de la Métropole et est admise une disproportion limitée lorsque l'excès de produit prévisionnel de taxe d'enlèvement des ordures ménagères sur le coût prévisionnel net du service n'est pas flagrant et est, en tout état de cause, sensiblement inférieur à 15 % et, au cas particulier, la disproportion indiquée par la requérante, dont le mode de calcul est contesté, est de 5 % et constituerait une disproportion limitée qui n'est pas de nature à caractériser une erreur manifeste d'appréciation de la délibération de la Métropole ayant fixé le taux pour la commune de La Ciotat, qui est au demeurant de 9,50 % et non 18,10 % comme l'indique la requérante.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 3 février 2022 et 15 juin 2022, la métropole d'Aix-Marseille-Provence, représentée par la SCP Vedesi, agissant par Me Thierry, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la SAS Immobilière Carrefour.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable ;

- à titre subsidiaire, la requête n'est pas fondée dès lors,

- en premier lieu, que le moyen tiré de l'existence d'une disproportion entre le taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères et le coût du service non couvert par des recettes fiscales n'est pas étayé ;

- en deuxième lieu, que le taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères fixé en 2018 ne peut être apprécié qu'au regard du seul budget primitif de 2018 pour la Métropole ;

- en troisième lieu, qu'il résulte des données financières disponibles à la date du vote de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères pour l'année 2018 que le produit de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères était inférieur de plus de 8 % au montant des dépenses de fonctionnement su service diminué des recettes non fiscales ;

Par courrier du 3 février 2022, la société requérante a été invitée à produire, dans le délai d'un mois, les pièces justifiant de la qualité pour agir de la signataire de la requête conformément aux dispositions de l'article L. 227-6 du code de commerce et de l'article R. 197-4 du livre des procédures fiscales et a été informée qu'en l'absence de régularisation dans le délai imparti, la requête pourra être rejetée application de l'article R. 612-1 du même code.

La société Immobilière Carrefour a produit des pièces complémentaires enregistrées le 9 mars 2022 en réponse à la demande du Tribunal.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de commerce ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- la loi n° 2015-1786 du 29 décembre 2015 ;

- le code de justice administrative.

Vu, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la décision par laquelle la présidente du Tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les litiges visés audit article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de Mme Felmy, rapporteure publique,

- et les observations de Me Chavalarias, substituant la SCP Vedesi, pour la métropole d'Aix-Marseille-Provence.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 14 décembre 2017, la métropole d'Aix-Marseille-Provence, qui exerce depuis le 1er janvier 2016 la gestion des déchets ménagers sur son territoire en lieu et place des précédents établissements publics de coopération intercommunale, et est seule compétente en application des dispositions des articles L. 5217-1 et L. 5217-2 du code général des collectivités territoriales pour en approuver le budget sur son territoire, a approuvé l'état spécial relatif à la compétence gestion des déchets ménagers et assimilés. La SAS Immobilière Carrefour demande au Tribunal de prononcer la décharge de la cotisation de taxe d'enlèvement des ordures ménagères à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2018 dans les rôles de la commune de La Ciotat, à raison de locaux à usage d'hypermarché qu'elle y exploite, ainsi que la restitution des sommes en cause.

2. Aux termes du I de l'article 1520 du code général des impôts, dans sa rédaction issue du V de l'article 57 de la loi du 29 décembre 2015 de finances rectificative pour 2015, applicable à compter du 1er janvier 2016 : " Les communes qui assurent au moins la collecte des déchets des ménages peuvent instituer une taxe destinée à pourvoir aux dépenses du service de collecte et de traitement des déchets ménagers et des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales, dans la mesure où celles-ci ne sont pas couvertes par des recettes ordinaires n'ayant pas le caractère fiscal ".

3. La taxe d'enlèvement des ordures ménagères n'a pas le caractère d'un prélèvement opéré sur les contribuables en vue de pourvoir à l'ensemble des dépenses budgétaires, mais a exclusivement pour objet de couvrir les dépenses exposées par la commune ou l'établissement de coopération intercommunale compétent pour assurer l'enlèvement et le traitement des ordures ménagères et des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales cité au point 2 et non couvertes par des recettes non fiscales affectées à ces opérations. Il s'ensuit que le produit de cette taxe et, par voie de conséquence, son taux, ne doivent pas être manifestement disproportionnés par rapport au montant des dépenses exposées pour la collecte et le traitement des déchets ménagers comme des déchets non ménagers, déduction faite, le cas échéant, du montant des recettes non fiscales de la section de fonctionnement, telles qu'elles sont définies par les articles L. 2331-2 et L. 2331-4 du même code, relatives à ces opérations. Le juge de l'impôt n'exerce, lorsqu'est contestée devant lui, par la voie de l'exception, la légalité d'une délibération fixant le taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères, qu'un contrôle de disproportion manifeste entre le produit estimé de la taxe, et par suite son taux, et la part des dépenses du service non couvertes par des recettes non fiscales. Eu égard à la nature de ce contrôle, il lui appartient, lorsqu'il constate, pour un tel motif, l'illégalité du taux fixé, d'accorder la décharge totale des cotisations de taxe en litige, sauf à faire application le cas échéant, si les conditions auxquelles elles subordonnent leur mise en œuvre sont réunies, des dispositions du III de l'article 1639 A du code général des impôts.

