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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2102999

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2102999

vendredi 22 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2102999
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantIKHLEF

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 avril 2021, Mme A C, représentée par Me Ikhlef, demande au tribunal :

1°) de prononcer la réduction des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2015, 2016 et 2017 pour un montant total de 184 335 euros ;

2°) de prononcer la décharge totale des pénalités pour manquement délibéré qui lui ont été infligées au titre des années 2015, 2016 et 2017 ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle est fondée à obtenir l'attribution d'une demi-part supplémentaire au titre du handicap de son enfant mineur ;

- c'est à tort que l'administration a imposé entre ses mains en tant que revenus d'origine indéterminée les sommes créditées sur le compte LCL n° 347340Y35 qui appartient au père de ses enfants ;

- les virements réalisés en 2017 ont été taxés à tort au titre des revenus d'origine indéterminée alors qu'il s'agissait d'un prêt familial non taxable ;

- les factures de matériel libellées à son nom en rapport avec l'activité de son compagnon doivent être déduites de son revenu imposable ;

- elle est ainsi fondée à obtenir la réduction des bases de son impôt sur le revenu à hauteur de 33 086 euros au titre de l'année 2015, de 39 926 euros au titre de l'année 2016 et de 3 028 euros au titre de l'année 2017 ;

- l'application de la majoration pour manquement délibéré est injustifiée.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 juin 2021, le directeur régional des finances publiques de Provence Alpes-Côte d'Azur et du département des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Charpy,

- les conclusions de M. Secchi, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Suite à une procédure de vérification portant examen contradictoire de sa situation fiscale personnelle pour les années 2015 à 2017, deux propositions de rectification n° 3924 ont été adressées à Mme A C les 13 décembre 2018 et 25 février 2019, respectivement au titre de l'année 2015 pour la première, et des années 2016 et 2017 pour la seconde, lui notifiant des rappels en matière d'impôt sur le revenu et de contributions sociales pour lesdites années. Les impositions ayant été mises en recouvrement le 30 avril 2019 et sa réclamation contentieuse en date du 13 juillet 2019 ayant été rejetée par une décision de l'administration fiscale du 29 janvier 2021, Mme C demande au tribunal de prononcer la réduction des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales mises à sa charge au titre des années 2015, 2016 et 2017 et la décharge totale des pénalités pour manquement délibéré qui lui ont été infligées au titre de la même période.

Sur les conclusions aux fins de décharge :

En ce qui concerne la charge de la preuve :

2. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " dans tous les cas où une imposition a été établie d'office, la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ". Aux termes des dispositions de l'article R* 193-1 du même code : " Dans le cas prévu par l'article L. 193 le contribuable peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré ".

3. En l'espèce, d'une part, le 28 janvier 2019, une demande n° 2172 d'éclaircissements ou de justifications concernant les revenus 2016 de Mme C lui a été adressée. Ce courrier recommandé, présenté le 31 janvier 2019, a été retourné à l'administration fiscale avec la mention " pli avisé et non réclamé ". Par suite, en application des articles L. 69 et L. 73 du livre des procédures fiscales, l'imposition au titre de l'année 2016 a été établie d'office.

4. D'autre part, au titre des revenus 2017, le service vérificateur a adressé à la requérante, le 23 juillet 2018, une mise en demeure n° 2111 de déposer sa déclaration de revenus n° 2042 sous 30 jours. La requérante n'ayant jamais procédé au dépôt de cette déclaration, les rectifications au titre de 2017 ont été effectuées selon la procédure de taxation d'office en vertu des articles L. 66-1 et L. 67 du livre des procédures fiscales.

5. Il résulte de ce qui précède que les rectifications et rappels au titre des années 2016 et 2017 ont été effectués en application de la procédure d'imposition d'office. Dès lors, en application des dispositions citées au point 2, la charge de la preuve de l'exagération des impositions supplémentaires en résultant incombe à Mme C.

6. En second lieu, aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré ".

7. Il résulte de l'instruction que, si l'ensemble des rectifications en litige au titre de l'année 2015 a été établi à l'issue de la procédure contradictoire prévue aux articles L. 55 à L. 61 du livre des procédures fiscales, Mme C, qui du reste ne conteste pas la régularité de la notification de la proposition de rectification en date du 13 décembre 2018, s'est abstenue d'y répondre. En application des dispositions citées au point précédent, Mme C supporte en conséquence la charge de la preuve du caractère exagéré des impositions concernées.

