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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2102799

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2102799

vendredi 23 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2102799
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSELARL MAZINGUE AVOCAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 mars 2021, la SARL Nikki Sushi Pont de l'Arc, représentée par la SELARL Mazingue avocats, agissant par Me Mazingue, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés mises à sa charge au titre des exercices clos en 2012, 2013 et 2014 pour un montant total de 50 837 euros, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée d'un montant total de 17 960 euros qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er janvier 2012 au 31 mars 2015, ainsi que les amendes mises à sa charge sur le fondement de l'article 1759 du code général des impôts pour un montant total de 77 500 euros au titre des années 2013 et 2014 ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le rejet par le service vérificateur de sa comptabilité est injustifié dès lors qu'il est fondé sur un rapport d'expertise concluant à la présence d'un logiciel commercial de type " zappeur " permettant d'effacer des lignes au sein des tickets de caisse après validation du règlement qui n'est pas mentionné dans la proposition de rectification afférente à l'exercice clos en 2012 et qui, en tout état de cause, ne se réfère pas à la version du logiciel utilisée, que les ruptures de séquentialité résultant de l'utilisation de ce logiciel ne sont pas intentionnelles et concernent une partie résiduelle des recettes, que le constat par le service vérificateur de la remise à l'expert-comptable d'une édition mensuelle des recettes afin de faciliter la saisie informatique n'est pas constitutive d'une globalisation des enregistrements comptables, alors que l'administration ne lui a jamais demandé l'enregistrement et l'édition de tickets de recettes journalières ;

- la méthode de reconstitution de son chiffre d'affaires retenue et pratiquée par le service vérificateur est radicalement viciée et excessivement sommaire ;

- l'application d'amendes pour non divulgation de l'identité des distributions occultes est insuffisamment motivée en droit et en fait, et non fondée ;

- l'application de la majoration pour manquement délibéré et manœuvres frauduleuses est injustifiée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 octobre 2021, la directrice du contrôle fiscal Sud-Est conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par la SARL Nikki Sushi Pont de l'Arc ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de commerce ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Charpy,

- les conclusions de M. Secchi, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société à responsabilité limitée (SARL) Nikki Sushi Pont de l'Arc, qui exerce une activité de restauration traditionnelle, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur l'ensemble de ses déclarations et opérations susceptibles d'être examinées et déposées au titre de la période allant du 1er janvier 2012 au 31 décembre 2014, prorogée jusqu'au 31 mars 2015 pour la taxe sur la valeur ajoutée. À l'issue de cette procédure, la société s'est vu notifier, selon la procédure de rectification contradictoire visée par les dispositions de l'article L. 55 du livre des procédures fiscales, des rehaussements en matière d'impôt sur les sociétés et de taxe sur la valeur ajoutée dans trois propositions de rectification datées respectivement du 10 décembre 2015 pour ce qui concerne l'exercice clos en 2012, du 20 avril 2016 pour ce qui concerne l'exercice clos en 2013 et du 20 avril 2016 pour ce qui concerne l'exercice clos en 2014 et la période du 1er janvier 2015 au 3 mars 2015. Faute d'avoir désigné les bénéficiaires des distributions, le service vérificateur a en outre fait application de l'amende prévue par les dispositions des articles 117 et 1759 du code général des impôts. Les impositions ayant été mises en recouvrement les 28 septembre 2018 et 16 octobre 2018, et ses réclamations contentieuses formées les 17 décembre 2018, 30 juillet 2019 et 23 juillet 2020 ayant été rejetées par des décisions de l'administration fiscale en date respectivement des 11 juin 2019, 24 février 2020 et 22 janvier 2021, la SARL Nikki Sushi Pont de l'Arc demande au tribunal de prononcer la décharge en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés mises à sa charge au titre des années 2012, 2013 et 2014 pour un montant total de 50 837 euros, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée d'un montant total de 17 960 euros qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er janvier 2012 au 31 mars 2015, ainsi que les amendes mises à sa charge sur le fondement de l'article 1759 du code général des impôts pour un montant total de 77 500 euros au titre des années 2013 et 2014.

