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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2105083

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2105083

vendredi 2 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2105083
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantBAROCHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 juin 2021, la SAS Ferrier, représentée par la société Baroche et associés, agissant par Me Baroche, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge de la cotisation foncière des entreprises à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2020 à raison de son établissement situé 3400 chemin Donné à Sénas ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- c'est à tort que l'administration a appliqué, pour évaluer la valeur locative cadastrale de son bien situé à Sénas, la méthode comptable prévue par les dispositions de l'article 1499 du code général des impôts dès lors qu'il ne s'agit pas d'un bâtiment industriel ;

- en effet, son activité, qui consiste principalement en l'achat, le stockage, le conditionnement et la revente de fruits et légumes, constitue une activité commerciale pour laquelle les moyens humains sont prépondérants à chaque étape du processus, certains outillages et matériels ne pouvant opérer sans l'intervention d'une personne, tels les transpalettes, et les moyens matériels n'étant utilisés qu'une partie de l'année, en fonction des périodes de récoltes et de commercialisation des fruits ;

- à supposer que la qualification d'établissement industriel au sens de l'article 1499 du code général des impôts soit retenue, les outillages et autres installations et moyens matériels d'exploitation spécifiquement affectés à son activité doivent être exonérés.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 décembre 2021, la directrice régionale des finances publiques de Provence-Alpes-Côte d'Azur et du département des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Charpy,

- les conclusions de M. Secchi, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société par actions simplifiée (SAS) Ferrier, qui exerce sur le territoire de la commune de Sénas une activité de traitement, conditionnement et stockage de fruits dans des chambres froides, a été assujettie, à raison de l'établissement qu'elle occupe situé 3400 chemin Donné à Sénas, à la cotisation foncière des entreprises pour un montant de 40 139 euros au titre de l'année 2020. Sa réclamation contentieuse formée le 18 janvier 2021 ayant fait l'objet d'une décision implicite de rejet, la contribuable demande au tribunal la décharge de la cotisation foncière des entreprises à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2020.

Sur le bien-fondé des impositions en litige :

2. D'une part, l'article 1380 du code général des impôts dispose : " La taxe foncière est établie annuellement sur les propriétés bâties sises en France à l'exception de celles qui en sont expressément exonérées par les dispositions du présent code ". Selon l'article 1381 du même code : " Sont également soumis à la taxe foncière sur les propriétés bâties : / 1° Les installations destinées à abriter des personnes ou des biens ou à stocker des produits ainsi que les ouvrages en maçonnerie présentant le caractère de véritables constructions tels que, notamment, les cheminées d'usine, les réfrigérants atmosphériques, les formes de radoub, les ouvrages servant de support aux moyens matériels d'exploitation ; / () ". Selon l'article 1382 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable aux impositions en litige : " Sont exonérés de la taxe foncière sur les propriétés bâties : / () / 11° Les outillages et autres installations et moyens matériels d'exploitation des établissements industriels à l'exclusion de ceux visés à l'article 1381 1° et 2° ". Aux termes du premier alinéa de l'article 1495 de ce code : " Chaque propriété ou fraction de propriété est appréciée d'après sa consistance, son affectation, sa situation et son état, à la date de l'évaluation ". Aux termes du II de l'article 324 B de l'annexe III au même code : " Pour l'appréciation de la consistance il est tenu compte de tous les travaux équipements ou éléments d'équipement existant au jour de l'évaluation ". Pour apprécier, en application de l'article 1495 du code général des impôts et de l'article 324 B de son annexe III, la consistance des propriétés qui entrent, en vertu de ses articles 1380 et 1381, dans le champ de la taxe foncière sur les propriétés bâties, il est tenu compte, non seulement de tous les éléments d'assiette mentionnés par ces deux derniers articles mais également des biens faisant corps avec eux. Sont toutefois exonérés de cette taxe, en application du 11° de l'article 1382 du même code, ceux de ces biens qui font partie des outillages, autres installations et moyens matériels d'exploitation d'un établissement industriel, c'est-à-dire ceux de ces biens qui relèvent d'un établissement qualifié d'industriel au sens de l'article 1499, qui sont spécifiquement adaptés aux activités susceptibles d'être exercées dans un tel établissement et qui ne sont pas au nombre des éléments mentionnés aux 1° et 2° de l'article 1381.

