mardi 28 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2102549 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | MATHIEU |
Vu la procédure suivante :
Par une réclamation du 30 septembre 2020 adressée au directeur du contrôle fiscal Sud-Est, transmise au tribunal par application de l'article R. 199-1 du livre des procédures fiscales, et par un mémoire enregistré le 14 avril 2021, la SARL A F E, représentée par Me Mathieu demande, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée, de taxe de participation des employeurs au développement de la formation professionnelle continue et de taxe d'apprentissage ainsi que des pénalités correspondantes qui lui ont été réclamés pour la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2015 ;
2°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2014 et 2015 et des pénalités correspondantes ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 250 euros hors taxes en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les pièces de la procédure ayant été adressées à une simple boîte aux lettres de la SARL SPB, avec qui elle ne possède aucun lien économique et alors qu'elle ne dispose d'aucune infrastructure à cette adresse, elle n'a pas pu les réceptionner et n'a pas été en mesure de contester les rectifications ;
- si des copies des pièces de la procédure ont également été adressées à l'adresse de son siège social en Pologne, dès lors qu'elles ont été envoyées pour information, elles n'ouvraient aucun droit de réponse et n'étaient couvertes par aucune garantie reconnue au contribuable vérifié ;
- cette notification irrégulière méconnaît le premier paragraphe de l'article 6, les articles 8 et 10 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article 5 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, le principe de confiance légitime et constitue une atteinte au devoir de loyauté de l'administration ;
- la vérification de comptabilité n'a pas pu avoir lieu car l'avis de vérification, envoyé à l'adresse de la société SPB où la SARL A F E n'avait pas d'établissement, ne lui est pas parvenu ;
- dans ces circonstances, elle n'a pas pu se faire assister par un conseil de son choix, possibilité qui constitue une garantie ;
- ne disposant d'aucun établissement en France, la société requérante n'a pas pu recevoir le vérificateur à l'adresse qui lui avait été désignée et a été privée de la garantie que constitue la possibilité d'avoir un débat oral et contradictoire ;
- son gérant n'a jamais refusé de recevoir le vérificateur ou tout autre agent dans les locaux de son établissement polonais, où est tenue sa comptabilité ;
- elle n'a pas reçu la proposition de rectification du 22 septembre 2017, celle-ci ayant été envoyée à l'adresse de la société SPB, et n'a donc pas pu y répondre ;
- n'ayant pas reçu cette proposition de rectification, elle n'a pas pu présenter des observations dans le cadre de la procédure contradictoire et a donc été privée de la possibilité de saisir l'inspecteur principal puis l'interlocuteur départemental ainsi que la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires ;
- elle n'a pas été informée de l'exercice par l'administration de son droit de communication et n'a donc pas été mise en mesure d'obtenir la communication des renseignements obtenus auprès de la SARL SPB ;
- l'administration aurait dû mettre en œuvre la procédure d'abus de droit prévue à l'article L. 64 du livre des procédures fiscales et les garanties associées dès lors qu'elle considère la SARL A F E et les contrats de sous-traitance comme fictifs ;
- dès lors qu'elle a débuté son activité le 22 janvier 2015, elle n'est pas concernée par les rectifications d'impôts et de taxe qui lui ont été notifiées et c'est à tort que les pièces de la procédure lui ont été adressées ;
- elle n'entretenait aucun lien économique avec la SARL SPB ;
- elle a commencé son activité en 2015 et n'a jamais mis de la main d'œuvre à disposition de la SARL SPB ;
- dès lors qu'elle n'a exercé aucune activité en France, elle n'avait pas à y déclarer un établissement et n'avait pas à présenter des garanties financières nécessaires au paiement de salariés polonais ;
- la société SBK ne lui a pas apporté de main-d'œuvre à la fin de l'année 2014, date à laquelle elle n'avait aucune activité ;
- si les gérants des sociétés SPB et A F E se connaissent et ont lié des relations d'affaires, celles-ci lui sont étrangères ;
- dès lors qu'elle n'a pas fourni de main d'œuvre à la SARL SPB, elle ne pouvait fournir au service des documents en matière de détachement de main d'œuvre polonaise, des factures et des contrats de sous-traitance ;
- son activité est localisée en Pologne, où elle possède ses centres d'intérêts économiques et financiers, et non pas en France où elle n'a disposé ni d'établissement, ni d'adresse ;
- M. E ne parle pas français, n'est jamais venu en France et n'a jamais vu le siège social de la SARL SPB ;
- la société SPB est totalement indépendante de la SARL A F E et n'intervient pas dans sa gestion ;
- elle respecte parfaitement ses obligations fiscales et sociales au regard de la législation polonaise ;
- l'administration ne démontre pas que l'adresse du siège social de la SARL SPB constituait le centre de décision de la SARL A F E ;
- l'adresse du siège social de la SARL SPB a servi de simple domiciliation à cette dernière, et ne constituait qu'une boîte aux lettres ;
- elle n'a pas exercé en France une activité occulte de travail temporaire ;
- dès lors qu'elle n'a jamais exercé en France d'activité occulte, c'est à tort que l'administration lui a infligé une pénalité sur le fondement de l'article 1727 du code général des impôts.
