mardi 5 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2105436 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Chambre 5B |
| Avocat requérant | CAUCHON-RIONDET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 18 juin 2021 et le 26 mai 2022, Mme C A, représentée par Me Cauchon-Riondet, demande au Tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 7 500 euros, assortie des intérêts au taux légal et de la capitalisation des intérêts, en réparation des préjudices de toute nature résultant pour elle de la carence fautive de l'Etat à lui proposer un logement adapté à sa situation et ses besoins, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à l'expiration d'un délai de deux mois à compter du prononcé du jugement ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- la responsabilité de l'Etat est engagée dès lors qu'aucune proposition de logement adaptée à son besoin et ses capacités n'a abouti depuis qu'elle a été reconnue par la commission de médiation des Bouches-du-Rhône, le 5 septembre 2019, demandeur prioritaire devant être logé d'urgence, et alors même que l'Etat était tenu à une obligation de résultat, ni depuis le jugement du 1er octobre 2020 par lequel le tribunal a enjoint au préfet de la reloger dans un délai de quatre mois ;
- elle subit, avec son époux et leurs trois enfants mineurs à charge, du fait de l'absence de proposition de logement correspondant à ses besoins et capacités résultant du manquement du préfet à son obligation, des troubles de toute nature dans leurs conditions d'existence, préjudice pouvant être évalué à 7 500 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 février 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par Mme A n'est fondé dès lors qu'il lui a adressé des propositions de logement refusées de manière injustifiée.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale le 25 août 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du Tribunal a désigné Mme Noire, première conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme B, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, qui a saisi la commission de médiation des Bouches-du-Rhône d'un recours amiable sur le fondement du droit au logement opposable, a été déclarée prioritaire et devant être logée en urgence dans un logement correspondant à ses besoins et à ses capacités dans un délai de six mois, par décision de cette commission en date du 5 septembre 2019. En l'absence de proposition de logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités, Mme A a saisi le Tribunal, aux fins de voir ordonner son logement, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Par un jugement du 1er octobre 2020 devenu définitif, le magistrat désigné par le président du Tribunal a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de procéder au logement de l'intéressée dans un délai de quatre mois. Par courrier du 25 mars 2021 reçu le 31, l'intéressée a saisi le préfet des Bouches-du-Rhône d'une demande d'indemnisation du préjudice subi du fait de la carence de l'Etat en l'absence de logement. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par l'administration sur cette réclamation. Par la présente requête, Mme A demande au Tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme de 7 500 euros en réparation des préjudices de toute nature résultant pour elle et ses cinq enfants à charge.
Sur la responsabilité :
2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ". Selon le II de l'article L. 441-2-3 de ce code : " () Dans un délai fixé par décret, la commission de médiation désigne les demandeurs qu'elle reconnaît prioritaires et auxquels un logement doit être attribué en urgence. Elle détermine pour chaque demandeur, en tenant compte de ses besoins et de ses capacités, les caractéristiques de ce logement () / La commission de médiation transmet au représentant de l'Etat dans le département la liste des demandeurs auxquels doit être attribué en urgence un logement. () / Le représentant de l'Etat dans le département () désigne chaque demandeur à un organisme bailleur disposant de logements correspondant à la demande. () / En cas de refus de l'organisme de loger le demandeur, le représentant de l'Etat dans le département qui l'a désigné procède à l'attribution d'un logement correspondant aux besoins et aux capacités du demandeur sur ses droits de réservation. () ". L'article R. 441-16-1 du même code dispose que : " A compter du 1er décembre 2008, le recours devant la juridiction administrative prévu au I de l'article L. 441-2-3-1 peut être introduit par le demandeur qui n'a pas reçu d'offre de logement tenant compte de ses besoins et capacités passé un délai de trois mois à compter de la décision de la commission de médiation le reconnaissant comme prioritaire et comme devant être logé d'urgence. Dans () les départements comportant au moins une agglomération, ou une partie d'une agglomération, de plus de 300 000 habitants, ce délai est de six mois. ".
