vendredi 2 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2104075 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | MATHIEU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 mai 2021, l'EURL AJC, représentée par la SARL MD Consult, agissant par Me Mathieu, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2010, 2011 et 2012, pour un montant total de 292 340 euros, ainsi que des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés pour la période du 1er janvier 2010 au 31 décembre 2012 pour un montant total de 390 378 euros ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- c'est à tort que l'administration a rejeté sa comptabilité ;
- les conditions d'exploitation n'ayant pas varié, elle ne peut avoir réalisé une telle progression de chiffre d'affaires.
Par un mémoire en défense enregistré le 15 septembre 2021, la directrice régionale des finances publiques de Provence-Alpes-Côte d'Azur et du département des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête, à titre principal comme irrecevable, à titre subsidiaire comme non fondée.
Elle fait valoir que :
- la requête est tardive ;
- les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Charpy,
- les conclusions de M. Secchi, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. L'EURL AJC, qui exerce une activité de bar musical et discothèque sous l'enseigne " Au son des Guitares ", a fait l'objet d'une procédure de vérification de l'ensemble de ses déclarations fiscales ou opérations susceptibles d'être examinées et portant sur la période du 1er janvier 2010 au 31 décembre 2012, à l'issue de laquelle une proposition de rectification n° 3924 a été remise en main propre le 19 décembre 2013 à M. A C, régulièrement mandaté par Mme B C, gérante de l'EURL. Des rehaussements en matière d'impôt sur les sociétés ont été effectués au titre des exercices clos en 2010 et 2012 selon la procédure de taxation d'office prévue par les articles L. 66-2° et L. 68 du livre des procédures fiscales et au titre de l'exercice clos en 2011 selon la procédure de rectification contradictoire prévue par les articles L. 55 et suivants du même code. Des rappels en matière de taxe sur la valeur ajoutée ont également été effectués selon la procédure de rectification contradictoire. Les impositions supplémentaires ayant été mises en recouvrement le 27 février 2015 et sa réclamation contentieuse du 2 avril 2015, complétée le 23 juin 2015, ayant fait l'objet de deux décisions de rejet en date du 11 décembre 2017, renvoyées le 29 janvier 2019, l'EURL demande au tribunal de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2010, 2011 et 2012 pour un montant total de 292 340 euros, ainsi que des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés pour la période du 1er janvier 2010 au 31 décembre 2012 pour un montant total de 390 378 euros.
Sur les conclusions aux fins de décharge :
En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :
S'agissant du rejet de la comptabilité :
2. Aux termes des dispositions de l'article 192 du livre des procédures fiscales : " Lorsque l'une des commissions visées à l'article L. 59 est saisie d'un litige ou d'une rectification, l'administration supporte la charge de la preuve en cas de réclamation, quel que soit l'avis rendu par la commission. / Toutefois, la charge de la preuve incombe au contribuable lorsque la comptabilité comporte de graves irrégularités et que l'imposition a été établie conformément à l'avis de la commission. La charge de la preuve des graves irrégularités invoquées par l'administration incombe, en tout état de cause, à cette dernière lorsque le litige ou la rectification est soumis au juge. () ".
3. Il résulte de l'instruction que l'EURL AJC a comptabilisé de façon globale les recettes sur des feuilles préremplies puis complétées du nombre de consommations manuellement, sans détail du mode de paiement. Il en résulte que le vérificateur n'était pas en mesure de vérifier l'exactitude des écritures comptables, l'enregistrement global des recettes empêchant tout chemin de révision journalier. Pour ce seul motif, en l'absence de caisse enregistreuse, ou de double de pièce justificative individuelle délivrée au client indiquant la nature du produit, le prix, les modalités de règlement et comportant une numérotation continue, le service vérificateur était en droit de considérer que la comptabilité était dépourvue de caractère probant et devait par suite être rejetée.
4. A cet égard, en se bornant à affirmer que les feuillets établis chaque jour donnent les quantités vendues par consommation et la consistance des ventes à la journée, et que l'absence de conservation de pièces justificatives et d'indication du mode de paiement n'empêchent pas la reconstitution du solde de caisse, l'EURL AJC ne conteste pas sérieusement le bien-fondé du rejet de sa comptabilité par le service vérificateur.
