mercredi 22 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2102181 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 9è ch Magistrat statuant seul |
| Avocat requérant | HEBERT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 mars 2021 et 9 avril 2021,
M. B G, représenté par Me Hébert, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 11 janvier 2021 par laquelle la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône, sur ses recours préalables obligatoires en date du
10 novembre 2020 et du 4 décembre 2020, lui a notifié la radiation de ses droits au revenu de solidarité active à compter du 1er mars 2017, un indu d'un montant de 11 777,45 euros au titre de la période de novembre 2018 à octobre 2020 et un indu d'un montant de 9 545,08 euros au titre de la période de mars 2017 à octobre 2017 ;
2°) d'enjoindre au département des Bouches-du-Rhône de le rétablir dans ses droits au revenu de solidarité active à compter du mois de novembre 2020, dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge du département des Bouches-du-Rhône la somme de
1 500 euros, à verser à son conseil, sous réserve que celui-ci renonce au bénéfice de la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du
10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'auteur de l'acte est incompétent ;
- la décision est entachée d'une erreur de fait, en ce qu'il a la qualité de résident permanent en France ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit et méconnaît les dispositions de l'article R. 262-5 du code de l'action sociale et des familles ;
Le 11 septembre 2023, le département des Bouches-du-Rhône a produit l'entier dossier en application des dispositions de l'article R. 772-8 du code de justice administrative.
Par un mémoire enregistré le 2 novembre 2023, le département des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun moyen n'est fondé.
Par une décision en date du 30 décembre 2020, M. G bénéficie de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente du tribunal a désigné Mme Charbit, première conseillère, pour statuer sur le litige en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Charbit, rapporteure,
- les observations de Me Hébert représentant M. G,
- et les observations de Mme C et de Mme E pour le département des Bouches-du-Rhône.
La clôture de l'instruction a été prononcée, en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après que les parties ont formulé leurs observations orales.
Considérant ce qui suit :
1. Dans le cadre de la vérification des droits aux prestations, un contrôle de la situation de M. G, allocataire du revenu de solidarité active depuis le mois de mars 2017, a été réalisé le 21 septembre 2020 par un agent assermenté. La caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône, estimant que depuis le mois de mars 2017, cet allocataire résidait en Algérie, lui a notifié, d'une part, par un courrier du 5 novembre 2020, la décision de radiation de ses droits au revenu de solidarité active à compter du 1er mars 2017 et, d'autre part, par des courriers des 17 et 26 novembre 2020, concernant le revenu de solidarité active, un indu d'un montant de 11 777,45 euros au titre de la période de novembre 2018 à octobre 2020 et un indu d'un montant de 9 545,08 euros au titre de la période de mars 2017 à octobre 2017. Par une décision du
11 janvier 2021, prise sur recours administratifs préalables obligatoires en date du
10 novembre 2020 et du 4 décembre 2020, la présidente du conseil départemental des
Bouches-du-Rhône a confirmé la radiation des droits de M. G au revenu de solidarité active à compter du 1er mars 2017 et les indus de revenu de solidarité active précités. M. G demande au tribunal d'annuler la décision du 11 janvier 2021 en ce qu'elle prononce sa radiation du dispositif de revenu de solidarité active et doit être regardé comme demandant l'annulation de la même décision en ce qui concerne les indus de revenu de solidarité active précités.
2. En premier lieu, si le requérant dirige ses conclusions contre une décision implicite de rejet qui serait née du silence gardé par la présidente du conseil départemental des
Bouches-du-Rhône, à la suite de son recours administratif préalable du 4 décembre 2020, ce recours a été rejeté par une décision en date du 11 janvier 2021, laquelle s'est substituée à la décision implicite initiale. Les conclusions de la requête doivent ainsi être regardées comme dirigées contre cette décision expresse.
3. En deuxième lieu, la décision attaquée a été signée par M. F, adjoint au chef du service de la gestion de l'allocation et du contentieux, titulaire d'une délégation de signature à cet effet, par arrêté de la présidente du conseil départemental, en date du 12 mai 2020 régulièrement publiée au recueil des actes administratifs du département des Bouches-du-Rhône. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.
4. En troisième lieu, lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige. En cas d'annulation par le juge de la décision ordonnant la récupération de l'indu, il est loisible à l'administration, si elle s'y croit fondée et si, en particulier, aucune règle de prescription n'y fait obstacle, de reprendre régulièrement et dans le respect de l'autorité de la chose jugée, sous le contrôle du juge, une nouvelle décision.
5. D'une part, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des
familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un revenu garanti, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. ". L'article L. 262-3 du code précité dispose que :
" La fraction des revenus professionnels des membres du foyer et le montant forfaitaire mentionné au 2°de l'article L. 262-2 sont fixés par décret. (). L'ensemble des ressources du foyer () est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active () ". Aux termes de l'article R. 262-6 du code de l'action sociale et des familles : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux.() ". Enfin, aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. () ". Il résulte de ces dispositions que, pour déterminer ses droits au revenu de solidarité active, le demandeur doit déclarer l'ensemble des ressources perçues par lui-même et par toutes les personnes composant foyer.
