vendredi 21 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2104986 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 9è ch Magistrat statuant seul |
| Avocat requérant | DESFARGES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 juin 2021, Mme B A, représenté par Me Desfarges, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet par laquelle la caisse d'allocations familiales des Alpes de Haute-Provence a confirmé un indu de prime d'activité d'un montant de 1 972, 78 euros constitué pour la période d'avril 2019 à juillet 2020 ;
2°) de la décharger de rembourser cette somme ;
3°) de prononcer de la remise gracieuse de cet indu ;
4°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales des Alpes de Haute-Provence la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision est illégale dès lors qu'il n'y a pas eu saisine de la commission de recours amiable ;
- les droits de la défense n'ont pas été respectées dès lors qu'elle n'a pas pu formuler des observations écrites ou orales avant la décision attaquée ;
- la caisse d'allocations familiales des Alpes de Haute-Provence n'a pas mis à jour les droits de l'allocataire avant plusieurs mois ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'appréciation en remettant en cause sa bonne foi et en l'accusant de manœuvres frauduleuses ;
- elle peut recevoir le bénéfice du droit à l'erreur prévu à l'article 123-1 du code des relations entre le public et l'administration.
Par un mémoire enregistré le 27 juillet 2021 la caisse d'allocations familiales des Alpes de Haute-Provence conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité sociale ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Fédi, vice-président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Fédi, rapporteur.
La clôture de l'instruction a été prononcée, en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après appel de l'affaire à l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A a été bénéficiaire de la prime d'activité dans le département des Alpes de Haute-Provence. Suite à un échange d'informations, dans le cadre d'un contrôle de sa situation, le directeur de cet organisme a régularisé ses droits et lui a, par un courrier du 13 octobre 2021 réclamé le remboursement d'une somme de 1 972, 78 euros correspondant à un indu de prime d'activité constitué sur la période d'avril 2019 à juillet 2020. Par un recours administratif en date du 30 janvier 2021 adressé à la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales, Mme A a contesté le bien-fondé de cet indu. Cette demande a fait l'objet d'une décision implicite de rejet. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction :
En ce qui concerne la régularité de l'indu :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 845-2 du code de la sécurité sociale : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative à la prime d'activité prise par l'un des organismes mentionnés à l'article L. 843-1 fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours auprès de la commission de recours amiable, composée et constituée au sein du conseil d'administration de cet organisme et qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1 ". Il résulte de ces dispositions que la personne qui entend contester en justice une décision relative à la prime d'activité doit obligatoirement saisir le tribunal et à peine d'irrecevabilité de sa requête, former un recours administratif devant l'autorité départementale. La décision prise à la suite du recours préalable, qui se substitue à la décision initiale, est seule susceptible d'être déférée à la censure du tribunal administratif.
3. En l'espèce, Mme A soutient que la décision implicite de la caisse d'allocations familiales des Alpes des Haute-Provence est illégale dès lors qu'elle a été prise sans que l'avis de la commission de recours amiable ne soit sollicité ou obtenu. Toutefois, aux termes de l'article L. 845-2 du code de la sécurité sociale précité, il appartient à la requérante de saisir la commission de recours amiable et non à la caisse d'allocations familiales. Par suite, le moyen, tiré de ce que la décision est illégale en l'absence d'avis de la commission de recours amiable, doit être écarté.
4. En deuxième lieu, le principe général des droits de la défense prévoit que les décisions individuelles défavorables n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales.
5. Mme A soutient qu'elle n'a pas pu utilement faire valoir ses observations. Elle précise qu'elle a dû s'expliquer sans avoir reçu communication des pièces sur lesquelles l'administration fonde ses allégations, n'ayant pas reçu communication du rapport établi par l'agent contrôleur. Toutefois, il résulte de l'instruction que la caisse d'allocations familiales a transmis à la requérante une demande d'informations datant du 18 décembre 2020 concernant ses dettes d'allocation de logement familial et de prime d'activité, afin qu'elle puisse faire valoir ses observations dans un délai de 15 jours. Il résulte également de l'instruction, que la requérante a bien fait valoir ses observations écrites par une attestation sur l'honneur datée du 4 janvier 2021 où elle fait, au demeurant, état et conteste tous les faits qui lui sont reprochés, En tout état de cause, elle ne peut donc pas se prévaloir de ce qu'elle n'avait pas connaissance du rapport d'enquête. Par suite, le moyen, tiré de ce que la requérante n'a pas pu faire valoir ses observations, doit être écarté.
