vendredi 20 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2104150 |
| Type | Décision |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | LECA & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 11 mai 2023, présentée par Me Eutedjian et des mémoires enregistrés le 29 juin 2022 et le 12 octobre 2022, Mme F D, représentée par Me Leca, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre principal, de condamner l'assistance publique - hôpitaux de Marseille (AP-HM) à lui verser la somme de 338 908,78 euros à parfaire, en réparation des préjudices qu'elle a subis à la suite du traitement par irradiation dont elle a fait l'objet le 20 juin 2007 ;
2°) de condamner l'AP-HM à lui verser la somme de 50 000 euros en réparation de son préjudice moral d'impréparation à la suite du défaut d'information fautif dont elle a fait l'objet ;
3°) à titre subsidiaire, de condamner l'AP-HM à lui verser la somme de 305 018 euros en réparation de la perte de chance de 90% pour elle d'éviter l'intervention du 20 juin 2007 et les préjudices consécutifs qu'elle a subis ;
4°) de mettre à la charge de l'APHM une somme de 4 000 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle n'a pas été suffisamment informée des risques et des séquelles potentielles liées à l'intervention de radio chirurgie qu'elle a subie le 20 juin 2007, ni du traitement alternatif consistant en une simple surveillance régulière de son méningiome, qui au demeurant n'était pas évolutif ;
- elle n'aurait pas consenti à la réalisation de l'intervention de radio chirurgie qu'elle a subi le 20 juin 2007 si elle avait été informée qu'une simple surveillance pouvait suffire ;
- son état de santé s'est considérablement dégradé depuis l'intervention en cause avec des céphalées importantes, vertiges, pertes de la mémoire, de l'ensemble de ses cheveux et une grande asthénie ;
- l'AP-HM est responsable des préjudices qu'elle a subis à la suite de cette intervention qui n'était pas nécessaire ;
- elle sollicite la réparation intégrale de ses préjudices au titre de son déficit fonctionnel temporaire, des souffrances endurées, de son préjudice esthétique temporaire, des dépenses de santé restant à charge, des frais d'assistance par une tierce personne avant consolidation, de son déficit fonctionnel permanent, son préjudice sexuel, son préjudice d'agrément, les frais d'assistance pour une tierce personne après consolidation et à titre viager, l'incidence professionnelle et enfin des frais d'assistance à expertise ;
- de plus, elle sollicite la réparation de son préjudice moral d'impréparation découlant du défaut d'information fautif imputable à l'AP-HM ;
- à titre subsidiaire, elle sollicite la reconnaissance d'un taux de perte de chance d'avoir évité le dommage de 90%.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 28 juin et 6 septembre 2022, l'assistance publique - hôpitaux de Marseille (AP-HM), représentée par Me Deguitre conclut à la réduction des prétentions indemnitaires de la requérante.
Elle fait valoir que :
- la demande de la requérante en vue de son indemnisation intégrale et celle consécutive d'un taux de perte de chance de 90%, au titre des mêmes postes de préjudice, n'est pas recevable ;
- elle n'a commis aucune faute s'agissant de l'indication opératoire de radio chirurgie réalisée vis-à-vis de la requérante ;
- aucune faute ne peut non plus être retenue à son encontre s'agissant de la réalisation de l'intervention d'irradiation, dans les règles de l'art ;
- seul un manquement relatif au devoir d'information peut lui être imputé ;
- la réparation du préjudice d'impréparation ne saurait excéder la somme de 2 000 euros ;
- il convient de fixer un taux de perte de chance de 50% et de réévaluer les prétentions indemnitaires de la requérante sur cette base ;
- sont infondées les demandes de réparation des préjudices d'agrément, d'incidence professionnelle et d'aide humaine à domicile pour les enfants.