6. D'autre part, aux termes de l'article R. 262-5 du même code : " Pour l'application de l'article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. Les séjours hors de France qui résultent des contrats mentionnés aux articles L. 262-34 ou L. 262-35 ou du projet personnalisé d'accès à l'emploi mentionné à l'article L. 5411-6-1 du code du travail ne sont pas pris en compte dans le calcul de cette durée. / En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l'allocation n'est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire. ".
7. Il résulte de ces dispositions que, pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active, une personne doit remplir la condition de ressources qu'elles mentionnent et résider en France de manière stable et effective. Pour apprécier si cette seconde condition est remplie, il y a lieu de tenir compte de son logement, de ses activités, ainsi que de toutes les circonstances particulières relatives à sa situation, parmi lesquelles le nombre, les motifs et la durée d'éventuels séjours à l'étranger et ses liens personnels et familiaux. La personne qui remplit les conditions pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active a droit, lorsqu'elle accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois, au versement sans interruption de cette allocation. En revanche, lorsque ses séjours à l'étranger excèdent cette durée de trois mois, le revenu de solidarité active ne lui est versé que pour les mois civils complets de présence en France. En toute hypothèse, le bénéficiaire du revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation, outre l'ensemble des ressources dont il dispose, sa situation familiale et tout changement en la matière, toutes informations relatives au lieu de sa résidence, ainsi qu'aux dates et motifs de ses séjours à l'étranger lorsque leur durée cumulée excède trois mois.
8. Pour ordonner, la radiation des droits de M. G au revenu de solidarité active rétroactivement à compter du mois de mars 2017 et la récupération des sommes indument versées à ce titre, la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône s'est fondée sur les conclusions du rapport établi le 21 septembre 2020 à la suite du contrôle effectué le même jour, par un agent assermenté de la caisse d'allocations familiales des
Bouches-du-Rhône. Aux termes de ce rapport le contrôleur a retenu que, sur la période litigieuse, M. G avait effectué toutes ses déclarations trimestrielles depuis l'Algérie, sans pouvoir fournir d'explications, qu'il s'est inscrit au pôle emploi le 7 août 2020, qu'il a ouvert un compte à Ma French Bank le 27 juillet 2020, que son passeport français lui a été délivré le
7 septembre 2020 par la Préfecture des Bouches-du-Rhône, qu'auprès de la caisse primaire d'assurance maladie, il ne bénéficie pas de remboursement de soins, que le Consulat de France à Alger a indiqué à l'administration française, exerçant son droit de communication, sous le numéro d'identification consulaire 01355103, que M. G était inscrit au registre des français établis hors de France pour la période du 8 mars 2016 au 8 mars 2021, en qualité d'étudiant, qu'il a été absent à la journée défense et citoyenneté le 28 septembre 2016 et réside au 73 cité Boudouma - 42400 Kolea Tipaza en Algérie.
9. Pour contester les mentions du rapport d'enquête, qui font foi jusqu'à preuve du contraire, M. G soutient résider en France sur la période litigieuse et effectuer des séjours ponctuels en Algérie d'une durée inférieure à trois mois. Il produit notamment, au soutien de cette allégation, des dates d'entretien et des feuilles individuelles d'émargement dans le cadre du dispositif pôle emploi, aux termes desquelles, il était présent les 19 avril 2017, 2 et
23 mai 2017, 22 juin 2018, 2, 11 et 18 juillet 2018, 28 septembre 2018, 4 octobre 2018,
6 novembre 2018, 20 décembre 2018, 26 mars 2019, 5, 8 et 24 avril 2019, 7 et 20 juin 2019,
10 juillet 2019, 23 octobre 2019, 20 août 2020 et 24 novembre 2020. Toutefois, ces seuls éléments ne permettent que d'établir une présence ponctuelle. Ils ne suffisent pas à remettre en cause les constations du rapport d'enquête selon lesquelles l'intéressé, qui ne produit notamment pas de copie du passeport en cours de validité sur la période litigieuse, ne résidait pas de façon stable et continue en France.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. G n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 11 janvier 2020 par laquelle la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône a confirmé, d'une part la radiation de ses droits au revenu de solidarité active à compter du 1er mars 2017 et, d'autre part un indu d'un montant de
11 777,45 euros au titre de la période de novembre 2018 à octobre 2020 et un indu d'un montant de 9 545,08 euros au titre de la période de mars 2017 à octobre 2017. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées. En conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent également être rejetées.
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge du département des Bouches-du-Rhône ou de la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône qui ne sont pas parties perdantes dans la présente instance, le versement de la somme demandée par M. G au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. G est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B G, au département des Bouches-du-Rhône et au ministre des solidarités et des familles.
Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2023.
La magistrate désignée,
signé
C. CHARBITLa greffière,
signé
M. A DLa présidente,
Signé
D. BonmatiLe greffier,
Signé
F. Bertaina
La République mande et ordonne au ministre des solidarités et des familles en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026