3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et comme devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, alors même que l'intéressé n'a pas fait usage du recours en injonction contre l'Etat prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat, qui court à compter de l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que les dispositions de l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartissent au préfet pour provoquer une offre de logement.
4. Mme A a été reconnue prioritaire et devant être logée d'urgence par une décision de la commission de médiation des Bouches-du-Rhône du 5 septembre 2019 et le tribunal a, par jugement du 1er octobre 2020, enjoint au préfet de procéder au logement de l'intéressée dans un délai de quatre mois. Il résulte de l'instruction que le préfet a proposé cinq logements de type T4 situés à Marseille à l'intéressée. La première proposition du 24 septembre 2019 pour un logement dans le 12ème arrondissement n'a pas abouti, le bailleur social ayant retenu un autre candidat. La deuxième proposition de logement dans le 9ème arrondissement de Marseille n'a pas davantage abouti en raison d'une inadéquation entre la typologie du logement et la composition familiale. Une troisième proposition du 25 février 2020 pour un logement situé dans le 13ème arrondissement de Marseille a été refusée par Mme A le 3 mars 2020 au motif de l'environnement social et du climat d'insécurité allégué du quartier en lien avec les trafics de stupéfiants. Toutefois, en s'étant bornée à faire valoir en réponse à cette proposition qu'elle ne saurait exposer ses enfants à la délinquance, la requérante n'établit pas l'existence, dans le groupe d'immeubles " Les Lauriers " où est situé le logement proposé, d'une situation habituelle d'insécurité qui, du fait de sa vulnérabilité particulière ou de celle de sa famille ou d'autres éléments liés à sa situation personnelle, créerait des risques graves pour elle ou pour sa famille. Ce refus d'un logement de type T4 qui correspondait pourtant aux besoins et capacités de l'intéressée, qui vit avec son époux et trois enfants à charge, tels que déterminés par la commission de médiation, ne peut ainsi être regardé en l'espèce comme justifié par un motif impérieux. Dès lors que la requérante a été informée des conséquences de son refus dans la décision de la commission de médiation du 5 septembre 2019 faisant état de ce que le refus d'une proposition pouvait lui faire perdre le caractère de priorité et d'urgence de son relogement et par le courrier accompagnant la proposition rappelant les conséquences possibles d'un refus d'un logement adapté, conformément à l'article R. 441-16-3 du code de la construction et de l'habitation, ledit refus sans motif impérieux fait obstacle à la mise en œuvre de la responsabilité de l'Etat compte tenu de ce que le logement a été proposé à l'intéressé avant l'expiration du délai de six mois suivant la décision de la commission de médiation. Il est constant que le préfet a néanmoins proposé le 14 août 2020 et le 7 décembre 2020 un quatrième et un cinquième logements, situés respectivement dans les 15ème et 4ème arrondissements de Marseille, à Mme A, procédures qui n'ont pas non plus abouti en raison de l'attribution des logements à d'autres demandeurs.
5. Dans ces conditions, la requérante, qui a refusé sans motif impérieux une proposition de logement social qui correspondait à ses besoins et capacités définis par la commission de médiation dans le délai de six mois imparti au préfet pour assurer son logement, n'est pas fondée, dans les circonstances de l'espèce, à soutenir que le retard mis par l'Etat à mettre en œuvre l'obligation de résultat qui lui incombait serait fautif et de nature à engager sa responsabilité. Par suite, les conclusions à fin d'indemnisation de Mme A ne peuvent qu'être rejetées ainsi, par voie de conséquence, que ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et à la ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.
Délibéré après l'audience du 27 juin 2022, à laquelle siégeait Mme Noire, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2022.
La présidente,
signé
F. BLe greffier,
signé
A. BENOIST
La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui la concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
P/ La greffière en chef,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026