La requête a été communiquée à la caisse commune de sécurité sociale des Hautes-Alpes, agissant pour le compte de la caisse primaire centrale d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône qui n'a pas produit de mémoire.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code civil ;
- le code de la santé publique ;
- le code du travail :
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Ludivine Journoud, rapporteure,
- et les conclusions de Mme Amélie Lourtet, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D, âgée de 37 ans au moment des faits, sans emploi a, en 2001 puis 2006, présenté deux méningiomes, l'un pariétal gauche assez volumineux et l'autre, infra centimétrique fronto-basal droit. Devant l'apparition d'un déficit du membre supérieur gauche, le méningiome pariétal a été opéré en 2006 par le Dr E. S'agissant du second méningiome, le Dr A, neurochirurgien au centre hospitalier de la Timone a préconisé un traitement par irradiation, réalisée le 20 juin 2007. Mme D a consulté le Dr E le 5 septembre 2007 en raison de céphalées, de douleurs oculaires et orbitaires, de troubles de la concentration et de troubles de la mémoire. Un traitement anti-œdémateux par synacthène lui été prescrit. Le 7 novembre 2007, une imagerie par résonnance magnétique (IRM) a mis en évidence l'apparition d'un œdème cérébral frontal dans la zone d'irradiation à la suite duquel Mme D a présenté des pertes de l'équilibre, des pertes de cheveux et de la mémoire et une grande asthénie. Mme D s'est vu octroyer l'allocation adulte handicapé à compter du 1er novembre 2009 pour 2 ans, puis en renouvellement. Elle est titulaire d'une carte d'invalidité à 80% pendant 1 an, de novembre 2010 à octobre 2011, puis la reconnaissance d'une invalidité réduite pour station debout pénible en renouvellement.
2. Mme D a saisi, le 27 février 2017, la commission de conciliation et d'indemnisation de Provence-Alpes-Côtes-d'Azur (CCI PACA). La CCI PACA a désigné un collège d'experts médicaux, le professeur C, neurochirurgien et le Dr B, psychiatre, le 11 juillet 2017. Au vu des conclusions du collège d'experts qui a remis son rapport le 22 février 2018, la CCI PACA a estimé avoir été commis des manquements au titre de l'indication chirurgicale et du devoir d'information par l'AP-HM, aux termes de son avis du 27 avril 2018. La SHAM a formulé une proposition d'indemnisation à Mme D à hauteur de 50% de taux de perte de chance d'avoir pu éviter le dommage. La requérante n'a pas accepté cette offre et a saisi le tribunal.
Sur la responsabilité de l'AP-HM :
En ce qui concerne le défaut d'information fautif :
3. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () ". Aux termes de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique : " Toute personne a le droit d'être informée sur son état de santé. Cette information porte sur les différentes investigations, traitements ou actions de prévention qui sont proposés, leur utilité, leur urgence éventuelle, leurs conséquences, les risques fréquents ou graves normalement prévisibles qu'ils comportent ainsi que sur les autres solutions possibles et sur les conséquences prévisibles en cas de refus.() Cette information incombe à tout professionnel de santé dans le cadre de ses compétences et dans le respect des règles professionnelles qui lui sont applicables. Seules l'urgence ou l'impossibilité d'informer peuvent l'en dispenser. Cette information est délivrée au cours d'un entretien individuel. / () En cas de litige, il appartient au professionnel ou à l'établissement de santé d'apporter la preuve que l'information a été délivrée à l'intéressé dans les conditions prévues au présent article. Cette preuve peut être apportée par tout moyen. ". Aux termes de l'article R. 4127-36 du même code : " Le consentement de la personne examinée ou soignée doit être recherché dans tous les cas. Lorsque le malade, en état d'exprimer sa volonté, refuse les investigations ou le traitement proposé, le médecin doit respecter ce refus après avoir informé le malade de ses conséquences. ( )". Hors les cas d'urgence ou d'impossibilité de consentir, la réalisation d'une intervention à laquelle le patient n'a pas consenti oblige l'établissement responsable à réparer tant le préjudice moral subi de ce fait par l'intéressé que, le cas échéant, toute autre conséquence dommageable de l'intervention. Par ailleurs, il résulte de ces dispositions que doivent être portés à la connaissance du patient, préalablement au recueil de son consentement à l'accomplissement d'un acte médical, les risques connus de cet acte qui, soit présentent une fréquence statistique significative, quelle que soit leur gravité, soit revêtent le caractère de risques graves, quelle que soit leur fréquence.
4. En cas de manquement à cette obligation d'information, si l'acte de diagnostic ou de soin entraîne pour le patient, y compris s'il a été réalisé conformément aux règles de l'art, un dommage en lien avec la réalisation du risque qui n'a pas été porté à sa connaissance, la faute commise en ne procédant pas à cette information engage la responsabilité de l'établissement de santé à son égard, pour sa perte de chance de se soustraire à ce risque en renonçant à l'opération. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction, compte tenu de ce qu'était l'état de santé du patient et son évolution prévisible en l'absence de réalisation de l'acte, des alternatives thérapeutiques qui pouvaient lui être proposées ainsi que de tous autres éléments de nature à révéler le choix qu'il aurait fait, qu'informé de la nature et de l'importance de ce risque, il aurait consenti à l'acte en question.
5. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que le risque d'œdème est une grave complication, normalement prévisible et non exceptionnelle dès lors qu'elle survient dans environ 15% des cas, de l'intervention de radio chirurgie pratiquée sur Mme D, avec des séquelles intervenant dans 5 à 10% des cas. Le collège d'experts estime, dans son rapport, que l'état de santé de la requérante, dont la dimension du méningiome de neuf millimètres était petite et revêtait un caractère non évolutif, et dont le traitement thérapeutique ne présentait aucun caractère d'urgence, ne nécessitait pas la réalisation de cette radio chirurgie.
6. Les experts concluent que Mme D n'a non seulement pas été suffisamment informée des risques de l'intervention proposée et réalisée, mais n'a également pas été informée de l'existence d'une alternative consistant dans une simple surveillance régulière. A cet égard, l'AP-HM ne produit aucun élément permettant d'attester que la requérante aurait bien été informée de l'existence d'une alternative de la surveillance et du risque spécifique de l'œdème cérébral encouru du fait de l'intervention par radio-chirurgie. Par suite Mme D est fondée à rechercher la responsabilité de l'AP-HM en raison du défaut d'information des risques résultant de l'intervention du 20 juin 2007, mais également sur les alternatives possibles, notamment la simple surveillance de l'évolution de son méningiome.
7. Il résulte de l'instruction que Mme D a affirmé à l'expert que si elle avait su qu'une simple surveillance était envisageable dans son état, elle n'aurait pas consenti à l'intervention de radio chirurgie. Elle est donc fondée à engager la responsabilité de l'APHM au titre de ce manquement et, par suite, à obtenir une réparation intégrale des préjudices subis et non l'indemnisation d'une perte de chance d'éviter le dommage.
En ce qui concerne la faute dans l'indication opératoire :
8. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute ".
9. Il résulte de l'instruction, et plus particulièrement du rapport d'expertise, que compte-tenu de la taille très réduite du méningiome de Mme D, de son caractère non évolutif depuis près de cinq années au moment des faits et dont le traitement thérapeutique ne présentait en l'espèce aucun caractère d'urgence, l'indication opératoire de radio-chirurgie ne peut être regardée comme étant justifiée. Ainsi, une simple surveillance alternative régulière de l'état de Mme D doit être tenue comme devant être privilégiée. Il en résulte que l'AP-HM a commis une faute en réalisant une radio-chirurgie de type " Gamma Knife " qui n'était pas indispensable, ni nécessaire au traitement de la pathologie de la requérante.
Sur l'évaluation des préjudices :
En ce qui concerne le préjudice moral d'impréparation :
10. Mme D invoque un préjudice consécutif au défaut d'information et de consentement éclairé à la réalisation de l'intervention de radio-chirurgie qu'elle a subie le 20 juin 2007. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'AP-HM, qui ne conteste pas le principe de l'indemnisation de ce chef de préjudice, une somme de 5 000 euros, au titre du préjudice moral d'impréparation subi par Mme D.
En ce qui concerne les préjudices temporaires, avant consolidation :
S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :
11. Il résulte de l'instruction que si les experts ne retiennent pas de déficit fonctionnel temporaire total, Mme D a subi un déficit fonctionnel temporaire de classe III de 50% du 20 juillet 2007 au 28 février 2008, de 223 jours, correspondant à sa période d'alitement et un déficit fonctionnel temporaire de classe II de 25% entre le 1er mars 2008 et le 11 juillet 2009, date retenue par les experts pour la consolidation de l'état de santé de la requérante, représentant 497 jours. Ce préjudice sera exactement réparé, sur une base de 13,33 euros par jour, par la condamnation de l'AP-HM au paiement de la somme de 3 142 euros.
S'agissant des souffrances endurées :
12. Il résulte de l'instruction, principalement du rapport d'expertise, que les souffrances endurées de Mme D doivent être évaluées à 3 sur une échelle de 7. Ce préjudice sera justement réparé par l'allocation d'une somme de 3 600 euros.
S'agissant du préjudice esthétique temporaire :
13. Il résulte de l'instruction et particulièrement de l'expertise que Mme D a dû se présenter aux yeux des tiers dans une version diminuée de son apparence physique et en restant alitée de nombreux mois, ce préjudice a été évalué à 2 sur une échelle de 7. Il y a lieu d'en faire une juste appréciation et de le réparer ce poste en mettant à la charge de l'AP-HM la somme de 1 800 euros.
