vendredi 20 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2104655 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | MOUTET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 25 mai 2021, le 9 juin 2022, le 21 mars 2023 et le 12 avril 2023, Mme B C, représentée par la SARL ADC Sud avocats, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner le centre hospitalier d'Aix-en-Provence et son assureur Axa France, à lui verser une somme de 10 000 euros en réparation du défaut d'information fautif qu'elle a subi, assortie des intérêts au taux légal avec capitalisation à compter du 1er février 2021 ;
2°) de condamner le centre hospitalier (CH) d'Aix-en-Provence et son assureur Axa France, à lui verser une somme de 117 046,50 euros en réparation des préjudices qu'elle a subis durant son hospitalisation au sein de l'établissement à partir du 21 octobre 2012, assortie des intérêts au taux légal avec capitalisation à compter du 1er février 2021 ;
3°) de condamner le centre hospitalier d'Aix-en-Provence et son assureur Axa France, à lui verser une somme de 7 747,50 euros en réparation des préjudices qu'elle a subis du fait de l'aggravation postérieure de son état de santé, assortie des intérêts au taux légal avec capitalisation à compter du 1er février 2021 ;
4°) d'ordonner l'exécution provisoire du jugement à intervenir ;
5°) de mettre à la charge du centre hospitalier d'Aix-en-Provence et de son assureur Axa France, une somme de 3 600 euros toutes taxes comprises en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le centre hospitalier d'Aix-en-Provence n'a pas satisfait à son obligation d'information complète et adaptée à son état de santé et qu'il convient de réparer ce défaut d'information fautif à hauteur de 10 000 euros ;
- l'établissement doit voir sa responsabilité pour faute engagée du fait de multiples manquements médicaux, notamment l'utilisation d'une technique chirurgicale inadaptée ;
- elle a droit à l'indemnisation intégrale de ses préjudices du fait des fautes médicales commises par le centre hospitalier d'Aix-en-Provence, à savoir : 4 439,50 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, 7 000 euros au titre des souffrances endurées évaluées à 3,5 sur un échelle de 7, 1 000 euros au titre du préjudice esthétique temporaire évalué à 1,5 sur une échelle de 7, 10 000 euros au titre du déficit fonctionnel permanent évalué à 5%, 1 500 euros au titre du préjudice esthétique permanent évalué à 1,5 sur une échelle de 7, 31 939 euros au titre des pertes de gains professionnels futurs, 59 968 euros au titre de l'incidence professionnelle incluant ses pertes de droit à la retraite et son préjudice moral lié à la perte de son emploi d'infirmière de nuit et enfin 1 200 euros au titre des frais d'assistance à expertise apportée par un expert-comptable ;
- compte-tenu de l'aggravation de sa pathologie confirmée par les conclusions du rapport d'expertise du 20 septembre 2019, elle a également droit à l'indemnisation de l'aggravation de ses préjudices, à savoir au titre du déficit fonctionnel partiel à hauteur de 1 607,50 euros, au titre des souffrances endurées à hauteur de 2 000 euros et au titre du déficit fonctionnel permanent à hauteur de 2 640 euros et enfin 1 500 euros au titre des frais d'assistance à expertise apportée par un médecin conseil.
Par un mémoire, enregistré le 22 octobre 2021, la caisse primaire centrale d'assurance maladie des Hautes-Alpes pour le compte de la caisse primaire d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône, représentée par la SCP Vinsonneau-Paliès Noy Gauer et associés, demande au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier d'Aix-en-Provence et son assureur la compagnie Axa France, à lui rembourser les débours versés pour la prise en charge de Mme C à hauteur de la somme de 113 685,38 euros, assortis des intérêts au taux légal à compter de la date d'enregistrement du présent mémoire ;
2°) de condamner le centre hospitalier d'Aix-en-Provence et son assureur la compagnie Axa France, à lui verser une somme de 1 098 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier d'Aix-en-Provence et de son assureur Axa France, une somme de 1 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 23 janvier et le 2 mai 2023, le centre hospitalier d'Aix-en-Provence, représenté par la SELARL Abeille et associés, n'entend pas contester le droit à indemnisation de la requérante mais sollicite que ses prétentions indemnitaires soient ramenées à de plus justes proportions, que les postes de préjudices injustifiés soient rejetés et que ses demandes au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative soient rejetées également.
