vendredi 20 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2104117 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP ANDRE - ANDRE & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 mai 2021 et un mémoire non communiqué enregistré le 4 septembre 2023, la SARL La Pêcherie, représentée par la SCP André et André, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie, pour un montant total de 236 416 euros au titre des exercices clos en 2015, 2016 et 2017, ainsi que des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017 pour un montant total de 103 775 euros ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 6 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle a été privée de débat oral et contradictoire, dès lors que l'administration n'a pas accepté la constitution d'avocat en lieu et place de la représentation de la société par son expert-comptable ;
- la procédure de contrôle portant sur les déficits des exercices clos de 2011 à 2014 est irrégulière à défaut d'avoir été précédée d'un avis de vérification ;
- la procédure d'imposition est irrégulière dès lors que le vérificateur ne lui a pas communiqué, alors qu'elle en avait fait la demande, les renseignements et documents obtenus dans le cadre de son droit de communication ;
- la procédure d'imposition est irrégulière dès lors qu'elle n'a pas été en mesure de faire valoir ses observations sur les rehaussements proposés, la proposition de rectification renvoyant seulement à un CD-ROM illisible contenant les modalités de reconstitution ;
- la proposition de rectification, insuffisamment motivée, n'a pas interrompu la prescription de l'action en reprise de l'administration ;
- en refusant le report de la séance de la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffres d'affaire du Var alors que son conseil était empêché d'y assister pour des motifs de santé sérieux, l'administration l'a privée d'une garantie procédurale et a méconnu le principe du contradictoire ;
- la reconstitution du chiffre d'affaires de restauration selon la méthode des liquides, faute d'avoir tenu compte de l'activité réelle de l'entreprise, est entachée d'un vice substantiel ;
- cette méthode est viciée dès lors que n'ont pas été pris en compte les évènements festifs lors desquels la part des liquides servis est significative dans " les ratios " retenus, et qu'elle part de l'hypothèse selon laquelle le stock de marchandises a gardé une valeur constante à la clôture des exercices ;
- la majoration de 40 % pour manquement délibéré est insuffisamment motivée et injustifiée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juillet 2021, la directrice régionale des finances publiques de Provence-Alpes-Côte d'azur et du département des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la charge de la preuve pèse sur la société requérante ;
- la vérification s'est déroulée dans les locaux de l'entreprise et au cabinet de son comptable ; un débat oral et contradictoire a eu lieu ; il appartenait à la société requérante d'informer son avocat des rendez-vous auxquels elle souhaitait le voir assister ;
- l'avis de vérification fait mention d'une vérification portant sur les exercice clos en 2015, 2016 et 2017 ; le contrôle des déficits des exercices 2011 à 2014 sur l'exercice 2015, premier exercice non prescrit faisant l'objet du contrôle de comptabilité ne nécessite pas l'envoi d'un avis complémentaire indiquant l'année d'origine du déficit ;
- les informations obtenues suite au droit de communication ont été transmises au conseil de la société requérante le 29 octobre 2018, avant la mise en recouvrement le 15 juillet 2020 ;
- la proposition de rectification fait état de l'ensemble des éléments participant à la reconstitution de recettes, renvoyant à la lecture des annexes papiers jointes présentées sous forme de tableaux exhaustifs et détaillés parfaitement lisibles ; l'" illisibilité " alléguée du CD ROM communiqué est inopérante dès lors que les données qu'il contient sont issues de la caisse de la société ; au demeurant, à aucun moment la société requérante ne s'est rapprochée du service vérificateur ;
- à défaut d'éléments permettant de justifier de nombreuses manifestations au cours desquelles seules des boissons auraient été servies, l'activité " bar " ne peut qu'être maintenue dans les proportions indiquées par la gérante au cours des opérations sur place ;
- il n'a pas été tenu compte des stocks dans la reconstitution de recettes car les inventaires aux 30 septembre 2014, 2015 et 2017 étaient globalisés, portant seulement mention du prix et des quantités, tandis que l'inventaire du 30 septembre 2016 ne portait aucune autre mention que le prix global ;
- c'est à bon droit que l'administration appliqué la majoration pour manquement délibéré et cette application a été suffisamment motivée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Charpy,
- les conclusions de M. Secchi, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société à responsabilité limitée (SARL) La Pêcherie, qui exerce une activité de restauration et brasserie à la Ciotat, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur l'ensemble de ses déclarations fiscales concernant les exercices clos en 2015, 2016 et 2017. À l'issue de cette procédure, une proposition de rectification n° 3924 en date du 21 août 2018 lui a notifié, selon la procédure de rectification contradictoire, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée ainsi que des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés, assortis des intérêts de retard et de la majoration pour manquement délibéré prévue par l'article 1729 du code général des impôts. Sa réclamation contentieuse formée le 18 septembre 2010 ayant fait l'objet d'une décision de rejet par l'administration fiscale le 9 mars 2021, la SARL La Pêcherie demande au tribunal de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie, pour un montant total de 236 416 euros au titre des exercices clos en 2015, 2016 et 2017, ainsi que des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017 pour un montant total de 103 775 euros.
