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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2103224

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2103224

vendredi 30 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2103224
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantDE RIVOYRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 avril 2021, Mme A E, représentée par Me De Rivoyre, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre de perception émis le 6 mars 2020 par la direction régionale des finances publiques de Provence-Alpes-Côte d'Azur et des Bouches-du-Rhône à hauteur de 3 000 euros afin d'obtenir le remboursement du prêt d'honneur qui lui a été consenti pour l'année universitaire 2008-2009 le 1er décembre 2008 ;

2°) d'annuler la décision du 9 avril 2021 par laquelle le recteur a rejeté sa réclamation préalable tendant à être déchargée de cette somme ;

3°) de prononcer la décharge du paiement de la somme de 3 000 euros ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le titre exécutoire a été émis par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'un vice de forme dès lors qu'il ne comporte pas de signature en méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il ne comporte pas les bases de liquidation en méconnaissance de l'article 24 du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ;

- rien n'indique que les fonds réclamés ont été effectivement perçus ;

- l'acte d'engagement de remboursement du prêt d'honneur méconnaît l'article 10 du décret de 1934, n'étant ni écrit tout entier de sa main, ni visé par le recteur ;

- l'acte d'engagement de remboursement du prêt d'honneur étant raturé, il n'est pas valide.

Par un mémoire en défense enregistré 14 juin 2022, le recteur de la région académique Provence-Alpes-Côte d'Azur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme E ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 14 juin 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 27 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 2010-1658 du 29 décembre 2010 de finances rectificatives pour 2010 ;

- le décret du 1er septembre 1934 relatif aux prêts d'honneur ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- l'arrêté du 3 juillet 2009 portant règlement de comptabilité pour la désignation des ordonnateurs secondaires et de leurs délégués en ce qui concerne le ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pouliquen, rapporteure,

- et les conclusions de Mme Caselles, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. L'administration a émis, le 6 mars 2020, un titre de perception à l'encontre de Mme E en vue d'assurer le recouvrement de la somme de 3 000 euros réclamée au titre du remboursement d'un prêt d'honneur qui lui a été consenti au titre de l'année universitaire 2008-2009. Mme E sollicite l'annulation de ce titre de perception et de la décision de rejet, en date du 9 avril 2021, de son recours administratif préalable obligatoire, ainsi que la décharge du paiement de la somme correspondante.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 75 du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " Les ordonnateurs secondaires agissent en vertu d'une délégation de pouvoir des ordonnateurs principaux, dans le cadre d'une compétence fonctionnelle ou territoriale. / Le préfet est ordonnateur secondaire des services déconcentrés des administrations civiles de l'Etat, dans les conditions prévues par l'article 32 du décret du 29 avril 2004 ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 3 juillet 2009 portant règlement de comptabilité pour la désignation des ordonnateurs secondaires et de leurs délégués en ce qui concerne le ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche : " Le préfet de région peut déléguer sa signature, en ce qui concerne sa compétence d'ordonnateur secondaire sur le budget du ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche : - au recteur d'académie, dans la limite de ses compétences () ". Par l'arrêté préfectoral n° R93-2020-01-06-003 en date du 6 janvier 2020 publié au recueil des actes administratifs spécial n° R93-2020-002 le 7 janvier 2020, le préfet de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur a donné délégation à M. D, recteur de l'académie d'Aix-Marseille et recteur de région académique Provence-Alpes-Côte d'Azur, en sa qualité de responsable de budget opérationnel de programme, aux fins de réaliser toutes les opérations utiles au recouvrement des recettes relevant des programmes 150 " Formations supérieures et recherche universitaire " et 231 " Vie étudiante ". M. C B a lui-même reçu délégation de signature aux mêmes fins du recteur de l'académie d'Aix-Marseille, par un arrêté du 11 février 2020, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur n° R93-2020-023 du 14 février 2020. Par suite, le moyen tiré de ce que M. B était incompétent pour émettre le titre exécutoire litigieux, manque en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci () ". Aux termes du V de l'article 55 de la loi du 29 décembre 2010 de finances rectificatives pour 2010 : " Pour l'application de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration aux titres de perception délivrés par l'Etat en application de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales, afférents aux créances de l'Etat ou à celles qu'il est chargé de recouvrer pour le compte de tiers, la signature figure sur un état revêtu de la formule exécutoire, produit en cas de contestation ". L'" état récapitulatif des créances pour mise en recouvrement " produit par l'administration en défense, qui mentionne le même numéro que celui figurant sur le titre exécutoire (n°5383) et fait référence à quatre titres exécutoires émis le 6 mars 2020 pour un montant total de 12 000 euros, comporte la signature de M. B. Par suite, le moyen tiré de ce que le titre de perception litigieux serait entaché d'un vice de forme manque en fait.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation ". En vertu de ces dispositions, la mise en recouvrement d'une créance doit comporter, soit dans le titre de recettes lui-même, soit par la référence précise à un document joint à ce titre ou précédemment adressé au débiteur, les bases et les éléments de calcul ayant servi à déterminer le montant de la créance. Pour autant, ces dispositions n'imposent pas l'indication des dispositions légales et réglementaires constituant le fondement de la créance.

