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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2101798

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2101798

mardi 22 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2101798
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSELARL PLANTAVIN REINA ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée le 24 février 2021 et un mémoire enregistré le 24 septembre 2021 la société Dalkia, représentée par la société d'avocats Billebeau - Marinacce, demande au tribunal :

1°) de condamner solidairement les sociétés Viriot-Hautbout, Garcia ingénierie, ICD Énergies, Entretien installation thermique provençales (EITP) et SPIE Facilities à lui verser la somme de 298 380,71 euros hors taxes ;

2°) de mettre les frais d'expertise à la charge solidaire des sociétés Viriot-Hautbout, Garcia ingénierie, ICD Énergies, EITP et SPIE Facilities ;

3°) de mettre à la charge des sociétés Viriot Hautbout, Garcia ingénierie, ICD Énergies, EITP et SPIE Facilities la somme de 3 000 euros chacune sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- en application des articles 11.4 et 11.5 du cahier des clauses administratives particulières (CCAP) annexé au marché conclu avec le Musée des civilisations de l'Europe et de la Méditerranée (MuCEM), elle est subrogée dans les droits et obligations de ce dernier pour exercer l'action en garantie décennale à l'encontre des sociétés défenderesses ;

- la panne ayant affecté la thermo-frigo-pompe du MuCEM le 16 novembre 2016 est imputable aux sociétés Viriot-Hautbout, Garcia ingénierie, ICD Énergies, EITP et SPIE Facilities ainsi que l'a établi le rapport d'expertise ;

- ce désordre est de nature engager la garantie décennale des constructeurs ;

- la société Viriot-Hautbout est responsable à hauteur de 46, 99 % de la survenance du dommage, la société Garcia ingénierie à hauteur de 25,90 %, la société EITP à hauteur de 7,5 %, la société SPIE Facilities à hauteur de 7,06 % et la société ICD Énergies à hauteur de 5 % ;

- à titre subsidiaire, ces sociétés ont commis des fautes de nature à engager leur responsabilité quasi-délictuelle à son encontre ;

- son préjudice s'élève au montant du dispositif de secours mis en place, correspondant à la location de plusieurs groupes froid et d'une chaudière, soit 111 465,28 euros hors taxes ainsi qu'au montant du remplacement de la thermo-frigo-pompe, soit 156 094,64 euros hors taxes ;

- elle doit être indemnisée des préjudices liés aux frais d'expertise ainsi que d'autres frais annexes pour un montant de 22 107,30 euros hors taxes ;

- elle doit également être indemnisée des frais de l'expertise judiciaire, taxés à la somme de 61 626 euros toutes taxes comprises.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 9 juin, 24 septembre et 3 décembre 2021 la société SPIE Facilities, représentée par la société d'avocats PERSEA, conclut :

1°) à titre principal, au rejet de la requête ;

2°) à titre subsidiaire, à la diminution du montant de l'indemnisation accordée ;

3°) à ce qu'il soit mis à la charge de la société Dalkia la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- à titre principal, la juridiction administrative est incompétente pour connaître de ce litige dès lors que d'une part, la société Dalkia n'est pas subrogée dans les droits du MuCEM pour exercer son droit d'action en garantie décennale des constructeurs et d'autre part, qu'elle n'est pas constructeur, sa responsabilité ne peut donc être recherchée devant la juridiction administrative ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par la société Dalkia ne sont pas fondés ;

- il y a lieu de rejeter l'appel en garantie formé par la société EITP ;

- à titre infiniment subsidiaire, il convient de limiter le montant du préjudice de la société Dalkia à la somme de 20 450,51 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 juin 2021, la société Viriot-Hautbout, représentée par Me Vaissière, conclut :

1°) à titre principal, au rejet de la requête ;

2°) à titre subsidiaire, à la réduction du montant de l'indemnisation accordée ;

3°) à ce qu'il soit mis à la charge de la société Dalkia la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- à titre principal, la juridiction administrative est incompétente pour connaître de ce litige qui concerne des personnes privées ;

- la société Dalkia n'est pas subrogée dans les droits du MuCEM pour exercer son droit d'action en garantie décennale des constructeurs ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par la société Dalkia ne sont pas fondés ;

- la société Dalkia a commis des manquements à ses obligations contractuelles en s'abstenant de mettre en place des mesures correctives ;

- à titre infiniment subsidiaire, il convient de limiter sa part de responsabilité dans la survenance du dommage à hauteur de 10 % et d'augmenter celle de Dalkia ;

