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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2103926

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2103926

vendredi 7 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2103926
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSCP ANDRE - ANDRE & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 4 mai 2021 et le 12 octobre 2023, M. B A, représenté par Me André, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) de prononcer la réduction, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, de contributions sur les hauts revenus et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre des années 2014 et 2015 ;

2°) de mettre à la charge de l'État, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, une somme de 6 000 euros.

Il soutient que :

- les rehaussements en matière de revenus fonciers, de revenus de capitaux mobiliers, ainsi que la remise en cause du quotient familial de 2 parts qui lui a été appliqué, sont insuffisamment motivés ;

- la réponse aux observations du contribuable est insuffisamment motivée également, dès lors qu'elle ne répond pas, sinon de manière lacunaire et inintelligible aux observations qu'il a formulées, en particulier aux observations ampliatives qu'il a présentées le 12 octobre 2017 ;

- en rayant, sur la page de garde du courrier n° 3926 en date du 11 septembre 2017 répondant à ses observations, la mention de la possibilité de saisir la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, l'administration l'a privé d'une garantie procédurale ;

- c'est à tort que l'administration a remis en cause les déficits reportables imputables sur ses revenus fonciers et l'imputation sur son revenu global 2015 de la somme de 2 474 euros correspondant aux charges exposées par la SCI Carogil, dont il est associé à 50 %, afférentes au bien immobilier sis 335 avenue du président John Kennedy (13007), dès lors que le local concerné n'était pas en état d'habitabilité et qu'il a été reloué dès la fin des travaux de remise en état ;

- c'est à tort que l'administration fiscale a imposé entre ses mains, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, les sommes correspondant aux frais relatifs aux indemnités kilométriques exposées par la SAS Médis Santé dont il est dirigeant dès lors que, d'abord, elle ne démontre pas que les sommes en litige n'ont pas été engagées en contrepartie de son activité au sein de la société, ensuite, la prise en charge de ces frais par la société ne saurait constituer un avantage occulte taxable au sens du c de l'article 111 du code général des impôts, enfin, la preuve n'est pas rapportée qu'il a appréhendé les frais afférents au véhicule Mercedes classe C qui appartient à son père ;

- c'est à tort que l'administration fiscale a remis en cause le quotient familial de deux parts qui lui a été appliqué, dès lors qu'au cours des années 2014 et 2015, il résidait avec sa concubine, Mme C, à Sanary-sur-Mer et qu'il partageait avec elle la charge de l'entretien et de l'éducation de leurs deux enfants mineurs ;

- c'est à tort que les sommes correspondant aux frais relatifs aux indemnités kilométriques exposées par la SAS Médis Santé ont été intégrées dans la base des contributions sociales, dès lors que l'article L. 136-6 du code de la sécurité sociale ne prévoit pas explicitement son application aux revenus et avantages occultes visés par le c de l'article 111 du code général des impôts ;

- il doit être déchargé des intérêts de retard et de la majoration prévue à l'article 1758 A du code général des impôts en conséquence du caractère infondé des impositions contestées ;

- l'application de la majoration prévue à l'article 1758 A du code général des impôts est infondée ;

- l'application des intérêts de retard et de la majoration prévue à l'article 1758 A du code général des impôts est insuffisamment motivée.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 22 octobre 2021 et 30 octobre 2023, la directrice du contrôle fiscal Sud-Est Outre-mer conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Charpy,

- les conclusions de M. Secchi, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. À la suite de procédures de vérification de comptabilité dont la société par actions simplifiée (SAS) Médis Santé qu'il dirige, et la société civile immobilière (SCI) Carogil dont il est associé à 50 % ont fait l'objet, M. B A s'est vu adresser une proposition de rectification n° 2120 en date du 9 mai 2017 lui notifiant des redressements en matière d'impôt sur le revenu, de contributions sociales et de contribution sur les hauts revenus. Les impositions supplémentaires au titre des années 2014 et 2015 ayant été mises en recouvrement le 31 décembre 2017 et les réclamations contentieuses formées par le contribuable les 12 avril 2018 et 21 décembre 2020 ayant fait l'objet de décisions de rejet en date respectivement du 9 juillet 2018 et du 1er mars 2021, M. A demande au tribunal, par la présente requête, de prononcer la réduction, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, de contribution sur les hauts revenus et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre des années 2014 et 2015.