Vu :
- l'ordonnance n°1808470 du 5 février 2019 par laquelle le juge des référés du tribunal administratif de Marseille a désigné le Dr A comme expert médical en présence d'une aggravation de l'état de santé de Mme C en vue d'un rapport complémentaire ;
- le rapport d'expertise du Dr A déposé au greffe du tribunal le 23 septembre 2019 complété par un addendum déposé le 29 septembre suivant ;
- l'ordonnance du 14 novembre 2019 par laquelle la présidente du tribunal administratif de Marseille a taxé et liquidé les honoraire du Dr A à hauteur de 1 404,38 euros.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code civil ;
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- l'arrêté du 15 décembre 2022 relatif aux montants de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Ludivine Journoud rapporteure,
- les conclusions de Mme Amélie Lourtet, rapporteure publique,
- et les observations de Me Moutet représentant Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, âgée de 54 ans au moment des faits, qui présente, compte tenu d'antécédents d'infarctus du myocarde, un stent mis en place en 2006, est porteuse d'une anomalie de la coagulation sous la forme d'un déficit en facteur V de Leiden. Elle a ressenti une douleur brutale le 16 octobre 2012 dans le mollet gauche durant son service en tant qu'infirmière de nuit salariée chez Korian. Après la réalisation à la demande de son médecin traitant d'une échographie le 18 octobre suivant, un diagnostic d'exclusion artérielle gauche avec poplitée a été posé, l'intéressée a été placée sous anticoagulants. Compte tenu d'une claudication intermittente du membre inférieur gauche, elle a subi une intervention, le 22 octobre 2012, une angioplastie du membre inférieur gauche par un cardiologue, à partir de l'artère fémorale gauche. Présentant une hémorragie de l'artère fémorale gauche, elle a fait l'objet le 23 octobre 2012, d'une chirurgie d'hémostase en urgence pour suturer la plaie de l'artère, au sein du centre hospitalier d'Aix-en-Provence, et a été admise en réanimation. Un doppler de contrôle réalisé le 24 octobre suivant a révélé la présence d'une thrombose justifiant un nouveau geste chirurgical de revascularisation distale. Le même chirurgien vasculaire a réalisé le 25 octobre 2012 une thrombo-endartériectomie du trépied poplité gauche, avec ablation du stent et élargissement par patch. Alors qu'elle a regagné son domicile, les douleurs ressenties au niveau des membres inférieurs persistantes et les nombreux examens effectués ont justifié la réalisation par un autre chirurgien vasculaire le 16 juin 2014 d'une angioplastie du membre inférieur gauche par abord direct. En invalidité de catégorie 2 à compter du 19 octobre 2015, Mme C a été déclarée inapte à ses fonctions d'infirmière de nuit, l'intéressée a refusé les postes proposés par son employeur et a fait l'objet d'un licenciement, le 25 février 2016. Mme C est reconnue travailleur handicapé à compter du 2 juillet 2013 au 21 juin 2021.
2. Saisie le 12 novembre 2013, la commission de conciliation d'indemnisation de la Provence-Alpes-Côte d'Azur (CCI PACA) a désigné d'abord le Dr D le 18 novembre 2013 qui a rendu son rapport le 17 février 2014 puis le Dr A, chirurgien vasculaire, comme expert médical le 16 avril 2014, qui a émis ses conclusions, le 25 septembre 2014. En présence d'une aggravation postérieure de son état de santé, Mme C a saisi le juge des référés en vue de la réalisation d'une expertise complémentaire. Eu égard aux circonstances nouvelles, le Dr A a été désigné à nouveau, lequel a rendu son rapport le 23 septembre 2019, complété par un addendum le 29 septembre suivant. Mme C a engagé la responsabilité du centre hospitalier d'Aix en Provence à la fois du fait de l'intervention du 22 octobre 2012 et de l'aggravation postérieure de son état de santé.
