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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2102775

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2102775

mardi 6 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2102775
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6e Ch Magistrat statuant seul
Avocat requérantMORA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 mars 2021 et 16 novembre 2022, M. A C, représenté par Me Mora, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 décembre 2020 par laquelle la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône a rejeté son recours préalable obligatoire, ainsi que le titre exécutoire émis en août 2008 d'un montant de 4 055,05 euros et de le décharger de cette somme restant à payer au titre de l'indu de revenu de solidarité active ;

2°) d'enjoindre à la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône de constater la prescription de la créance mise à sa charge et mettre fin aux poursuites, à défaut, de réexaminer le cas échéant sa situation et de prendre une nouvelle décision ;

3°) de mettre à la charge du département des Bouches-du-Rhône, au bénéfice de son conseil, une somme de 1 500 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- sa réclamation du 1er décembre 2020 doit être regardée comme contestant le bien-fondé de la créance d'un montant de 4 055,05 euros et la légalité du titre exécutoire ;

- à défaut de notification régulière du titre exécutoire émis par le Département en 2008, aucune prescription ni forclusion ne peut lui être opposée ;

- la créance est prescrite en application de l'article L. 262-40 du code de l'action sociale et des familles ;

- la décision en litige du 8 décembre 2020 est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle rejette sa réclamation au motif unique de sa tardiveté ;

- à titre subsidiaire, si cette décision est qualifiée de remise de dette, aucun délai ne lui est applicable ;

- la créance du Département n'est pas fondée dès lors que ses déclarations trimestrielles de ressources ne comportaient pas d'omissions frauduleuses ni de fausses informations ;

- la décision en litige est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation ;

- il n'est pas justifié de la signature du titre exécutoire ;

- ce titre est insuffisamment motivé ;

- la décision du 8 décembre 2020 est entachée d'incompétence ;

- il ajoute que le mémoire en défense est irrecevable.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 novembre 2022, le département des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable ;

- les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 3 février 2021, M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné Mme Markarian, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D, qui a informé les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de l'incompétence de la juridiction administrative pour connaître des conclusions de la requête dirigées contre l'avis de saisie administrative à tiers détenteur émis le 30 octobre 2020 par le centre des finances publiques des Bouches-du-Rhône en vue du recouvrement de la somme de 4 055,05 euros ;

- les observations de Me Mora pour M. C,

- les observations de Mme B pour le département des Bouches-du-Rhône.

A l'issue de l'audience, et en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative la clôture de l'instruction a été reportée au 30 novembre 2022 et prononcée à cette date à 17 heures.

Par un mémoire, enregistré le 29 novembre 2022, qui a été communiqué au département des Bouches-du-Rhône, M. C, maintient ses conclusions initiales et soutient que ses conclusions ne sont pas formulées contre l'avis de saisie à tiers détenteur, qui est devenu caduc.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C est bénéficiaire du revenu minimum d'insertion depuis 1989, puis du revenu de solidarité active depuis juin 2009 et se déclare sans activité. A la suite d'un contrôle effectué en avril 2008, le service de la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône a relevé que M. C avait omis de déclarer, à l'appui de ses déclarations trimestrielles de ressources, l'allocation supplémentaire d'invalidité qu'il perçoit et a, en conséquence, régularisé sa situation en lui réclamant, le 14 avril 2008, un indu d'un montant de 6 559,79 euros pour la période allant d'avril 2006 à mars 2008 et a mis fin à ses droits au bénéfice du revenu de solidarité active compte tenu du montant de ses ressources supérieur au plafond d'attribution de l'allocation. Le 30 octobre 2020, le centre des finances publiques a émis à l'encontre de la Carsat du Sud-est un avis de saisie administrative à tiers détenteur en vue de procéder au recouvrement de la somme de 4 055,05 euros correspondant au montant de l'indu restant à la charge de M. C. Par courrier reçu le 3 décembre 2020, M. C a contesté cet avis. Par une décision du 8 décembre 2020, la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande de remise de sa dette et lui a indiqué que cette saisie administrative à tiers détenteur faisait suite à un titre exécutoire émis en août 2008. A l'appui de sa requête, M. C conteste cette décision du 8 décembre 2020, ainsi que le titre exécutoire émis en août 2008.

