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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2105332

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2105332

lundi 19 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2105332
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation8ème chambre
Avocat requérantDEGUITRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 juin 2021, Mme A F, représentée par la SCP Douchez Layani Amar, demande au tribunal :

1°) de condamner l'établissement public Assistance publique - hôpitaux de Marseille (AP-HM) à lui verser la somme totale de 22 094,93 euros en réparation de ses préjudices ;

2°) de mettre à la charge de l'AP-HM les dépens ainsi qu'une somme de 3 000 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle a été victime d'une infection nosocomiale au décours de l'intervention qu'elle a subie le 27 juillet 2018 à l'hôpital de La Timone à Marseille ;

- la responsabilité de l'AP-HM, dont relève l'hôpital de La Timone, doit être engagée compte-tenu des conclusions du rapport d'expertise des Dr C et D du 10 juin 2020 ;

- elle a subi plusieurs préjudices dont elle sollicite l'indemnisation : un déficit fonctionnel temporaire total puis partiel à hauteur de 623 euros, des souffrances endurées à hauteur de 3 800 euros, un préjudice esthétique temporaire à hauteur de 1 000 euros, des dépenses de santé actuelles restant à charge à hauteur 1 092,71 euros, des frais divers dont des frais de déplacement et d'assistance à expertise pour un total de 4 002,22 euros, des frais d'assistance par une tierce personne à hauteur de 777 euros, un préjudice universitaire à hauteur de 1 000 euros, un déficit fonctionnel permanent de 1% à hauteur de 1 800 euros, un préjudice esthétique permanent à hauteur de 3 000 euros et des dépenses de santé futures à hauteur de 5 000 euros.

Par un mémoire, enregistré le 28 juin 2021, la caisse primaire d'assurance maladie de Haute-Garonne, représentée par la SCP Vinsonneau-Palies- Noy Gauer et associés, demande au tribunal de condamner l'AP-HM à prendre en charge l'intégralité de ses débours versés pour les dépenses de santé de la requérante à hauteur de 16 280,77 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter de la date d'enregistrement de son mémoire ainsi que l'indemnité forfaitaire de gestion de 1 098 euros en application de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale et, en outre, à ce qu'une somme de 1 000 euros soit mise à sa charge au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 août 2021, l'établissement public Assistance publique - hôpitaux de Marseille, représenté par Me Deguitre, s'en rapporte à la décision du Tribunal quant à sa responsabilité et fait valoir que la réparation des préjudices ne peut excéder la somme totale de 10 491,22 euros.

En application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, la clôture de l'instruction a été prononcée le 24 mai 2023.

Vu :

- l'ordonnance n°1901451 du 26 juillet 2019 par laquelle le juge des référés du tribunal administratif de Marseille a désigné le Dr D comme expert médical ;

- la décision du 23 octobre 2019 par laquelle le Dr C a été désigné comme co-expert médical ;

- le rapport d'expertise du Dr D et du Dr C, enregistré au greffe du tribunal le 10 juin 2020 ;

- les ordonnances du 26 juin et du 14 août 2020 par lesquelles le président du tribunal administratif de Marseille a taxé et liquidé les honoraires du Dr D et du Dr C à hauteur d'une somme globale de 2 498 euros et les a mis à la charge de Mme F.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- l'arrêté du 15 décembre 2022 relatif aux montants de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de Mme E,

-et les conclusions de M. Ricard, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A F a été opérée à l'hôpital de la Timone le 27 juillet 2018 pour une arthrodèse postérieure afin de remédier à une scoliose thoracique. Elle a été prise en charge au CHU de la Timone du 26 juillet au 9 août 2018. Une tuméfaction sous-cutanée est apparue à l'endroit de la cicatrice au décours de l'intervention. Elle a consulté à la clinique St Jean du Languedoc à Toulouse dès le 21 août 2018. En l'absence de diagnostic immédiat et certain, une surveillance a été mise en place dès le 23 août 2018. Le 17 septembre 2018, Mme F consulte en urgence le CHU de Toulouse en raison de l'apparition de douleurs et de signes inflammatoires à l'endroit de la cicatrice. Une intervention est réalisée le 18 septembre suivant pour une reprise de la cicatrice et des prélèvements qui révèleront la présence d'un staphylocoque aureus méticilline associé à une propiniobacterium acnes. Une antibiothérapie sera mise en place et la requérante rentrera chez elle le 26 septembre 2018. Suite à la procédure de référé expertise, la requérante a adressé une demande indemnitaire préalable le 18 mars 2021, reçue le 23 mars suivant. Mme F demande au Tribunal de condamner l'AP-HM à réparer les préjudices subis du fait de l'infection qu'elle a contractée au décours de l'intervention du 27 juillet 2018 à l'hôpital de La Timone.

Sur la responsabilité sans faute de l'AP-HM :

2. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère ".

3. Doit être regardée comme présentant un caractère nosocomial au sens du second alinéa du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique une infection survenant au cours ou au décours de la prise en charge d'un patient et qui n'était ni présente, ni en incubation au début de celle-ci, sauf s'il est établi qu'elle a une autre origine que la prise en charge.

4. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise, que Mme F a été victime d'une infection nosocomiale dans les suites de l'intervention d'arthrodèse postérieure qu'elle a subie à l'hôpital de La Timone le 27 juillet 2018. Il résulte également de l'instruction que cette infection survenue au décours de la prise en charge de l'intéressée par l'établissement hospitalier n'était ni présente, ni en incubation avant ou au début de celle-ci et que l'AP-HM, qui ne conteste pas sa responsabilité, n'établit aucune autre origine ou aucune cause étrangère permettant d'exonérer ou d'amoindrir sa responsabilité.

5. Dans ces conditions, Mme F est fondée à soutenir que l'AP-HM est responsable de l'infection nosocomiale qu'elle a contractée au décours de l'intervention du 27 juillet 2018. La date de consolidation, non contestée, de Mme F est fixée au 15 janvier 2020.

Sur l'évaluation des préjudices :

En ce qui concerne le déficit fonctionnel temporaire :

6. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, que Mme F a présenté un déficit fonctionnel temporaire total durant la période du 18 au 26 septembre 2018, soit 9 jours, puis un déficit fonctionnel temporaire partiel à 25%, du 27 septembre au 15 octobre 2018, soit 19 jours, puis un déficit fonctionnel temporaire partiel de 15%, du 16 octobre au 26 décembre 2018, soit 72 jours et enfin un déficit fonctionnel temporaire de 5%, du 27 décembre 2018 au 14 janvier 2020, veille de la date de consolidation de son état de santé, soit 1 an et 20 jours. Il sera fait une juste évaluation du préjudice résultant du déficit fonctionnel temporaire de Mme F, en le fixant, sur une base de 13,33 euros par jour, à la somme de 582 euros.

En ce qui concerne les souffrances endurées :

7. Il résulte de l'instruction que les souffrances endurées par Mme F ont été évaluées par l'expert à 3 sur une échelle de 7. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en le fixant à 3 600 euros.

En ce qui concerne le préjudice esthétique temporaire :

8. Il résulte de l'instruction, principalement du rapport d'expertise, que l'infection nosocomiale contractée par Mme F est à l'origine pour l'intéressée d'un préjudice esthétique temporaire durant la période courant du 20 août au 1er novembre 2018. Il sera fait une juste appréciation de ce poste en l'évaluant à la somme de 1 800 euros.

En ce qui concerne les frais d'assistance par une tierce personne :

9. Il résulte de l'instruction que l'expert a retenu la nécessité d'une assistance par une tierce personne à hauteur de 9 heures par semaine pendant trois semaines du 27 septembre au 15 octobre 2018, puis à hauteur de 3 heures par semaine pendant dix semaines du 16 octobre au 26 décembre 2018. Sur la base d'un taux horaire de 14 euros et d'une année de 412 jours pour tenir compte des dimanches et jours fériés, le préjudice de Mme F s'élève à la somme de 900 euros, que l'AP-HM doit être condamnée à lui verser.

En ce qui concerne les frais divers de déplacement :

10. La requérante soutient qu'elle a engagé des frais de déplacement en taxi entre le 16 octobre et le 26 décembre 2018, période durant laquelle elle ne pouvait pas se déplacer en transport en commun pour se rendre à l'université, puis des frais de déplacement en avion du 27 septembre 2018 au 15 janvier 2020 pour se rendre au CHU de Toulouse depuis Paris où elle étudie. Ces frais de déplacement, établis par la production de justificatifs sont repris dans le rapport d'expertise et ne sont pas contestés en défense. Toutefois, les déplacements en avion vers Toulouse pour se faire soigner au CHU de Toulouse, alors qu'elle pouvait être prise en charge à Paris, relèvent d'un choix personnel qui n'est pas en lien direct et certain avec l'infection en cause. Mme F est par suite seulement fondée à solliciter l'indemnisation de ses frais divers de déplacement à hauteur de 137,95 euros.

En ce qui concerne le préjudice universitaire :

11. Mme F se prévaut d'un préjudice universitaire dès lors qu'elle s'est trouvée empêchée de suivre ses cours à l'université en raison de l'infection qu'elle a contractée. Toutefois, ce poste de préjudice, qui n'est pas retenu par les experts, n'est pas établi dès lors que la requérante a pu reprendre ses cours à temps partiel dès le 16 octobre 2018 et qu'il n'est pas démontré que l'infection ait eu un quelconque impact négatif sur le suivi de sa scolarité universitaire ou la réussite de ses examens. Par suite, Mme F n'est pas fondée à en solliciter l'indemnisation.

En ce qui concerne le déficit fonctionnel permanent :

12. Il résulte de l'instruction et principalement du rapport d'expertise, que Mme F présente un déficit fonctionnel permanent résiduel évalué à 1 % par l'expert. Mme F étant âgée de 25 ans à la date de consolidation de son état de santé, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice à hauteur de 1 200 euros.