Sur les conclusions aux fins de décharge :

En ce qui concerne la régularité de la procédure :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " l'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation ". Selon l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée. / () ". Il résulte de ces dispositions que, pour être régulière, une proposition de rectification doit comporter la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition et de la base d'imposition, et énoncer les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les redressements envisagés, de façon à permettre au contribuable de formuler ses observations de façon entièrement utile.

3. S'agissant tout d'abord des rehaussements en matière de revenus fonciers, il résulte des termes mêmes de la proposition de rectification n° 2120, adressée le 9 mai 2017 à M. A, que celle-ci précise clairement les motifs de fait et de droit ayant conduit le service vérificateur à remettre en cause le déficit foncier déclaré au titre des années en litige. Elle indique ainsi que le déficit antérieur non encore imputé de 16 499 euros n'avait plus lieu d'être déclaré sur la déclaration des revenus de 2015 dès lors que, suite à une procédure de rectification en date du 24 mai 2016 et visant l'année 2014, ce même déficit restant à imputer avait été annulé. Elle met par ailleurs le contribuable à même de comprendre les circonstances de faits qui l'ont conduite à refuser les deux déficits reportables déclarés par la SCI Carogil en application du II de l'article 15 du code général des impôts en se référant à la motivation de la proposition de rectification adressée à cette société le 9 mai 2017, et qui, contrairement à ce que soutient le requérant, est jointe en annexe de la proposition de rectification litigieuse et identifie le bien immobilier concerné par les déclarations de revenus fonciers n° 2072 de la SCI comme étant celui qu'elle a acquis au 335 avenue du président John Kennedy, 13007 Marseille.

4. S'agissant ensuite des rehaussements en matière de revenus de capitaux mobiliers, la proposition de rectification du 9 mai 2017 adressée à M. A vise explicitement l'article 54 du code général des impôts exigeant que la comptabilité soit appuyée de pièces justificatives et l'article 39-1 du même code permettant de déduire les charges du bénéficie net imposable de la société. Elle expose que les rectifications sont fondées sur l'absence de justificatifs des frais relatifs aux indemnités kilométriques déduits par la société Médis Santé, en détaillant que, d'une part, les documents produits n'étant pas au nom de M. A il n'est pas possible de considérer qu'ils ont été engagés dans l'intérêt de l'exploitation, d'autre part, en l'absence de facture d'entretien et de réparation, il n'est pas justifié du kilométrage réalisé.

5. S'agissant enfin de la remise en cause du quotient familial de deux parts appliqué à M. A, la proposition de rectification qui lui a été adressée, après avoir explicitement visé l'article 19-1 alinéa 3 du code général des impôts, cite les éléments du dossiers qui conduisent l'administration fiscale à considérer que l'intéressé n'assume pas la charge effective d'entretien et d'éducation de ses deux enfants, en particulier les adresses de déclaration différentes entre les deux parents, la déclaration des deux enfants mineurs comme résidant chez leur mère, et leur scolarisation à proximité du domicile de celle-ci.

6. Il résulte de ce qui précède que, sur chacun des chefs de redressement envisagés, l'administration fiscale a exposé clairement les motifs de faits et de droit qui ont fondé sa proposition de rectification. Dès lors, M. A, qui a été mis à même de présenter utilement ses observations, n'est pas fondé à se prévaloir d'une méconnaissance des exigences posées par les dispositions citées au point 2.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " () Lorsque l'administration rejette les observations du contribuable sa réponse doit également être motivée ". L'exigence de motivation de la réponse aux observations du contribuable qui s'impose à l'administration dans ses relations avec le contribuable vérifié s'apprécie au regard de l'argumentation développée par celui-ci dans ses observations.