Sur les conclusions aux fins de décharge :
En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :
2. En premier lieu, dans le cas où la vérification de la comptabilité d'une entreprise a été effectuée soit, comme il est de règle, dans ses propres locaux, soit, si son dirigeant ou représentant l'a expressément demandé, dans les locaux du comptable auprès duquel sont déposés les documents comptables, c'est au contribuable qui allègue que les opérations de vérification ont été conduites sans qu'il ait eu la possibilité d'avoir un débat oral et contradictoire avec le vérificateur de justifier que ce dernier se serait refusé à un tel débat.
3. En l'espèce, d'abord, il résulte de l'instruction que la vérification de comptabilité de la SARL La Pêcherie a débuté par une première intervention qui a eu lieu le 2 février 2018 dans ses propres locaux, puis s'est poursuivie, à la demande de Mme A gérante de la société, au cabinet du comptable Azur Compta, au cours de plusieurs entretiens qui se sont déroulés notamment les 28 février, 7 mars, 11 avril, 18 avril, 25 avril, 13 juin, 20 juin et 27 juin 2018. À cet égard, l'administration précise dans son mémoire en défense, sans être contestée sérieusement par la requérante, que lors de ces entretiens, la gérante a été informée des droits de communication effectués, a fourni l'ensemble des éléments nécessaires à la reconstitution de recettes, qui sont présumés conformes aux conditions d'exploitation de la société, et ses remarques tenant aux quantités, offerts, pertes, consommation du personnel, partie bar, ont été retenues par la vérificatrice.
4. Ensuite, la société requérante fait valoir pour sa part que, bien qu'elle ait informé l'administration par un courrier électronique du 23 juillet 2018, doublé d'un pli recommandé avec demande d'accusé de réception, du mandat nouvellement confié à la SCP d'avocats André et André et de la caducité de tout mandat antérieurement délivré, l'administration n'a pas invité son conseil à une réunion explicative des conclusions du contrôle et s'est présentée pour une dernière rencontre le 25 juillet 2018 au cabinet de son expert comptable. Toutefois, il résulte de l'instruction, notamment de la lecture de la proposition de rectification en date du 21 août 2021, que lors de l'entretien du 18 juillet 2018 au cours duquel l'ensemble des rehaussements ont été présentés à Mme A, il a été convenu de la tenue d'un dernier entretien le 24 ou le 25 juillet à sa convenance, et l'administration, d'une part, démontre par la production de sa copie que la vérificatrice a adressé à Mme A un courriel le 23 juillet 2018 pour convenir d'un rendez-vous le 25 juillet 2018 à 14h30, d'autre part, fait valoir que la vérificatrice a rappelé ce rendez-vous à l'intéressée en laissant un message sur le répondeur de sa ligne de téléphone portable le 24 juillet, mais que cette dernière, bien que n'ayant manifesté aucune réserve, ne s'est pas présentée dans les locaux du cabinet comptable le jour dit. Ces éléments ne sont pas sérieusement contestés par la requérante qui se borne à produire, sans l'assortir de la moindre explication, la copie quasi illisible d'un accusé de réception comportant un numéro de pli qui ne correspond pas à celui mentionné sur la copie du courrier en question.