En ce qui concerne le préjudice esthétique permanent :

13. Mme F soutient qu'elle subit un préjudice esthétique permanent du fait de la cicatrice dédoublée du fait de la reprise chirurgicale rendue nécessaire par l'infection. Si les experts ne retiennent pas ce poste et indiquent que la cicatrice reste assez fine, non adhérente, de bonne qualité et non inflammatoire, il convient de retenir ce poste de préjudice compte tenu de l'élargissement de la cicatrice d'un centimètre de plus du fait de l'infection. Par suite, Mme F est fondée à solliciter l'indemnisation de ce poste de préjudice à hauteur de 500 euros.

En ce qui concerne les dépenses de santé futures :

14. Il résulte de l'instruction et principalement du rapport d'expertise, que l'infection contractée en 2018 par Mme F peut être regardée comme consolidée à la date du 15 janvier 2020, et qu'elle n'est pas de nature à entraîner de frais médicaux et pharmaceutiques pour l'avenir. Par suite, Mme F n'est pas fondée à solliciter le versement d'une somme de 5 000 euros au titre de prétendues dépenses de santé futures qui sont en réalité en lien avec les conséquences de l'intervention d'arthrodèse et sa scoliose, et non avec l'infection en litige.

En ce qui concerne les frais d'assistance à expertise :

15. Mme F soutient qu'elle s'est adjoint les conseils du Dr B dans le cadre de la préparation et du déroulé des opérations d'expertise. Elle produit une facture de 2 070 euros et justifie des frais de déplacement en taxi pour se rendre chez son médecin-conseil à hauteur de 56,10 euros. Par suite, il conviendra que l'AP-HM indemnise ces frais dument justifiés à hauteur de 2 126,10 euros.

16. Il résulte de tout ce qui précède, que l'établissement public Assistance publique - hôpitaux de Marseille doit être condamné à verser une somme de 10 846,05 euros à Mme F en réparation des préjudices subis du fait de l'infection nosocomiale qu'elle a contractée au décours de l'intervention du 26 juillet 2018.

Sur les conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie :

En ce qui concerne les débours :

17. La CPAM de Haute-Garonne sollicite la prise en charge de débours au titre des frais hospitaliers au CHU de Toulouse du 18 au 26 septembre 2018, dans le cadre de l'intervention de reprise de la cicatrice et de prélèvements ayant permis de diagnostiquer l'infection, à hauteur de 12 992 euros, au titre des frais médicaux engagés sur l'ensemble de la période courant du 20 août 2020, déclenchement de l'infection au 15 janvier 2020, date de consolidation de l'état de santé, à hauteur de 2 714,99 euros, au titre des frais pharmaceutiques du 21 août 2018 au 18 novembre 2019, correspondant aux soins et à l'antibiothérapie mis en place, à hauteur de 664,72 euros. L'état des débours produit est suffisamment détaillé et fait également état d'une franchise de 90,94 euros. La CPAM de Haute-Garonne est fondée à solliciter le remboursement de la somme de 16 280,77 euros au titre de ses débours.

En ce qui concerne l'indemnité forfaitaire de gestion :

18. En application de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale et de l'article 1er de l'arrêté du 15 décembre 2022 susvisé et eu égard à la somme dont elle obtient le remboursement dans le présent jugement, la CPAM de Haute-Garonne est en droit d'obtenir le versement d'une indemnité forfaitaire de gestion d'un montant de 1 162 euros.

Sur les frais d'expertise :

19. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre les frais d'expertise taxés et liquidés à hauteur de 2 498 euros, et pris en charge par Mme F, à la charge définitive de l'AP-HM en intégralité.

Sur les frais du litige :

20. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'AP-HM, d'une part, une somme de 1 500 euros à verser à Mme F et, d'autre part, une somme de 800 euros à verser à la CPAM de Haute-Garonne sur le même fondement.

D E C I D E :

Article 1er : L'établissement public Assistance publique - hôpitaux de Marseille (AP-HM) est condamné à verser une somme de 10 846,05 euros à Mme F en réparation de ses préjudices.

Article 2 : L'établissement public AP-HM est condamné à verser une somme de 16 280,77 euros à la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de Haute-Garonne, assortie des intérêts au taux légal à compter de la date de notification du présent jugement et une somme de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue à l'article L.376-1 du code de la sécurité sociale.

Article 3: Les frais d'expertise taxés et liquidés à hauteur de 2 498 euros sont mis à la charge définitive de l'AP-HM.

Article 4 : L'établissement public AP-HM versera une somme de 1 500 euros à Mme F au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : L'établissement public AP-HM versera une somme de 800 euros à la CPAM de Haute-Garonne.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A F, à l'établissement public AP-HM et à la caisse primaire d'assurance maladie de Haute-Garonne.

Copie en sera délivrée aux Docteurs D et C, experts.

Délibéré après l'audience du 5 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Ghislaine Markarian, présidente,

Mme Elisa Fabre, première conseillère,

Mme Ludivine Journoud, conseillère.

Assistés de Mme Ibram, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juin 2023.

La rapporteure,

signé

L. E La présidente,

signé

G. MARKARIAN

La greffière,

signé

S. IBRAM

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°210533

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