8. M. A soutient que la réponse à ses observations ne répond pas, sinon de manière lacunaire et inintelligible, aux observations qu'il a formulées, en particulier aux observations ampliatives qu'il a présentées le 12 octobre 2017. Toutefois, d'une part, le courrier du 12 octobre 2017 ne saurait constituer des observations auxquelles l'administration était tenue de répondre, faute d'avoir été envoyées dans le délai prorogé de 60 jours qui a commencé à courir le 16 mai 2017, date de réception par le contribuable de la proposition de rectification le concernant. D'autre part, il résulte de la lecture du courrier de l'administration fiscale en date du 11 septembre 2017 que celui-ci répond de manière suffisamment motivée au sens du dernier alinéa de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales aux observations présentées par le contribuable le 11 juillet 2017 portant sur les rehaussements en matière de revenus de capitaux mobiliers, puisqu'il se réfère tout d'abord à la proposition de rectification adressée à la SAS Médis Santé, dont il cite in extenso le passage relatif aux indemnités de frais kilométriques, exposant les raisons qui ont poussé le service vérificateur à considérer que les justificatifs de ces frais sont insuffisants et à rejeter leur déduction, et explique ensuite que la taxation de cette somme entre les mains de M. A dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers et les prélèvements sociaux afférents au titre des années 2014 et 2015 en est une conséquence. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la réponse aux observations du contribuable doit être écarté.

9. En troisième lieu, aux termes du I de l'article L 59 A du livre des procédures fiscales, la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires intervient dans des litiges portant sur : " - le montant du résultat (industriel et commercial, agricole, non commercial) ou du chiffre d'affaires, déterminé selon un mode réel d'imposition ;/- les conditions d'application des régimes d'exonération ou d'allégements fiscaux en faveur des entreprises nouvelles, à l'exception de la qualification des dépenses de recherche mentionnées à l'article 244 quater B, II du CGI ;/- l'appréciation du caractère normal des rémunérations versées par les entreprises industrielles ou commerciales ;/- la valeur vénale des biens soumis à la TVA immobilière ". La commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires n'est donc pas compétente en cas de contestation portant sur des revenus de capitaux mobiliers, cette matière ne figurant pas au nombre de celles relevant de sa compétence.

10. En l'espèce il est constant que les impositions litigieuses frappent les revenus de capitaux mobiliers de M. A que l'administration fiscale a considérés comme ayant été distribués par la SAS Médis Santé au sens du c de l'article 111 du code général des impôts, et non, comme le soutient le contribuable, des rectifications opérées aux visas du 1.1° ou du 5 de l'article 39 du code général des impôts afférentes à la qualification de rémunérations occultes des avantages identifiés à l'égard d'un dirigeant ou tout autre bénéficiaire. Dès lors, M. A ne saurait utilement faire valoir qu'en rayant, sur la page de garde du courrier n° 3926 en date du 11 septembre 2017 répondant à ses observations, la mention de la possibilité de saisir la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, l'administration l'aurait privé d'une garantie procédurale.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que la procédure d'imposition est entachée d'irrégularités.

En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :

S'agissant des rehaussements en matière de revenus fonciers :

12. Il résulte de l'instruction, en particulier de la proposition de rectification n° 2120 adressée le 9 mai 2017 à M. A, que l'administration fiscale a remis en cause, au titre de l'année 2015, un déficit foncier imputable sur le revenu global de 2 474 euros, un déficit imputable reportable sur les revenus fonciers de 2 744 euros et un déficit antérieur non encore imputé de 16 499 euros.

13. En premier lieu, il est constant que M. A n'a déclaré aucun revenu foncier pour 2015. Dès lors, la remise en cause par l'administration fiscale des déficits imputables reportables sur les revenus fonciers est sans incidence sur les impositions en litige et les moyens visant à contester ces rectifications sont inopérants.