5. Dans ces conditions, alors au demeurant que le vérificateur n'était nullement tenu d'adresser au conseil de la contribuable une invitation à assister aux opérations de contrôle, et qu'au surplus, l'administration affirme sans être sérieusement contestée avoir reçu le courrier l'informant du mandat délivré par la société à son conseil le 26 juillet 2018, soit postérieurement au dernier entretien prévu le 25 juillet 2018 auquel la gérante ne s'est pas rendue, la SARL La Pêcherie n'apporte pas la preuve qui lui incombe que le vérificateur lui a refusé le bénéfice d'un débat oral et contradictoire. Ce moyen doit par suite être écarté.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 47 du livre des procédures fiscales : " Un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle d'une personne physique au regard de l'impôt sur le revenu ou une vérification de comptabilité ne peut être engagée sans que le contribuable en ait été informé par l'envoi ou la remise d'un avis de vérification. / Cet avis doit préciser les années soumises à vérification et mentionner expressément, sous peine de nullité de la procédure, que le contribuable a la faculté de se faire assister par un conseil de son choix. () / L'examen au fond des documents comptables ne peut commencer qu'à l'issue d'un délai raisonnable permettant au contribuable de se faire assister par un conseil ".
7. Lorsqu'une entreprise entend imputer sur les résultats d'un exercice non prescrit un report déficitaire provenant d'exercices antérieurs, l'administration est en droit de contrôler l'existence et le montant du déficit reportable, alors même que les exercices au cours desquels se serait produit le déficit n'entrent pas dans la période de contrôle mentionnée dans l'avis de vérification. Par suite c'est sans commettre d'irrégularité, contrairement à ce que soutient la société requérante, que le vérificateur a contrôlé les déficits des exercices 2011 à 2014 sur l'exercice 2015, premier exercice non prescrit faisant l'objet du contrôle de comptabilité, sans avoir au préalable envoyé un avis de vérification complémentaire indiquant les années d'origine des déficits.
8. En troisième lieu aux termes de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales : " L'administration est tenue d'informer le contribuable de la teneur et de l'origine des renseignements et documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition faisant l'objet de la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou de la notification prévue à l'article L. 76. Elle communique, avant la mise en recouvrement, une copie des documents susmentionnés au contribuable qui en fait la demande ". Il incombe à l'administration, quelle que soit la procédure d'imposition mise en œuvre, d'informer le contribuable, avec une précision suffisante, de l'origine et de la teneur des renseignements obtenus auprès de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition, afin de permettre à l'intéressé, notamment, de discuter utilement leur provenance ou de demander que les documents qui, le cas échéant, contiennent ces renseignements soient mis à sa disposition avant la mise en recouvrement des impositions qui en procèdent. En outre, l'obligation faite à l'administration, en application de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales, de tenir à la disposition du contribuable qui le demande, avant la mise en recouvrement d'impositions établies au terme d'une procédure de rectification contradictoire ou par voie d'imposition d'office, les documents ou copies de documents qui contiennent les renseignements qu'elle a utilisés pour procéder aux redressements correspondants, sauf dans le cas où ces renseignements sont librement accessibles au public, permet au contribuable de vérifier l'authenticité de ces documents et d'en discuter la teneur ou la portée et constitue ainsi une garantie pour l'intéressé.
9. Il résulte de l'instruction que le service vérificateur a exercé son droit de communication auprès de la SAS Montaner Pietrini, fournisseur de la société requérante, et auprès de la Caisse d'épargne et que, dans ses observations du 24 septembre 2018, la société requérante a demandé à ce que lui soient communiqués tous les documents détenus par le service vérificateur et obtenus par l'exercice de son droit de communication. À cet égard, les pièces produites par l'administration en défense permettent d'établir que celle-ci a communiqué au conseil de la société requérante, par un courrier en date du 29 octobre 2018 qui a été réceptionné le 5 novembre 2018 soit avant la mise en recouvrement le 15 juillet 2020, les informations obtenues suite au droit de communication. Dans ces conditions, et alors au surplus que les documents obtenus auprès de la SAS Montaner Pietrini n'ont pas servi à fonder les rehaussements contestés, le moyen tiré du non-respect du principe du contradictoire dans sa branche invoquant la méconnaissance des dispositions de l'article L. 76 B. du livre des procédures fiscales doit être écarté.
10. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. / () ". Selon l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée. / () ".
11. Il résulte de ces dispositions que, pour être régulière, une proposition de rectification doit comporter la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition et de la base d'imposition, et énoncer les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les redressements envisagés, de façon à permettre au contribuable de formuler ses observations de façon entièrement utile.