S'agissant de la reconstitution de chiffre d'affaires :
5. D'une part, aux termes de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales : " Lorsque l'une des commissions visées à l'article L. 59 est saisie d'un litige ou d'une rectification, l'administration supporte la charge de la preuve en cas de réclamation, quel que soit l'avis rendu par la commission. / Toutefois, la charge de la preuve incombe au contribuable lorsque la comptabilité comporte de graves irrégularités et que l'imposition a été établie conformément à l'avis de la commission. () ". Dès lors qu'en l'espèce, ainsi qu'il a été dit au point 4, l'administration doit être regardée comme établissant que les irrégularités de la comptabilité sont graves, et que l'imposition a été établie conformément à l'avis de la commission départementale des impôts directs en date du 9 octobre 2014, il appartient à la société requérante de démontrer l'exagération des impositions mises à sa charge.
6. D'autre part, dans le cas où la comptabilité d'un contribuable a été à bon droit écartée comme non probante, il appartient à l'administration de procéder à l'évaluation du chiffre d'affaires d'après les éléments dont elle dispose. Le contribuable à qui incombe la charge de prouver l'exagération d'une reconstitution de ses recettes peut, s'il n'est pas en mesure d'établir le montant exact de ses résultats en s'appuyant sur une comptabilité régulière et probante, soit critiquer la méthode d'évaluation que l'administration a suivie, en vue de démontrer que cette méthode aboutit, au moins sur certains points et pour un certain montant, à une exagération des bases d'imposition, soit encore, aux mêmes fins, soumettre à l'appréciation du juge une nouvelle méthode d'évaluation permettant de déterminer les bases d'imposition avec une précision meilleure que celle qui pouvait être atteinte par la méthode primitivement utilisée par l'administration. A l'appui de sa démonstration, il peut, en cours d'instance, non seulement apporter tous éléments de preuve comptables ou extracomptables, mais aussi se fonder sur des faits reconnus exacts par l'administration, ou dont le juge serait amené, en cas de contestation, à reconnaître l'exactitude.
7. Il résulte de l'instruction, en particulier de la proposition de rectification n° 3924 en date du 11 décembre 2013, que le chiffre d'affaires de l'EURL AJC a été reconstitué pour les exercices clos en 2010, 2011 et 2012 en appliquant un coefficient à partir des achats présentés lors des opérations de contrôle, corroborés par l'utilisation du droit de communication visé aux articles L. 81 et suivants du livre des procédures fiscales, à l'exception du fournisseur Grimaldi pour lequel il n'a pas été obtenu les copies des factures, seulement le grand-livre.
8. En se bornant à faire valoir que ses conditions d'exploitation n'ayant pas varié, elle ne peut avoir réalisé une telle progression de chiffre d'affaires, alors que l'administration fait valoir en défense que les charges d'exploitation ont augmenté très significativement sur la période vérifiée ce qui explique l'augmentation corrélative du chiffre d'affaires déterminé par le service, l'EURL AJC n'apporte pas la preuve qui lui incombe de ce que la méthode de reconstitution du chiffre d'affaires utilisée par le service vérificateur serait excessivement sommaire ou radicalement viciée dans son principe ou aboutirait à des impositions exagérées. Par suite, la requérante, qui ne soumet à l'appréciation du juge aucune autre méthode d'évaluation alternative, n'est pas fondée à demander au tribunal de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et de cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquels elle a été assujettie au titre des périodes en litige.
9. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, les conclusions aux fins de décharge présentées par l'EURL AJC doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas partie perdante, une quelconque somme au titre des frais exposés non compris dans les dépens exposés par l'EURL AJC.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de l'EURL AJC est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'EURL AJC et à la directrice régionale des finances publiques de Provence-Alpes-Côte d'Azur et du département des Bouches-du-Rhône.
Délibéré après l'audience du 12 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Brossier, président,
Mme Charpy, conseillère,
Mme Pouliquen, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 février 2024.
La rapporteure,
Signé
C. Charpy
Le président,
Signé
J.B. Brossier
La greffière,
Signé
D. Dan
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
N°2104075
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026