14. En second lieu, pour remettre en cause l'imputation par M. A sur son revenu global 2015, à hauteur de 2 474 euros, du déficit foncier déclaré par la SCI Carogil, l'administration fiscale a considéré que les charges concernées, constituées de frais et charges et d'intérêts d'emprunt exposés par la société pour le bien immobilier qu'elle a acquis au 335 avenue du président John Kennedy dans le 7ème arrondissement de Marseille, n'étaient pas déductibles dès lors qu'elles ne sont pas engagées en vue de l'acquisition ou de la conservation du revenu foncier.

15. En effet, aux termes de l'article 13 du code général des impôts : "1. Le bénéfice ou revenu imposable est constitué par l'excédent du produit brut, y compris la valeur des profits et avantages en nature, sur les dépenses effectuées en vue de l'acquisition et de la conservation du revenu ". Aux termes du II de l'article 15 du code général des impôts : " Les revenus des logements dont le propriétaire se réserve la jouissance ne sont pas soumis à l'impôt sur le revenu () ". Aux termes de l'article 28 du même code : " Le revenu net foncier est égal à la différence entre le montant du revenu brut et le total des charges de la propriété ". Aux termes de l'article 31 du code général des impôts : " I. - Les charges de la propriété déductibles pour la détermination du revenu net comprennent : / 1° Pour les propriétés urbaines : /a) Les dépenses de réparation et d'entretien effectivement supportées par le propriétaire ; / a bis) Les primes d'assurance ; / a ter) Le montant des dépenses supportées pour le compte du locataire par le propriétaire dont celui-ci n'a pu obtenir le remboursement, au 31 décembre de l'année du départ du locataire ; / a quater) Les provisions pour dépenses, comprises ou non dans le budget prévisionnel de la copropriété, prévues à l'article 14-1 de la loi n° 65-557 du 10 juillet 1965 fixant le statut de la copropriété des immeubles bâtis, supportées par le propriétaire, diminuées du montant des provisions déduites l'année précédente qui correspond à des charges non déductibles ; / b) Les dépenses d'amélioration afférentes aux locaux d'habitation, à l'exclusion des frais correspondant à des travaux de construction, de reconstruction ou d'agrandissement, ainsi que des dépenses au titre desquelles le propriétaire bénéficie du crédit d'impôt sur le revenu prévu à l'article 200 quater ou de celui prévu à l'article 200 quater A ; / () ".

16. Il résulte de ces dispositions que les dépenses mentionnées au I de l'article 31 du code général des impôts précité ne peuvent être déduites du revenu foncier brut que dans la mesure où les charges alléguées sont dûment justifiées, se rapportent à des immeubles dont les revenus sont imposables dans la catégorie des revenus fonciers, sont effectivement supportées par le propriétaire et sont engagées en vue de l'acquisition et de la conservation du revenu.

17. Alors que l'administration fait valoir que la société Carogil ne déclare pas de revenu depuis 2012 et que le local est donc vacant depuis trois ans en 2014 et en 2015, M. A, qui se borne à soutenir que le local concerné n'était pas en état d'habitabilité et qu'il a été reloué dès la fin des travaux de remise en état, sans verser à l'appui de ces affirmations la moindre pièce justificative, ne démontre pas les diligences effectuées en vue de permettre sa mise en location et le caractère déductible des charges alléguées.

18. Il résulte de ce qui précède que c'est à bon droit que l'administration a réintégré la somme de 2 474 euros au revenu global 2015 de M. A.