- l'indemnisation demandée doit être diminuée du montant des travaux d'amélioration réalisés par Dalkia, soit 26 766,15 euros hors taxes.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 août 2021, la société ICD Énergies, représentée par Me Fournier, conclut au rejet de la requête et ce qu'il soit mis à la charge de la société Dalkia la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- à titre principal, la juridiction administrative est incompétente pour connaître de ce litige dès lors que la société Dalkia n'est liée par aucun contrat avec les sociétés mises en cause, qui sont des personnes privées, et qu'elle ne justifie pas d'une subrogation dans les droits du MuCEM à l'encontre des constructeurs ou exploitants pour l'exercice de l'action en garantie décennale ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par la société Dalkia ne sont pas fondés ;

- à titre infiniment subsidiaire, il convient de limiter sa responsabilité à hauteur de 5 % maximum et que les sociétés Viriot-Hautbout, Garcia ingénierie, EITP, SPIE Facilities et Dalkia la garantissent des condamnations prononcées à son encontre à hauteur de 95 %.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 septembre 2021, la société Garcia ingénierie, représentée par Me Guillet, conclut :

1°) à titre principal, au rejet de la requête ;

2°) à titre subsidiaire, à la diminution du montant de l'indemnisation accordée ;

3°) à ce qu'il soit mis à la charge de la société Dalkia la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- à titre principal, la juridiction administrative est incompétente pour connaître de ce litige dès lors qu'il s'agit d'un litige entre personnes privées et que la société Dalkia ne justifie pas d'une subrogation dans les droits du MuCEM à l'encontre des constructeurs ou exploitants pour exercer une action en garantie décennale ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par la société Dalkia ne sont pas fondés ;

- la société Dalkia a commis des manquements à ses obligations contractuelles en s'abstenant de mettre en place des mesures correctives ;

- à titre infiniment subsidiaire, il convient de diminuer l'indemnisation de la société Dalkia de la somme de 21 869, 88 euros, correspondant au montant des travaux d'amélioration qu'elle a réalisés, et de limiter la condamnation de la société Garcia ingénierie à la somme de 75 023,81 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 octobre 2021, la société Entretien installation thermique provençales (EITP), représentée par Me Reina, conclut :

1°) à titre principal, au rejet de la requête ;

2°) à titre subsidiaire, à la diminution du montant de l'indemnisation accordée ;

3°) à ce qu'il soit mis à la charge de la société Dalkia la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- à titre principal, la juridiction administrative est incompétente pour connaître de ce litige ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par la société Dalkia ne sont pas fondés ;

- il y a lieu de rejeter l'appel en garantie de la société ICD Énergies formé à son encontre ;

- les sociétés Viriot-Hautbout, Garcia ingénierie, ICD Énergies, SPIE Facilities et Dalkia doivent la garantir à hauteur de 92, 5 % des condamnations prononcées à son encontre, suivant la répartition proposée par l'expert.

- il convient de réduire l'indemnisation demandée à la somme maximale de 289 667,22 euros hors taxes ;

- l'indemnisation doit être réduite de la somme de 8 704,58 € hors taxes correspondant aux frais de fourniture et d'installation d'un groupe froid Mitsubishi, comptabilisé deux fois par la société Dalkia, ainsi que de la somme de 26 897,80 euros hors taxes correspondant au montant des travaux d'amélioration réalisés par Dalkia et de la somme de 21 869,88 euros hors taxes, correspondant à la part de responsabilité retenue par l'expert à l'encontre de la société Dalkia ;

- la société Dalkia doit être condamnée à payer 7,55 % des frais d'expertise.

Un mémoire présenté par la société SPIE Facilities, enregistré le 31 janvier 2022, n'a pas été communiqué.

Par ordonnance du 3 février 2022, la clôture d'instruction a été fixée au même jour en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.

II. Par une requête n°2101798 enregistrée le 24 février 2021 et un mémoire enregistré le 8 juin 2022, la société Dalkia, représentée par la société d'avocats Billebeau - Marinacce, demande, sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative :

1°) de condamner solidairement les sociétés Viriot-Hautbout, Garcia ingénierie, ICD Énergies, EITP et SPIE Facilities à lui verser une provision de 298 380,71 euros hors taxes ;

2°) de mettre les frais d'expertise à la charge solidaire des sociétés Viriot-Hautbout, Garcia ingénierie, ICD Énergies, EITP et SPIE Facilities ;

3°) de mettre à la charge des sociétés Viriot Hautbout, Garcia ingénierie, ICD Énergies, EITP et SPIE Facilities la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Elle soutient que :