Par un mémoire en défense enregistré le 23 avril 2021, le directeur du contrôle fiscal Sud-Est conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la SARL A F E ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 11 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 30 janvier 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen ;
- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention fiscale franco-polonaise du 20 juin 1975 tendant à éviter les doubles impositions en matière d'impôts sur le revenu et sur la fortune ;
- le code de commerce ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pouliquen, rapporteure,
- et les conclusions de Mme Caselles, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La société A F E, société de droit polonais, exerce une activité de mise à disposition de main d'œuvre polonaise dans le secteur du bâtiment. Elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2010 au 31 décembre 2015 à la suite de laquelle elle a été destinataire d'une proposition de rectification en date du 22 septembre 2017. L'administration a considéré que la société avait exercé une activité de prestation de services à titre habituel en France, par l'intermédiaire d'un établissement stable, sans être immatriculée au registre du commerce et des sociétés, et sans avoir satisfait à ses obligations déclaratives. Qualifiant cette activité d'occulte, l'administration a notifié à la SARL A F E des rectifications en matière de taxe sur la valeur ajoutée, d'impôt sur les sociétés, de taxe de participation des employeurs au développement de la formation professionnelle continue, et de taxe d'apprentissage. La société requérante demande la décharge de ces impositions supplémentaires auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2014 et 2015, ainsi que des pénalités correspondantes.
Sur le redevable des impositions :
2. Aux termes de l'article L. 210-6 du code de commerce : " Les sociétés commerciales jouissent de la personnalité morale à dater de leur immatriculation au registre du commerce et des sociétés. La transformation régulière d'une société n'entraîne pas la création d'une personne morale nouvelle. () Les personnes qui ont agi au nom d'une société en formation avant qu'elle ait acquis la jouissance de la personnalité morale sont tenues solidairement et indéfiniment responsables des actes ainsi accomplis, à moins que la société, après avoir été régulièrement constituée et immatriculée, ne reprenne les engagements souscrits. Ces engagements sont alors réputés avoir été souscrits dès l'origine par la société ".
3. La société requérante conteste être le redevable de l'imposition et produit, à l'appui de ses allégations, la traduction en français d'un extrait du registre judiciaire polonais KRS indiquant que la SARL A F E a été immatriculée le 22 janvier 2015, soit après le début de la période contrôlée. Toutefois, d'une part, il résulte de la réponse des autorités fiscales polonaises du 4 janvier 2017, apportée dans le cadre de la demande d'assistance administrative internationale formulée par le service français le 29 avril 2016, que la société A F E, dont la forme n'est pas précisée par l'administration polonaise, est enregistrée depuis le 31 décembre 2008 en tant qu'employeur. De plus, la société A F E exerçait déjà une activité avant la date du 22 janvier 2015, l'administration polonaises ayant produit des liasses fiscales pour les années 2010 à 2015.
