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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2103441

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2103441

lundi 18 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2103441
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantOULMI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 avril 2021, M. B A, représenté par Me Oulmi, demande au tribunal prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2015, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2015, ainsi que des pénalités correspondantes.

Il soutient que :

- le rejet de la comptabilité de son activité commerciale est injustifié dès lors qu'il n'était pas tenu de détenir une caisse enregistreuse, que les recettes de son activité sont uniquement constituées par des chèques et espèces, régulièrement déposés sur un compte bancaire, que les recettes sont reportées chaque jour sur son agenda, et qu'elles sont suffisamment détaillées pour en assurer la traçabilité ;

- les éléments fournis par la SARL Houter, dans le cadre du droit de communication, ne doivent pas être retenus dès lors qu'il n'est pas l'auteur des achats enregistrés sur le compte occulte de la SARL Houter, qu'il est d'ailleurs impossible d'écarter l'éventualité d'une usurpation d'identité, et que la pratique des " ventes au comptoir ", mise en œuvre par ce fournisseur, révèle un mode de fonctionnement illégal, et donc peu crédible ;

- les bons de livraison sur lesquels s'est fondée l'administration fiscale ne peuvent pas être assimilés à des factures, dès lors seules les factures d'achat qu'il détient, et qu'il a comptabilisées, doivent être retenues pour déterminer le volume de ses achats ;

- eu égard à la distance séparant le dépôt du fournisseur à Gardanne et le lieu d'exploitation de son entreprise, il n'était pas dans son intérêt de réaliser les trajets nécessaires pour récupérer les marchandises au comptoir alors même que la SARL Houter dispose d'un service de livraison sur le lieu d'exploitation de sa clientèle ;

- le service ne pouvait pas se fonder sur le livre journal qu'il lui avait demandé de tenir manuellement pour déterminer le ratio entre les grandes et les moyennes pizzas dès lors qu'il avait considéré que l'agenda 2015 sur lequel il notait ses recettes journalières ne présentait pas un caractère probant suffisant ;

- l'administration a retenu un taux de pertes de 2 % alors qu'il jetait en moyenne 10 % de matière première, et le taux d'offerts appliqué, soit 2 %, apparaît inférieur aux usages de la profession ;

- la farine servant à confectionner les portions de pizzas et les pizzas, grandes ou moyennes, a été décomptée deux fois ;

- les chiffres d'affaires reconstitués par l'administration, lors d'une précédente procédure de vérification portant sur les années 2013 et 2014, étaient bien inférieurs au chiffre d'affaires reconstitué au titre de l'année en litige, ce qui démontre que la reconstitution des recettes proposée par l'administration est infondée.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 décembre 2021, la directrice du contrôle fiscal Sud-Est conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les conclusions de M. Claudé-Mougel, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite de la vérification de comptabilité de l'activité individuelle de vente de pizzas à emporter exercée par M. A sous l'enseigne commerciale " chez Denis ", l'administration a mis à la charge de ce dernier des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu au titre de l'année 2015 en raison du rehaussement, consécutif à la reconstitution de son chiffre d'affaires, de ses bénéfices industriels et commerciaux, ainsi que des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2015, assortis de pénalités pour manquement délibéré. M. A demande la décharge des impositions ainsi mises à sa charge, et des pénalités correspondantes.

Sur le rejet de la comptabilité :

2. En premier lieu, lors de la vérification de comptabilité dont l'activité individuelle de M. A a fait l'objet, le service vérificateur a considéré que la comptabilité présentée au titre de l'exercice clos en 2015 présentait de graves irrégularités au motif, notamment, qu'il n'existait pas de véritables pièces justificatives de recettes. Ces dernières étaient inscrites au crayon à papier dans un agenda sur lequel étaient reportés chaque jour les encaissements en espèces et par chèques, sans aucune mention du détail des produits vendus, M. A ne disposant ni d'un terminal de paiement électronique, ni d'une caisse enregistreuse. A cet égard, M. A ne peut pas utilement soutenir, pour contester les constatations de l'administration fiscale, qu'il n'était pas tenu de détenir une caisse enregistreuse, pas plus qu'il ne peut sérieusement contester le rejet de sa comptabilité en soutenant que le nombre d'articles vendus est très peu important, que les prix respectifs de chacune des pizzas ne sont pas très différents, et qu'en tout état de cause, seule la taille des pizzas est pertinente, au regard des recettes encaissées, la composition des pizzas étant pratiquement sans incidence sur les prix pratiqués. Par ailleurs, à supposer même que M. A dépose régulièrement le produit de ses ventes sur un compte bancaire, cette circonstance est sans incidence sur l'obligation qui lui est faite de détenir un livre de caisse pour attester du détail des produits vendus à la journée.