Sur la responsabilité du centre hospitalier d'Aix-en-Provence :
En ce qui concerne le défaut d'information :
3. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () ". Aux termes de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique : " Toute personne a le droit d'être informée sur son état de santé. Cette information porte sur les différentes investigations, traitements ou actions de prévention qui sont proposés, leur utilité, leur urgence éventuelle, leurs conséquences, les risques fréquents ou graves normalement prévisibles qu'ils comportent ainsi que sur les autres solutions possibles et sur les conséquences prévisibles en cas de refus.() Cette information incombe à tout professionnel de santé dans le cadre de ses compétences et dans le respect des règles professionnelles qui lui sont applicables. Seules l'urgence ou l'impossibilité d'informer peuvent l'en dispenser. Cette information est délivrée au cours d'un entretien individuel. / () En cas de litige, il appartient au professionnel ou à l'établissement de santé d'apporter la preuve que l'information a été délivrée à l'intéressé dans les conditions prévues au présent article. Cette preuve peut être apportée par tout moyen. ". Aux termes de l'article R. 4127-36 du même code : " Le consentement de la personne examinée ou soignée doit être recherché dans tous les cas. Lorsque le malade, en état d'exprimer sa volonté, refuse les investigations ou le traitement proposé, le médecin doit respecter ce refus après avoir informé le malade de ses conséquences. ( )". Hors les cas d'urgence ou d'impossibilité de consentir, la réalisation d'une intervention à laquelle le patient n'a pas consenti oblige l'établissement responsable à réparer tant le préjudice moral subi de ce fait par l'intéressé que, le cas échéant, toute autre conséquence dommageable de l'intervention. Par ailleurs, il résulte de ces dispositions que doivent être portés à la connaissance du patient, préalablement au recueil de son consentement à l'accomplissement d'un acte médical, les risques connus de cet acte qui, soit présentent une fréquence statistique significative, quelle que soit leur gravité, soit revêtent le caractère de risques graves, quelle que soit leur fréquence.
4. En cas de manquement à cette obligation d'information, si l'acte de diagnostic ou de soin entraîne pour le patient, y compris s'il a été réalisé conformément aux règles de l'art, un dommage en lien avec la réalisation du risque qui n'a pas été porté à sa connaissance, la faute commise en ne procédant pas à cette information engage la responsabilité de l'établissement de santé à son égard, pour sa perte de chance de se soustraire à ce risque en renonçant à l'opération. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction, compte tenu de ce qu'était l'état de santé du patient et son évolution prévisible en l'absence de réalisation de l'acte, des alternatives thérapeutiques qui pouvaient lui être proposées ainsi que de tous autres éléments de nature à révéler le choix qu'il aurait fait, qu'informé de la nature et de l'importance de ce risque, il aurait consenti à l'acte en question.
5. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que le document d'information qui figure dans le dossier n'est pas adapté à l'intervention chirurgicale d'angioplastie que Mme C a subie dès lors qu'il correspond à une intervention de coronarographie en lien avec les artères du cœur sans aucune mention des risques pouvant toucher les membres inférieurs. Le document remis à la patiente ne mentionne notamment pas les risques d'occlusion ou encore d'amputation. L'information de la patiente requérante a donc été incomplète et inadaptée.
6. Dès lors, Mme C est fondée à soutenir que le centre hospitalier d'Aix-en-Provence n'a pas rempli son obligation d'information préalable à l'intervention qu'elle a subi le 22 octobre 2012 et à rechercher la responsabilité de l'établissement sur ce fondement.