- elle est subrogée dans les droits et obligations du MuCEM à l'égard des sociétés défenderesses pour exercer l'action en garantie décennale ;

- la panne ayant affecté la thermo-frigo-pompe du MuCEM le 16 novembre 2016 est imputable aux sociétés Viriot-Hautbout, Garcia ingénierie, ICD Énergies, EITP et SPIE Facilities ainsi que l'a établi le rapport d'expertise ;

- ce désordre est de nature à permettre l'engagement de la garantie décennale des constructeurs ;

- la société Viriot-Hautbout est responsable à hauteur de 46,99 % de la survenance du dommage, la société Garcia ingénierie à hauteur de 25,90 %, la société EITP à hauteur de 7,5 %, la société SPIE Facilities à hauteur de 7,06% et la société ICD Énergies à hauteur de 5 % ;

- à titre subsidiaire, ces sociétés ont commis des fautes de nature à engager leur responsabilité quasi-délictuelle à son encontre ;

- l'obligation des sociétés Viriot Hautbout, Garcia ingénierie, ICD Énergies, EITP et SPIE Facilities n'est pas sérieusement contestable ;

- son préjudice s'élève au montant du dispositif de secours mis en place par ses soins, correspondant à la location de plusieurs groupes froid et d'une chaudière, soit 111 465,28 euros hors taxes ainsi qu'au montant du remplacement de la thermo-frigo-pompe pour 156 094,64 euros hors taxes ;

- elle doit être indemnisée des préjudices liés aux frais d'expertise ainsi que d'autres frais annexes pour un montant de 22 107,30 euros hors taxes ;

- elle doit également être indemnisée des frais de l'expertise judiciaire, taxés à la somme de 61 626 euros toutes taxes comprises.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 mai 2021, la société Viriot-Hautbout, représentée par Me Vaissière, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la société Dalkia la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- à titre principal, la juridiction administrative est incompétente pour connaître de ce litige dès lors que la société Dalkia n'est pas subrogée dans les droits du MuCEM à l'encontre des constructeurs ou exploitants ;

- à titre subsidiaire, l'obligation est sérieusement contestable.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juin 2021, la société ICD Énergies, représentée par Me Fournier, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la société Dalkia la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- à titre principal, la juridiction administrative est incompétente pour connaître de ce litige dès lors que la société Dalkia n'est liée par aucun contrat avec les sociétés mises en cause, qui sont des personnes privées, et qu'elle ne justifie pas d'une subrogation dans les droits du MuCEM à l'encontre des constructeurs ou exploitants ;

- à titre subsidiaire, l'obligation est sérieusement contestable dès lors qu'elle n'a commis aucune faute ;

- à titre infiniment subsidiaire, il convient de limiter sa responsabilité à hauteur de 5 % maximum et que les sociétés Viriot-Hautbout, Garcia ingénierie, EITP, SPIE Facilities et Dalkia la garantissent des condamnations prononcées à son encontre à hauteur de 95 %.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 9 juin et 24 septembre 2021, la société SPIE Facilities, représentée par la société d'avocats Persea, conclut :

1°) au rejet de la requête ;

2°) à ce qu'il soit mis à la charge de la société Dalkia la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- à titre principal, la juridiction administrative est incompétente pour connaître de ce litige ;

- à titre subsidiaire, l'obligation est sérieusement contestable ;

- il y a lieu de rejeter l'appel en garantie formé par la société EITP ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 septembre 2021, la société EITP, représentée par Me Reina, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la société Dalkia la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- à titre principal, la juridiction administrative est incompétente pour connaître de ce litige ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par la société Dalkia ne sont pas fondés ;

- l'obligation est sérieusement contestable.

La société EITP a présenté un mémoire enregistré le 7 juillet 2022 qui n'a pas été communiqué.

Par ordonnance du 13 juin 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 8 juillet 202Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la commande publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C ;

- les conclusions de M. Grimmaud, rapporteur public ;

- les observations de Me Billebeau, représentant la société requérante, de Me Postel-Vinay, représentant la société Garcia ingénierie, de Me Vaissière, représentant la société Viriot-Haubout, de Me Vadon, représentant la société SPIE Facilities, de Me Delfau-de-Belfort, représentant la société ICD Énergies et de Me Akacha, représentant la société EITP.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes enregistrées sous les n° 2101802 et n°2101798 sont introduites par la même société requérante, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