12. Il résulte de l'instruction que la proposition de rectification du 21 août 2021 notifiée à la société requérante mentionne la nature des impôts concernés ainsi que les années et la base d'imposition retenue. Elle précise également l'ensemble des éléments participant à la reconstitution de recettes, renvoyant à la lecture des annexes papiers jointes présentées sous forme de tableaux exhaustifs et détaillés parfaitement lisibles. Cette proposition de rectification est par suite suffisamment motivée pour permettre à la SARL La Pêcherie de présenter utilement ses observations sans que cette société puisse utilement faire valoir l'illisibilité du CD Rom contenant des données issues de la caisse de la société qui sont en outre expliquées au paragraphe 4-4 de la proposition de rectification intitulé " Nature et détail des traitements informatiques réalisés à partir des copies de fichiers communiquées ". Le moyen tiré du non-respect du principe du contradictoire dans sa branche invoquant la méconnaissance des articles L. 57 et R. 57-1 du livre des procédures fiscales doit dès lors être écarté.
13. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 59 du livre des procédures fiscales : " Lorsque le désaccord persiste sur les redressements notifiés, l'administration, si le contribuable le demande, soumet le litige à l'avis () de la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires prévue à l'article 1651 du code général des impôts () Les commissions peuvent également être saisie à l'initiative de l'administration ". Aux termes de l'article R. 60-1 de ce livre : " Lorsque le litige est soumis à la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, en application de l'article L. 59 A () le contribuable est convoqué trente jours au moins avant la date de la réunion ". Aux termes de l'article R. 60-2 du même livre : " Devant la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires prévue à l'article 1651 du code général des impôts () le contribuable peut se faire assister par deux conseils de son choix ".
14. La requérante, qui ne conteste pas avoir été régulièrement convoquée à la séance de la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires qui s'est tenue le 26 novembre 2019, n'établit pas, par la seule production d'un certificat médical daté de la veille qui atteste que son conseil a été examiné en urgence les 24 et 25 novembre pour des difficultés oculaires et que son état de santé contre-indique toute activité professionnelle, avoir informé les membres de la commission des circonstances empêchant son conseil d'être présent à la séance, ni avoir demandé le report de celle-ci. Elle n'apporte par ailleurs aucune précision sur les raisons pour lesquelles elle n'a pas pu se faire assister d'un autre conseil et elle ne s'est pas présentée elle-même à la séance. Dans ces conditions, la SARL La Pêcherie n'est pas fondée à soutenir que le principe du contradictoire a été méconnu.
En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :
S'agissant de la charge de la preuve :
15. Aux termes de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales : " Lorsque l'une des commissions visées à l'article L. 59 est saisie d'un litige ou d'une rectification, l'administration supporte la charge de la preuve en cas de réclamation, quel que soit l'avis rendu par la commission. / Toutefois, la charge de la preuve incombe au contribuable lorsque la comptabilité comporte de graves irrégularités et que l'imposition a été établie conformément à l'avis de la commission. La charge de la preuve des graves irrégularités invoquées par l'administration incombe, en tout état de cause, à cette dernière lorsque le litige ou la rectification est soumis au juge. () ".
16. Il résulte de l'instruction, en particulier de la proposition de rectification du 21 août 2021, que le service vérificateur a rejeté la comptabilité présentée par la société requérante après avoir constaté des anomalies sur les inventaires de stocks présentés résultant de leur caractère globalisé, l'absence de tickets de caisse pour une période de quinze jours en octobre 2015, des anomalies résultant de la marge hors taxe déclarée sur la vente des boissons alcoolisées, des écarts non justifiés entre les quantités d'achats revendus reconstitués et les quantités des ventes enregistrées et comptabilisées. Au regard de ces motifs, qui ne sont pas sérieusement contestés par la société requérante, l'administration doit être regardée comme ayant démontré les graves irrégularités qui l'ont conduite à rejeter sa comptabilité. Dans ces conditions, et dans la mesure où l'imposition a été établie conformément à l'avis de la commission départementale des impôts directs en date du 9 décembre 2019, il appartient à la SARL La Pêcherie de démontrer l'exagération des impositions mises à sa charge.
