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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2104652

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2104652

vendredi 30 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2104652
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantBORIE-DOUCEDE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 mai 2021, M. A B, représenté par Me Borie-Doucede, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge de de la somme de 505 euros qui lui a été réclamée par l'avis de mise en recouvrement émis le 31 août 2017, portant sur une cotisation de taxe foncière mise à la charge de la SCI Kanumera au titre de l'année 2017 ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'administration n'apporte pas la preuve de l'irrécouvrabilité de la créance de taxe foncière de l'année 2017 due par la SCI Kanemura ;

- la déclaration de créances adressée par le comptable public assignataire au mandataire judiciaire de la SCI Kanumera n'a pas interrompu le délai de prescription de l'action en recouvrement à l'égard des associés de la SCI, la seule personne visée par la procédure de liquidation judiciaire étant la SCI Kanumera.

Par un mémoire, enregistré le 1er octobre 2021, la directrice régionale des finances publiques de Provence-Alpes-Côte d'Azur et du département des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 17 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 4 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code civil ;

- le code de commerce ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Zarrella, rapporteur,

- les conclusions de Mme Caselles, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par un jugement du 24 juin 2016, le tribunal de grande instance d'Aix-en-Provence a prononcé l'ouverture d'une procédure de redressement judiciaire à l'encontre de la SCI Kanumera, dont M. A B est associé à hauteur de 16,25 % du capital social. Cette procédure a été convertie en liquidation judiciaire par un jugement du 22 décembre 2017 du même tribunal. L'administration a requis, le 12 juin 2019, auprès du mandataire judiciaire, l'admission d'une créance fiscale d'un montant total de 505 euros, correspondant à la cotisation de taxe foncière due par la SCI Kanumera au titre de l'année 2017. Constatant que la SCI Kanumera n'avait pas acquitté sa dette fiscale, l'administration a mis à la charge de M. B, à hauteur de la quote-part de ses droits détenus dans la société, une somme d'un montant total de 505 euros, donnant lieu à un avis de mise en recouvrement émis le 14 janvier 2021. Le requérant a formé une réclamation datée du 28 janvier 2021, rejetée par une décision de l'administration datée du 1er avril 2021. M. B demande au tribunal de prononcer la décharge de la somme de 505 euros qui lui a été réclamée par l'avis de mise en recouvrement de la taxe foncière due au titre de l'année 2017 émis le 14 janvier 2021.

Sur le caractère irrécouvrable de la créance :

2. Aux termes de l'article 1858 du code civil : " Les créanciers ne peuvent poursuivre le paiement des dettes sociales contre un associé qu'après avoir préalablement et vainement poursuivi la personne morale. ". Selon les dispositions de l'article L. 622-17 du code de commerce : " I. - Les créances nées régulièrement après le jugement d'ouverture pour les besoins du déroulement de la procédure ou de la période d'observation, ou en contrepartie d'une prestation fournie au débiteur pendant cette période, sont payées à leur échéance. () IV. Les créances impayées perdent le privilège que leur confère le II du présent article si elles n'ont pas été portées à la connaissance de l'administrateur et, à défaut, du mandataire judiciaire ou, lorsque ces organes ont cessé leurs fonctions, du commissaire à l'exécution du plan ou du liquidateur, dans le délai d'un an à compter de la fin de la période d'observation. Lorsque cette information porte sur une créance déclarée pour le compte du créancier en application de l'article L. 622-24, elle rend caduque cette déclaration si le juge n'a pas statué sur l'admission de la créance. ".

3. Il résulte de ces dispositions, applicables à l'ensemble des sociétés civiles de droit commun, que les créanciers d'une société civile de droit commun ne peuvent, en vertu des dispositions précitées de l'article 1858 du code civil, poursuivre le paiement des dettes sociales contre les associés, débiteurs subsidiaires du passif social envers les tiers, qu'après avoir préalablement et vainement poursuivi la personne morale. Dans le cas où la société est soumise à une procédure de liquidation judiciaire, la déclaration de la créance à la procédure dispense le créancier d'établir que le patrimoine social est insuffisant pour le désintéresser, l'action pouvant être régularisée si la créance a été régulièrement déclarée à la procédure. Les créances, nées pendant la période d'observation de la procédure collective bénéficient d'un traitement préférentiel et doivent être payées à l'échéance. À défaut de paiement à l'échéance, les créances qui n'ont pas été portées à la connaissance des organes concernés ne perdent que leur privilège de paiement dans l'ordre de classement établi. Si une créance n'est plus éligible au paiement préférentiel, ce constat n'implique pas pour autant qu'elle disparaisse. Tout créancier conserve la possibilité d'exercer son droit de poursuite individuelle, après obtention d'un titre exécutoire, qu'il lui revient de faire exécuter indépendamment de l'ordre dans lequel s'exercent les privilèges.