2. Le ministère de la culture et de la communication a conclu, en 2004, un marché de maîtrise d'œuvre pour la construction du Musée des civilisations de l'Europe et de la Méditerranée (MuCEM) à Marseille, avec un groupement solidaire composé, notamment, de M. D, architecte, et de la société Garcia Ingénieries, bureau d'études " fluides ". Par un acte d'engagement signé le 13 février 2012, la réalisation du lot n°4 " chauffage, ventilation, climatisation (CVC), plomberie, sanitaire ", lequel incluait la réalisation des travaux relatifs aux productions thermo-frigorifiques comprenant l'installation d'une thermo-frigo-pompe dans le local technique du fort Saint-Jean, a été confiée à la société Viriot-Hautbout. Cette dernière a acquis, le 2 novembre 2012, auprès de la société Climavenata, aux droits de laquelle est venue la société Mitsubishi Electric, une thermo-frigo-pompe permettant la régulation climatique des bâtiments du musée. Les travaux du MuCEM ont été réceptionnés le 30 mai 2013 et, s'agissant des travaux " CVC, plomberie ", le 29 novembre 2013. Par un marché signé en avril 2012, le MuCEM a confié l'exploitation et la maintenance multitechniques du musée à la société SPIE Sud-Est, aux droits de laquelle est venue la société SPIE Facilities puis, suivant acte d'engagement signé le 10 mars 2015, à la société Dalkia, pour une durée de trois ans. En 2016, le MuCEM a conclu un marché de maîtrise d'œuvre pour l'aménagement de la galerie des officiers du fort Saint-Jean avec Mme B, architecte, laquelle a sous-traité la maîtrise d'œuvre du lot n°6 " plomberie CVC " à la société ICD Énergies. L'exécution des travaux relatifs à ce lot a été confié à la société EITP et ces derniers ont été réceptionnés le 7 juillet 2016. Le 16 novembre 2016, une panne de la thermo-frigo-pompe est survenue, empêchant la régulation climatique du MuCEM. La société Dalkia, en sa qualité de mainteneur de l'installation, a loué des groupes froids et des chaudières électriques puis a pourvu au remplacement de la thermo-frigo pompe endommagée. Le 1er juin 2017, elle a assigné devant le tribunal de commerce de Versailles le MuCEM, la société Garcia ingénierie, la société Viriot-Hautbout, la société EITP, la société Climaveneta et M. A D aux fins d'ordonner une expertise pour déterminer l'origine de cette panne. Par ordonnance du 28 juin 2017, le tribunal a désigné un expert judiciaire pour y procéder, lequel a rendu son rapport le 29 décembre 2019. La société Dalkia demande au tribunal de condamner solidairement les sociétés Viriot- Hautbout, Garcia ingénierie, ICD Énergies, EITP et SPIE Facilities à lui verser la somme de 298 380,71 euros hors taxes correspondant au montant des préjudices subis du fait de ce désordre. Elle demande également au tribunal de lui accorder une provision de ce même montant.

En ce qui concerne l'exception d'incompétence de la juridiction administrative pour statuer sur les conclusions de la société Dalkia présentées sur le fondement de la garantie décennale :

3. La société Dalkia demande la condamnation des sociétés défenderesses sur le fondement de la garantie décennale des constructeurs du MuCEM et de la galerie des officiers du fort Saint-Jean. La réalisation du MuCEM, sous la maîtrise d'ouvrage du ministère de la culture et de la communication, puis l'aménagement de la galerie des officiers du fort Saint-Jean, sous la maîtrise d'ouvrage du MuCEM, constituent des opérations de travaux publics. Dès lors que ce litige est relatif à l'exécution de travaux publics, il relève de la compétence de la juridiction administrative. Par suite, l'exception d'incompétence soulevée par les sociétés défenderesses doit être écartée.

Sur le principe de la responsabilité décennale :

4. L'article 11.4 " protection des installations existantes " du cahier des clauses administratives particulières (CCAP) du marché de prestation d'exploitation et de maintenance multitechniques du MuCEM, conclu le 1er janvier 2015 avec la société Dalkia, stipule que " la mission du titulaire consistant notamment à maintenir les installations existantes en bon état de fonctionnement, en cas de dégâts ou d'interruption de service le titulaire doit : mettre en œuvre immédiatement les mesures conservatoires qui s'imposent ; informer sans délai le MuCEM sur la nature de l'incident et fournir la justification que l'incident ne relève pas de sa responsabilité. Si le titulaire ne peut apporter la preuve de son absence de responsabilité, il assure les remises en état nécessaires à ses propres frais et dans les délais prescrits par notification expresse du MuCEM envoyée en recommandé ". Il résulte des stipulations de l'article 11.5.1 " garantie des installations " de ce CCAP que " en cas d'avarie sur du matériel sous garantie, le titulaire assiste le MuCEM dans l'exercice de ses droits de recours en garantie auprès des installations ou constructeurs ".