S'agissant de la prescription :
17. Aux termes de l'article L. 189 du livre des procédures fiscales : " La prescription est interrompue par la notification d'une proposition de rectification () ". Il résulte de la combinaison de ces dispositions avec celles précitées de l'article L. 57 du même livre que pour produire un effet interruptif de prescription, une notification de redressement doit être motivée de manière à permettre au contribuable de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. En l'espèce, il résulte de ce qui a été dit au point 12 que la proposition de rectification en date du 21 août 2021, qui a notifié à la SARL La Pêcherie des redressements en matière de taxe sur la valeur ajoutée et d'impôts sur les sociétés, est suffisamment motivée pour lui permettre de présenter utilement ses observations. La société requérante n'est dès lors pas fondée à soutenir qu'en raison d'une motivation insuffisante de la proposition de rectification, cette dernière n'a pu avoir un effet interruptif de prescription et que, par suite, le droit de reprise de l'administration aurait été prescrit.
S'agissant de la méthode de reconstitution :
18. Le contribuable à qui incombe la charge de prouver l'exagération d'une reconstitution de ses recettes peut, s'il n'est pas en mesure d'établir le montant exact de ses résultats en s'appuyant sur une comptabilité régulière et probante, soit critiquer la méthode d'évaluation que l'administration a suivie, en vue de démontrer que cette méthode aboutit, au moins sur certains points et pour un certain montant, à une exagération des bases d'imposition, soit encore, aux mêmes fins, soumettre à l'appréciation du juge une nouvelle méthode d'évaluation permettant de déterminer les bases d'imposition avec une précision meilleure que celle qui pouvait être atteinte par la méthode primitivement utilisée par l'administration. À l'appui de sa démonstration, il peut, en cours d'instance, non seulement apporter tous éléments de preuve comptables ou extracomptables, mais aussi se fonder sur des faits reconnus exacts par l'administration, ou dont le juge serait amené, en cas de contestation, à reconnaître l'exactitude.
19. Il résulte de l'instruction, en particulier de la proposition de rectification en date du 21 août 2021, que, pour reconstituer les recettes réalisées par la SARL La Pêcherie au cours des exercices clos en 2015, 2016 et 2017, l'administration a utilisé la méthode dites " des liquides " qui consiste à évaluer le chiffre d'affaires " restaurant " à partir des ventes de boissons consommées au cours des repas servis. Le service a, d'abord, déterminé la part que représentent les ventes de liquides dans le chiffre d'affaires total à partir des éléments ressortant des fichiers de caisse, ainsi que les recettes toutes taxes comprises générées par les ventes de liquides à partir des achats revendus et des tarifs pratiqués. Le chiffre d'affaires toutes taxes comprises reconstitué par exercice a ensuite été calculé en faisant le rapport entre le chiffre d'affaires liquide et le pourcentage de liquides dans le chiffre d'affaires total.
20. La SARL La Pêcherie soutient que la méthode mise en œuvre est radicalement viciée dès lors, en premier lieu, que le service n'a pas pris en compte les évènements festifs au cours desquels la part des liquides servis est pourtant significative dans " les ratios " retenus. Elle n'apporte toutefois aucun élément à l'appui de cette affirmation alors qu'une telle pratique n'a pas été signalée par la gérante au cours des opérations de vérification et que l'administration fait valoir en défense que, par mesure de tempérance, l'activité de bar, qui ne génère pas de chiffre d'affaires solide, a été exclue de la reconstitution de recettes dans les proportions indiquées par la gérante, soit à hauteur de 5% pour l'exercice clos en 2015, 8% pour l'exercice clos en 2016 et 10 % pour l'exercice clos en 2017.
21. En second lieu, la SARL La Pêcherie reproche au service d'avoir considéré que les stocks de marchandises ont gardé une valeur constante à la clôture des exercices. L'administration fait toutefois valoir en défense, sans être sérieusement contestée, que les inventaires produits par la société à sa demande le 27 février 2018 comportaient des anomalies résultant de leur caractère globalisé puisque les inventaires au 30 septembre 2014, 2015 et 2017, qui portaient mention du prix et des quantités de produits affichés par famille de produits ou par fournisseur, ne détaillaient pas le type, la quantité, les références du produit, et que l'inventaire du 30 septembre 2016 ne portait aucune mention autre que le prix global. Dans ces conditions, le service a pu, pour reconstituer les recettes de la société requérante, ne pas tenir compte de ces inventaires et considérer que les stocks étaient d'une valeur constante.