S'agissant des rehaussements en matière de revenus de capitaux mobilier :

19. Il résulte de l'instruction qu'à l'issue de la vérification de comptabilité de la SAS Médis Santé, l'administration fiscale a considéré que la société avait comptabilisé des remboursements de frais kilométriques liés à l'utilisation d'un ou de véhicules personnels du dirigeant, M. A, sans justificatif permettant d'établir qu'ils correspondent effectivement à des missions de caractère professionnel et du kilométrage parcouru au titre des besoins professionnels. Elle a donc rejeté leur déduction sur le fondement du 39-1 du code général des impôts et réintégré les sommes correspondantes au résultat fiscal de la société. Elle s'est alors fondée sur les dispositions du c de l'article 111 du code général des impôts pour imposer les sommes correspondantes, soit 24 313 euros au titre de 2014 et 26 557 euros au titre de 2015, entre les mains de M. A.

20. Aux termes de l'article 111 du code général des impôts : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : () / c. Les rémunérations et avantages occultes ".

21. Lorsqu'une société se dessaisit d'une somme au profit d'un tiers sans que la comptabilisation de cette opération ne révèle, par elle-même, l'octroi d'un avantage, il appartient à l'administration, si elle entend faire application des dispositions du c de l'article 111 du code général des impôts pour imposer dans les mains du tiers cette somme, d'établir, d'une part, que cette opération ne comportait pas de contrepartie pour la société, d'autre part, qu'il existait une intention pour celle-ci d'octroyer, et pour le tiers, de recevoir, une libéralité.

22. En premier lieu, M. A soutient que l'administration fiscale ne démontre pas que les sommes en litige n'ont pas été engagées en contrepartie de son activité au sein de la SAS Médis Santé.

23. Il résulte toutefois de l'instruction qu'en réponse aux demandes du service vérificateur formulées dans le cadre de la vérification de comptabilité de la SAS Médis Santé concernant les frais relatifs aux indemnités kilométriques inscrites en comptabilité au titre des trois exercices clos en 2014, 2015 et 2016, la société s'est bornée à produire, d'une part, le certificat d'immatriculation d'un véhicule de marque Mercedes accompagné de deux factures d'entretien correspondant à ce véhicule, qui n'ont pas été établies au nom du dirigeant de la société, M. A, d'autre part, le certificat d'immatriculation d'un véhicule Mini-Cooper établi au nom de M. A, sans aucune facture d'entretien de ce véhicule permettant de déterminer le kilométrage parcouru, alors que l'état de déplacement annuel et la copie de l'agenda concernant les déplacements professionnels du dirigeant de la société ne permettent pas davantage de justifier de la réalité des frais de déplacements dont se prévaut la SAS Médis Santé. Dans ces conditions, le service vérificateur était fondé à remettre en cause le caractère déductible de ces charges au titre des exercices clos en 2014 et 2015, et l'administration fiscale doit être regardée comme ayant rapporté la preuve qui lui incombe de ce que l'exposition des sommes en litige ne comportait pas de contrepartie pour la société.

24. En deuxième lieu, la comptabilisation comme remboursement de frais professionnels de sommes correspondant en réalité à des déplacements personnels du dirigeant ne répond pas à l'exigence d'une comptabilisation explicite des avantages en nature, telle qu'elle résulte des dispositions de l'article 54 bis du code général des impôts aux termes duquel " Les contribuables visés à l'article 53 A doivent obligatoirement inscrire en comptabilité, sous une forme explicite, la nature et la valeur des avantages en nature accordés à leur personnel ", de sorte que la prise en charge de ces frais par la société constitue un avantage occulte taxable entre les mains de l'intéressé dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers en application du c de l'article 111 du même code. M. A n'est dès lors pas davantage fondé à contester la qualification d'avantage occulte au sens des dispositions du c de l'article 111 du code général des impôts.

25. En troisième lieu, le requérant ne saurait sérieusement soutenir pour la première fois en réplique que l'administration fiscale n'apporte pas la preuve qu'il aurait appréhendé les sommes afférentes au véhicule Mercedes classe C dès lors que son père en est le propriétaire.

26. Il résulte de tout ce qui précède que l'administration était fondée à qualifier de revenus distribués au sens du c de l'article 111 du code général des impôts visant les " avantages et rémunérations occultes ", les sommes réintégrées au résultat imposable de la SAS Médis Santé du fait de la remise en cause de leur déductibilité en tant que charges, ces revenus distribués étant imposables à l'impôt sur le revenu au nom du bénéficiaire, M. A, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers.