Sur les conclusions aux fins de décharge :

En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :

S'agissant du rejet de comptabilité :

2. Il résulte de l'instruction que la SARL Nikki Sushi Pont de l'Arc, après avoir fait l'objet d'un contrôle inopiné mettant en œuvre les dispositions de l'article L. 47 A III du livre des procédures fiscales, a vu sa comptabilité soumise à un contrôle informatisé en application des dispositions de l'article L. 47 A II du même livre, avant d'être rejetée car considérée comme irrégulière et non probante par le service vérificateur.

3. Aux termes de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales : " () La charge de la preuve des graves irrégularités invoquées par l'administration incombe, en tout état de cause, à cette dernière lorsque le litige ou la rectification est soumis au juge. () ".

4. En premier lieu, d'une part, il résulte de l'instruction que la proposition de rectification relative à l'année 2012 a été adressée à la SARL Nikki Sushi Pont de l'Arc le 10 décembre 2015, alors que le droit de communication exercé auprès de l'autorité judiciaire a été effectué le 4 mars 2016 et l'autorisation de consultation et de prise de copies émanant du vice-procureur date du 7 mars 2016. Par suite, au moment de la rédaction de la proposition de rectification du 10 décembre 2015, le service vérificateur ne connaissait pas la teneur de ce document, si bien qu'il n'a pu, ni en faire mention, ni en tout état de cause se fonder sur celui-ci. De surcroît, le service a motivé le caractère non sincère de la comptabilité de la requérante par les textes en vigueur en la matière et qui régissent la tenue d'une comptabilité, ainsi que par la référence à la jurisprudence applicable. Il a également énuméré les éléments constatés permettant de mettre en doute la probité et la sincérité de la comptabilité, à savoir la globalisation des recettes en comptabilité, les ruptures de clés et anomalies de tickets temporaires. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation de la proposition de rectification en date du 10 décembre 2015 concernant l'année 2012 doit être écarté.

5. D'autre part, concernant les années 2013 et 2014, il résulte de l'instruction que le rapport d'expertise sur lequel le service vérificateur s'est fondé, analyse l'ensemble des anomalies relevées lors de la vérification de comptabilité et conclut que les logiciels retrouvés constituent bien des " zappeurs " destinés à éluder des lignes de recettes au sein des tickets de caisse. Dans ces conditions, la circonstance que ce rapport ait cité une édition du logiciel différente de celle effectivement utilisée par la requérante est sans incidence. Il en va de même des circonstances alléguées par la SARL Nikki Sushi Pont de l'Arc qu'elle a acquis ce logiciel auprès d'un distributeur (ECR Diffusion) et non auprès de l'éditeur (Orchestra), et que le rapport a été rédigé à l'initiative d'une procédure judiciaire ne la concernant pas directement.

6. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que les traitements informatiques réalisés par le service vérificateur ont montré de nombreuses ruptures de séquentialité dans les clés des tickets et que le rapprochement entre les tickets sortants, à la suite du traitement informatique, en anomalie et les règlements associés, a permis de mettre en évidence que 99,17 % en 2012, 91,44 % en 2013 et 2014 et 97,85 % en 2015 de ces anomalies concernent des opérations réglées en espèces ou en partie en espèces. Dans ces conditions, la société requérante ne saurait sérieusement soutenir qu'il peut être inféré de ce que le rapport orchestra software d'informations générales et techniques sur le fonctionnement dudit logiciel indique que " l'utilisation normale du logiciel peut générer des ruptures en cas de suppression d'un article en cours de service ", que ces ruptures ne sont pas intentionnelles. En outre, l'administration fait utilement valoir en défense qu'au-delà des ruptures séquentielles dans les tickets de caisse, le service vérificateur a pu constater que certains tickets temporaires conservés dans le système de caisse ne correspondaient pas aux tickets définitifs, ces derniers ne reprenant pas l'ensemble des produits présents dans les tickets temporaires. Enfin, au vu du nombre important d'anomalies constatées par le service vérificateur, à savoir 11 457 anomalies réparties sur 5 212 tickets en 2012, 12 504 anomalies réparties sur 4 777 tickets en 2013, 7 201 anomalies réparties sur 3 199 tickets en 2014 et 1 158 anomalies réparties sur 559 tickets pour la période du 1er janvier 2015 au 31 mars 2015, la SARL Nikki Sushi Pont de l'Arc n'est pas d'avantage fondée à soutenir, alors qu'elle n'étaye cette affirmation d'aucune précision, que les ruptures séquentielles constatées ne concernent qu'une partie résiduelle des recettes.