S'agissant des dépenses de santé actuelles :
14. Mme D soutient que des frais de santé sont restés à sa charge à hauteur de 165 euros. Il ne résulte pas de l'instruction, notamment des justificatifs versés aux débats que les frais allégués sont restés à sa charge, ni de déterminer à quel titre. Par suite, la demande d'indemnisation au titre des dépenses de santé actuelles ne peut qu'être rejetée.
S'agissant de l'assistance par une tierce personne :
15. Lorsque le juge administratif indemnise la victime d'un dommage corporel nécessitant de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire permettant, dans les circonstances de l'espèce, le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat, sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier. Il n'appartient notamment pas au juge, pour déterminer cette indemnisation, de tenir compte de la circonstance que l'aide a été ou pourrait être apportée par un membre de la famille ou un proche de la victime.
16. Il résulte de l'instruction, plus particulièrement des conclusions de l'expertise qu'entre les 20 juillet 2007 et 11 juillet 2009, l'état de Mme D a rendu nécessaire la présence d'une aide-ménagère et d'une aide pour la garde de ses enfants à hauteur de six heures par jour entre les 20 juillet 2007 et 28 février 2008, puis de 2 heures par jour du 1er mars 2008 au 11 juillet 2009.
17. Il y a lieu, afin de tenir compte des congés payés et des jours fériés prévus par l'article L. 3133-1 du code du travail, et ainsi que le prévoit le référentiel de l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, de calculer l'indemnisation sur la base d'une année de 412 jours, ainsi que sur la base d'un taux horaire moyen de rémunération tenant compte des charges patronales et des majorations de rémunération pour travail du dimanche, fixé à 13 euros pour une aide active non spécialisée. Par suite, il y a lieu d'indemniser à la requérante au titre de l'assistance par une tierce personne, par l'allocation d'une somme de 34 308 euros, qui doit être mise à la charge de l'AP-HM.
En ce qui concerne les préjudices permanents, après consolidation :
S'agissant du déficit fonctionnel permanent :
18. Il résulte de l'instruction et plus particulièrement de l'expertise que
Mme D souffre d'un déficit fonctionnel permanent évalué à 15 % compte tenu des atteintes à l'intégrité physique et psychique de l'intéressée. Il y a lieu de faire une juste appréciation de ce préjudice, en tenant compte de l'âge de la requérante à la date de consolidation de son état de santé, soit 39 ans, par le versement d'une indemnité d'un montant de 22 200 euros.
S'agissant du préjudice sexuel :
19. Il résulte de l'instruction que depuis l'intervention du 20 juin 2007 en litige et l'apparition d'un œdème cérébral frontal droit, Mme D souffre d'une perte de libido, outre une fatigue permanente, en lien direct et certain du syndrome neuropsychique lié à l'atteinte du lobe frontal dont elle a été victime. Eu égard à l'âge de l'intéressée à la date de la consolidation de son état de santé, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en lui allouant à ce titre la somme de 2 000 euros.
S'agissant du préjudice d'agrément :
20. Il résulte de l'instruction et notamment des justificatifs produits, que Mme D pratiquait des activités de natation, fitness et vélo avant l'intervention du 20 juin 2007 en litige. L'intéressée subit ainsi un préjudice d'agrément dès lors que son état fait notamment obstacle à la poursuite de ses activités. Il sera fait une juste appréciation du préjudice d'agrément subi par la requérante en lui allouant à ce titre une somme de 2 220 euros.
S'agissant de l'assistance par une tierce personne :
21. Lorsque le juge administratif indemnise la victime d'un dommage corporel nécessitant de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire permettant, dans les circonstances de l'espèce, le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat, sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier. Il n'appartient notamment pas au juge, pour déterminer cette indemnisation, de tenir compte de la circonstance que l'aide a été ou pourrait être apportée par un membre de la famille ou un proche de la victime.
22. Il résulte de l'instruction qu'en raison de l'importante altération de son état général compte tenu de sa pathologie cérébrale et de son degré de fatigue, Mme D ne peut réaliser totalement les actes de la vie quotidienne, notamment ses tâches ménagères justifiant pour celles-ci une aide de quatre heures par semaine.
