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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2103137

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2103137

mercredi 1 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2103137
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantSELARL CABANES NEVEU ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 9 avril 2021, 17 janvier et 2 mai 2022, la société Véolia énergie France, représentée par la société d'avocats Cabinet Cabanes-Cabanes Neveu A, demande au juge des référés :

1°) sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, de condamner le centre hospitalier Valvert à lui verser, à titre de provision, la somme de 46 265,23 euros ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier Valvert la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la résiliation du marché doit être regardée comme unilatérale de la part du centre hospitalier, les stipulations de l'article 37 du cahier des clauses administratives générales (CCAG) ne lui étant dès lors pas opposables ;

- le centre hospitalier n'a transmis aucun décompte de résiliation en application de l'article 34 du CCAG ;

- le courrier du 24 septembre 2020 remplit toutes les conditions du mémoire en réclamation ;

- l'irrecevabilité des conclusions du fait du non-respect des stipulations du CCAG devraient être limitées à celles relatives au paiement des prestations effectuées dans le cadre du marché ;

- le centre hospitalier Valvert n'a pas payé des prestations exécutées dans le cadre du marché d'exploitation des installations thermiques des bâtiments et des prestations facturées sur commande ;

- la réalité des prestations n'est pas sérieusement contestée ;

- le centre hospitalier ne justifie pas de la mauvaise exécution des prestations ;

- l'existence de mentions manuscrites sur les factures ne permet pas de regarder le principe et le montant des créances comme sérieusement contestables ;

- le paiement des prestations n'était pas soumis à la justification des achats.

Par des mémoires, enregistrés les 29 juillet 2021 et 16 mars 2022, le centre hospitalier Valvert conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la société Véolia énergie France la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que la société Véolia n'a pas présenté de mémoire en réclamation dans le délai de deux mois à compter de la résiliation d'un commun accord du marché ou à compter de la naissance d'un différend matérialisé par le courrier du 24 janvier 2020, en méconnaissance de l'article 37 du CCAG ;

- la créance issue du marché est sérieusement contestable dès lors que les prestations ont été mal exécutées, voire pas exécutées au cours de l'année 2019 ;

- les factures de travaux d'installation présente des irrégularités et des incohérences dès lors notamment qu'elles n'étaient pas accompagnées des justificatifs d'achat du matériel refacturé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Gonneau, vice-président, pour statuer sur les demandes de référés.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ".

En ce qui concerne la recevabilité de la requête :

2. Aux termes de l'article 34 du CCAG applicable : " 34. 1. La résiliation fait l'objet d'un décompte de résiliation, qui est arrêté par le pouvoir adjudicateur et notifié au titulaire. () 34. 5. La notification du décompte par le pouvoir adjudicateur au titulaire doit être faite au plus tard deux mois après la date d'effet de la résiliation du marché. ". Aux termes de l'article 37 du CCAG applicable : " () 37. 2. Tout différend entre le titulaire et le pouvoir adjudicateur doit faire l'objet, de la part du titulaire, d'un mémoire de réclamation exposant les motifs et indiquant, le cas échéant, le montant des sommes réclamées. Ce mémoire doit être communiqué au pouvoir adjudicateur dans le délai de deux mois, courant à compter du jour où le différend est apparu, sous peine de forclusion. / 37.3. Le pouvoir adjudicateur dispose d'un délai de deux mois, courant à compter de la réception du mémoire de réclamation, pour notifier sa décision. L'absence de décision dans ce délai vaut rejet de la réclamation ".

3. Il résulte des stipulations de l'article 37 précitées du cahier des clauses administratives générales que, lorsqu'intervient, au cours de l'exécution d'un marché, un différend entre le titulaire et l'acheteur, le titulaire doit présenter, dans un délai de deux mois, un mémoire de réclamation, à peine d'irrecevabilité de la saisine du juge du contrat.

4. L'apparition d'un différend, au sens des stipulations précitées, entre le titulaire du marché et l'acheteur, résulte, en principe, d'une prise de position écrite, explicite et non équivoque émanant de l'acheteur et faisant apparaître le désaccord. Elle peut également résulter du silence gardé par l'acheteur à la suite d'une mise en demeure adressée par le titulaire du marché l'invitant à prendre position sur le désaccord dans un certain délai. En revanche, en l'absence d'une telle mise en demeure, la seule circonstance qu'une personne publique ne s'acquitte pas, en temps utile, des factures qui lui sont adressées, sans refuser explicitement de les honorer, ne suffit pas à caractériser l'existence d'un différend au sens des stipulations précédemment citées.