7. En troisième lieu, selon l'article 54 du code général des impôts : " Les contribuables mentionnés à l'article 53 A sont tenus de représenter à toute réquisition de l'administration tous documents comptables, inventaires, copies de lettres, pièces de recettes et de dépenses de nature à justifier l'exactitude des résultats indiqués dans leur déclaration. Si la comptabilité est tenue en langue étrangère, une traduction certifiée par un traducteur juré doit être représentée à toute réquisition de l'administration ". Par ailleurs, l'article L.123-12 du code de commerce prévoit que : " Toute personne physique ou morale ayant la qualité de commerçant doit procéder à l'enregistrement comptable des mouvements affectant le patrimoine de son entreprise. Ces mouvements sont enregistrés chronologiquement. Elle doit contrôler par inventaire, au moins une fois tous les douze mois, l'existence et la valeur des éléments actifs et passifs du patrimoine de l'entreprise. Elle doit établir des comptes annuels à la clôture de l'exercice au vu des enregistrements comptables et de l'inventaire. Ces comptes annuels comprennent le bilan, le compte de résultat et une annexe, qui forment un tout indissociable ".

8. Il résulte de l'instruction et en particulier des propositions de rectification envoyées à la SARL Nikki Sushi Pont de l'Arc, que l'enregistrement des ventes de la société était effectué au regard des tickets Z édités mensuellement. Cette globalisation mensuelle, qui ne tient pas compte des soldes intermédiaires, ne permet pas de donner une image précise et exhaustive des opérations réalisées, comme le requièrent les dispositions précitées de l'article L. 123-12 du code du commerce. À cet égard, si la société requérante soutient que cet enregistrement n'était qu'une pratique destinée à faciliter la saisie informatique par l'expert-comptable et qu'il appartenait au service vérificateur de lui demander l'enregistrement et l'édition de tickets de recettes journalières, l'administration fiscale fait valoir, pour sa part, et sans être contestée, que les tickets finalement produits par la requérante durant la séance devant la commission des impôts directs et taxes sur le chiffre d'affaires, d'une part n'étaient pas des originaux, mais des rééditions spécialement effectuées pour la séance et qu'ils présentaient un taux de taxe sur la valeur ajoutée s'élevant à 10 et 20 % pour les exercices clos en 2012 et 2013, alors que ces taux n'ont été applicables qu'à compter du 1er janvier 2014, et d'autre part que l'avis de la commission a été favorable au rejet de la comptabilité.

9. Il résulte de ce qui précède que l'administration fiscale doit être regardée comme ayant apporté la preuve qui lui incombe du caractère irrégulier et non probant de la comptabilité de la SARL Nikki Sushi Pont de l'Arc. C'est dès lors à bon doit qu'elle a écarté cette comptabilité et procédé à la reconstitution des recettes de la société requérante.

S'agissant de la reconstitution des recettes :

10. D'une part aux termes de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales : " Lorsque l'une des commissions visées à l'article L. 59 est saisie d'un litige ou d'une rectification, l'administration supporte la charge de la preuve en cas de réclamation, quel que soit l'avis rendu par la commission. / Toutefois, la charge de la preuve incombe au contribuable lorsque la comptabilité comporte de graves irrégularités et que l'imposition a été établie conformément à l'avis de la commission. () ". Dès lors qu'en l'espèce, ainsi qu'il a été dit au point 9 du présent jugement, l'administration doit être regardée comme établissant que les irrégularités de la comptabilité sont graves et que l'imposition a été établie conformément à l'avis de la commission départementale des impôts directs en date du 17 novembre 2017, il appartient à la SARL Nikki Sushi Pont de l'Arc de démontrer l'exagération des impositions mises à sa charge.