En ce qui concerne les fautes médicales commises :
7. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. / () "
8. Il résulte de l'instruction et principalement des conclusions expertales que si l'indication chirurgicale était formelle, la technique chirurgicale utilisée était inadaptée à l'état de santé de Mme C qui aurait dû faire l'objet d'une thrombectomie et non d'une angioplastie. L'expert relève également que Mme C n'aurait pas dû être prise en charge par un cardiologue interventionnel, mais par un chirurgien vasculaire qui aurait été à même de procéder à l'ablation du caillot sanguin et à la désobstruction de l'artère dans les règles de l'art alors que tel n'a pas été le cas en l'espèce.
9. Par ailleurs, outre l'utilisation d'une technique inadaptée par un chirurgien qui ne disposait pas des compétences pour réaliser une intervention sur les membres inférieurs, l'expert relève également un défaut de surveillance post-opératoire dans les suites immédiates de l'intervention du 22 octobre 2012 en l'absence totale des constantes usuelles de surveillance clinique et paraclinique au dossier.
10. Il s'ensuit que Mme C est fondée à rechercher la responsabilité du centre hospitalier d'Aix-en-Provence sur le fondement des fautes médicales commises.
En ce qui concerne l'aggravation de l'état de santé de Mme C :
11. Il résulte de l'instruction que Mme C s'est prévalue de circonstances nouvelles concernant l'aggravation de son état de santé et conduisant le juge des référés à ordonner une expertise complémentaire. L'expert conclut dans son rapport à un renforcement de la prise en charge algologique compte tenu de l'augmentation des douleurs qui deviennent invalidantes. Ces constatations sont corroborées par l'appréciation portée par un praticien de l'unité douleur du centre hospitalier d'Aix-en-Provence, aux termes d'un certificat établi le 27 novembre 2017. En outre, Mme C a fait l'objet d'une hospitalisation de deux jours en avril et août 2019 en vue d'une évaluation des séquelles douloureuses. Ainsi, les douleurs neuropathiques imputables à l'intervention chirurgicale en litige du 22 octobre 2012 se sont aggravées. Sur ce point, l'expert estime en conséquence, une majoration de certains postes de préjudices, à savoir le déficit fonctionnel temporaire, les souffrances endurées et le déficit fonctionnel permanent. Mme C est donc fondée à soutenir que l'aggravation postérieure de son état de santé, en lien direct et certain avec les fautes commises dans le cadre de sa prise en charge le 22 octobre 2012, est imputable au centre hospitalier d'Aix-en-Provence.
12. Il s'ensuit que la responsabilité pour faute du centre hospitalier d'Aix-en-Provence est engagée. La date de consolidation définitive après l'aggravation de son état de santé, et non contestée, de Mme C, est fixée au 3 septembre 2019.
Sur l'évaluation des préjudices :
En ce qui concerne le préjudice moral d'impréparation :
13. Mme C invoque un préjudice en lien avec le défaut d'information et de consentement éclairé à la réalisation de l'intervention d'angioplastie qu'elle a subie le 22 octobre 2012. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier d'Aix-en-Provence et de son assureur, qui ne contestent pas le principe de l'indemnisation de ce poste de préjudice, par l'allocation d'une somme de 5 000 euros, au titre du préjudice moral d'impréparation subi par Mme C qui, en l'absence d'information adaptée, n'a pas pu se préparer aux conséquences dommageables de l'intervention qu'elle a subie.
En ce qui concerne les préjudices temporaires, avant consolidation et incluant l'aggravation de la pathologie :
S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :
14. Il résulte de l'instruction que l'expert retient un déficit fonctionnel temporaire total pour les périodes d'hospitalisation, du 30 octobre au 11 décembre 2012, du 3 au 5 juin 2014, du 15 au 19 juin 2014 et enfin les 8 avril et 5 août 2019 soit 50 jours. Mme C a également subi un déficit fonctionnel temporaire de classe II (25%) entre le 28 mars 2014 et le 2 juin 2014, soit 66 jours, correspondant à l'aggravation de son état de santé constatée par un doppler, ainsi qu'un déficit fonctionnel temporaire de classe I (10%) du 12 décembre 2012 au 27 mars 2014 et du 20 juin 2014 jusqu'au 10 juillet 2014, date initiale de consolidation de son état de santé, puis du 28 novembre 2017 au 7 avril 2019, du 9 avril 2019 au 4 août 2019 et du 6 août 2019 au 3 septembre 2019 date de consolidation définitive retenue, soit un total de 1 130 jours. Ce préjudice sera exactement réparé, sur une base de 13,33 euros par jour, par la condamnation du centre hospitalier d'Aix-en-Provence et de son assureur au paiement de la somme de 2 393 euros.