5. Il résulte de l'instruction que le centre hospitalier Valvert a attribué le 26 février 2016 à la société Véolia énergie France le marché d'exploitation des installations thermiques de ses bâtiments pour une durée de quatre ans, ce marché comprenant des prestations forfaitaires d'entretien dites P2 et des prestations de travaux dites P6 de remplacement du matériel faisant l'objet de devis dont le prix de la main d'œuvre était prévu par le marché, le prix du matériel devant être le prix du catalogue avec une remise de 30 %. Il résulte des échanges entre les parties produites dans la présente instance, et notamment des courriers du 11 décembre 2019, dans lequel la société Véolia fait savoir qu'elle n'est pas opposée à une résiliation qu'elle qualifie d'amiable, et du 24 janvier 2020 par laquelle elle accepte de résilier le contrat, que ce marché a fait l'objet d'une résiliation d'un commun accord, et non pas d'une résiliation unilatérale comme le soutient la société Véolia, prenant effet le 31 décembre 2019. Par un courrier du 24 janvier 2020, antérieurement au terme du délai dans lequel le centre hospitalier devait lui notifier le décompte de liquidation, la société Véolia a mis en demeure le centre hospitalier, sans toutefois fixer de délais, de lui verser la somme de 17 064,46 euros au titre de l'exécution du marché. Par un courrier électronique du 8 juillet 2020, le centre hospitalier a informé la société Véolia que les factures relevant de la maintenance ne seraient pas réglées dès lors que la maintenance n'était plus assurée depuis 2019, mais que les factures de travaux seraient examinées. La société Véolia a mis en demeure le centre hospitalier, par un courrier du 24 septembre 2020, de lui verser la somme de 46 265,23 euros dans un délai de trente jours, en constatant que le centre hospitalier n'avait pas établi le décompte de liquidation, sans toutefois lui demander expressément d'y procéder. Toujours dans le silence du centre hospitalier, la société Véolia a à nouveau mis en demeure celui-ci de lui verser la même somme par un courrier du 3 novembre 2020 en constatant encore une fois que le centre hospitalier n'avait pas établi le décompte de liquidation mais sans lui demander expressément d'y procéder.

6. L'intervention de la résiliation amiable du contrat le 31 décembre 2019 n'a pas eu pour effet de faire apparaître un différend entre le centre hospitalier et la société Véolia. Le silence gardé par le centre hospitalier sur la mise en demeure du 24 janvier 2020 n'a pas non plus eu pour effet de faire naître un différend en l'absence de tout délai donné par la société Véolia au centre hospitalier pour satisfaire à cette mise en demeure. À l'inverse, le courrier électronique du 8 juillet 2020 a fait apparaître un différend en ce qui concerne les factures relatives aux prestations dites P2. Si le courrier du 24 septembre 2020 peut être regardé comme un mémoire de réclamation concernant ce différend, il n'a toutefois été communiqué au centre hospitalier que postérieurement au terme du délai de deux mois prévu par les stipulations de l'article 37.2 du CCAG et, par suite, les conclusions présentées par la société Véolia sont irrecevables en ce qui concerne ces factures, dont le montant s'élève à 16 123,02 euros. Si le courrier électronique du 8 juillet 2020 n'a pas fait naître de différend en ce qui concerne les sommes dues au titre des prestations dites P6, le silence gardé par le centre hospitalier à la suite du courrier du 24 septembre 2020 a fait naître ce différend, le courrier du 3 novembre 2020 pouvant être regardé comme le mémoire de réclamation relatif à ces sommes. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par le centre hospitalier doit être écartée en ce qui les concerne.

En ce qui concerne la créance de la société Véolia :

7. Il résulte de l'article 5.4 du cahier des clauses administratives particulières l'exactitude des mentions du numéro de bon de commande et des références du marché, de l'intitulé précis des prestations réalisés et de leur date, le prix hors taxes, et le taux et le montant de la TVA et le montant TTC de la prestation, conditionne le règlement des prestations. Il résulte de l'article 5.5 du même cahier que, outre la nécessité d'un devis et d'une facture, " les paiements se feront sur documents justificatifs de la prestation en accord avec le contrôle de l'exécution ".

8. En premier lieu, en l'absence de présentation au centre hospitalier des justificatifs de l'achat et du prix des matériels refacturés, les factures 940709, 940710, 950359 et 950361 dont le montant s'élève à 4 879,58 euros constituent une créance sérieusement contestable, en application de l'article 5.5 du cahier des clauses administratives particulières.

9. En second lieu, le montant hors taxes de 3 721,35 euros de la facture 830252 a été modifié sans que le soient les montants de la TVA et le montant TTC, l'inexactitude de ces mentions pouvant entrainer l'absence de règlement des prestations, en application de l'article 5.4 du cahier des clauses administratives particulières. Cette créance est dès lors sérieusement contestable.

10. Enfin, si le centre hospitalier fait valoir que les prestations facturées par la facture 6D0044 ont également fait l'objet d'une facture 6900005, il ne résulte pas de l'instruction que le paiement de cette dernière soit réclamé par la société Véolia et que la créance représentée par la facture 6D0044 soit dès lors sérieusement contestable en l'absence de risque d'un double paiement.

11. Il résulte de l'instruction que le montant total des factures émises au titre des prestations dites P6 qui n'ont pas été honorées et qui ne sont pas contestées par le centre hospitalier s'élève à 29 231,40 euros. Cette créance pouvant être regardée comme non sérieusement contestable, il y a lieu de faire droit à la demande de la société Véolia énergie France à hauteur de cette somme et de condamner le centre hospitalier Valvert à lui verser la somme de 29 231,40 euros.

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Véolia énergie France, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande le centre hospitalier Valvert au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, faire application de ces dispositions et de mettre à la charge du centre hospitalier Valvert une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société Véolia énergie France et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : le centre hospitalier Valvert est condamné à verser une provision de 29 231,40 euros à la société Véolia énergie France.

Article 2 : Le centre hospitalier Valvert versera une somme de 1 500 à la société Véolia énergie France au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : les conclusions présentées par le centre hospitalier Valvert au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Véolia énergie France et au centre hospitalier Valvert.

Le juge des référés,

Signé

P-Y. GONNEAU

La République mande et ordonne au directeur général de l'agence régional de santé Provence-Alpes-Côte d'Azur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P. La greffière en chef,

La greffière,

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