En ce qui concerne le bien-fondé de l'indu :
6. En premier lieu, aux termes de l'article R. 846-5 du code de la sécurité sociale : " Le bénéficiaire de la prime d'activité est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations nécessaires à l'établissement et au calcul des droits, relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer. Il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. ". Aux termes de l'article L. 583-1 du même code : " Les organismes débiteurs des prestations familiales et leur personnel sont au service des allocataires. Ils sont tenus en particulier : 1°) d'assurer l'information des allocataires sur la nature et l'étendue de leurs droits. 2°) de leur prêter concours pour l'établissement des demandes dont la satisfaction leur incombe. ".
7. Si Mme A soutient que la caisse d'allocations familiales des Alpes de Haute-Provence a méconnu, à son égard, le devoir d'information prévu par les dispositions précitées, cette circonstance est en tout état de cause, à la supposer même avérée, sans incidence sur le bien-fondé de l'indu contesté. En outre, conformément à l'article R. 846-5 du code de la sécurité sociale, il appartient aux bénéficiaires de la prime d'activité de faire connaitre à la caisse d'allocations familiales toutes informations nécessaires à l'établissement et au calcul de ses droits. Mme A était donc tenue de faire connaitre tout changement de sa situation. Par suite, à le considérer même opérant, le moyen, tiré de la méconnaissance des dispositions citées de l'article L. 583-1 du code de la sécurité sociale, doit être écarté.
8. En deuxième lieu, Mme A soutient qu'elle est de bonne foi et que c'est à tort que la caisse d'allocations familiales des Alpes de Haute-Provence a retenu qu'elle avait exercé des manœuvres frauduleuses pour une dissimulation. Il résulte toutefois de l'instruction d'une part, que la requérante n'a pas informé la caisse qu'elle était à la retraite depuis le 1er octobre 2018 et d'autre part, qu'elle a déclaré les revenus tirés de sa pension de retraite comme étant des revenus salariés. Par suite, le moyen, tiré de ce que la caisse d'allocations familiales aurait commis une erreur de droit et une erreur d'appréciation, doit être écarté.
9. En troisième lieu, Aux termes de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Une personne ayant méconnu pour la première fois une règle applicable à sa situation ou ayant commis une erreur matérielle lors du renseignement de sa situation ne peut faire l'objet, de la part de l'administration, d'une sanction, pécuniaire ou consistant en la privation de tout ou partie d'une prestation due, si elle a régularisé sa situation de sa propre initiative ou après avoir été invitée à le faire par l'administration dans le délai que celle-ci lui a indiqué. La sanction peut toutefois être prononcée, sans que la personne en cause ne soit invitée à régulariser sa situation, en cas de mauvaise foi ou de fraude. Les premier et deuxième alinéas ne sont pas applicables : 1° Aux sanctions requises pour la mise en œuvre du droit de l'Union européenne ; 2° Aux sanctions prononcées en cas de méconnaissance des règles préservant directement la santé publique, la sécurité des personnes et des biens ou l'environnement ; 3° Aux sanctions prévues par un contrat ; 4° Aux sanctions prononcées par les autorités de régulation à l'égard des professionnels soumis à leur contrôle ".
10. Si Mme A fait valoir son " droit à l'erreur ", en application des dispositions précitées de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration, toutefois, une décision de récupération d'indu ne constituant pas une sanction pécuniaire, son édiction n'est pas soumise au respect des dispositions de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen, tiré de la méconnaissance de ces dispositions, doit être écarté comme inopérant.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation et d'injonction de la décision implicite de rejet confirmant l'indu de prime d'activité d'un montant de 1 972, 78 euros constitué pour la période d'avril 2019 à juillet 2020 doivent être rejetées.
Sur la remise gracieuse :
12. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active ()La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration ".
13. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de prime d'activité ou de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise totale ou partielle.
14. Si Mme A soutient qu'elle est de bonne foi et que la précarité de sa situation financière fait obstacle à ce qu'elle puisse rembourser l'indu de prime d'activité mis à sa charge, elle ne produit toutefois aucune pièce au soutien de ses allégations qui ferait obstacle au remboursement de la somme réclamée par la caisse d'allocations familiales des Alpes de Haute-Provence. Par suite, le moyen tiré de la précarité de sa situation financière n'est manifestement pas assorti des précisions permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.
Sur les frais de l'instance :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise, à ce titre, à la charge de la caisse d'allocations familiales des Alpes de Haute-Provence, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la caisse d'allocations familiales des Alpes de Haute-Provence.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juin 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
G. FédiLa greffière,
Signé
S. Lakhdari
La République mande et ordonne au ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition,
Pour la greffière en chef,
La greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026