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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2105272

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2105272

mardi 16 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2105272
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantSOUMILLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 juin 2021, M. et Mme A et B C, représentés par Me Soumille, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2014 à 2016 ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils ont été privés d'un débat oral et contradictoire relatif aux dépenses effectuées par M. C avec la carte bancaire de la société Dav Fret dont il était titulaire, qui ont été considérées comme ayant un caractère personnel ;

- les dépenses exposées avec cette carte bancaire en 2014 ont été effectuées, à hauteur de 9 713,81 euros, pour le compte de l'entreprise et constituent, à hauteur de 8 832,01 euros, des frais professionnels dont les justificatifs ont été remis à la société Dav Fret ; le reste de ces dépenses ne peut être considéré comme des rémunérations occultes par l'administration dès lors que la reconstitution de recettes de cette société à laquelle s'est livrée l'administration au titre de la période vérifiée aboutit à un résultat exagéré ;

- les crédits en provenance de Pizza de Arts et Excell Auto Service ne constituent pas des revenus d'origine indéterminée ; M. C a avancé des frais pour l'acquisition avec sa fille de la société Transpeed en avril 2016 qui lui ont été remboursés ; le crédit en provenance de la SAS Autoverde est issu de la vente d'un véhicule, celui provenant de Allianz Bank est à l'évidence une indemnité d'assurance non imposable, et M. C a gagné 20 000 euros aux jeux le 15 janvier 2016 ;

- les majorations pour manquement délibéré qui leur ont été appliquées au titre des années 2015 et 2016 sont injustifiées.

Par un mémoire, enregistré le 30 août 2021, l'administratrice générale, directrice du contrôle fiscal Sud-Est Outre-Mer conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- les conclusions de Mme Caselles, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme C ont fait l'objet d'un examen de leur situation fiscale personnelle au titre de la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2016 au terme duquel ils ont été assujettis à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre des années 2014 à 2016, à raison de revenus regardés comme distribués par la SARL Dav Fret, selon la procédure contradictoire, et de revenus d'origine indéterminée, selon la procédure de taxation d'office. Ils demandent au tribunal de prononcer la décharge de ces impositions.

Sur la régularité de la procédure :

2. Le caractère contradictoire que doit revêtir l'examen de l'ensemble de la situation fiscale personnelle au regard de l'impôt sur le revenu en vertu des articles L. 47 à L. 50 du livre des procédures fiscales interdit au vérificateur d'adresser la proposition de rectification qui, selon l'article L. 48, marquera l'achèvement de son examen, sans avoir au préalable engagé un dialogue contradictoire avec le contribuable sur les éléments qu'il envisage de retenir.

3. Il résulte de l'instruction qu'un premier entretien portant sur l'examen de la situation fiscale des requérants a eu lieu dans les locaux de l'administration en présence de M. C le 4 décembre 2017, dans le cadre duquel ce dernier a notamment indiqué être à la fois salarié et le principal associé de la SARL Dav Fret, et qui a fait l'objet d'un compte-rendu l'invitant à présenter des observations écrites ou orales. Cet entretien a été suivi d'un second, le 22 décembre suivant, au cours duquel M. C a confirmé disposer d'une carte bancaire de cette société et s'est vu présenter les rectifications envisagées au titre de l'année 2014. Un débat contradictoire a donc bien eu lieu entre l'administration fiscale et les requérants au sujet de ces rectifications et la seule circonstance que la proposition de rectification relative aux rehaussements des revenus des requérants est datée du jour même de ce second entretien ne saurait établir, à elle seule, qu'il n'a pas été suffisant, notamment à l'égard des dépenses faites par M. C au moyen des cartes bancaires de la SARL Dav Fret dont il était titulaire. De même, s'agissant des rehaussements des revenus des requérants au titre des années 2015 et 2016, il résulte de l'instruction que des entretiens avec M. C ont eu lieu dans les locaux de l'administration le 29 mars 2018, le 27 avril 2018 et le 23 octobre 2018 au cours desquels les crédits portés sur les comptes bancaires des requérants ont été analysés, entretiens qui se sont conclus par une réunion de synthèse le 29 octobre 2018 avant que ne soit établie, le 5 novembre suivant, la proposition de rectification relatives aux rehaussements de revenus de ces années. Le moyen tiré de l'absence de débat contradictoire ne peut, dans ces circonstances, qu'être écarté.

Sur le bien-fondé des impositions :

En ce qui concerne les revenus distribués par la société Dav Fret :

4. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : / 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital () ". Aux termes du c de l'article 111 de ce code : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : () / c. Les rémunérations et avantages occultes "