3. D'autre part, aux termes de l'article 1447 du code général des impôts : " I. - La cotisation foncière des entreprises est due chaque année par les personnes physiques ou morales, () qui exercent à titre habituel une activité professionnelle non salariée. () ". Aux termes de l'article 1467 du même code, la cotisation foncière des entreprises a pour base la valeur locative des biens passibles de taxe foncière, dont le redevable a disposé pour les besoins de son activité professionnelle. Et aux termes de l'article 1499 de ce code : " La valeur locative des immobilisations industrielles passibles de la taxe foncière sur les propriétés bâties est déterminée en appliquant au prix de revient de leurs différents éléments, revalorisé à l'aide des coefficients qui avaient été prévus pour la révision des bilans, des taux d'intérêt fixés par décret en Conseil d'Etat. Avant application éventuelle de ces coefficients, le prix de revient des sols et terrains est majoré de 3 % pour chaque année écoulée depuis l'entrée du bien dans le patrimoine du propriétaire. Un décret en Conseil d'Etat fixe les taux d'abattement applicables à la valeur locative des constructions et installations afin de tenir compte de la date de leur entrée dans l'actif de l'entreprise. Une déduction complémentaire est, en outre, accordée à certaines catégories d'établissements en raison de leur caractère exceptionnel, apprécié d'après la nature des opérations qui y sont faites ; ces catégories d'établissements sont déterminées par un décret en Conseil d'Etat qui fixe également les limites et conditions d'application de la déduction " Au sens de ces dispositions, revêtent un caractère industriel les établissements dont l'activité nécessite d'importants moyens techniques, non seulement lorsque cette activité consiste dans la fabrication ou la transformation de biens corporels mobiliers, mais aussi lorsque le rôle des installations techniques, matériels et outillages mis en œuvre, fût-ce pour les besoins d'une autre activité, est prépondérant.

4. En premier lieu, il est constant que l'activité exercée par la SAS Ferrier d'achat et revente de fruits et légumes après triage, calibrage, conditionnement et stockage dans son établissement de Sénas, qui ne comporte aucune activité de fabrication ou de transformation de biens corporels mobiliers, ne peut être regardée comme une activité industrielle par sa seule nature.

5. Toutefois, d'une part, il résulte de l'instruction que, pour l'exercice de ses activités, la société requérante dispose d'une chambre froide d'une surface de 413 m², de deux bâtiments à usage de conditionnement comportant également des chambres froides d'une surface hors œuvre de 1 057 m² et 930 m², ainsi notamment que d'une calibreuse, d'une chaîne de conditionnement, d'une chaîne de lavage et d'une chaîne d'emballage. Il n'est pas contesté que la valeur de ces équipements est supérieure à 1,1 million d'euros et explique le volume important de fruits traités chaque année. D'autre part, il résulte de l'instruction que, si la part de l'intervention humaine n'est pas négligeable dans le processus d'exploitation mis en œuvre, les opérations de nettoyage, de tri, de calibrage, de stockage en chambre froide et de manutention des produits, sont totalement ou partiellement automatisées à l'aide des matériels et installations précités qui doivent, par suite, être regardés comme jouant un rôle prépondérant dans l'activité de la société requérante, alors même que ces installations et matériels doivent être mis en œuvre par du personnel et que certains ne sont utilisés qu'une partie de l'année, en fonction des périodes de récolte et de commercialisation des fruits. Dans ces conditions, c'est à bon droit que l'administration fiscale a estimé que la SAS Ferrier exploitait un établissement industriel au sens des dispositions précitées du code général des impôts.

6. En second lieu, si la société requérante estime que l'administration aurait dû exonérer de la taxe en litige des outillages, installations ou moyens matériels d'exploitation qui seraient spécifiquement adaptés aux activités exercées dans son établissement et qui ne sont pas au nombre des éléments mentionnés aux 1° et 2° de l'article 1381 du code général des impôts, elle n'assortit toutefois ce moyen d'aucune précision ni pièce justificative.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la SAS Ferrier tendant à la décharge de la cotisation foncière des entreprises à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2020 doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas partie perdante, une quelconque somme au titre des frais exposés non compris dans les dépens exposés par la SAS Ferrier.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SAS Ferrier est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Ferrier et à la directrice régionale des finances publiques de Provence-Alpes-Côte d'Azur et du département des Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 12 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Brossier, président,

Mme Charpy, conseillère,

Mme Pouliquen, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 février 2024.

La rapporteure,

Signé

C. Charpy

Le président,

Signé

J.B. Brossier

La greffière,

Signé

D. Dan

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne et à tous commissaires à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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