3. En second lieu, le service a exercé son droit de communication auprès de la SARL Houter, son principal fournisseur, le 8 juin 2017. Ce grossiste spécialisé en produits pour les pizzerias a indiqué à l'administration fiscale que le requérant disposait dans ses livres comptables d'un compte client " officiel " n°411-399, et d'un compte client " occulte " n° 411-999994 correspondant à des ventes au comptoir effectuées en espèces. Les opérations de contrôle ont révélé que ces achats représentaient 53 % des achats effectuées chez ce fournisseur, et s'élevaient à 35 289 euros TTC en 2015, et ont ainsi permis de mettre en évidence que plus de la moitié des achats de farine effectués par M. A auprès de son unique fournisseur, la SARL Houter, n'avait pas été enregistrés en comptabilité. En se bornant à soutenir que cette organisation des ventes doit être regardée comme un montage illégal de la part de la SARL Houter, qui ne permet ni d'identifier l'acquéreur des marchandises, ni d'écarter l'éventualité d'une possible usurpation d'identité, en l'absence notamment de factures reprenant le nom du client, son nom et son adresse, M. A n'établit pas qu'il n'était pas à l'origine des achats comptabilisés par le service et, surtout, ne critique pas utilement, au regard des irrégularités relevées au point 2., le rejet de sa comptabilité. L'administration fiscale fait d'ailleurs valoir à cet égard que les bons de livraison en cause mentionnent le nom du client, soit " Denis A ", ainsi qu'une adresse de livraison à Pierrevert, et qu'il appartenait au requérant de réclamer des factures en bonne et due forme à son fournisseur, de sorte que M. A n'est pas fondé à soutenir que les bons de livraison en cause ne sont pas de nature à révéler l'existence d'achats occultes et, par suite, une irrégularité de la comptabilité présentée.

4. Au vu des éléments mentionnés aux points 2 et 3 du présent jugement, l'administration a pu à bon droit regarder la comptabilité présentée comme irrégulière et non probante, et procéder à la reconstitution du chiffre d'affaires de l'entreprise.

En ce qui concerne la charge de la preuve :

5. Aux termes de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales dans sa rédaction applicable à la présente procédure : " Lorsque l'une des commissions visées à l'article L. 59 est saisie d'un litige ou d'une rectification, l'administration supporte la charge de la preuve en cas de réclamation, quel que soit l'avis rendu par la commission. Toutefois, la charge de la preuve incombe au contribuable lorsque la comptabilité comporte de graves irrégularités et que l'imposition a été établie conformément à l'avis de la commission. La charge de la preuve des graves irrégularités invoquées par l'administration incombe, en tout état de cause, à cette dernière lorsque le litige ou la rectification est soumis au juge. () ".

6. Il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que la comptabilité de l'activité individuelle de M. A comportait des irrégularités de nature à lui ôter tout caractère probant et qu'elle a été régulièrement écartée. Il résulte de l'instruction que l'administration s'est conformée à l'avis émis par la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, lors de sa séance du 18 septembre 2018. Il en résulte que la charge de la preuve du caractère exagéré des impositions supplémentaires auxquelles M. A a été assujetti lui incombe.

Sur la reconstitution de recettes :

En ce qui concerne l'utilisation du ratio entre grandes et petites pizzas :

7. Il résulte de l'instruction qu'en l'absence de pièces justificatives de recettes, le vérificateur a demandé à M. A de recenser ses ventes sur la période du 24 avril au 31 mai 2017. Ces données recueillies par le requérant, et directement issues des conditions réelles d'exploitation de l'entreprise, ont permis de déterminer un ratio de ventes entre les grandes et les moyennes pizzas. En tout état de cause, la circonstance que le service ait remis en cause la valeur probante de l'agenda papier 2015 sur lequel le requérant notait globalement en fin de journée ses recettes du jour au crayon à papier ne faisait pas obstacle à ce qu'il se fonde sur un livre journal tenu manuellement par M. A pour calculer le rapport entre grandes et moyennes pizzas, dès lors que ce dernier document a été réalisé sous le contrôle de l'administration fiscale, et n'avait pas pour objet de déterminer à lui seul le montant des recettes journalières.

En ce qui concerne les pertes, les offerts et le prélèvement de l'exploitant :

8. Si M. A soutient que l'administration a retenu un taux de pertes de 2 % alors qu'il jetait en moyenne 10 % de matière première, et que le taux d'offerts appliqué, soit 3 % et non 2 % comme indiqué dans la requête, apparaît inférieur aux usages de la profession, bien qu'il admette de manière assez contradictoire qu'aucune pizza n'est offerte aux clients, il ne produit aucun justificatif au soutien de ses affirmations, notamment au regard de ses propres écritures comptables.

En ce qui concerne la prise en compte des ventes de parts individuelles :

9. Il résulte de l'instruction que la méthode de reconstitution fondée sur les achats de farine excluait le chiffre d'affaires résultant de la vente de parts individuelles, le vérificateur estimant que ces recettes étaient nécessairement comprises dans la reconstitution farine. La vente des portions de pizzas correspondait uniquement à l'un des paramètres de la méthode fondée sur le nombre de boîtes à pizza utilisées. Par suite le moyen tiré de ce que la même matière première aurait été prise en compte deux fois dans le cadre de la méthode de reconstitution matière manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne les régularisations résultant d'un précédent contrôle :

10. La seule circonstance, que lors d'un précédent contrôle, les chiffres d'affaires reconstitués au titre des années 2013 et 2014 s'élèvent respectivement à 100 604 euros et 102 440 euros, alors qu'en l'espèce le chiffre d'affaires reconstitué au titre de l'année 2015 s'élève à 190 469 euro, et non 157 353 euros comme indiqué dans la requête, ne suffit pas à démontrer le caractère vicié de la méthode suivie par le service, ce dernier faisant valoir, à cet égard, que lors du précédent contrôle, il n'avait pas connaissance des achats occultes effectués par le requérant auprès de la SARL Houter.

11. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que la méthode de reconstitution de recettes mise en œuvre serait radicalement viciée ou excessivement sommaire, et à demander la décharge des impositions auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2015.

Sur les frais de l'instance :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise, à ce titre, à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la directrice du contrôle fiscal Sud-Est.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Menasseyre, présidente,

Mme Caselles, première conseillère,

M. Danveau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2022.

La rapporteure,

signé

S. C La présidente,

signé

A. Menasseyre

Le greffier,

signé

A. Brémond

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Le greffier,

N°2103441

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