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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2105995

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2105995

lundi 5 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2105995
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantCARMIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 juillet 2021 M. D G, représenté par

Me Carmier, demande au tribunal :

1°) de condamner le centre hospitalier d'Aubagne à lui verser une somme de

20 500 euros en réparation des préjudices qu'il a subis durant l'intervention du 4 février 2016 ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier d'Aubagne, la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'a pas reçu une information suffisante s'agissant des risques et des conséquences d'inefficacité de l'intervention réalisée le 4 février 2016 ;

- ce défaut d'information ne lui a pas permis de donner un consentement éclairé à la réalisation de l'intervention et lui a fait perdre une chance de refuser une intervention inutile et de se soustraire aux risques qui en découlent ;

- il convient d'indemniser cette perte de chance d'avoir évité le dommage à hauteur de 3 000 euros ;

- il n'a pas été informé et n'a pas donné son accord pour être opéré par le Dr B en remplacement du Dr F ;

- le Dr B a commis une faute en omettant de lui prescrire des anticoagulants en soins post-opératoires ;

- l'intervention litigieuse pratiquée par le Dr B lui a causé plusieurs préjudices dont il demande l'indemnisation à hauteur de 2 500 euros pour son préjudice esthétique, de

5 000 euros pour le préjudice d'angoisse et de 10 000 euros pour son préjudice moral.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 février 2022, le centre hospitalier d'Aubagne, représenté par Me Deguitre conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'en l'absence de faute et de préjudice indemnisable retenus par l'expert, aucun des moyens de la requête n'est fondé.

La requête a été communiquée à la caisse primaire centrale d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône, qui n'a pas produit de mémoire.

Vu la décision n° 2021/006067 du 24 mars 2021 accordant à M. G le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu :

- l'ordonnance de référé n°1900633 du 15 juillet 2019 par laquelle le juge des référés du tribunal administratif de Marseille a désigné le Dr A comme expert médical ;

- le rapport d'expertise définitif du Dr A, déposé au greffe le 19 décembre 2019 ;

- l'ordonnance du 15 janvier 2020 par laquelle la présidente du tribunal administratif de Marseille a taxé et liquidé les frais d'expertise à hauteur de 1 275 euros ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de Mme E,

-les conclusions de M. Ricard, rapporteur public,

- et les observations de Me Carmier représentant M. G.

Considérant ce qui suit :

1. M. G, alors âgé de 30 ans, présente des douleurs aux genoux dues aux séquelles d'une maladie de croissance diagnostiquée à l'adolescence, le syndrome

d'Osgood-Schlatter. En janvier 2016, il consulte le Dr F, chirurgien orthopédiste au centre hospitalier d'Aubagne, qui propose une intervention chirurgicale d'ablation

trans-tendineuse d'un séquestre osseux au niveau du genou gauche. L'intervention sera réalisée le 4 février 2016 par le Dr B, le Dr F étant indisponible. Le requérant est informé de ce changement avant l'intervention en présence d'une infirmière. Après son retour à son domicile, dans la nuit du 6 au 7 février suivant, le requérant ressent des douleurs thoraciques et une sensation d'oppression, il se rend aux urgences du centre hospitalier d'Aubagne. Un bilan radiologique et un scanner se révèlent normaux et un angioscanner réalisé le 9 février permettra d'écarter toute embolie pulmonaire. Se plaignant de douleurs au genou gauche, l'intéressé bénéficie d'une IRM en novembre 2017, soit 18 mois après l'intervention en litige, dont le résultat est " sans anomalie notable ". En décembre suivant, il démarre un processus de rééducation, tout en refusant le traitement par injection de plasma riche en plaquettes.

M. G reproche au centre hospitalier d'Aubagne d'avoir été opéré par un autre médecin que le Dr F sans en avoir été préalablement informé et d'avoir subi une intervention inutile compte tenu de l'absence d'amélioration de l'état de son genou gauche qui reste douloureux. Il saisit le tribunal pour obtenir la réparation des préjudices qu'il estime avoir subis.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

2. Aux termes de l'article L. 1110-5 du code de la santé publique : " Toute personne a, compte tenu de son état de santé et de l'urgence des interventions que celui-ci requiert, le droit de recevoir, sur l'ensemble du territoire, les traitements et les soins les plus appropriés et de bénéficier des thérapeutiques dont l'efficacité est reconnue et qui garantissent la meilleure sécurité sanitaire et le meilleur apaisement possible de la souffrance au regard des connaissances médicales avérées. Les actes de prévention, d'investigation ou de traitements et de soins ne doivent pas, en l'état des connaissances médicales, lui faire courir de risques disproportionnés par rapport au bénéfice escompté. () ". Par ailleurs, aux termes de l'article