5. D'une part, si aucune disposition d'ordre public ne s'oppose à ce qu'un maitre d'ouvrage cède le droit d'exercer une action qu'il détient à l'encontre des constructeurs de l'ouvrage, y compris l'action en garantie décennale, à l'exploitant de l'ouvrage, il ne résulte pas des stipulations de ces articles, et notamment de l'article 11.5.1 qui crée seulement pour la société Dalkia une obligation d'assister le MuCEm dans l'exercice de ses droits de recours en garantie en cas d'avarie sur du matériel sous garantie, ni d'aucune autre stipulation du CCAP ou d'une autre convention entre ces personnes, qu'une telle cession ait été opérée. D'autre part, ces stipulations ne permettent pas de regarder la société Dalkia comme étant subrogée au MuCEM du fait qu'elle a supporté les conséquences du sinistre. Enfin la société Dalkia n'invoque, en tout état de cause, aucune cause de subrogation légale. Dès lors, la société Dalkia n'est pas fondée à solliciter la condamnation des sociétés Viriot-Hautbout, Garcia ingénierie, ICD Énergies, EITP et de la société SPIE Facilities sur le fondement de la garantie décennale dont bénéficie le MuCEM. Par suite, les conclusions présentées sur ce fondement par la société Dalkia à l'encontre de ces sociétés doivent être rejetées.

En ce qui concerne l'exception d'incompétence de la juridiction administrative pour statuer sur les conclusions de la société Dalkia présentées sur le fondement de la responsabilité délictuelle :

6. Le litige né de l'exécution d'une opération de travaux publics et opposant des participants à l'exécution de ces travaux relève de la compétence de la juridiction administrative, sauf si les parties en cause sont unies par un contrat de droit privé, sans qu'il y ait lieu de rechercher si elles sont liées au maître de l'ouvrage par un contrat administratif.

7. La société Dalkia n'a pas participé à l'exécution des opérations de travaux publics en cause. Dès lors qu'il n'appartient pas aux juridictions administratives de connaître des actions en responsabilité entre personnes privées, le litige qui oppose la société Dalkia aux sociétés Viriot-Hautbout, Garcia ingénierie, ICD Énergies, EITP et SPIE Facilities ne relève pas de la compétence du juge administratif et, par suite, les conclusions présentées sur le fondement de la responsabilité délictuelle par la société requérante doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fins de provision :

8. Le présent jugement statuant sur les conclusions présentées au fond par la société Dalkia, les conclusions à fins de provision présentées devant le juge du référé provision ont perdu leur objet. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les frais d'expertise :

9. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. () ".

10. Le présent litige n'ayant occasionné aucun frais d'expertise, les conclusions de la société Dalkia présentées sur le fondement de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge des sociétés Viriot-Hautbout, Garcia ingénierie, ICD Énergies, EITP et SPIE Facilities, qui n'ont pas la qualité de partie perdante, au titre des frais exposés par la société Dalkia et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Dalkia la somme de 2 000 euros à verser à chaque défendeur au titre des mêmes dispositions.

DÉCIDE :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la société Dalkia tendant au versement d'une provision.

Article 2 : Les conclusions de la société Dalkia présentées sur le fondement de la garantie décennale à l'encontre des sociétés Viriot-Hautbout, Garcia ingénierie, ICD Énergies, EITP et SPIE Facilities sont rejetées.

Article 3 : Les conclusions de la sociétés Dalkia présentées sur le fondement de la responsabilité délictuelle à l'encontre à l'encontre des sociétés Viriot-Hautbout, Garcia ingénierie, ICD Énergies, EITP et SPIE Facilities sont rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Article 4 : La société Dalkia versera la somme de 2 000 euros à chacune des sociétés Viriot- Hautbout, Garcia ingénierie, ICD Énergies, EITP et SPIE Facilities, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à la société Dalkia et aux sociétés Viriot-Hautbout, Garcia ingénierie, ICD Énergies, EITP et SPIE Facilities.

Délibéré après l'audience du 8 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Gonneau, président,

Mme Simeray, première conseillère,

Mme Fabre, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2022.

La rapporteure,

Signé

C. CLe président,

Signé

P-Y. Gonneau

La greffière,

Signé

A. Martinez

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière, ;

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TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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