S'agissant de la remise en cause du quotient familial :

27. Pour remettre en cause le quotient familial de deux parts dont a bénéficié M. A au titre des années en litige et lui substituer un quotient familial d'une seule part, l'administration a considéré que le contribuable n'assumait pas la charge effective d'entretien et d'éducation de ses deux enfants mineurs.

28. Il résulte de la combinaison des dispositions du 1 de l'article 6 du code général des impôts avec celle des articles 193, 193 ter, 194 et du 1° de l'article 196 de ce code que les parents vivant en concubinage qui ont un ou plusieurs enfants communs sont imposables séparément à l'impôt sur le revenu et bénéficient chacun d'un nombre de parts de quotient familial déterminé en fonction des enfants dont ils assument, le cas échéant, la charge d'entretien à titre exclusif ou principal. Dans le cas où la charge d'entretien d'un enfant mineur est partagée et qu'aucun des deux parents ne justifie en avoir la charge principale, cette charge est réputée être également partagée et ouvre par conséquent droit, pour chaque parent, à une majoration du nombre de parts de quotient familial égale à la moitié de celle à laquelle ouvrirait droit un enfant dont ce parent assumerait la charge d'entretien à titre exclusif ou principal, cette majoration étant déterminée dans les conditions prévues par les sixième à neuvième alinéas du I de l'article 194 du code général des impôts.

29. Si M. A soutient qu'au cours des années 2014 et 2015, il résidait avec sa concubine, Mme C à Sanary-sur-Mer et qu'il partage avec elle la charge de l'entretien et de l'éducation de leurs deux enfants mineurs, les pièces qu'il produit à l'appui de ses écritures ne permettent toutefois pas de l'établir. En effet, les pièces constituées d'un extrait du livret de famille, ainsi que de quelques courriers et factures d'eau et d'énergie datés postérieurement ou antérieurement à la période en litige, ne renseignent nullement sur le lieu de résidence de M. A au cours de celle-ci, alors que les quelques documents épars constitués de courriers, factures et bons de livraison correspondant effectivement aux années en litige sont dépourvus de force probante. En outre, l'intéressé ne conteste pas, d'une part, que l'imposition séparée des deux contribuables n'est pas établie à la même adresse, celle de M. A l'étant à Marseille et celle de Mme C à Sanary-sur-Mer, d'autre part, que Mme C a déclaré les deux enfants à sa charge exclusive au titre de l'impôt sur le revenu 2014 et 2015, en cohérence avec la scolarisation de ceux-ci à proximité de son domicile.

30. Il résulte de ce qui précède que M. A n'établit pas, ainsi qu'il lui incombe, qu'il résidait avec sa concubine Mme C en 2014 et 2015 et qu'il assumait, de manière partagée avec celle-ci, la charge de leurs deux filles mineures. Il ne saurait dès lors prétendre au bénéfice d'un quart de part supplémentaire au titre du quotient familial et c'est à bon droit que l'administration fiscale a remis en cause le quotient familial de deux parts appliqué au titre des années en litige pour lui substituer un quotient familial d'une part.

S'agissant des contributions sociales des années 2014 et 2015 :

31. Aux termes de l'article L. 136-6 du code de la sécurité sociale : " I. Les personnes physiques fiscalement domiciliées en France au sens de l'article 4 B du code général des impôts sont assujetties à une contribution sur les revenus du patrimoine assise sur le montant net retenu pour l'établissement de l'impôt sur le revenu, à l'exception de ceux ayant déjà supporté la contribution au titre des articles L. 136-3, L. 136-4 et L. 136-7 :() / c) Des revenus de capitaux mobiliers ".

