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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2105311

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2105311

mardi 13 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2105311
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantRIGHI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 15 juin 2021 et le 16 octobre 2023, la SCI Santa Lucia F, représentée par Me Righi, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés, de taxe sur les salaires, de taxe d'apprentissage et de contribution additionnelle à la taxe d'apprentissage auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2014 et 2015, et des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la procédure est irrégulière, dès lors que l'administration ne lui a pas communiqué les documents obtenus du Crédit Suisse relatifs aux emprunts ayant permis de financer l'acquisition et les travaux de sa villa ;

- c'est à tort que le service a remis en cause des dettes inscrites à son passif pour un montant total de 1,8 million d'euros, alors qu'elle produit des justificatifs probants pour établir la réalité de deux emprunts auxquels correspondent ces dettes ;

- dès lors qu'il a constaté que l'emprunt de 1,8 million d'euros n'avait pas été remboursé, le service aurait dû admettre l'inscription au passif de cette dette ;

- c'est à tort que l'administration a rejeté la déduction d'un certain nombre de dotations aux amortissements alors que la différence entre le montant de l'amortissement observé pendant le présent contrôle et celui observé lors du précédent contrôle au cours duquel une déduction avait été admise s'explique par la mise au rebut d'un certain nombre d'immobilisations, en raison de leur vétusté ;

- elle est fondée à demander la décharge des cotisations supplémentaires de taxe sur les salaires, de taxe d'apprentissage et de contribution additionnelle à la taxe d'apprentissage, dès lors qu'elle est assujettie à la taxe sur la valeur ajoutée depuis sa lettre d'option adressée au service des impôts des entreprises du 6ème arrondissement de Marseille, le 23 décembre 2008 ;

- s'agissant des autres chefs de rectification, le service vérificateur n'a pas apporté la preuve des rectifications qui lui incombe ;

- la compétence du signataire de l'avis de mise en recouvrement n'est pas établie ;

- l'administration n'établit pas que caractère délibéré des manquements.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 décembre 2021, la directrice du contrôle fiscal Sud-Est Outre-mer conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par la SCI Santa Lucia F ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pouliquen, rapporteure,

- les conclusions de M. Secchi, rapporteur public,

- et les observations de Me Righi, représentant la SCI Santa Lucia F.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI Santa Lucia F a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2015. Une proposition de rectification en date du 7 septembre 2017 lui a été notifiée. La SCI Santa Lucia F demande la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés, de taxe d'apprentissage et de contribution additionnelle à la taxe d'apprentissage auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2014 et 2015, et des pénalités correspondantes.

Sur la régularité de la procédure :

2. Aux termes de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales : " L'administration est tenue d'informer le contribuable de la teneur et de l'origine des renseignements et documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition faisant l'objet de la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou de la notification prévue à l'article L. 76. Elle communique, avant la mise en recouvrement, une copie des documents susmentionnés au contribuable qui en fait la demande ".

3. Le contenu de la réclamation de la société du 16 décembre 2020 selon laquelle " notre désaccord équivalait à une demande à être plus informés sur la teneur du courrier de la banque dont nous estimons que le plus simple eût été qu'il nous soit purement et simplement communiqué ainsi que le prévoit la procédure lorsque le redressement se fonde sur des renseignements et documents obtenus de tiers et notamment lorsque l'administration aura exercé son droit de communication. En fait le courrier de la banque ne nous a jamais été transmis " ne peut être regardée comme une demande formelle adressée à l'administration de communication des pièces obtenues par le service grâce à l'exercice de son droit de communication. En tout état de cause, l'intégralité du contenu des courriers du Crédit Suisse en date du 10 juillet 2017 et du 17 août 2017 a été reproduit dans la proposition de rectification du 7 septembre 2017. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que la procédure d'imposition est irrégulière.

Sur le bien-fondé des impositions :

4. En premier lieu, il résulte de l'instruction que le service a remis en cause des dettes inscrites au passif de la SCI Santa Lucia F pour un montant total de 1,8 million d'euros au motif que cette dette n'était pas justifiée, et pour un montant de 3 778 723 euros au motif que cette somme avait déjà été remboursée. L'administration s'est appuyée sur les courriers de Crédit Suisse selon lesquels la SCI Santa Lucia F avait souscrit des emprunts de cinq millions d'euros et de 1,5 million d'euros et que le capital restant dû au 31 décembre 2014 et au 31 décembre 2015 s'élevait, pour chacune de ces deux années, à 2 721 277,23 euros. La société requérante produit des contrats de prêt, au demeurant non datés, conclus par acte sous seing-privé, pour des montants respectifs de 1,2 million d'euros et de 600 000 euros, ainsi que deux courriers de Crédit Suisse attestant de la réalité de ces emprunts d'un montant total de 1,8 million d'euros, qui s'ajoutent aux deux emprunts précités. Pour autant, il résulte d'un courrier de crédit Suisse du 4 mai 2011 que le capital restant dû à cette date, de l'ensemble des emprunts souscrits chez Crédit Suisse y compris les deux emprunts souscrits par acte sous seing-privé pour un montant total de 1,8 million d'euros, s'élevait à 2 721 277,23 euros. Par suite, la SCI Santa Lucia F n'est pas fondée à contester la rectification par l'administration du passif des années en litige, limité à 2 721 277,23 euros, et la société requérante n'est donc pas fondée à soutenir que c'est à tort que le service a remis en cause des dettes inscrites à son passif pour un montant total de 1,8 million d'euros. Quant au moyen tiré de ce que l'administration a constaté que l'emprunt de 1,8 million d'euros n'avait pas été remboursé, il manque en fait et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction qu'à l'occasion d'un précédent contrôle fiscal portant sur les exercices clos en 2009, 2010 et 2011, l'administration avait admis en déduction une partie des amortissements correspondant aux installations générales et aménagements divers, puis rejeté le surplus. En l'espèce, le service vérificateur a contrôlé les dotations aux amortissements figurant en A Nouveau au 1er janvier 2014, en s'appuyant sur les immobilisations validées lors du précédent contrôle. Le service a ainsi comparé les montant des amortissements respectivement comptabilisés au titre de 2012 et 2013, soit 272 710 euros, avec les dotations résultant des immobilisations justifiées par des factures lors du précédent contrôle, soit 122 860 euros pour 2012 et pour 2013. La différence entre ces deux termes a fait l'objet d'une réintégration de 149 849 euros par an au titre des A nouveaux 2014, sur le fondement des dispositions de l'article 38-4 bis du code général des impôts.