4. Il n'est pas contesté que la cotisation de taxe foncière de l'année 2017 a été portée à la connaissance du liquidateur par l'administration postérieurement au délai prévu par l'article L. 622-17 précité du code de commerce, en l'occurrence le 12 juin 2019. Toutefois, la SCI Kanumera ayant été placée en liquidation judiciaire par jugement du 22 décembre 2017, l'administration fait valoir, sans être contredite, que les poursuites effectuées envers la société, en l'espèce une saisie administrative à tiers détenteur, en novembre 2018 à son ancienne banque, et une mise en demeure de payer à son mandataire judiciaire le 23 décembre 2020, se sont révélées infructueuses. Au surplus, il s'est avéré que la SCI Kanemura ne détenait plus de compte bancaire et que son bien immobilier, dépendant de la liquidation judiciaire, a été adjugé le 14 janvier 2019 lors d'une vente aux enchères initiée par son ancienne banque. Le comptable public n'avait, par suite, d'autre possibilité que de poursuivre le paiement de la cotisation de taxe foncière en litige par l'émission d'un avis de mise en recouvrement le 14 janvier 2021 envers M. B.

5. Par ailleurs, si M. B soutient que le comptable public aurait dû interroger au préalable le liquidateur judiciaire sur le caractère recouvrable ou non de la taxe foncière 2017 aucune disposition législative ou réglementaire n'impose l'obligation d'informer le liquidateur judiciaire de la mise en cause de l'associé, la réception de sa part de l'avis de mise en recouvrement valant information de ce dernier. Au surplus, la liquidation judiciaire ne concernant pas M. B, mais la SCI Kanemura, il n'avait dès lors pas à faire l'objet d'une information de la mise en cause de sa responsabilité par le mandataire judiciaire.

6. Enfin, si M. B soutient que la taxe foncière de l'année 2017 aurait dû être réglée par la SCI Kanumera dans le cadre des futures répartitions à venir, les poursuites effectuées pour recouvrer l'imposition en cause étaient vaines, ainsi que cela a été dit au point 4. Il suit de là que le moyen tiré de ce que, dès lors que la cotisation de taxe foncière litigieuse devait être réglée par la SCI Kanumera lors des futures répartitions à venir du caractère, l'avis de mise en recouvrement en litige serait prématuré n'est pas fondé.

Sur la prescription de l'action en recouvrement à l'égard de M. B :

7. D'une part, aux termes de l'article L. 274 du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction applicable aux impositions en litige : " Les comptables publics des administrations fiscales qui n'ont fait aucune poursuite contre un redevable pendant quatre années consécutives à compter du jour de la mise en recouvrement du rôle ou de l'envoi de l'avis de mise en recouvrement sont déchus de tous droits et de toute action contre ce redevable. (). ". Aux termes des dispositions de l'article L. 622-25-1 du code de commerce : " La déclaration de créance interrompt la prescription jusqu'à la clôture de la procédure ; elle dispense de toute mise en demeure et vaut acte de poursuites. ". Aux termes des dispositions de l'article L. 622-28 alinéa 2 de ce code : " () / Le jugement d'ouverture suspend jusqu'au jugement arrêtant le plan ou prononçant la liquidation toute action contre les personnes physiques coobligées ou ayant consenti une sûreté personnelle ou ayant affecté ou cédé un bien en garantie. Le tribunal peut ensuite leur accorder des délais ou un différé de paiement dans la limite de deux ans. ".

8. D'autre part, aux termes de l'article 1844-7 du code civil : " La société prend fin : () 7° Par l'effet d'un jugement ordonnant la liquidation judiciaire () ". Selon les dispositions de l'article 1857 du même code : " A l'égard des tiers, les associés répondent indéfiniment des dettes sociales à proportion de leur part dans le capital social à la date de l'exigibilité ou au jour de la cessation des paiements.

9. Dans le cas où une société civile a été dissoute, la notification du titre exécutoire qu'il appartient à l'administration de délivrer à chacun des associés concernés, avant, le cas échéant, d'engager des poursuites en vue du recouvrement des impositions mises à leur charge, doit intervenir dans le délai de prescription de cinq ans à compter de la publication de cette dissolution.

10. En second lieu, il résulte de la combinaison des dispositions précitées des articles 1859 et 1844-7 du code civil qu'en cas de liquidation judiciaire d'une société, le point de départ du délai de la prescription quinquennale, qui n'est pas tenu en échec par les dispositions de l'article 1858 du code civil, doit être fixé à la date de publication du jugement prononçant cette liquidation judiciaire, puisqu'un tel jugement, soumis à des formalités de publicité, emporte dissolution de la société. En l'espèce, le jugement de liquidation judiciaire date du 22 décembre 2017 et a été publié le 16 janvier 2018.

11. Il résulte de l'instruction que l'imposition contestée a été portée à la connaissance de M. B par avis de mise en recouvrement du 14 janvier 2021, avant l'expiration du délai de la prescription quinquennale évoquée au point précédent. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'action en recouvrement dont il a fait l'objet était couverte par la prescription.

12. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, l'État n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la directrice des finances publiques de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur et du département des Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 6 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Menasseyre, présidente,

M. Zarrella, premier conseiller,

Mme Pouliquen, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2022.

Le rapporteur,

signé

A-D Zarrella

La présidente,

signé

A. MenasseyreLa greffière,

signé

A. Vidal

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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