11. D'autre part le contribuable à qui incombe la charge de prouver l'exagération d'une reconstitution de ses recettes peut, s'il n'est pas en mesure d'établir le montant exact de ses résultats en s'appuyant sur une comptabilité régulière et probante, soit critiquer la méthode d'évaluation que l'administration a suivie, en vue de démontrer que cette méthode aboutit, au moins sur certains points et pour un certain montant, à une exagération des bases d'imposition, soit encore, aux mêmes fins, soumettre à l'appréciation du juge une nouvelle méthode d'évaluation permettant de déterminer les bases d'imposition avec une précision meilleure que celle qui pouvait être atteinte par la méthode primitivement utilisée par l'administration. À l'appui de sa démonstration, il peut, en cours d'instance, non seulement apporter tous éléments de preuve comptables ou extracomptables, mais aussi se fonder sur des faits reconnus exacts par l'administration, ou dont le juge serait amené, en cas de contestation, à reconnaître l'exactitude.

12. Il résulte de l'instruction que pour reconstituer le chiffre d'affaires réalisé par la SARL Nikki Sushi Pont de l'Arc au cours de chacun des exercices en litige, le vérificateur a, à partir du nombre de tickets, du nombre de lignes et du chiffre d'affaires déclaré toutes taxes comprises, déterminé le montant moyen d'une ligne. Il a ensuite multiplié ce prix par le nombre de lignes manquantes recensé.

13. Pour démontrer que cette méthode serait radicalement viciée, la société requérante fait valoir tout d'abord qu'elle ne prend pas en compte les lignes non productives, c'est-à-dire qui correspondent à une saisie d'articles en caisse non valorisable, comme l'octroi de baguettes ou sauces, ou à des commentaires particuliers concernant la commande. Elle soutient ensuite que la méthode retenue est incohérente en ce qu'elle aboutit à dégager une valorisation des lignes informatiques supprimées dégressive entre 2012 et 2014 alors que les prix pratiqués n'ont fait qu'augmenter au cours de cette période. L'administration fait toutefois utilement valoir en défense que la méthode employée, en calculant le prix moyen issu de l'ensemble des prix pratiqués sur chacun des exercices vérifiés, d'une part, s'appuie sur les prix effectivement pratiqués, et d'autre part, prend en compte les réductions de fidélités et les offerts.

14. Par ailleurs, au soutien de son affirmation selon laquelle la méthode de reconstitution de ses recettes est excessivement sommaire, la société requérante se borne à faire valoir, sans autre précision, qu'elle ne prend pas en compte de comptabilité matière. Toutefois, ainsi qu'il a été dit, l'administration a pu valablement utiliser une méthode reposant sur le montant moyen d'un ligne d'un ticket de caisse.

15. Dans ces conditions, la SARL Nikki Sushi Pont de l'Arc n'apporte pas la preuve qui lui incombe de ce que la méthode en litige serait excessivement sommaire ou radicalement viciée dans son principe ou aboutirait à des impositions exagérées. Par suite, la requérante, qui ne soumet à l'appréciation du juge aucune autre méthode d'évaluation, n'est pas fondée à demander au tribunal de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquels elle a été assujettie au titre des périodes vérifiées.

