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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2103702

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2103702

mardi 5 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2103702
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationChambre 5B
Avocat requérantTROJMAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 27 avril 2021 et le 17 février 2022, M. B C, représenté par Me Trojman, demande au Tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 17 000 euros, en réparation des préjudices de toute nature résultant pour lui de la carence fautive de l'Etat à lui proposer un logement adapté à sa situation et ses besoins ;

2°) de lui enjoindre de lui proposer un logement sous astreinte de 60 euros par jour de retard à l'expiration d'un délai d'un mois à compter du prononcé du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la responsabilité de l'Etat est engagée dès lors qu'aucune proposition de logement adaptée à son besoin et ses capacités n'a abouti depuis qu'il a été reconnu par la commission de médiation des Bouches-du-Rhône, le 2 mai 2019, demandeur prioritaire devant être logé d'urgence, et alors même que l'Etat était tenu à une obligation de résultat ;

- il subit, du fait de l'absence de proposition de logement correspondant à ses besoins et capacités résultant du manquement du préfet à son obligation, un préjudice matériel et moral évalué à 17 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 février 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. C n'est fondé dès lors qu'il lui a adressé sept propositions de logement, dont une a été refusée pour un motif injustifié et cinq autres n'ont pas abouti du fait de l'intéressé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné Mme Noire, première conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les observations de Me Trojman-Cohen substituant Me Trojman, pour M. C, et du requérant,

- le préfet des Bouches-du-Rhône n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, qui a saisi la commission de médiation des Bouches-du-Rhône d'un recours amiable sur le fondement du droit au logement opposable, a été déclaré prioritaire et devant être logé en urgence dans un logement correspondant à ses besoins et à ses capacités dans un délai de six mois, par décision de cette commission en date du 2 mai 2019. Par courrier du 27 janvier 2021 reçu le 29, l'intéressé a saisi le préfet des Bouches-du-Rhône d'une demande non chiffrée d'indemnisation du préjudice subi du fait de la carence de l'Etat en l'absence de logement. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par l'administration sur cette réclamation. Par la présente requête, M. C demande au Tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme de 17 000 euros en réparation des préjudices subis par lui-même et son épouse.

Sur la responsabilité :

2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ". Selon le II de l'article L. 441-2-3 de ce code : " () Dans un délai fixé par décret, la commission de médiation désigne les demandeurs qu'elle reconnaît prioritaires et auxquels un logement doit être attribué en urgence. Elle détermine pour chaque demandeur, en tenant compte de ses besoins et de ses capacités, les caractéristiques de ce logement () / La commission de médiation transmet au représentant de l'Etat dans le département la liste des demandeurs auxquels doit être attribué en urgence un logement. () / Le représentant de l'Etat dans le département () désigne chaque demandeur à un organisme bailleur disposant de logements correspondant à la demande. () / En cas de refus de l'organisme de loger le demandeur, le représentant de l'Etat dans le département qui l'a désigné procède à l'attribution d'un logement correspondant aux besoins et aux capacités du demandeur sur ses droits de réservation. () ". L'article R. 441-16-1 du même code dispose que : " A compter du 1er décembre 2008, le recours devant la juridiction administrative prévu au I de l'article L. 441-2-3-1 peut être introduit par le demandeur qui n'a pas reçu d'offre de logement tenant compte de ses besoins et capacités passé un délai de trois mois à compter de la décision de la commission de médiation le reconnaissant comme prioritaire et comme devant être logé d'urgence. Dans () les départements comportant au moins une agglomération, ou une partie d'une agglomération, de plus de 300 000 habitants, ce délai est de six mois. ".

3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et comme devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, alors même que l'intéressé n'a pas fait usage du recours en injonction contre l'Etat prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat, qui court à compter de l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que les dispositions de l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartissent au préfet pour provoquer une offre de logement.

4. M. C a été reconnu prioritaire et devant être logé d'urgence par une décision de la commission de médiation des Bouches-du-Rhône du 2 mai 2019. Il résulte de l'instruction que le préfet a proposé sept logements sociaux à l'intéressé dans les suites de cette décision. Le logement de type T2 proposé les 22 mai et 8 juin 2019 dans le 14ème arrondissement de Marseille ne lui a certes pas été attribué par le bailleur social. En revanche, un logement de type T3 lui a été proposé le 11 octobre 2019 dans le 15ème arrondissement de Marseille au 8 avenue du Castellas. M. C a toutefois refusé ce logement en raison de sa situation au 3ème étage sans ascenseur, ainsi qu'il résulte de la fiche établie le 15 novembre 2019 par le bailleur social Unicil gestionnaire du logement. Toutefois, cette circonstance ne justifie pas le refus dudit logement, en l'absence de toute allégation ou élément tendant à établir l'incapacité physique faisant obstacle à la montée d'escaliers par l'intéressé ou son épouse, trentenaire comme lui. Ce refus d'un logement qui correspondait aux besoins et capacités de l'intéressé, qui vit avec son épouse dans l'attente d'agrandir leur famille ainsi qu'il le soutient, tels que déterminés par la commission de médiation, ne peut être regardé en l'espèce comme justifié par un motif impérieux. Dès lors que le requérant a été informé des conséquences de son refus par le courrier du préfet et du bailleur social en date du 14 octobre 2019 relatif à la proposition de logement en cause faisant état de ce que le refus d'une proposition de logement adaptée aux besoins et capacités de l'intéressé ferait obstacle à une nouvelle proposition, et pouvait ainsi lui faire perdre le caractère de priorité et d'urgence de son relogement, conformément à l'article R. 441-16-3 du code de la construction et de l'habitation, ledit refus sans motif impérieux du logement social proposé par le préfet dans le délai de six mois suivant la décision du 2 mai 2019 fait obstacle à l'engagement de la responsabilité de l'Etat pour carence fautive. Il résulte en outre et au demeurant de l'instruction que M. C a bénéficié d'autres propositions de logement par la suite, dont trois auxquelles l'intéressé n'a pas donné suite ou n'a pas répondu en adressant l'ensemble des pièces demandées. Enfin, une autre proposition a été refusée par l'intéressé au motif de sa situation dans la cité des Aygalades dans le 15ème arrondissement sans justifier, en se bornant à faire valoir qu'il avait déjà vécu par le passé dans un quartier sensible à Montpellier, d'une situation habituelle d'insécurité qui, du fait de sa vulnérabilité particulière ou de celle de son épouse ou d'autres éléments liés à sa situation personnelle, créerait des risques graves pour lui ou sa famille.

5. Dans ces conditions, le requérant, qui a refusé sans motif impérieux une proposition de logement social qui correspondait à ses besoins et capacités définis par la commission de médiation dans le délai de six mois imparti au préfet pour assurer son logement, n'est pas fondé, dans les circonstances de l'espèce, à soutenir que le retard mis par l'Etat à mettre en œuvre l'obligation de résultat qui lui incombait serait fautif et de nature à engager sa responsabilité. Par suite, les conclusions à fin d'indemnisation de M. C ne peuvent qu'être rejetées ainsi, par voie de conséquence, que ses conclusions à fin d'injonction et présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

6. Il est loisible à M. C de saisir de nouveau la commission de médiation en faisant état des changements intervenus dans sa situation familiale après la naissance de l'enfant du couple.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2022, à laquelle siégeait Mme Noire, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2022.

La présidente,

signé

F. ALe greffier,

signé

A. BENOIST

La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui la concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/ La greffière en chef,

Le greffier,

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