4. D'autre part, si la requérante soutient qu'avant le 22 janvier 2015, M. A. F E exerçait son activité sous la forme d'une entreprise individuelle, elle ne l'établit pas, ne produisant aucun document à l'appui de ses allégations. Elle ne précise pas non plus la forme qu'avait alors la société et ne soutient pas qu'en conséquence, il aurait fallu lui appliquer un autre régime fiscal. Enfin, à supposer même que la société individuelle de M. A F E soit devenue la SARL A F E, il résulte des dispositions précitées de l'article L. 210-6 du code de commerce que cette transformation n'a pas eu pour effet la création d'une personne morale nouvelle. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir qu'elle n'est pas le redevable des impositions en litige et que c'est à tort que les pièces de la procédure de rectification lui ont été adressées.
Sur la régularité de la procédure :
5. Il résulte de l'instruction que l'administration a adressé un avis de vérification à l'adresse Corniche de la Pinède, Ile du Levant 83400 Hyères, adresse de la SARL SPB, considérée par le service comme le donneur d'ordre de la société requérante. Cet avis étant revenu au service avec la mention " pli avisé et non réclamé ", la copie de cet avis de vérification a été envoyée le même jour en Pologne au siège de la SARL A F E et réceptionnée le 23 février 2016. En l'absence de réponse de la société, une demande d'assistance administrative a été adressée aux autorités fiscales polonaises le 29 avril 2016, ce dont la SARL A F E a été informée par l'envoi d'un courrier à la nouvelle adresse de la société SPB et à son siège en Pologne, reçu à cette dernière adresse le 13 juin 2016. Le service vérificateur précisait dans ce courrier, qu'en l'absence de réponse à l'avis de vérification, il était demandé au gérant de bien vouloir le contacter afin de convenir d'un rendez-vous dans le cadre des opérations de contrôle fiscal. Par un courriel du même jour, accompagné d'une lettre, M. E indiquait que la société n'avait aucun siège social en France, que la SARL SPB était simplement un client en France, et qu'ainsi, aucune vérification fiscale en France ne pouvait être opérée. Le lendemain, un courriel était envoyé par l'administration à une employée de la société requérante et à M. E, dans lequel il était rappelé les motifs du contrôle. Par courriel du 28 juin 2016, la salariée a indiqué être en possession des documents A-1 sollicités par le service, et en mesure de les adresser à l'administration. En l'absence de production de ces éléments, le service a renouvelé sa demande de documents par deux courriels, mais n'a obtenu aucune réponse.
6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 47 du livre des procédures fiscales, dans sa version applicable au litige : " () une vérification de comptabilité ne peut être engagée sans que le contribuable en ait été informé par l'envoi ou la remise d'un avis de vérification. / Cet avis doit préciser les années soumises à vérification et mentionner expressément, sous peine de nullité de la procédure, que le contribuable a la faculté de se faire assister par un conseil de son choix ". Il résulte de ces dispositions que l'avis de vérification de comptabilité doit être adressé au contribuable lui-même. Dans le cas d'une société étrangère, cet avis doit être adressé, en principe, au lieu de son siège à l'étranger.
7. Il résulte de ce qui a été dit au point 5 que la société requérante a bien reçu un avis de vérification de comptabilité. La circonstance que l'original de cet avis n'ait pas été adressé à son siège mais qu'elle ait seulement reçu une copie de celui-ci, dont il ne résulte pas de l'instruction qu'elle serait différente de l'avis original, est sans incidence sur la régularité de la procédure. De plus, ainsi qu'il l'a été dit au point 5, le gérant de la société requérante a adressé un mail à l'administration le 13 juin 2016, en réponse à une lettre reçue le même jour faisant référence à la procédure de vérification en cours. Il a donc bien eu connaissance de celle-ci. Par suite, la SARL A F E n'est pas fondée à soutenir qu'elle n'a pas reçu d'avis de vérification de comptabilité et qu'en conséquence, elle a été privée de la faculté de se faire assister par un conseil de son choix.
8. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 5 que la société requérante n'a pas répondu à l'administration malgré les nombreuses tentatives de prise de contact de cette dernière, à l'exception du mail du 13 juin 2016 dans lequel M. E affirmait qu'aucune vérification fiscale en France ne pouvait être opérée. Il ne résulte pas non plus de l'instruction que la société requérante ait cherché à se faire représenter en France. Par suite, et même si elle n'a jamais refusé de recevoir l'administration dans les locaux de son établissement polonais, elle ne peut sérieusement soutenir qu'elle a été privée d'un débat oral et contradictoire.
9. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales, applicable à la procédure contradictoire : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation ". Aux termes de l'article L. 76 du même livre, applicable à la procédure de taxation d'office : " Les bases ou éléments servant au calcul des impositions d'office et leurs modalités de détermination sont portées à la connaissance du contribuable trente jours au moins avant la mise en recouvrement des impositions ".
10. Il résulte de l'instruction qu'une copie de la proposition de rectification du 22 septembre 2017 a été envoyée à l'adresse de la société SPB, au 495 rue Marcelin Berthelot, à Aix-en-Provence, nouvelle adresse de la SARL SPB auparavant domiciliée à Hyères. Une copie de la proposition de rectification a ensuite été envoyée à l'adresse du siège polonais de la SARL A F E, réceptionnée le 16 octobre 2017. La circonstance que la société requérante ait reçu à son siège une copie de la proposition de rectification, dont il ne résulte pas de l'instruction qu'elle serait différente de l'originale, et non pas cette dernière, est sans incidence sur la régularité de la procédure. Par suite, et en tout état de cause, la SARL A F E n'est pas fondée à soutenir qu'elle n'a pas reçu la proposition de rectification du 22 septembre 2017 et qu'en conséquence, elle a été privée de la possibilité de présenter des observations, de saisir le supérieur hiérarchique du vérificateur, l'interlocuteur départemental et la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires.
11. En quatrième lieu, ainsi qu'il l'a été dit aux points précédents, la notification des pièces de la procédure n'étant pas irrégulière, la société requérante ne peut utilement soutenir que l'administration fiscale ayant adressé les documents de la procédure à une adresse irrégulière, a méconnu le premier paragraphe de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales relatif aux droits de la défense. La société requérante, qui admet que les copies des pièces de la procédure lui ont été notifiées à l'adresse de son siège en Pologne, ne peut non plus utilement soutenir que l'administration a méconnu le principe de confiance légitime et son devoir de loyauté.
12. En cinquième lieu, la société A F E ne peut utilement soutenir que l'administration a méconnu les articles 8 et 10 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales qui ont trait respectivement au droit au respect de la vie privée et à la liberté d'expression, qui ne sont pas susceptibles d'avoir été méconnu dans le cadre de la procédure de taxation d'office mise en œuvre par l'administration.
13. En sixième lieu, aux termes de l'article 5 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen : " La Loi n'a le droit de défendre que les actions nuisibles à la Société. Tout ce qui n'est pas défendu par la Loi ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu'elle n'ordonne pas ". La société requérante, qui n'invoque aucune disposition législative ou règlementaire spécifique, ne peut utilement soutenir que l'administration a méconnu ces dispositions en lui adressant les documents de la procédure à une adresse erronée.
14. En septième lieu, aux termes de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales : " L'administration est tenue d'informer le contribuable de la teneur et de l'origine des renseignements et documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition faisant l'objet de la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou de la notification prévue à l'article L. 76. Elle communique, avant la mise en recouvrement, une copie des documents susmentionnés au contribuable qui en fait la demande ".
15. Il résulte des termes de la proposition de rectification du 22 septembre 2017, régulièrement notifiée à la société ainsi qu'il a été dit au point 10, que cette dernière a été informée de la teneur et de l'origine des renseignements et documents obtenus auprès de la société SPB, du gérant de celle-ci, M. C D, de l'administration fiscale polonaise et de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 76 B manque en fait et doit être écarté.