En ce qui concerne la majoration du quotient familial :

8. Aux termes de l'article 170 du code général des impôts : " 1. En vue de l'établissement de l'impôt sur le revenu, toute personne imposable audit impôt est tenue de souscrire et de faire parvenir à l'administration une déclaration détaillée de ses revenus et bénéfices, de ses charges de famille et des autres éléments nécessaires au calcul de l'impôt sur le revenu, dont notamment ceux qui servent à la détermination du plafonnement des avantages fiscaux prévu à l'article 200-0 A (Voir Annexe III, art. 46-0 B ter), et du prélèvement prévu à l'article 204 A. ". Aux termes des dispositions de l'article 195 du même code : " () 2. Le quotient familial prévu à l'article 194 est augmenté d'une demi-part pour chaque enfant à charge et d'un quart de part pour chaque enfant réputé à charge égale de l'un et l'autre de ses parents, titulaire de la carte " mobilité inclusion " portant la mention " invalidité " prévue à l'article L 241-3 du code de l'action sociale et des familles ". Aux termes de l'article 241-3 du code de l'action sociale et des familles : " I. - La carte "mobilité inclusion" destinée aux personnes physiques est délivrée par le président du conseil départemental au vu de l'appréciation, sur le fondement du 3o du I de l'article L. 241-6, de la commission mentionnée à l'article L. 146-9. Elle peut porter une ou plusieurs des mentions prévues aux 1o à 3o du présent I, à titre définitif ou pour une durée déterminée. / 1o La mention "invalidité" est attribuée à toute personne dont le taux d'incapacité permanente est au moins de 80 % () ".

9. Il résulte de ces dispositions que chaque personne à charge, titulaire de la carte d'invalidité ou de la carte " mobilité inclusion " portant la mention " invalidité " prévue à l'article L. 241-3 du code de l'action sociale et des familles, ouvre droit à une majoration supplémentaire de quotient familial.

10. Pour démontrer qu'elle est en droit de prétendre à la majoration supplémentaire de quotient familial, Mme C fournit une notification datée du 22 mai 2018 de la décision d'allocation d'éducation de l'enfant handicapé prise le 17 mai 2018 et mentionnant un taux d'incapacité se situant entre 50 et 79 %. Toutefois, d'une part, cette décision est postérieure aux années pour lesquelles la requérante demande le bénéfice d'une demi-part supplémentaire, d'autre part, le taux d'incapacité indiqué sur le document est inférieur à celui de 80 % permettant, en application des dispositions de l'article 241-3 du code de l'action sociale et des familles, l'octroi de la carte d'invalidité. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à demander une demi-part supplémentaire pour enfant handicapé au titre des années 2015, 2016 et 2017.

En ce qui concerne les revenus d'origine indéterminée :

11. Il résulte de l'instruction qu'à l'occasion des opérations de contrôle, et conformément aux dispositions visées aux articles L. 81 et L. 83 du livre des procédures fiscales, le service vérificateur a effectué un droit de communication auprès des établissements bancaires pour lesquels la requérante et ses enfants étaient titulaires de comptes pour les années en cause afin d'obtenir copies des relevés bancaires et qu'elle a constaté, au cours des années en litige, des encaissements sur ces comptes qui contrastent avec les revenus déclarés. Au vu de l'importance des sommes en cause, le service a ainsi considéré ces sommes comme des revenus et les a taxés comme des revenus d'origine indéterminée.

12. En premier lieu, si Mme C conteste être la titulaire du compte n° 347 340 Y35 ouvert le 2 novembre 2012 auprès du Crédit Lyonnais, et fait valoir qu'il convient par suite de déduire des revenus d'origine indéterminée retenus par l'administration les sommes perçues sur ce compte, elle ne produit cependant aucun élément justificatif à l'appui de son affirmation, alors que l'administration verse au dossier la réponse au droit de communication qu'elle a exercé auprès du Crédit Lyonnais et dont il ressort que la requérante était bien titulaire du compte en question, son compagnon M. B D étant co-titulaire.

13. En second lieu, si Mme C affirme que les virements de 6 000 euros et 1 000 euros crédités sur son compte bancaire n° 2035220139 ouvert au CIC Lyonnaise de banque ont la nature de prêts familiaux non taxables, elle ne l'établit toutefois pas en se bornant à produire une attestation de son ex-compagnon, M. D, ainsi qu'une copie du relevé bancaire de ce dernier mentionnant à son crédit des montants de valeurs identiques et retracés aux dates du 9 octobre et 29 novembre 2017.

14. Il résulte de ce qui précède que c'est donc à bon droit que l'administration fiscale a considéré que les sommes en litige, portées au crédit des différents comptes bancaires de la requérante, étaient constitutives de revenus d'origine indéterminée, et a taxé lesdites sommes à ce titre.