5. Il résulte de l'instruction que, dans le cadre de la vérification de la comptabilité de la SARL Dav Fret, qui a pour activité le transport routier de fret et dont M. C était à la fois salarié en tant que directeur technique et associé à hauteur de 99 % des parts, l'administration a relevé des achats effectués avec la carte bancaire de cette société, dont M. C était titulaire, dans des magasins de bricolage et de sport et des commerces de bouche ainsi que, par ailleurs, des dépenses de restaurant et d'hébergement, dépenses que M. C a confirmé avoir effectuées au cours du débat contradictoire avec le vérificateur qui a eu lieu dans le cadre de l'examen de la situation fiscale du foyer qu'il constitue avec son épouse. L'administration était ainsi fondée à considérer que ces dépenses n'avaient pas été exposées dans l'intérêt de la société, eu égard à la nature de son activité. Si M. et Mme C, qui n'avancent dans leurs écritures aucune explication à cet égard, en se bornant à affirmer le caractère professionnel de ces dépenses sans produire aucun élément de nature à le démontrer, soutiennent que les justificatifs afférents ont été remis à la SARL Dav Fret, ils ne l'établissent pas et ne contestent pas, par ailleurs, que des dépenses qu'ils présentent comme des frais professionnels ont été exposées durant des jours fériés, dans la commune où ils ont établi leur résidence. Compte tenu à la fois de la situation d'associé majoritaire et de salarié de M. C dans cette société, ils ne peuvent sérieusement soutenir, pour justifier l'absence de tout justificatif, qu'ils ignoraient les défaillances, à les supposer établies, de sa gérante dans la tenue de la comptabilité, et qu'ils ont découvert tardivement sa mise en redressement judiciaire. M. et Mme C ne peuvent, enfin, utilement soutenir que la reconstitution des résultats de la SARL Dav Fret serait entachée d'exagération à l'égard des rehaussements de revenus auxquels l'administration a procédé sur le fondement du c de l'article 111 du code général des impôts qui résultent des dépenses précitées, et non de la réintégration par l'administration de bénéfices qui auraient été désinvestis, ni, à supposer qu'ils entendent les contester, à l'égard des revenus considérés comme distribués au titre de l'année 2015 sur le fondement du 1 de l'article 109 du même code à hauteur de 112 772,91 euros, qui ne résultent pas davantage d'une telle réintégration, mais de la différence entre les crédits bancaires provenant de cette société sur les comptes bancaires de M. C et le salaire annuel de 24 000 euros qu'il percevait en qualité de directeur technique.

En ce qui concerne les revenus d'origine indéterminée :

6. Aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ". Aux termes du troisième alinéa de l'article L. 192 du même livre : " Elle incombe également au contribuable () en cas de taxation d'office à l'issue d'un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle en application des dispositions des articles L. 16 et L. 69 ". Aux termes de l'article R. 193-1 du même livre : " Dans le cas prévu à l'article L. 193 le contribuable peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré ". M. et Mme C, régulièrement taxés d'office sur le fondement des dispositions de l'article L. 69 du livre des procédures fiscales, supportent la charge de la preuve de l'exagération de l'imposition mise à leur charge à raison des revenus d'origine indéterminée.

7. Il résulte de l'instruction que l'administration a considéré comme des revenus d'origine indéterminée une somme de 3 000 euros créditée sur le compte bancaire des requérants le 30 janvier 2015, provenant de la société Pizza des Arts, ainsi que trois sommes de 4 664 euros, 396,87 euros et 1527,47 euros, provenant de la SARL Excel Auto Service, créditées respectivement les 5 février, 10 mars et 13 août 2015, et une somme totale de 36 430 euros créditée en 2016 provenant de cette dernière société, à l'égard desquelles ceux-ci soutiennent seulement maintenir leurs explications. S'ils soutiennent que les remises de chèque pour un montant total de 11 976,60 euros, en provenance de la société Transpeed, créditées sur leur compte bancaire, correspondent à une avance de frais pour l'acquisition, par M. C et sa fille, de cette société, ils ne l'établissent pas. Ils n'établissent pas davantage que le crédit de 5 000 euros en date du 31 mars 2016 en provenance de la SAS Autoverde proviendrait de la vente d'un véhicule ni, par ailleurs, qu'un crédit de 20 000 euros du 15 janvier 2016 correspondrait à un gain de jeu, et que le crédit du 13 septembre 2016 d'un montant de 899,82 euros en provenance de la société Allianz Bank serait une indemnité d'assurance non imposable. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que c'est à tort que le service vérificateur a considéré ces sommes comme des revenus d'origine indéterminée.

Sur les majorations :

8. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : a. 40 % en cas de manquement délibéré () ; ". Aux termes de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales : " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs, de la taxe sur la valeur ajoutée et des autres taxes sur le chiffre d'affaires, des droits d'enregistrement, de la taxe de publicité foncière et du droit de timbre, la preuve de la mauvaise foi et des manœuvres frauduleuses incombe à l'administration. ".

9. Pour justifier l'application de la pénalité pour manquement délibéré au titre des rehaussements de revenus des années 2015 et 2016 des requérants, l'administration fait valoir que M. C, associé et ancien gérant de la SARL Dav Fret, ne pouvait ignorer que le règlement au moyen de la carte bancaire de la société de dépenses de golf, de restaurant, d'achats dans des supermarchés, de vêtements, de frais de séjour à l'étranger ou encore d'entretien de piscine n'étaient pas exposées dans l'intérêt de la société et constituaient des revenus imposables. S'agissant des revenus d'origine indéterminée, elle fait valoir l'absence de toute justification des crédits bancaires de la part des requérants, leur caractère répété et l'importance des sommes en cause. En faisant état de ces éléments, l'administration doit être regardée comme justifiant suffisamment du caractère délibéré des manquements déclaratifs des contribuables. Il s'ensuit que ces derniers ne sont pas fondés à soutenir que c'est à tort que les suppléments d'imposition en litige ont été assortis de la majoration de 40 % prévue par les dispositions précitées.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de M. et Mme C tendant à la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2014 à 2016 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles fondées sur les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A et B C et à l'administratrice générale, directrice du contrôle fiscal Sud-Est Outre-Mer.

Délibéré après l'audience du 2 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Menasseyre, présidente,

M. Claudé-Mougel, premier conseiller,

Mme Charbit, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2023.

Le rapporteur,

Signé

DLa présidente,

Signé

A. Menasseyre

Le greffier,

Signé

I.Abed

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier,

5

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