S'agissant des souffrances endurées :
15. Il résulte de l'instruction que les souffrances endurées doivent être évaluées à 3,5 sur une échelle de 7, puis à 4,5 sur la même échelle après l'aggravation de l'état de santé de Mme C, en lien direct et certain avec l'intervention du 22 octobre 2012. Ce préjudice sera justement réparé de manière globale par le versement d'une indemnité de la somme de 10 400 euros.
En ce qui concerne les préjudices permanents, après consolidation et incluant l'aggravation de la pathologie :
S'agissant du déficit fonctionnel permanent :
16. Il résulte de l'instruction et plus particulièrement de l'expertise que
Mme C souffre, en tenant compte de l'aggravation postérieure de son état de santé, d'un déficit fonctionnel permanent évalué à 7%. Il s'ensuit que ce préjudice, en tenant compte de l'âge de la requérante à la date de consolidation de son état de santé, soit 61 ans, doit être réparé par l'allocation d'une somme de 7 700 euros.
S'agissant du préjudice esthétique permanent :
17. Il résulte de l'instruction et particulièrement du rapport d'expertise que les fautes commises par le centre hospitalier d'Aix-en-Provence sont à l'origine pour Mme C d'une part, d'un préjudice esthétique temporaire évalué à 1,5 sur une échelle de 7 eu égard à la cicatrice du pli de l'aine et d'autre part, d'un préjudice esthétique permanent également évalué à 1,5 sur une échelle de 7 eu égard à la cicatrice définitive. Il sera fait une juste appréciation de ces postes en les globalisant en fixant l'indemnité due à ce titre à la somme de 1 400 euros
S'agissant de la perte de gains professionnels futurs :
18. Mme C soutient, sur la base de l'évaluation d'un expert-comptable agréé, qu'elle a subi une perte de revenu de 31 939 euros sur la période du 1er novembre 2015 au 28 février 2020. Il résulte de l'instruction que Mme C a bénéficié du versement d'indemnités journalières du 30 octobre 2012 au 10 juillet 2014, date de consolidation initiale de son état de santé. Mme C produit également à l'appui de son argumentation ses avis d'imposition des années 2012 à 2020 sur les revenus des années 2011 à 2019 permettant d'évaluer la perte de revenus qu'elle a subi jusqu'à son départ à la retraite, en tenant compte du versement de la pension d'invalidité qu'elle perçoit depuis le 19 octobre 2015. Sur la base d'un revenu net mensuel de 2 270 euros, Mme C était en droit d'espérer percevoir la somme de 118 023 euros sur la période du 1er novembre 2015 au 28 février 2020. Or, il résulte de l'instruction, notamment des avis d'imposition au titre de ces années qu'elle a bénéficié de revenus sur la période, d'un montant de 86 084 euros, soit une perte nette de revenus de 31 939 euros. Le centre hospitalier d'Aix-en-Provence et son assureur doivent être condamnés à verser cette somme à Mme C.
S'agissant de l'incidence professionnelle :
19. Il résulte de l'instruction que Mme C a bénéficié de la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé et été déclarée définitivement inapte à l'exercice de ses fonctions d'infirmière de nuit. En outre, la requérante a fait l'objet d'un licenciement pour inaptitude après avoir dû refuser deux propositions de postes administratifs du groupe Korian, situés en Ile-de-France. Mme C fait valoir qu'elle a subi une perte de ses droits à la retraite, évaluée par un expert-comptable agréé à hauteur de 44 968 euros après déduction des arriérages échus en invalidité à hauteur de 4 876,59 euros et le capital en invalidité à hauteur de 5 025,41 euros. Cette évaluation qui se fonde sur un comparatif du montant de la rente mensuelle nette théorique, soit 1 179 euros, et du montant de la rente mensuelle actuellement perçue, soit 1 002 euros, établit une perte nette de pension de retraite par mois à hauteur de 177 euros.