Sur la recevabilité du mémoire en défense :

2. La production par le Département le 10 novembre 2022 du dossier prévu par l'article R. 772-8 du code de justice ainsi que son mémoire en défense le 16 novembre 2022, soit la veille de l'audience, ne rendent pas pour autant le mémoire en défense irrecevable dès lors que la procédure n'est close, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, qu'après l'audience et qu'elle a, en l'espèce, été différée jusqu'au 30 novembre 2022.

Sur les conclusions dirigées contre le titre exécutoire :

En ce qui concerne la recevabilité :

3. Aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, dans sa rédaction applicable au litige : " () 1° En l'absence de contestation, le titre de recettes individuel ou collectif émis par la collectivité territoriale ou l'établissement public local permet l'exécution forcée d'office contre le débiteur. / Toutefois, l'introduction devant une juridiction de l'instance ayant pour objet de contester le bien-fondé d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local suspend la force exécutoire du titre. / L'introduction de l'instance ayant pour objet de contester la régularité formelle d'un acte de poursuite suspend l'effet de cet acte. / 2° L'action dont dispose le débiteur d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local pour contester directement devant la juridiction compétente le bien-fondé de ladite créance se prescrit dans le délai de deux mois suivant la réception du titre exécutoire ou, à défaut, du premier acte procédant de ce titre ou de la notification d'un acte de poursuite. / 2° La contestation qui porte sur la régularité d'un acte de poursuite est présentée selon les modalités prévues à l'article L. 281 du livre des procédures fiscales. () ".

4. Il résulte de ces dispositions qu'un acte de poursuite diligenté pour la récupération par le département d'un indu de revenu de solidarité active peut être contesté, d'une part, devant le juge compétent pour connaître du contentieux du bien-fondé de la créance, pour les contestations portant sur l'obligation de payer, le montant de la dette compte tenu des paiements déjà effectués et l'exigibilité de la somme réclamée et, d'autre part, devant le juge de l'exécution, pour les contestations de la régularité formelle de cet acte. En outre, en vertu du 2° de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, le bien-fondé de la créance peut être contesté dans le délai de deux mois suivant la réception du titre exécutoire ou, à défaut, du premier acte procédant de ce titre ou de la notification d'un acte de poursuite.

5. Aux termes de l'article R. 421-5 du code de justice administrative : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ". La méconnaissance de l'obligation ou l'absence de preuve qu'une telle information a été fournie, est de nature à faire obstacle à ce que le délai de forclusion, prévu par le 2° de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, soit opposable au débiteur.

6. Toutefois, le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. Dans une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours ou l'absence de preuve qu'une telle information a été fournie ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par les textes applicables, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. Sauf circonstances particulières dont se prévaudrait son destinataire, ce délai ne saurait excéder un an à compter de la date à laquelle le titre exécutoire ou, à défaut, le premier acte procédant de ce titre ou un acte de poursuite a été notifié au débiteur ou porté à sa connaissance.

7. En l'espèce, M. C soutient n'avoir jamais reçu le titre exécutoire émis en août 2008 avant que l'avis de saisie administrative à tiers détenteur soit adressé le 30 octobre 2020 à la Carsat du Sud-est. Le Département ne justifie en défense, ni de la notification régulière du titre émis en août 2008, qu'il lui appartient d'établir, sans pouvoir invoquer utilement son archivage dès lors qu'une procédure de recouvrement de la créance en cause est au demeurant en cours, ni ne justifie, qu'à défaut d'une notification régulière de l'acte en litige, M. C en aurait eu connaissance, se bornant à faire valoir que le requérant a été destinataire d'une relance en 2009, puis a fait l'objet à compter de 2010 de diverses mesures de recouvrement et vise " un bordereau de situation de la totalité des produits locaux dus à la trésorerie ", sans justifier de leur notification. En une telle hypothèse, le délai de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable ne peut être opposé au requérant. Il en résulte que la fin de non-recevoir opposée à ce titre par le département des Bouches-du-Rhône doit être rejetée.