23. Il y a lieu, afin de tenir compte des congés payés et des jours fériés prévus par l'article L. 3133-1 du code du travail, et ainsi que le prévoit le référentiel de l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, de calculer l'indemnisation sur la base d'une année de 412 jours, ainsi que sur la base d'un taux horaire moyen de rémunération tenant compte des charges patronales et des majorations de rémunération pour travail du dimanche, fixé à 13 euros pour une aide active non spécialisée.
24. Par suite, entre la date de la consolidation de l'état de santé de Mme D au 11 juillet 2009 et celle de mise à disposition du présent jugement près de quatorze années après, il y a lieu d'évaluer ce poste de préjudice à la somme de 43 585,66 euros (412/365 x 13 x 0.57 x 5211).
25. À compter du jugement, dès lors que Mme D est âgée de 53 ans, en retenant un taux de l'euro de rente viagère fixé à 33,470 par le barème de capitalisation 2022 publié par la Gazette du Palais (taux d'intérêt égal à 0%), son préjudice s'élève à la somme de 102 181,23 euros (412 x 0.57 x 33,470 x 13).
S'agissant de l'incidence professionnelle :
26. Il résulte de l'instruction que les problèmes persistants de concentration, de mémoire, de céphalées, de vertiges et de fatigue subi par Mme D constituent un obstacle à ce que l'intéressée puisse postuler à de nombreux emplois et accroît la pénibilité au travail. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation du préjudice d'incidence professionnelle en lui allouant une indemnité de 3 000 euros.
S'agissant des frais d'assistance à expertise :
27. La requérante soutient qu'elle s'est acquittée du paiement de frais d'assistance à expertise à hauteur de 1 260 euros. Toutefois, elle ne produit, à cet égard, aucun justificatif à l'appui de ses conclusions. Par suite, les demandes formulées à ce titre ne peuvent qu'être écartées.
28. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D, si elle a droit à la réparation intégrale de ses préjudices, est seulement fondée à obtenir le versement d'une somme globale de 218 036,89 euros. L'AP-HM est condamnée à lui verser cette somme en réparation de ses préjudices à laquelle s'ajoute la somme de 5 000 euros en réparation de son préjudice moral d'impréparation.
Sur la déclaration de jugement commun :
29. La caisse commune de sécurité sociale des Hautes-Alpes, agissant pour le compte de la caisse primaire centrale d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône, mise en cause, n'a pas produit à l'instance. Il y a lieu de lui déclarer commun le présent jugement.
Sur les frais du litige :
30. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'AP-HM une somme de 1 500 euros à verser à Mme D.
D E C I D E :
Article 1er : L'assistance publique - hôpitaux de Marseille est condamnée à verser la somme de 5 000 euros à Mme D en réparation de son préjudice moral d'impréparation.
Article 2 : L'assistance publique - hôpitaux de Marseille est condamnée à verser la somme de 218 036,89 euros à Mme D en réparation des préjudices qu'elle a subis du fait de l'intervention du 20 juin 2007.
Article 3 : Le présent jugement est déclaré commun à la caisse commune de sécurité sociale des Hautes-Alpes pour la caisse primaire d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône.
Article 4 : L'AP-HM versera une somme de 1 500 euros à Mme D en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme D est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme F D, à l'assistance publique -hôpitaux de Marseille et à la caisse commune de sécurité sociale des Hautes-Alpes.
Délibéré après l'audience du 26 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Micheline Lopa Dufrénot, présidente,
M. Alexandre Derollepot, premier conseiller,
Mme Ludivine Journoud, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 20 octobre 2023.
La rapporteure,
signé
L. Journoud
La présidente,
signé
M. GLa greffière,
signé
A. Vidal
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
Tribunal Administratif de Lyon — N° TA69-2410256
**Sujet principal** : Demande d'annulation du refus de la préfète du Rhône de fixer un rendez-vous pour le dépôt d'une demande de titre de séjour. **Juridiction** : Tribunal Administratif de Lyon (7ème chambre). **Solution retenue** : Le tribunal donne acte du désistement de la requête de la demanderesse. Ce désistement est prononcé car, ayant annoncé un mémoire complémentaire dans sa requête sommaire, elle ne l'a pas produit dans le délai légal de quinze jours. **Textes appliqués** : L'article R. 911-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui prévoit la sanction du désistement en cas de non-production d'un mémoire complémentaire annoncé dans le délai imparti.
03/04/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-25PA03088
03/04/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-25PA03164
03/04/2026
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03/04/2026