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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2103590

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2103590

lundi 15 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2103590
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation4ème Chambre
Avocat requérantLE GUEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 avril 2021 et 30 juin 2022,

Mme B A, représentée par Me Le Guen, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision implicite en date du 26 mars 2021 par laquelle le ministre de l'Europe et des affaires étrangères a rejeté sa demande d'intégration dans le corps des " directeurs d'établissement " de ce ministère ;

2°) de condamner l'État à lui verser la somme globale de 76 808 euros en réparation des préjudices qu'elle a subis du fait de l'illégalité fautive de cette décision ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 5000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle doit être regardée comme soutenant que :

En ce qui concerne la décision implicite de rejet du 26 mars 2021 :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnait les dispositions de l'article 13 bis de la loi du 13 juillet 1983 et de l'article 27 du décret du 11 décembre 2001, qui reconnaissent au fonctionnaire détaché sur une période de plus de cinq ans un droit à l'intégration dans son administration d'accueil.

En ce qui concerne la responsabilité de l'État :

- toute illégalité est fautive et de nature à engager la responsabilité de l'État ;

- la décision implicite en date du 26 mars 2021 rejetant sa demande d'intégration est illégale et fautive ;

- elle a subi, du fait de cette décision, un préjudice financier et moral.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 mai 2022, le ministre de l'Europe et des affaires étrangères conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 8 août 2022, a été ordonnée, en dernier lieu, la clôture immédiate de l'instruction.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n°83-834 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n°84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n°67-290 du 28 mars 1967 ;

- le décret n°85-986 du 16 septembre 1985 ;

- le décret n°2001-1174 du 11 décembre 2001 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Salvage,

- les conclusions de Mme Giocanti, rapporteure publique,

- les observations de Me Le Guen, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, personnel de direction de l'éducation nationale, a été détachée en qualité de cadre contractuel auprès du ministère de l'Europe et des affaires étrangères pour exercer les fonctions de directeur délégué d'établissement culturel à l'Alliance française de Poona (Inde) puis à l'Institut français d'El Jadida (Maroc), entre le 1er septembre 2014 et le 30 novembre 2020. Au terme de son détachement, par un arrêté en date du 16 octobre 2020, le recteur de l'académie d'Aix-Marseille l'a affectée au poste de " principal adjoint " par intérim au collège Jean Zay à Rousset, à compter du 1er décembre 2020 et jusqu'au 31 août 2021. Par deux courriers des 15 et 25 janvier 2021, elle a demandé au ministre de l'Europe et des affaires étrangères de prononcer son intégration dans le corps des " directeurs d'établissement à vocation culturelle " de ce ministère, ou, à défaut, de lui verser la somme de 100 000 euros en réparation des préjudices subis du fait d'un éventuel refus. Une décision implicite de rejet de cette demande est née le 26 mars 2021. Mme A demande au tribunal d'annuler cette décision et de condamner l'État à réparer ses préjudices.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 231-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Par dérogation à l'article L. 231-1, le silence gardé par l'administration pendant deux mois vaut décision de rejet : () 5°) Dans les relations entre l'administration et ses agents ". Aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

3. Si Mme A soutient que la décision implicite par laquelle le ministre a rejeté sa demande d'intégration n'est pas motivée, elle n'allègue ni ne démontre avoir formulé une demande de communication des motifs de cette décision. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de motivation doit, en tout état de cause, être écarté comme étant inopérant.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 13 bis de la loi susvisée du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Le fonctionnaire détaché dans un corps ou cadre d'emplois qui est admis à poursuivre son détachement au-delà d'une période de cinq ans se voit proposer une intégration dans ce corps ou cadre d'emplois ". Aux termes de l'article 45 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée : " () à l'expiration de son détachement, le fonctionnaire est, sauf intégration dans le corps ou cadre d'emplois de détachement, réintégré dans son corps d'origine () ". Aux termes de l'article 14 du décret susvisé du 16 septembre 1985 relatif au régime particulier de certaines positions des fonctionnaires de l'État, à la mise à disposition, à l'intégration et à la cessation définitive de fonctions : " Le détachement d'un fonctionnaire ne peut avoir lieu que dans l'un des cas suivants : () Détachement auprès d'une administration de l'Etat ou d'un établissement public de l'Etat dans un emploi ne conduisant pas à pension du code des pensions civiles et militaires de retraite () ".

5. Il résulte des termes mêmes de ces dispositions que si l'administration est tenue de proposer au fonctionnaire son intégration dans le corps ou le cadre d'emplois dans lequel il est détaché à l'expiration d'une période continue de cinq ans, cette intégration ne saurait bénéficier à l'agent détaché sur contrat en application des dispositions précitées du 4°) de l'article 14 du décret susvisé du 16 septembre 1985, dès lors que, par hypothèse, ce dernier exerce ses fonctions en qualité d'agent contractuel sans être formellement rattaché à un corps ou un cadre d'emplois déterminé au sein de l'administration d'accueil.

6. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des contrats produits par l'intéressée, que celle-ci, qui exerçait ses fonctions en qualité de " cadre contractuelle ", était bien détachée " sur contrat " auprès du ministère de l'Europe et des affaires étrangères. Les arrêtés précisant la position statutaire de Mme A indiquent ainsi qu'elle devait " conserver, dans son corps d'origine, ses droits à l'avancement et à la retraite ", un " précompte de la retenue pour pension civile " étant simplement assuré par la trésorerie générale compétente. Dans ces conditions, et comme il ressort d'ailleurs des termes du dernier arrêté portant renouvellement de son détachement en date du 10 juillet 2020, l'intéressée doit être regardée comme ayant été placée " en position de détachement sortant auprès d'une administration de l'État ou dans un établissement public de l'État dans un emploi ne conduisant pas à pension " en application du 4°) de l'article 14 du décret du 16 septembre 1985 précité. En tout état de cause, il ne saurait en être autrement dès lors que la requérante n'a pas été détachée au sein d'un corps ou d'un cadre d'emplois au sein duquel elle pourrait être intégrée. À cet égard, la circonstance que l'intéressée produise diverses offres d'emplois pour des postes de " directeurs d'établissement à vocation culturelle " ne suffit pas à établir l'existence d'un tel corps ou cadre d'emplois, en l'absence de toute disposition législative ou réglementaire le prévoyant. Par voie de conséquence, la requérante ne saurait utilement soutenir qu'en adoptant la décision litigieuse, l'administration a méconnu les dispositions de l'article 13 bis de la loi susvisée du 13 juillet 1983 et de l'article 27 du décret du 11 décembre 2001.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

8. En l'absence d'illégalité fautive de la décision du 26 mars 2021, la responsabilité de l'État n'est pas engagée à l'égard de la requérante qui, en tout état de cause, n'établit pas le préjudice moral qu'elle allègue et ne peut utilement soutenir avoir subi un préjudice du fait de la perte de l'indemnité de résidence à son retour en France, dès lors qu'aux termes de l'article 5 du décret susvisé du 28 mars 1967, celle-ci a pour seul objet de rémunérer une sujétion propre à l'exercice de fonctions à l'étranger.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Mme A au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre de l'Europe et des affaires étrangères.

Délibéré après l'audience du 22 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Salvage, président,

Mme Le Mestric, première conseillère,

Mme Fayard, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 janvier 2024.

La première assesseure

Signé

F. LE MESTRIC

Le président-rapporteur,

Signé

F. SALVAGE

Le greffier

Signé

F. BENMOUSSA

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

2

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