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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2105360

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2105360

mardi 24 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2105360
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7è Ch Magistrat statuant seul
Avocat requérantCHHU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 16 juin 2021 et 20 juin 2022, M. A B, représenté par Me Chhu, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler chacune des décisions de retraits de points récapitulée par la décision référencée " 48 SI " du 1er mai 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité de son permis de conduire pour solde de points nul ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, en application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'ordonner le rétablissement des points illégalement retirés dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir.

Il soutient que :

- les décisions successives procédant aux retraits de points ne lui ont pas été notifiées ;

- il n'a pas été destinataire de l'information préalable prévue par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er mars 2022, le ministre de l'intérieur conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions dirigées contre la décision référencée " 48 SI " et au rejet du surplus de la requête.

Il soutient que :

- les conclusions dirigées contre la décision 48SI sont sans objet, l'administration étant réputée l'avoir retirée à la suite d'un ajout de points sur le permis de conduire de l'intéressé en raison du suivi d'un stage de sensibilisation à la sécurité routière et que par suite, le solde de points dudit permis est redevenu positif ;

- les autres moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme C en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a commis une série d'infractions les 5 mai 2018, 17 août 2019, 5 juillet 2020, 11 août 2020 à 0 heures 55 et 11 août 2020 à 1 heure. Par une décision référencée " 48 SI " en date du 1er mai 2021, le ministre de l'intérieur a constaté la perte de validité de son permis de conduire. Dans le dernier état de ses écritures, et alors que le solde de points du permis de conduire de l'intéressé étant redevenu positif, ce permis a retrouvé sa validité, M. B saisit le tribunal administratif d'une demande tendant à l'annulation de chacune des décisions de retrait de points récapitulée sur la décision du 1er mai 2021.

Sur l'étendue du litige :

2. Il résulte de la consultation du relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de M. B que le point retiré à la suite de l'infraction commise le 17 août 2019 lui a été réattribué le 28 avril 2020, soit avant l'introduction de sa requête. Ses conclusions à fin d'annulation d'un retrait de point qui a disparu de l'ordonnancement juridique sont sans objet et, par suite, irrecevables.

Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la notification des décisions de retraits de points :

3. Les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévue par les dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ces retraits. Cette procédure a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont dispose celui-ci pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. Par conséquent, la circonstance que l'administration ne soit pas en mesure d'apporter la preuve que la notification des retraits successifs, effectuée par lettre simple, a bien été reçue par son destinataire, ne saurait lui interdire de constater que le permis a perdu sa validité, dès lors que la décision procédant au retrait des derniers points récapitule les retraits antérieurs et les rend ainsi opposables au conducteur. Par suite, le moyen tiré de l'absence de notification des différents retraits de points est inopérant et doit être écarté.

En ce qui concerne la délivrance de l'information préalable prévue par les dispositions L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route :

S'agissant de l'infraction relevée le 5 mai 2018 :

4. Aux termes du II de l'article R. 49-1 du code de procédure pénale : " Sans préjudice de l'article R. 249-9, le procès-verbal peut être dressé au moyen d'un appareil sécurisé dont les caractéristiques sont fixées par arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice, permettant le recours à une signature manuscrite conservée sous forme numérique ". En vertu des articles A. 37-1 et suivants du même code, lorsque le procès-verbal de constatation de l'infraction est dressé avec un appareil électronique sécurisé permettant de dresser un procès-verbal dématérialisé, il est adressé, par voie postale au domicile du contrevenant, un avis de contravention et une notice de paiement. L'avis de contravention adressé par voie postale au contrevenant comporte les informations requises par les dispositions L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

5. Il résulte de l'instruction, notamment des mentions du relevé d'information intégral relatif à la situation du permis de conduire de M. B, que l'intéressé s'est acquitté le 1er juin 2018 de l'amende forfaitaire au titre de l'infraction constatée par un procès-verbal dématérialisé dressé le 5 mai 2018 au moyen d'un appareil électronique sécurisé. En application des dispositions mentionnées ci-dessus du code de procédure pénale, M. B doit être regardé comme ayant nécessairement reçu à son domicile l'avis de contravention afférent à cette infraction. Eu égard aux mentions dont cet avis de contravention doit être revêtu, il doit être regardé comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende forfaitaire, les informations requises en vertu des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, dès lors qu'il ne démontre pas avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet. Par suite, le moyen tiré du défaut d'information préalable doit être écarté.

S'agissant des infractions relevées les 5 juillet 2020, 11 août 2020 à 0 heure 55 et 11 août 2020 à 1 heure :

6. Le ministre n'est pas en mesure de justifier de la délivrance de l'information prévue aux articles L. 223-1, L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, antérieure aux retraits de points consécutifs aux infractions relevées les 5 juillet 2020, 11 août 2020 à 0 heure 55 et 11 août 2020 à 1 heure, qui ont donné lieu à l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée. Ces infractions correspondent toutes trois au non-respect de l'arrêt à un feu rouge fixe ou clignotant et ne sont pas de même nature que l'infraction commise le 5 mai 2018, soit plus de deux ans auparavant, et correspondant à l'usage d'un téléphone par le conducteur d'un véhicule de circulation. Le ministre n'est, dès lors, pas fondé à soutenir que M. B aurait, de fait, bénéficié à l'occasion de cette infraction précédente de l'ensemble des informations légalement exigées. Par suite, M. B est fondé à soutenir que les décisions du ministre lui retirant un total de douze points de son permis de conduire à la suite de ces infractions ont été prises au terme d'une procédure irrégulière et à en demander l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que l'administration restitue à M. B les points retirés à la suite des infractions relevées les 5 juillet 2020, 11 août 2020 à 0 heure 55 et 11 août 2020 à 1 heure, dans la limite du plafond affecté au permis de conduire de M. B. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder à cette restitution dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions portant retrait de douze points du permis de conduire de M. B à la suite des infractions au code de la route relevées les 5 juillet 2020, 11 août 2020 à 0 heures 55 et 11 août 2020 à 1 heure sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de restituer à M. B les points illégalement retirés à la suite des infractions mentionnées à l'article 1er, sans toutefois que cette restitution ne puisse porter le capital de points du permis de conduire de l'intéressé à un nombre supérieur à douze, réduit des retraits de points éventuellement prononcés par ailleurs à raison d'infractions étrangères à la présente instance, dans un délai de deux mois jours à compter de la date de notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 janvier 2023.

La magistrate désignée,

signé

A. C

La greffière,

signé

A. Vidal La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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