4. Les dépenses susceptibles d'être prises en compte sont constituées de la somme de toutes les dépenses de fonctionnement réelles exposées pour le service public de collecte et de traitement des déchets ménagers et des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales et des dotations aux amortissements des immobilisations qui lui sont affectées, telle qu'elle peut être estimée à la date du vote de la délibération fixant le taux de la taxe.

5. La société requérante soutient que le taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères approuvé pour l'année 2018 est identique à celui de l'année 2017 et est en conséquence entaché d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que, s'agissant du taux de l'année 2017, les recettes de taxes d'enlèvement d'ordures ménagères dépassaient de plus 5 % le coût du service non couvert par les recettes non fiscales.

6. Il résulte de l'instruction et des pièces produites en défense, notamment de l'état spécial relatif à la compétence gestion des déchets ménagers et assimilés de l'année 2018, que le coût des dépenses de fonctionnement exposées par la Métropole pour ce service s'élève à la somme de 357 384 857 euros, somme qui comprend les dépenses réelles d'un montant de 339 770 257 euros ainsi que la somme de 17 614 600 euros correspondant au montant total des recettes d'ordre. De cette somme de 357 125 702 euros, doit être retranchée la somme de 538 545 euros identifiée comme un " virement à la section d'investissement " et qui correspond en réalité à des dépenses réelles d'investissement. Il résulte de ce qui précède que le montant total des dépenses de fonctionnement de la Métropole au titre de l'année 2018 s'élève à la somme de 356 846 312 euros. S'agissant des recettes non fiscales affectées au service d'enlèvement et le traitement des ordures ménagères, il ressort de l'état spécial relatif aux recettes de fonctionnement que le montant des recettes non fiscales s'élève à 31 282 909 euros. Il résulte de ce qui précède que les dépenses exposées par la Métropole pour assurer l'enlèvement et le traitement des ordures ménagères et non couvertes par des recettes non fiscales pouvaient, à la date de la délibération dont la société requérante excipe l'illégalité, être évaluées à la somme totale de 325 563 340 euros.

7. Si le produit de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères résultant de l'application des taux approuvés par la délibération du 14 décembre 2017 excède effectivement, ainsi que l'indique elle-même la Métropole, de 26 411 506 euros le coût global de traitement de ces déchets, cet excédent représente 8 % du montant, tel qu'il a pu être estimé à la date du vote de la délibération du conseil de la Métropole, des dépenses exposées par la Métropole pour assurer ce service et non couvertes par des recettes non fiscales. Dans ces conditions, le produit de la taxe comme le taux de la commune de La Ciotat ne peuvent être regardés comme manifestement disproportionnés.

8. Il résulte de ce qui précède que la société requérante n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la délibération de la Métropole du 14 décembre 2017 fixant le taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères à l'appui des conclusions aux fins de décharge des cotisations de taxe d'enlèvement des ordures ménagères auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2018.

9. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par la Métropole, que les conclusions de la société Immobilière Carrefour tendant à la décharge de la cotisation de taxe d'enlèvement des ordures ménagères à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2018 doivent être rejetées.

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que demande à ce titre la société requérante, laquelle ne justifie pas, en tout état de cause, des frais ainsi exposés. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la société Immobilière Carrefour une somme de 500 euros au titre des frais exposés au même titre par la métropole d'Aix-Marseille-Provence.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Immobilière Carrefour est rejetée.

Article 2 : La société Immobilière Carrefour versera à la métropole d'Aix-Marseille-Provence une somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Immobilière Carrefour, à la direction régionale des finances publiques de Provence-Alpes-Côte d'Azur et du département des Bouches-du-Rhône et à la métropole d'Aix-Marseille-Provence.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juillet 2022.

La magistrate désignée,

Signé

G. A

La greffière,

Signé

D. Dan

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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