20. Compte-tenu de l'âge de Mme C à son départ à la retraite, soit 61 ans, et de l'estimation de son espérance de vie, soit 25,8 ans ou 310 mois, la perte des droits à la retraite de base de la requérante s'élève à 54 870 euros, dont il convient de déduire une somme de 9 902 euros correspondant à la créance de la caisse relative à la pension et au capital d'invalidité perçue par l'intéressée. Par suite, il convient d'indemniser le préjudice global d'incidence professionnelle de Mme C à hauteur de 47 968 euros. Par ailleurs, alors même que la dévalorisation sur le marché du travail ne peut pas être retenue, compte-tenu de son âge, il y a lieu d'indemniser son préjudice moral lié à l'abandon de sa profession d'infirmière de manière anticipée eu égard à son inaptitude définitive avant son admission à la retraite, par l'allocation d'une indemnité de 3 000 euros.
S'agissant des frais d'assistance à expertise :
21. La requérante soutient qu'elle s'est acquittée du paiement de frais d'assistance à expertise auprès d'un médecin conseil et d'un expert-comptable agréé à hauteur d'une somme globale de 2 700 euros. Mme C justifie de ses frais par la production des notes d'honoraire du médecin conseil de montants respectifs de 200 euros, 300 euros et 1 000 euros, ainsi que du rapport de l'expert-comptable agréé pour une intervention ayant concouru également à la solution du litige, laquelle est chiffrée à la somme de 1 200 euros. Par suite, la requérante est donc fondée à demander à être indemnisée de la somme de 2 700 euros.
22. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C, si elle a droit à la réparation intégrale de ses préjudices, est seulement fondée à obtenir le versement d'une somme globale de 109 500 euros. Le centre hospitalier d'Aix-en-Provence et son assureur la compagnie Axa France, sont condamnés à lui verser cette somme en réparation de ses préjudices, à laquelle s'ajoute la somme de 5 000 euros en réparation de son préjudice moral d'impréparation, soit une somme totale de 114 500 euros.
Sur les intérêts au taux légal et la capitalisation :
23. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil alors en vigueur : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte. Le créancier auquel son débiteur en retard a causé, par sa mauvaise foi, un préjudice indépendant de ce retard, peut obtenir des dommages et intérêts distincts de l'intérêt moratoire ".
24. Mme C a demandé le versement des intérêts au taux légal avec capitalisation. Elle a droit, conformément à l'article 1231-6 du code civil, à ce que la somme qui doit lui être payée soit assortie des intérêts à compter de la réception de la demande indemnitaire préalable présentée au centre hospitalier d'Aix-en-Provence, le 1er février 2021. La capitalisation des intérêts a été demandée dès l'enregistrement de la requête le 25 mai 2021. Par suite, la demande présentée par la requérante tendant à ce que les intérêts dus soient capitalisés doit être accueillie à la date du 25 mai 2022 et, éventuellement, à chaque échéance annuelle ultérieure.