32. Il résulte de ce qui a été dit plus haut que c'est à bon droit que les sommes correspondant au remboursement de frais kilométriques engagés par la SAS Médis Santé au bénéfice de M. A ont été imposées entre les mains de ce dernier dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers. Dès lors, c'est à bon droit également que l'administration fiscale a intégré ces revenus dans la base des contributions sociales auxquelles le contribuable doit être soumis en application des dispositions de l'article L. 136-6 du code de la sécurité sociale, et le requérant ne saurait sérieusement se prévaloir de ce que l'article précité ne cite pas expressément " les rémunérations et avantages occultes ".

En ce qui concerne les majorations et intérêts de retard :

33. D'une part, aux termes de l'article 1727 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable : " I.- Toute créance de nature fiscale, dont l'établissement ou le recouvrement incombe aux administrations fiscales, qui n'a pas été acquittée dans le délai légal donne lieu au versement d'un intérêt de retard ".

34. D'autre part, aux termes du I de l'article 1758 A du même code dans sa version applicable : " Le retard ou le défaut de souscription des déclarations qui doivent être déposées en vue de l'établissement de l'impôt sur le revenu ainsi que les inexactitudes ou les omissions relevées dans ces déclarations, qui ont pour effet de minorer l'impôt dû par le contribuable ou de majorer une créance à son profit, donnent lieu au versement d'une majoration égale à 10 % des droits supplémentaires ou de la créance indue ".

35. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que les moyens tirés de ce que le requérant doit être déchargé des intérêts de retard et de la majoration prévue à l'article 1758 A du code général des impôts, en conséquence du caractère infondé des impositions contestées, doivent être écartés.

36. En deuxième lieu, il résulte également de ce qui a été dit précédemment que les redressements en litige découlent des inexactitudes ou omissions de M. A dans les déclarations qu'il a déposées en vue de l'établissement de son impôt sur le revenu au titre des années 2014 et 2015. L'administration était donc fondée à appliquer la majoration de 10 % prévue par les dispositions précitées de l'article 1758 A du code général des impôts.

37. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 80 D du livre des procédures fiscales : " Les décisions mettant à la charge des contribuables des sanctions fiscales sont motivées au sens des articles L. 211-2 à L. 211-7 du code des relations entre le public et l'administration, quand un document ou une décision adressés au plus tard lors de la notification du titre exécutoire ou de son extrait en a porté la motivation à la connaissance du contribuable () ".

38. D'une part, les intérêts de retard prévus par le premier alinéa de l'article 1727 du code général des impôts s'appliquent indépendamment de toute appréciation portée par l'administration fiscale sur le comportement du contribuable et n'ont, dès lors, pas le caractère d'une sanction mais d'une réparation du préjudice subi par le Trésor, à raison du non-respect par le contribuable de ses obligations de déclarer et payer l'impôt aux dates légales Par suite, le requérant ne peut utilement se prévaloir de l'absence de motivation des intérêts de retard qui ont été mis à sa charge, qui n'ont pas la nature d'une sanction.

39. D'autre part, il résulte de la lecture de la proposition de rectification en date du 9 mai 2017 que le service vérificateur, en ne citant que la partie du I de l'article 1758 A précité concernant les inexactitudes ou les omissions relevées dans les déclarations, qui ont pour effet de minorer l'impôt dû par le contribuable ou de majorer une créance à son profit, a porté à la connaissance de l'intéressé les circonstances de faits qui fondent l'application de la majoration de 10 %. Dès lors le moyen tiré du défaut de motivation de la majoration de 10 % qui a été appliquée à M. A manque en fait et doit être écarté.

Sur les frais liés au litige :

40. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas partie perdante, une quelconque somme au titre des frais exposés non compris dans les dépens exposés par M. A dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la directrice du contrôle fiscal Sud-Est Outre-mer.

Délibéré après l'audience du 17 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Brossier, président,

Mme Charpy, première conseillère,

Mme Pouliquen, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juin 2024.

La rapporteure,

Signé

C. Charpy

Le président,

Signé

J.B. Brossier

La greffière,

Signé

D. Dan

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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