En ce qui concerne les pénalités :

S'agissant des amendes :

16. Aux termes de l'article 117 du code général des impôts : " Au cas où la masse des revenus distribués excède le montant total des distributions tel qu'il résulte de déclarations de la personne morale visées à l'article 116, celle-ci est invitée à fournir à l'administration, dans un délai de trente jours, toutes indications complémentaires sur les bénéficiaires de l'excédent de distribution. / En cas de refus ou à défaut de réponse dans ce délai, les sommes correspondantes donnent lieu à l'application de la pénalité prévue à l'article 1759 ". Aux termes de l'article 1759 du même code : " Les sociétés et les autres personnes morales passibles de l'impôt sur les sociétés qui versent ou distribuent, directement ou par l'intermédiaire de tiers, des revenus à des personnes dont, contrairement aux dispositions des articles 117 et 240, elles ne révèlent pas l'identité, sont soumises à une amende égale à 100 % des sommes versées ou distribuées. () ".

17. Il résulte de l'instruction que la SARL Nikki Sushi Pont de l'Arc s'étant abstenue de répondre aux demandes formulées par l'administration, en application des dispositions de l'article 117 du code général des impôts, de lui faire connaître l'identité et l'adresse des bénéficiaires finaux et réels des distributions des recettes non déclarées, s'est vu appliquer, en vertu des dispositions de l'article 1759 du code général des impôts, des amendes d'un montant respectif de 48 765 euros au titre de l'année 2013 et de 28 732 euros au titre de l'année 2014.

18. En premier lieu, aux termes de l'article R. 256-1 du livre des procédures fiscales dans sa rédaction applicable à l'espèce : " L'avis de mise en recouvrement prévu à l'article L. 256 indique pour chaque impôt ou taxe le montant global des droits, des pénalités et des intérêts de retard qui font l'objet de cet avis. Lorsque l'avis de mise en recouvrement est consécutif à une procédure de rectification, il fait référence à la proposition prévue à l'article L. 57 ou à la notification prévue à l'article L. 76 et, le cas échéant, au document adressé au contribuable l'informant d'une modification des droits, taxes et pénalités résultant des rectifications () ".

19. En l'espèce il ressort de l'examen des avis de mise en recouvrement n° 20180905114 du 28 septembre 2018 et n° 201800012 du 16 octobre 2018 que ceux-ci précisent le montant des amendes infligées à la SARL Nikki Sushi Pont de l'Arc pour absence de désignation des bénéficiaires de revenus distribués sur le fondement de l'article 1759 du code général des impôts, ainsi que les années concernées. Ces amendes ont en outre fait l'objet de créances individualisées par année sous le n° 1837700 en ce qui concerne 2013 et sous le n° 1804100 en ce qui concerne 2014, pour lesquelles les avis de mise en recouvrement font référence, s'agissant de la première, à la proposition de rectification du 20 avril 2016 et à la lettre de motivation du 27 septembre 2016, et s'agissant de la seconde, à la lettre d'information et de motivation du 27 septembre 2016. À cet égard, la requérante, qui ne conteste pas avoir reçu ledit courrier du 27 septembre 2016, n'établit ni même n'allègue que ce dernier, qui a spécifiquement pour objet de motiver l'application des amendes au titre des années 2013 et 2014, n'énoncerait pas de manière suffisamment précise les considérations de droit et de fait qui fondent l'application des amendes en litige, et qu'elle aurait ainsi été privée de la possibilité de les contester utilement.

20. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 9 et 15 du présent jugement, que l'administration fiscale était fondée, d'une part à rejeter la comptabilité de la SARL Nikki Sushi Pont de l'Arc en raison de son caractère irrégulier et non probant, d'autre part à reconstituer ses recettes et à constater l'existence d'une minoration de recettes. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'absence de minoration de recettes et par suite de distributions, doit être écarté.

21. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par la SARL Nikki Sushi Pont de l'Arc aux fins de décharge des amendes mises à sa charge sur le fondement de l'article 1759 du code général des impôts pour un montant total de 77 500 euros au titre des années 2013 et 2014, doivent être rejetées.

S'agissant des majorations :

22. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré () / c. 80 % en cas de manœuvres frauduleuses () ". Et aux termes de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales : " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs, de la taxe sur la valeur ajoutée et des autres taxes sur le chiffre d'affaires, des droits d'enregistrement, de la taxe de publicité foncière et du droit de timbre, la preuve de la mauvaise foi et des manœuvres frauduleuses incombe à l'administration ".