16. En huitième lieu, aux termes de l'article L. 64 du livre des procédures fiscales : " Afin d'en restituer le véritable caractère, l'administration est en droit d'écarter, comme ne lui étant pas opposables, les actes constitutifs d'un abus de droit, soit que ces actes ont un caractère fictif, soit que, recherchant le bénéfice d'une application littérale des textes ou de décisions à l'encontre des objectifs poursuivis par leurs auteurs, ils n'ont pu être inspirés par aucun autre motif que celui d'éluder ou d'atténuer les charges fiscales que l'intéressé, si ces actes n'avaient pas été passés ou réalisés, aurait normalement supportées eu égard à sa situation ou à ses activités réelles ".
17. Contrairement à ce qu'affirme la société requérante, il ne résulte pas de l'instruction que l'administration aurait regardé la société requérante ou les contrats de sous-traitance passés avec la société SPB comme fictifs. Par suite, la SARL A F E n'est pas fondée à soutenir que l'administration s'est implicitement placée sur le terrain de l'abus de droit tel que prévu par l'article L. 64 du livre des procédures fiscales, et aurait dû en conséquence lui faire bénéficier des garanties associées à cette procédure.
Sur le bien-fondé des impositions :
En ce qui concerne la charge de la preuve :
18. Aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ". En vertu de ces dispositions, il incombe à la société requérante, à l'appui de sa contestation des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée, d'établir qu'elle n'a pas exercé d'activité occulte en France au cours des années d'imposition en litige.
En ce qui concerne l'impôt sur les sociétés :
19. Aux termes de l'article 209 du code général des impôts : " les bénéfices passibles de l'impôt sur les sociétés sont déterminés () en tenant compte uniquement des bénéfices réalisés dans les entreprises exploitées en France, () ainsi que de ceux dont l'imposition est attribuée à la France par une convention internationale relative aux doubles impositions. ". Il résulte de ces dispositions que ne sont passibles de l'impôt sur les sociétés que les seuls bénéfices réalisés dans des entreprises exploitées en France ou dont l'imposition est attribuée à la France par une convention internationale relative aux doubles impositions.
20. Aux termes du 3 de l'article 4 de la convention fiscale franco-polonaise de 1975 : " Lorsque, selon la disposition du paragraphe 1, une personne autre qu'une personne physique est considérée comme résident de chacun des Etats contractants, elle est réputée résident de l'Etat contractant où se trouve son siège de direction effective ". Aux termes du 1 de l'article 7 de cette même convention " les bénéfices d'une entreprise d'un Etat contractant ne sont imposables que dans cet Etat, à moins que l'entreprise n'exerce son activité dans l'autre Etat contractant par l'intermédiaire d'un établissement stable qui y est situé ". Aux termes du 1 de l'article 5 de cette même convention : " Au sens de la présente Convention, l'expression " établissement stable " désigne une installation fixe d'affaires où l'entreprise exerce tout ou partie de son activité ".
21. Il résulte de l'instruction que l'administration a considéré que la SARL A F E avait eu un établissement stable en France où elle avait exercé une activité occulte de mise à disposition de main-d'œuvre polonaise, principalement au bénéfice de la société SPB. Le service s'est fondé sur le fait que la SARL A F E avait fourni à la SARL SPB des prestations de services internationales sur des chantiers obtenus en France par la société SPB pour un montant de 378 000 euros entre fin décembre 2014 et juin 2015, ainsi que le révèle la comptabilité de la société SPB. Son gérant M. D, a confirmé oralement avoir fait appel à la SARL A F E pour couvrir ses besoins en main d'œuvre. Il résulte de la proposition de rectification que la brigade de contrôle et de recherche du Var a pu constater la présence, dans les locaux professionnels de la société SPB, de M. B D, chef de chantier de la société A F E, payé et employé par cette même société, et frère de M. C D, gérant de la société SPB. De plus, les virements encaissés sur le compte bancaire polonais de la SARL A F E ont permis de déterminer que la SARL SPB avait versé au profit de la société requérante la somme de 241 000 euros au titre de 2014, conformément aux factures transmises par les autorités polonaises, et la somme de 215 000 euros au titre de l'année 2015. L'administration fiscale après avoir rapporté ces chiffres au montant total du chiffre d'affaires de l'entreprise polonaise, a constaté que la moitié de son chiffre d'affaires avait pour origine la vente des prestations de service à la société SPB. M. D a confirmé dans ses procès-verbaux d'audition que la SARL A F E était intervenue en tant que sous-traitant pour réaliser des travaux de construction, rénovation, ou démolition. Le service en a conclu que la SARL A F E détachait de manière habituelle et répétée, en France, sur une longue période, des travailleurs polonais. Enfin, la proposition de rectification relève que le personnel de la société requérante était pris en charge et logé au sein des locaux de la société SPB. La SARL A F E disposait donc, au travers de la société SPB, de locaux techniques d'entrepôts et de bureaux, constituant une installation fixe d'affaires.