En ce qui concerne le bien-fondé :

8. Aux termes également du 4° de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, dans sa rédaction alors applicable : " () Une ampliation du titre de recettes individuel ou de l'extrait du titre de recettes collectif est adressé aux redevables sous pli simple () / En application de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration, le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif mentionne les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis ainsi que les voies et délais de recours. / Seul le bordereau de titres de recettes est signé pour être produit en cas de contestation ".

9. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, qui a codifié le second alinéa de l'article 4 de la loi du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations : " () / Toute décision prise par l'une des autorités mentionnées à l'article 1er comporte, outre la signature de son auteur, la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ".

10. Selon l'avis du Conseil d'Etat n° 421481 du 26 septembre 2018, il résulte des dispositions de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, éclairées par les travaux préparatoires de la loi du 12 mai 2009 de simplification et de clarification du droit et d'allègement des procédures d'où les deux derniers alinéas sont issus, d'une part, que le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif doivent mentionner les nom, prénoms et qualité de l'auteur de cette décision, au sens des dispositions citées au point 9, de même, par voie de conséquence, que l'ampliation adressée au redevable, et d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier, en cas de contestation, que le bordereau de titre de recettes comporte la signature de cet auteur. Lorsque le bordereau est signé non par l'ordonnateur lui-même mais par une personne ayant reçu de lui une délégation de compétence ou de signature, ce sont, dès lors, les nom, prénoms et qualité de cette personne qui doivent être mentionnés sur le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif, de même que sur l'ampliation adressée au redevable.

11. En l'espèce, M. C soutient qu'il n'est pas établi que le bordereau accompagnant le titre de recette de 2008 a été signé. En réponse à ce moyen, le Département se borne à faire valoir qu'en raison de l'ancienneté du dossier, les documents relatifs à l'indu en cause ont été archivés par la direction des finances publiques. Ainsi qu'il a été dit au point précédent, il appartient à l'autorité administrative de justifier, en cas de contestation, que le bordereau de titre de recettes comporte la signature de cet auteur. En cette absence, le requérant est fondé à soutenir que le titre de recette ne satisfait pas aux conditions posées par les dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration et celles de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales.

12. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens dirigés contre le titre de recette d'août 2008, que M. C est fondé à en demander l'annulation.

Sur les conclusions dirigées contre la décision du 8 décembre 2020 :

13. Aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances, amendes, condamnations pécuniaires et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites. / () / Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : / 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; / 2° A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. / Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés dans le cas prévu au 1° devant le juge de l'exécution. Dans les cas prévus au 2°, ils sont portés : / () c) Pour les créances non fiscales des collectivités territoriales, des établissements publics locaux et des établissements publics de santé, devant le juge de l'exécution ".

14. Il résulte des dispositions combinées de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales et de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales que l'ensemble du contentieux du recouvrement des créances non fiscales des collectivités territoriales est de la compétence du juge de l'exécution, tandis que le contentieux du bien-fondé de ces créances est de celle du juge compétent pour en connaître sur le fond.

15. M. C a présenté une réclamation au conseil départemental des Bouches-du-Rhône à la suite de l'émission, le 30 octobre 2020, de l'avis de saisie administrative à tiers détenteur en vue d'obtenir son annulation. S'il soutient notamment que la prescription de la créance était acquise à cette date, compte tenu des dispositions de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, les conclusions dirigées contre cette décision du 8 décembre 2020 se rapportent à un litige qui ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative et doivent, par suite être rejetées.

Sur les frais du litige :

16. M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Mora, avocate de M. C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge du département des Bouches-du-Rhône le versement à Me Mora de la somme de 1 500 euros.

D E C I D E :

Article 1er: Le titre exécutoire émis en août 2008 pour recouvrer un indu de revenu de solidarité active d'un montant initial de 6 559,79 euros est annulé.

Article 2 : Les conclusions dirigées contre la décision du 8 décembre 2020 relatives à l'avis de saisie administrative à tiers détenteur émis le 30 octobre 2020 sont rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

Article 3 : Le département des Bouches-du-Rhône versera à Me Mora une somme de 1 500 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Mora renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au département des Bouches-du-Rhône et à Me Mora.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2022.

La magistrate désignée,

Signé

G. D

La greffière,

Signé

C. Croce

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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