En ce qui concerne la déduction des factures d'achat de matériaux :

15. Aux termes de l'article 1 du code général des impôts : " Il est établi un impôt annuel unique sur le revenu des personnes physiques désigné sous le nom d'impôt sur le revenu. Cet impôt frappe le revenu net global du contribuable déterminé conformément aux dispositions des articles 156 à 168. () ". Aux termes de l'article 156 du même code : " L'impôt sur le revenu est établi d'après le montant total du revenu net annuel dont dispose chaque foyer fiscal. Ce revenu net est déterminé eu égard aux propriétés et aux capitaux que possèdent les membres du foyer fiscal désignés aux 1 et 3 de l'article 6, aux professions qu'ils exercent, aux traitements, salaires, pensions et rentes viagères dont ils jouissent ainsi qu'aux bénéfices de toutes opérations lucratives auxquelles ils se livrent, sous déduction : () II. Des charges ci-après lorsqu'elles n'entrent pas en compte pour l'évaluation des revenus des différentes catégories : ()/1° Intérêts des emprunts contractés antérieurement au 1er novembre 1959 pour faire un apport en capital à une entreprise industrielle ou commerciale ou à une exploitation agricole ; intérêts des emprunts qui sont ou qui seront contractés, au titre des dispositions relatives aux prêts de réinstallation ou de reconversion, par les Français rapatriés ou rentrant de l'étranger ou des Etats ayant accédé à l'indépendance; ()/ 1° ter. () les charges foncières afférentes aux immeubles classés monuments historiques ou inscrits à l'inventaire supplémentaire, ainsi qu'aux immeubles faisant partie du patrimoine national ou en raison du label délivré par la " Fondation du patrimoine " en application de l'article L. 143-2 du code du patrimoine si ce label a été accordé sur avis favorable du service départemental de l'architecture et du patrimoine; ()/ 2° Arrérages de rentes payés par lui à titre obligatoire et gratuit constituées avant le 2 novembre 1959 ; pensions alimentaires répondant aux conditions fixées par les articles 2015 à 2011, 367 et 767 du code civil à l'exception de celles versées aux ascendants quand il est fait application des dispositions prévues aux 1 et 2 de l'article 199 sexdecies ; versements de sommes d'argent mentionnés à l'article 275 du code civil lorsqu'ils sont effectués sur une période supérieure à douze mois à compter de la date à laquelle le jugement de divorce, que celui-ci résulte ou non d'une demande conjointe, est passé en force de chose jugée et les rentes versées en application des articles 276, 278 ou 279-1 du même code en cas de séparation de corps ou de divorce, ou en cas d'instance en séparation de corps ou en divorce et lorsque le conjoint fait l'objet d'une imposition séparée, les pensions alimentaires versées en vertu d'une décision de justice et en cas de révision amiable de ces pensions, le montant effectivement versé dans les conditions fixées par les articles 208 et 371-2 du code civil ; contribution aux charges du mariage définie à l'article 214 du code civil, lorsque son versement résulte d'une décision de justice et à condition que les époux fassent l'objet d'une imposition séparée ; dans la limite de 2 700 € et, dans les conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat, les versements destinés à constituer le capital de la rente prévue à l'article 373-2-3 du code civil. () / 2° ter. Avantages en nature consentis en l'absence d'obligation alimentaire résultant des articles 205 à 211 du code civil à des personnes âgées de plus de 75 ans vivant sous le toit du contribuable et dont le revenu imposable n'excède pas le plafond de ressources mentionné à l'article L 815-9 du code de la sécurité sociale pour l'octroi de l'allocation de solidarité aux personnes âgées mentionnée à l'article L 815-1 du même code et de l'allocation supplémentaire d'invalidité mentionnée à l'article L 815-24 du même code.()/ 4° Versements effectués à titre de cotisations de sécurité sociale, à l'exception de ceux effectués pour les gens de maison; /5° Versements effectués en vue de la retraite mutualiste du combattant visée à l'article L 222-2 du code de la mutualité ; ()/ 10° Conformément à l'article L 612-6 du code de la sécurité sociale, les cotisations mentionnées à l'article L 612-2 du code précité et les cotisations instituées par application de l'article L 612-13 du même code; / 11° Les primes ou cotisations des contrats d'assurances conclus en application des articles L 752-1à L. 752-21 du code rural et de la pêche maritime relatifs à l'assurance obligatoire contre les accidents de la vie privée, les accidents du travail et les maladies professionnelles des non salariés des professions agricoles; () / 13° Les cotisations versées par les chefs d'exploitation ou d'entreprise agricole au titre des contrats d'assurance de groupe mentionnés au 2° de l'article L 144-1 du code des assurances, dans les limites prévues par l'article 154 bis-0 A. () ".

16. Il résulte de ces dispositions que seules les charges du revenu global expressément et limitativement visées peuvent être déduites.

17. En l'espèce, si Mme C produit un ensemble de factures de matériaux libellées à son nom en rapport avec l'activité de son compagnon, ces dépenses, qui se rapportent à des achats de matériaux réalisés pour le compte d'une autre personne, ne peuvent être considérées, en vertu de l'article 156 du code général des impôts, comme des charges déductibles du revenu global de l'année de leur paiement. Dans ces conditions, l'administration était fondée à refuser la déduction de ces factures du revenu imposable de la requérante.

Sur les frais liés au litige :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme C demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et à la directrice régionale des finances publiques de Provence-Alpes-Côte d'Azur et du département des Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 23 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Brossier, président,

Mme Charpy, première conseillère,

Mme Pouliquen, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mars 2024.

La rapporteure,

Signé

C. Charpy

Le président,

Signé

J.B. Brossier

La greffière,

Signé

D. Dan

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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