5. En l'espèce, le montant du titre exécutoire mentionne l'origine de la créance, à savoir le remboursement d'un prêt pour un montant de 3 000 euros accordé à Mme E au titre de l'année universitaire 2008-2009, sur le fondement de l'article 10 du décret du 1er septembre 1934 relatif aux prêts d'honneur. La circonstance que la requérante n'ait pas trouvé la version numérique du décret du 1er septembre 1934, qui au demeurant est accessible grâce à la publication en ligne du Journal officiel de la République française n° 0208 du 5 septembre 1934, est sans incidence sur la régularité du titre de perception. Le titre de perception mentionne également la date du versement en faveur de la requérante et la date de l'engagement à rembourser. Le titre exécutoire n'avait pas à mentionner d'élément supplémentaire, notamment relatif au calcul du montant de la créance, dès lors que celui-ci est égal au montant de la somme versée à Mme E en 2008. Par suite, le moyen tiré de ce que le titre exécutoire ne comporterait pas les bases de la liquidation, en méconnaissance de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique, manque en fait.

6. En quatrième lieu, si la requérante soutient que " rien n'indique que les fonds réclamés aient effectivement été perçus ", il résulte des mentions du titre exécutoire que le versement a été effectué par virement n° 1242 le 4 décembre 2008. L'administration invitait la requérante, dans le rejet de sa réclamation préalable, à consulter le relevé bancaire de décembre 2008, du compte détenu auprès du " CIC Ouest - Agence de Limoges ", correspondant aux coordonnées bancaires qu'elle avait fournies aux services financiers du CROUS au moment de signer son engagement à rembourser son prêt d'honneur. Par suite, la requérante, qui ne produit pas ce relevé bancaire, n'est pas fondée à soutenir que l'administration n'établit pas lui avoir versé la somme de 3 000 euros.

7. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article 117 du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " Les titres de perception émis en application de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales peuvent faire l'objet de la part des redevables : / 1° Soit d'une contestation portant sur l'existence de la créance, son montant ou son exigibilité ; / 2° Soit d'une contestation portant sur la régularité du titre de perception ". Aux termes de l'article 10 du décret du 1er septembre 1934 relatif aux prêts d'honneur : " L'engagement d'honneur de rembourser le montant du prêt est pris par le bénéficiaire, devant le recteur ou son délégué, avant que le prêt lui soit versé. Il doit être écrit tout entier de la main du bénéficiaire, visé () par le recteur ".

8. En soutenant que l'engagement de prêt d'honneur est irrégulier car il n'est pas rédigé à la main, est raturé et ne comporte pas la signature du recteur, Mme E ne conteste ni l'existence de la créance, son montant ou son exigibilité, ni la régularité du titre de perception. Par suite, elle ne peut utilement soutenir, à l'appui de sa demande d'annulation du titre de perception émis le 6 mars 2020, que la validité de l'acte d'engagement de remboursement de prêt d'honneur qu'elle a signé le 1er décembre 2008 serait entachée par les vices qu'elle invoque.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme E doit être rejetée, y compris ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E, à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche et à la directrice régionale des finances publiques de Provence-Alpes-Côte d'Azur et du département des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au recteur de l'académie d'Aix-Marseille.

Délibéré après l'audience du 6 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Menasseyre, présidente,

M. Zarrella, premier conseiller,

Mme Pouliquen, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2022.

La rapporteure,

signé

G. Pouliquen

La présidente,

signé

A. MenasseyreLa greffière,

signé

A. Vidal

La République mande et ordonne ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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