22. Pour contester les impositions en litige, la société A F E se borne à soutenir qu'elle n'a jamais entretenu de relations économiques avec la société SPB, qu'elle n'a exercé aucune activité en France, que la société SBK ne lui a pas apporté de main-d'œuvre, que son activité est localisée en Pologne, pays dont elle respecte les obligations fiscales et sociales, que M. E ne parle pas français, n'est jamais venu en France et n'a jamais vu le siège social de la SARL SPB. Ce faisant, par ces simples allégations non étayées par des pièces, la société requérante ne contredit pas sérieusement les éléments sur lesquels l'administration fiscale a fondé les rectifications en litige. De plus, il résulte de ce qui a été dit précédemment, que si la SARL A F E n'a été immatriculée au registre KRS que le 22 janvier 2015, elle n'établit pas pour autant qu'elle n'existait pas avant cette date, alors que l'administration fiscale polonaise a fait état d'une activité économique de la société A F E antérieure à cette date. Par suite, cette dernière n'est pas fondée à soutenir que, dès lors qu'elle n'a pas exercé en France une activité occulte de mise à disposition de main d'œuvre, c'est à tort que l'administration lui a notifié des rectifications en matière d'impôt sur les sociétés, au titre des années 2014 et 2015.
En ce qui concerne la taxe sur la valeur ajoutée :
23. Aux termes du I de l'article 256 du code général des impôts : " Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel. () ". Aux termes de l'article 259 du même code : " le lieu des prestations de services est situé en France :1° Lorsque le preneur est un assujetti agissant en tant que tel et qu'il a en France : / a) Le siège de son activité économique ".
24. En l'espèce, la société SPB est un assujetti à la taxe sur la valeur ajoutée, qui agit en tant que tel en France, où se situe son siège. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à contester les rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2015.
Sur les pénalités :
25. Aux termes du 1 de l'article 1728 du code général des impôts : " Le défaut de production dans les délais prescrits d'une déclaration ou d'un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt entraîne l'application, sur le montant des droits mis à la charge du contribuable ou résultant de la déclaration ou de l'acte déposé tardivement, d'une majoration de : () / c. 80 % en cas de découverte d'une activité occulte ou, s'agissant de la taxe d'aménagement prévue à l'article 1635 quater A, en cas de construction ou d'aménagement sans autorisation ".
26. Il résulte de ce qui a été dit aux points 21 et 22 que la société requérante, défaillante quant à ses obligations déclaratives en France, a bien exercé une activité occulte au cours des années 2014 et 2015. Par suite, elle n'est pas fondée à contester la pénalité qui lui a été infligée sur le fondement de l'article 1728 du code général des impôts.
27. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la SARL A F E doit être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SARL A F E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL A F E et au directeur du contrôle fiscal Sud-Est.
Délibéré après l'audience du 14 mars 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Rousselle, présidente,
M. Claudé-Mougel, premier conseiller,
Mme Pouliquen, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2023.
La rapporteure,
signé
G. Pouliquen
La présidente,
signé
P. RousselleLa greffière,
signé
A. Vidal
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026