Sur les conclusions de la caisse primaire centrale d'assurance maladie des Hautes-Alpes :
En ce qui concerne les débours assortis des intérêts au taux légal :
25. La caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) des Hautes-Alpes sollicite la prise en charge de débours à hauteur de 113 685,38 euros. Ces débours correspondent d'une part aux frais hospitaliers durant la période du 30 octobre 2012 au 19 juin 2014, aux frais de kinésithérapie, d'appareillage, aux frais médicaux et de transport et aux indemnités journalières jusqu'à la date de consolidation initiale du 10 juillet 2014 à hauteur de 73 679,62 euros. D'autre part, la caisse produit les éléments relatifs à la prise en charge de Mme C consécutive à l'aggravation de son été de santé reconnu imputable à l'intervention du 22 octobre 2012 en litige, à hauteur de 40 005,76 euros. L'état des débours produit est suffisamment détaillé et est accompagné d'une attestation d'imputabilité du médecin conseil. L'ensemble des frais apparait en lien direct et certain avec l'intervention en litige et ses conséquences dommageables, et n'est pas utilement contesté en défense. La CPAM des Hautes-Alpes est fondée à solliciter le remboursement de la somme de 113 685,38 euros au titre de ses débours, assortie des intérêts au taux légal à compter de la date d'enregistrement de son mémoire, soit au 22 octobre 2021.
En ce qui concerne l'indemnité forfaitaire de gestion :
26. En application de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale et de l'article 1er de l'arrêté du 15 décembre 2022 susvisé et eu égard à la somme dont elle obtient le remboursement dans le présent jugement, la CPAM des Hautes-Alpes est en droit d'obtenir le versement d'une indemnité forfaitaire de gestion d'un montant de 1 162 euros.
Sur les frais d'expertise :
27. Les frais d'expertise ont été taxés et liquidés à la somme de 1 404,38 euros par une ordonnance de la présidente du tribunal administratif de Marseille du 14 novembre 2019. Dans les circonstances de l'espèce, il convient de mettre les frais d'expertise à la charge définitive du centre hospitalier d'Aix-en-Provence et de la compagnie Axa France, son assureur.
Sur l'exécution provisoire du présent jugement :
28. Aux termes de l'article L. 11 du code de justice administrative : " Les jugements sont exécutoires ". Le jugement étant exécutoire de plein droit par application de ces dispositions, seules applicables devant les juridictions administratives, les conclusions de la requérante tendant à ce que l'exécution provisoire du présent jugement soit ordonnée ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais du litige :
29. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge du centre hospitalier d'Aix-en-Provence une somme de 1 500 euros à verser à Mme C et une somme de 800 euros à verser à la CPAM des Hautes-Alpes.
D E C I D E :
Article 1er : Le centre hospitalier d'Aix-en-Provence et la compagnie Axa France, son assureur, sont condamnés à verser à Mme C la somme globale de 114 500 euros en réparation de l'ensemble de ses préjudices, assorties des intérêts au taux légal à compter du 1er février 2021, avec capitalisation à compter du 25 mai 2022.
Article 2 : Le centre hospitalier d'Aix-en-Provence et la compagnie Axa France, son assureur, sont condamnés à verser une somme de 113 685,38 euros à la caisse primaire et centrale d'assurance maladie des Hautes-Alpes en remboursement de ses débours, assortie des intérêts au taux légal à compter du 22 octobre 2021.
Article 3 : Le centre hospitalier d'Aix-en-Provence la compagnie Axa France, son assureur, sont condamnés à verser une somme de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue par l'article L.376-1 du code de la sécurité sociale.
Article 4 : Les frais d'expertise taxés et liquidés à la somme de 1 404,38 euros sont mis à la charge définitive du centre hospitalier d'Aix-en-Provence et de la compagnie Axa France, son assureur.
Article 5 : Le centre hospitalier d'Aix-en-Provence la compagnie Axa France, son assureur, verseront une somme de 1 500 euros à Mme C et une somme de 800 euros à la caisse primaire centrale d'assurance maladie des Hautes-Alpes en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, au centre hospitalier d'Aix-en-Provence, à la compagnie d'assurance Axa France et à la caisse primaire centrale d'assurance maladie des Hautes-Alpes.
Copie du présent jugement sera adressée au Dr A, expert médical.
Délibéré après l'audience du 26 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Micheline Lopa Dufrénot, présidente,
M. Alexandre Derollepot, premier conseiller,
Mme Ludivine Journoud, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 20 octobre 2023.
La rapporteure,
signé
L. Journoud
La présidente,
signé
M. ELa greffière,
signé
A. A
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026