22. Il résulte de ce qui précède que la méthode de reconstitution ainsi mise en œuvre par l'administration fiscale, telle que décrite aux deux points précédents, ne peut être regardée comme radicalement viciée ni dans son principe, ni dans ses modalités de mise en œuvre, lesquelles tiennent compte des données concrètes de l'exploitation de son établissement de restauration par la SARL La Pêcherie.
En ce qui concerne les majorations :
23. En premier lieu, aux termes de l'article L. 80 D du livre des procédures fiscales : " Les décisions mettant à la charge des contribuables des sanctions fiscales sont motivées () quand un document ou une décision adressés au plus tard lors de la notification du titre exécutoire ou de son extrait en a porté la motivation à la connaissance du contribuable. / Les sanctions fiscales ne peuvent être prononcées avant l'expiration d'un délai de trente jours à compter de la notification du document par lequel l'administration a fait connaître au contribuable ou redevable concerné la sanction qu'elle se propose d'appliquer, les motifs de celle-ci et la possibilité dont dispose l'intéressé de présenter dans ce délai ses observations ".
24. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 80 D du livre des procédures fiscales que l'administration a l'obligation, au moins trente jours avant la mise en recouvrement de pénalités visées par le second alinéa de ce texte, d'adresser au contribuable un document comportant la motivation des pénalités qu'elle envisage de lui appliquer et indiquant qu'il dispose d'un délai de trente jours pour présenter ses observations.
25. Il résulte de l'instruction que, par la proposition de rectification en date du 21 août 2018 qui a été reçue par la SARL La Pêcherie plus de trente jours avant la mise en recouvrement des pénalités qui lui ont été infligées sur le fondement de l'article 1729 du code général des impôts par un avis de mise en recouvrement en date du 15 juillet 2020, le service vérificateur lui a indiqué la base légale, le taux et le montant de ces pénalités, a exposé de façon précise les motifs pour lesquels il envisageait de les infliger et l'a informée du délai de trente jours dont elle disposait pour faire valoir ses observations. Dans ces conditions, les exigences posées par les dispositions précitées de l'article L. 80 D du livre des procédures fiscales ont été respectées et le moyen tiré du défaut de motivation de la décision d'infliger la majoration pour manquement délibéré, qui manque en fait, doit être écarté.
26. En second lieu, aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'État entraînent l'application d'une majoration de : a. 40 % en cas de manquement délibéré () ". Et aux termes de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales : " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs, de la taxe sur la valeur ajoutée et des autres taxes sur le chiffre d'affaires, des droits d'enregistrement, de la taxe de publicité foncière et du droit de timbre, la preuve de la mauvaise foi () ".
27. Pour établir cette mauvaise foi, l'administration doit apporter la preuve, d'une part, de l'insuffisance, de l'inexactitude ou du caractère incomplet des déclarations, d'autre part, de l'intention de l'intéressé d'éluder l'impôt. Pour établir le caractère intentionnel du manquement du contribuable à son obligation déclarative, l'administration doit se placer au moment de la déclaration ou de la présentation de l'acte comportant l'indication des éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt.
28. En l'espèce, pour justifier l'application de la majoration de 40 % prévue par les dispositions précitées, l'administration fiscale, d'une part, fait valoir l'importance et le caractère répété des minorations de chiffre d'affaires et de taxe sur la valeur ajoutée collectée qui caractérisent l'élément matériel, d'autre part, expose les graves irrégularités dans la comptabilité de la SARL, qui caractérisent le caractère délibéré des manquements qui lui sont reprochés. La société requérante se borne pour sa part à soutenir que la méthode de reconstitution de son chiffre d'affaires appliquée par l'administration fiscale est radicalement viciée. Dans ces conditions, et eu égard à ce qui a été dit au point 22, l'administration doit être regardée comme justifiant de l'application des pénalités pour manquement délibéré.
29. Il résulte de tout ce qui précède que la SARL La Pêcherie n'est pas fondée à demander la décharge des impositions et pénalités en litige.
Sur les frais liés au litige :
30. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, verse à la requérante la somme qu'elle demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SARL La Pêcherie est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL La Pêcherie et à la directrice régionale des finances publiques de Provence-Alpes-Côte d'Azur et du département des Bouches-du-Rhône.
Délibéré après l'audience du 29 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Brossier, président,
Mme Charpy, conseillère,
Mme Pouliquen, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 octobre 2023.
La rapporteure,
Signé
C. Charpy
Le président,
Signé
J.B. Brossier
La greffière,
Signé
D. Dan
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026