L. 111-5 du code de la santé publique : " Toute personne prend, avec le professionnel de santé et compte tenu des informations et des préconisations qu'il lui fournit, les décisions concernant sa santé. Toute personne a le droit de refuser ou de ne pas recevoir un traitement. Le suivi du malade reste cependant assuré par le médecin, notamment son accompagnement palliatif. Le médecin a l'obligation de respecter la volonté de la personne après l'avoir informée des conséquences de ses choix et de leur gravité. Si, par sa volonté de refuser ou d'interrompre tout traitement, la personne met sa vie en danger, elle doit réitérer sa décision dans un délai raisonnable. Elle peut faire appel à un autre membre du corps médical. L'ensemble de la procédure est inscrite dans le dossier médical du patient. Le médecin sauvegarde la dignité du mourant et assure la qualité de sa fin de vie en dispensant les soins palliatifs mentionnés à l'article L. 1110-10. Aucun acte médical ni aucun traitement ne peut être pratiqué sans le consentement libre et éclairé de la personne et ce consentement peut être retiré à tout moment. Lorsque la personne est hors d'état d'exprimer sa volonté, aucune intervention ou investigation ne peut être réalisée, sauf urgence ou impossibilité, sans que la personne de confiance prévue à l'article L. 1111-6, ou la famille, ou à défaut, un de ses proches ait été consulté. Lorsque la personne est hors d'état d'exprimer sa volonté, la limitation ou l'arrêt de traitement susceptible d'entraîner son décès ne peut être réalisé sans avoir respecté la procédure collégiale mentionnée à l'article L. 1110-5-1 et les directives anticipées ou, à défaut, sans que la personne de confiance prévue à l'article L. 1111-6 ou, à défaut la famille ou les proches, aient été consultés. La décision motivée de limitation ou d'arrêt de traitement est inscrite dans le dossier médical. () "En outre, aux termes du I de l'article L. 1142-1 de ce code : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. ".

3. Hors les cas d'urgence ou d'impossibilité de consentir, la réalisation d'une intervention à laquelle le patient n'a pas consenti oblige l'établissement responsable à réparer tant le préjudice moral subi de ce fait par l'intéressé que, le cas échéant, toute autre conséquence dommageable de l'intervention.

4. M. G soutient qu'il n'a pas été suffisamment informé des conséquences et des risques de l'intervention dont il a fait l'objet le 4 février 2016, et qu'il n'a pas donné son accord pour être opéré par le Dr B en remplacement du Dr F. Toutefois, il résulte de l'instruction et principalement du rapport d'expertise du Dr A, que s'il n'est pas établi par l'existence d'un document signé que M. G a effectivement bénéficié d'une information suffisante sur les risques que comportait l'intervention dont il a fait l'objet, aucun risque ne s'est réalisé et aucun préjudice imputable à l'intervention n'est retenu par l'expert qui l'a examiné, dès lors que l'intervention a abouti à un résultat médicalement positif, confirmé par le bilan

radio-échographique normal réalisé trois mois après l'intervention et démontrant l'absence de toute ossification intra tendineuse. Par ailleurs, il est établi que M. G a bien été informé de l'impossibilité pour le Dr F de réaliser l'intervention et a oralement donné son accord en présence d'une infirmière pour d'une part maintenir l'intervention, et d'autre part, pour qu'elle soit réalisée par le Dr B. Enfin, M. G ne saurait utilement soutenir qu'il n'a pas consenti à l'intervention de manière libre et éclairé, dès lors que cette intervention a été programmée à l'avance par le Dr F, en lien avec le Dr C pour préparer l'intervention Par suite, M. G qui n'a été victime ni d'un aléa thérapeutique ni d'une faute, n'est pas fondé à soutenir que la responsabilité du centre hospitalier d'Aubagne doit être engagée du fait d'un défaut d'information et d'un défaut de consentement fautifs.

5. Il résulte également de l'instruction et principalement du rapport d'expertise du

Dr A, que l'intervention dont M. G a fait l'objet le 4 février 2016 était d'une part, adaptée à sa pathologie du genou résultant des séquelles du syndrome d'Osgood-Schlatter qu'il a subi durant son adolescence, et d'autre part a été réalisée dans les règles de l'art et conformément aux données de la science en vigueur au moment des faits. L'expert dans son rapport retient également que la prescription d'anticoagulants n'était pas systématique chez un patient jeune, sans facteurs de risque et ayant eu une autorisation à l'appui avec une atèle d'immobilisation, et qu'aucun des préjudices invoqués par M. G n'est médicalement établi par l'examen qu'il a réalisé et ne saurait être imputable à l'intervention litigieuse. Par suite le centre hospitalier d'Aubagne n'a commis aucune faute médicale en l'espèce susceptible d'engager sa responsabilité.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. G tendant à la réparation des préjudices qu'il a subis du fait de l'intervention du 4 février 2016 réalisée au centre hospitalier d'Aubagne doivent être rejetées.

Sur la déclaration de jugement commun :

7. La caisse primaire centrale d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône, mise dans la cause, n'a pas produit de mémoire. Par suite, il y a lieu de lui déclarer commun le présent jugement.

Sur les frais d'expertise :

8. Dans les circonstances de l'espèce, les frais et honoraires de l'expertise, liquidés et taxés à la somme totale de 1 275 euros TTC, doivent être mis à la charge définitive du Trésor public, compte tenu de l'admission du requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Sur les frais du litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier d'Aubagne, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme réclamée par M. G au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D G est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement est déclaré commun à la caisse primaire centrale d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône.

Article 3 : Les frais d'expertise sont mis à la charge définitive du Trésor public.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. G, au centre hospitalier d'Aubagne et à la caisse primaire centrale d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au Dr A.

Délibéré après l'audience du 22 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Jean-Michel Laso, président,

Mme Elisa Fabre, première conseillère,

Mme Ludivine Journoud, conseillère,

Assistés de Mme Ibram, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juin 2023.

La rapporteure,

signé

L. E

Le président,

signé

JM. LASOLa greffière,

signé

S. IBRAM

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en cheffe,

La greffière,

N°2105995

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