23. D'une part, pour justifier l'application de la pénalité de 40% prévue en cas de manquement délibéré aux rehaussements au titre de l'année 2012, l'administration a relevé que l'analyse des données du système de gestion commerciale obtenues dans le cadre de la réalisation des traitements informatiques visés par l'article L 47 AII du livre des procédures fiscales, a mis en évidence que certains tickets présentaient des ruptures séquentielles. Si la société requérante fait valoir, pour établir que l'élément intentionnel fait défaut, qu'elle avait engagé des démarches vis-à-vis de son prestataire informatique plusieurs années avant le démarrage des opérations de contrôle pour lui signaler des problèmes informatiques se matérialisant par des trous dans la séquentialité et que le rapport orchestra Software permet de mettre en évidence l'ensemble des anomalies identifiées ou liées à une mauvaise manipulation du logiciel, ces seules circonstances, à les supposer même établies, ne sauraient toutefois utilement combattre les éléments de preuve apportés par l'administration, alors au surplus que le rapport d'expertise judiciaire montre que toute rupture de séquentialité ne peut provenir que de l'altération ou la suppression de données et qu'il résulte de l'instruction que les anomalies proviennent très majoritairement d'opérations réglées en espèces ou en partie en espèces. L'administration doit par suite être regardée comme apportant la preuve qui lui incombe de la méconnaissance délibérée par la société requérante de ses obligations déclaratives et en particulier de son intention d'éluder l'impôt.

24. D'autre part, pour justifier l'application de la pénalité de 80% prévue en cas de manœuvres frauduleuses aux rehaussements au titre des années 2013 et 2014, l'administration fait valoir que l'analyse des données du système de gestion commerciale a révélé la présence de deux logiciels " MA CLE USB.exe " et " MA Clé USB.exe " et qu'il résulte du rapport d'expertise, d'une part, que ces exécutables constituent des logiciels de type zappeur permettant l'effacement de lignes de ventes et ainsi la modification des données originelles du système et, d'autre part, que ces exécutables ne sont présents dans les fichiers sources du logiciel de gestion commerciale " Orchestra " et qu'ils nécessitent donc un paramétrage confidentiel pour être utilisés. Elle en déduit que la SARL Nikki Sushi Pont de l'Arc a supprimé, de manière volontaire, des données comptables afin de minorer ses recettes et, donc, d'éluder une partie de son chiffre d'affaires à l'impôt sur les sociétés et autres contributions. En se bornant à remettre en question l'utilisation effective des deux exécutables en question et à affirmer que les anomalies relevées affectent également les règlements par chèque et carte bleue, la société requérante ne combat pas utilement le faisceau d'indices mis en avant par l'administration et permettant d'établir l'intention de la société requérante d'égarer ou restreindre le pouvoir de contrôle de l'administration.

25. Il résulte de ce qui précède que l'administration doit être regardée comme apportant la preuve qui lui incombe du manquement délibéré de la SARL Nikki Sushi Pont de l'Arc au titre de l'exercice clos en 2012 et des manœuvres frauduleuses au titre des exercices clos en 2013 et 2014, et par suite du bien-fondé des pénalités qui ont été mises à sa charge en application de l'article 1729 précité du code général des impôts.

26. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge présentées par la SARL Nikki Sushi Pont de l'Arc ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

27. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, verse à la requérante la somme qu'elle demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par la SARL Nikki Sushi Pont de l'Arc est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Nikki Sushi Pont de l'Arc et à la directrice du contrôle fiscal Sud-Est Outre-mer.

Délibéré après l'audience du 2 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Trottier, président,

M. Brossier, président-assesseur,

Mme Charpy, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 février 2024.

La rapporteure,

Signé

C. Charpy

Le président,

Signé

T. Trottier

La greffière,

Signé

D. Dan

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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