6. Si la société requérante soutient que la différence entre le montant de l'amortissement observé pendant le présent contrôle, et celui observé lors du précédent contrôle au cours duquel une déduction avait été admise, s'explique par la mise au rebut d'un certain nombre d'immobilisations en raison de leur vétusté, elle ne produit aucun élément pour l'établir. Par suite, le moyen doit être écarté.

7. S'agissant des amortissements concernant le mobilier, il résulte de l'instruction que la société requérante se réfère à son argumentation propre aux amortissements correspondant aux installations générales et aménagements divers, sans produire aucun élément à l'appui de ses allégations. Le moyen doit donc être écarté.

8. S'agissant des rehaussements de 149 849 euros au titre de 2014 et de 150 574 euros au titre de 2015, correspondant à la reprise d'amortissements concernant des immobilisations non justifiées, il résulte de l'instruction que la société requérante se réfère à son argumentation propre aux amortissements correspondant aux installations générales et aménagements divers, sans produire aucun élément à l'appui de ses allégations, telle que par exemple des factures justificatives. Le moyen doit donc être écarté.

9. En troisième lieu, aux termes du 1 de l'article 231 du code général des impôts, dans sa version applicable au litige : " Les sommes payées à titre de rémunérations aux salariés () sont soumises à une taxe égale à 4,25 % de leur montant évalué selon les règles prévues à l'article L. 136-2 du code de la sécurité sociale (). Cette taxe est à la charge des entreprises et organismes qui emploient ces salariés (), qui paient ces rémunérations lorsqu'ils ne sont pas assujettis à la taxe sur la valeur ajoutée ou ne l'ont pas été sur 90 % au moins de leur chiffre d'affaires au titre de l'année civile précédant celle du paiement desdites rémunérations ".

10. L'administration a assujetti la SCI Santa Lucia F à la taxe sur les salaires après avoir constaté que la société requérante n'est pas assujettie à la taxe sur la valeur ajoutée sur 90 % au moins de son chiffre d'affaires sur l'année civile précédant le versement des rémunérations. Si la société requérante soutient qu'elle est assujettie à la taxe sur la valeur ajoutée depuis la lettre d'option adressée au service des entreprises du 6ème arrondissement de Marseille le 23 décembre 2008, elle n'établit pas, ni même n'allègue, avoir versé à l'Etat de la taxe sur la valeur ajoutée au cours des années précédant celles en litige. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à demander la décharge de la taxe sur les salaires.

11. En quatrième lieu, la SCI Santa Lucia F ne peut utilement soutenir que c'est à tort que l'administration l'a assujettie à la taxe d'apprentissage et à la contribution additionnelle à la taxe d'apprentissage au motif qu'elle serait assujettie à la taxe sur la valeur ajoutée.

12. En cinquième lieu, le moyen tiré de ce que, s'agissant des autres chefs de rectification, le service vérificateur n'a pas apporté la preuve des rectifications qui lui incombe, n'est pas assorti de précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé.

13. En sixième lieu, la requérante ne peut utilement soutenir, dans le cadre du présent recours tendant à contester l'assiette des impositions en litige, que la compétence du signataire de l'avis de mise en recouvrement n'est pas établie. Ce moyen, qui relève du contentieux du recouvrement, est inopérant et doit être écarté.

Sur les pénalités :

14. Aux termes de la proposition de rectification du 7 septembre 2017, l'administration a infligé à la SCI Santa Lucia F une pénalité pour manquement délibéré, aux motifs qu'elle ne pouvait ignorer l'état de ses dettes vis-à-vis du Crédit Suisse et qu'elle n'a présenté aucune facture justifiant les amortissements inscrits en comptabilité. Le service a également retenu le caractère répété du manquement, la société ayant déjà fait l'objet de rectification de son résultat imposable à l'issue d'un précédent contrôle fiscal. Au regard de ces justifications dont la réalité n'est pas contestable, la société requérante n'est pas fondée à contester le bien-fondé de la pénalité qui lui a été infligée sur le fondement du a de l'article 1729 du code général des impôts.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la société Santa Lucia F doit être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SCI Santa Lucia F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Santa Lucia F et à la directrice du contrôle fiscal Sud-Est Outre-mer.

Délibéré après l'audience du 12 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Brossier, président,

Mme Charpy, conseillère,

Mme Pouliquen, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2024.

La rapporteure,

Signé

G. Pouliquen

Le président,

Signé

J.B. BrossierLa greffière,

Signé

D. Dan

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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